‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] : (volume 2)Chapitre 4 sur 50 · LS MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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plusieurs pirogues sortant du village de Hugas. À onze heures et demie, nous laissâmes tomber l'ancre par vingt brasses, vis-à-vis ce village, qui, de ce point, nous restait à l'est un quart nord-est; le plus en dehors des deux rochers qui s'étendent au nord-ouest de la pointe est de l'entrée, au nord-est un quart nord; une pointe formant le côté nord de l’entrée de la baie, au nord-ouest un quart nord; une pointe de brisans. s'étendant de la pointe nord d’une ile qui nous restait au sud-ouest , à l’ouest un quart nord-ouest ; la pointe la plus sud de la même île, au sud un quart sud-ouest, un quart de mille de distance des terres les plus proches que nous relevions au sud-est un quart est.

Dans ce mouillage, ni dans les deux précédents, nous n’eùmes pas à nous plaindre des Indiens; peut-être avons-nous dù leurs bons procédés aux mesures de sûreté qui furent constamment prises.

Le 12, nous laissâmes derrière nous les montagnes couvertes de neige qui entourent la baie de Hugas, nous dirigeant vers Cami-Cha-

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dépassimes des baies, excellentes en apparence, et quantité d'îles de différentes grandeurs , dont la plus nord à midi restait devant nous. À quatre heures du soir, apercevant un village dans la partie sud-est de celle-ci, nous essayâmes d’en approcher ; mais ne trouvant pas de fond par soixante brasses , à un demimille du rivage, nous gouvernâmes à l’est, puis au nord pour la tourner, ainsi qu'une autre île dont le côté nord était couvert de bois mort. Une ouverture se montra bientôt à l’ouest , entre cette dernière et le pied d’une montagne élevée et très nue qui nous restait dans l’ouest nord-ouest. Nous gouvernâmes de ce côté, et nous laissimes tomber l’ancre par dix-huit brasses, fond de vase jaunûtre , relevant à un quart de mille de distance, et au sud-est l’île au-Bois-Mort, et une autre île au sud 5° est. Sur la pointe la plus nord en vue, d’où quelques petites îles s’étendaient à l'est, nous découvrimes le village de Skat-Cou-Lana au nord un quart nord-ouest , cinq à six milles de distance.

Au moment de notre arrivée, beaucoup de piroguesnous visitèrent. Le 13, à cinq heures du matin,quatre pirogues de Skat-Cou-Lana s’ap-

prochèrent de nous; mais, avant de nous aborder, elles firent le tour du vaisseau. Les Indiens gardaient un profond silence : on leur fit des gestes de bienveillance; ils n’y répondirent que long-temps après ; enfin deux d’entre eux se décidèrent à monter à bord. Les échanges ne trainérent point en longueur : ce fut pour la première fois qu'on ne nous demanda pas d’armes à feu, peut-être parceque ces Indiens en possédaient déjà un bon nombre ; ils en avaient tous sur leurs pirogues.

Au sud-ouest, en dedans des deux iles dont je viens de parler, se trouve une petite baie, d’une forme demi-circulaire, en tous ses points sûre et commode, et rapportant de vingtdeux à vingt-trois brasses, fond de sable et vase grisâtre dans le milieu. Cette profondeur diminue insensiblement à mesure que l’on approche des bords, et surtout de l’enfoncement qui la termine vers l’ouest ; là on rencontre un petit ruisseau d’eau douce, et, à environ un mille plus loin, dans le sud-est, un petit village. Entre les deux pointes de la baie, qui gisent à peu près sud sud-est et nord nordouest, sont les deux îles qui, du mouillage.

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DU CAPITAINE PÉRON. 21 5° est, laissant ainsi un passage d'environ un quart de mille entre elles et la pointe sud de la baie, que je présume être aussi profond et aussi net d'écueils que celui du nord. Cette baie est un des meilleurs abris que nous eussions rencontrés sur cette côte ; elle n’a d'ouverture qu’au nord-est d’un côté et au sud-est de l’autre.

Les montagnes dont tout le pays est couvert depuis le cap James prennent naissance au bord de la mer , d’où elles s'élèvent brusquement ; elles sont moins élevées sur cette côte qu'au sud de l'ile; et si l’on peut juger de Ja fécondité du sol par le volume et la hauteur des arbres, il doit être inférieur à celui des contrées plus méridionales.

Le 14, nous ne vimes que trois pirogues venant du village qui nous restait au sud; elles se retirèrent par la partie sud de la baie.

Dans l’après-midi, le charpentier et trois matelots s'étaient rendus à terre pour abattre du bois ; jusqu’à cinq heures ils s'occupèrent de leur chargement . et ne virent personne. À ce moment, les Indiens, qui nous avaient quittés, arriverent par terre à l'endroit où se trouvaient nos gens: ils s'amuserent d’abord à les regarder; d'autres. venant par les bois, leur offrirent

des baies et d’autres fruits sauvages. La présence des Indiens n’inspirait aucune défiance à nos matelots, qui répondaient avec empressement à tous ces témoignages de bienveillance. Le nombre des Indiens allait toujours croissant. Lorique le bois fut coupé, ils s’offrirent d’euxmêmes à en transporter une partie au canot, toutefois en ne se chargeant que des plus petites branches.

Lorsqu'il fallut enlever les plus lourds morceaux, nos trois matelots, pour les charger sur leurs épaules, posèrent leurs haches à terre; dans cet instant, un Indien frappe l’un d’eux d’un coup de poignard , et l’étend à ses pieds ; un matelot croyant que c'était un faux pas que venait de faire son camarade, lui crie de se relever ; mais en même temps il tourne la tête, et voit un Indien qui a le bras levé pour frapper son autre camarade ; il jette son fardeau, saisit sa hache, et, par son adresse et son courage, fait face à douze ennemis, en blesse plusieurs, et met le reste en fuite.

Le tumulte fut entendu du vaisseau, et l’on tira un coup de canon à mitraille sur le taillis où s'étaient réfugiés les Indiens : j'ignore si quelques uns furent atteints, du moins ils n’o-

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DU CAPITAINE PÉRON. 29 sérent plus revenir au rivage, ce qui permit à nos hommes de rentrer au canot. Ce déplorable événement coûta la vie à l'un de nos meilleurs matelots; un autre fut grièvement blessé, et un troisième eut la main emportée par l'explosion d’un fusil avec lequel il avait voulu faire feu sur les Indiens.

Huit hommes bien armés et un officier se rendirent au rivage, et ramenérent à bord le corps de celuide nos matelots qui avaitété tué.

Une question intéressante à résoudre est celle de savoir d’où vient la haine que les habitants de ces contrées portent aux étrangers. Ils recoivent , ils sollicitent avec instance les objets d'échange ; le commerce établit un lien entre eux et les peuples lointains ; d'après le besoin et le vif désir qu'ils ont d'obtenir leurs produits, ils semblent avoir un intérêt direct à vivre avec eux en paix et en bonne harmonie; et cependant, aussitôt que l'occäsion de faire le mal se présente, ils la saisissent avec empressement.

Peut-être sont-ils Mexicains d'origine ; peut- .

être une tradition confuse leur a-t-elle transmis le souvenir des cruautés que les Espagnols ont jadis exercées contre eux : cette opinion ne s’appuie que sur des bases bien légères : on con-

ES Wiesmann sem

coit difficilement que les Indiens, pour se soustraire au fer de leurs bourreaux, aient franchi d'aussi vastes distances ; on conçoit plus difficilement encore que des faits historiques qui appartiennent à une époque aussi reculée aient pu se perpétuer dans leur mémoire.

Ce qu'il y a de plus probable, et le penchant des Indiens au vol autorise cette idée, c’est que des navires européens auront exercé des vengeances trop sévères en représailles de quelque insulte ou de quelque surprise dont ils auront eu à se plaindre. Il est possible aussi que quelques uns, après avoir accueilli les Indiens avec l’apparence de l’amitié , aient voulu leur enlever leurs pelleteries par violence.

Quel que soit le motif qui anime les Indiens contre nous, il faut nécessairement en conclure que ces peuples ont un caractère de dissimulation et de barbarie contre lequel il faut se tenir constamment en garde. Toujours en guerre les uns avec les autres , ils considèrent comme ennemi tout homme qui n'appartient pas à leur tribu; tout objet qu'ils peuvent se procurer par force ou par adresse est, à leurs yeux, une acquisition légitime. Leurs attaques. même en plein jour. ne sont pas à mépriser.

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surtout dans les parages où nous nous trouvions. Les tribus de Cami-Cha-Ouar et de Skat-Cou-Lana , qui peut-être n'en forment qu’une seule , sous un même chef , sont populeuses et très aguerries. Ces Indiens sont pourvus de lances et de poignards , fabriqués avec habileté, et de leurs échanges ils ont retiré beaucoup de fusils et de munitions dont ils se servent aussi bien que nous.

Je ne saurais trop recommander aux navigateurs d'employer, dans leurs expéditions sur les côtes nord-ouest de l’Amérique des bâtiments qui nesoient pas moindres de deux cents tonneaux et qui en imposent par leur masse. Il faut que ces bâtiments soient assez élevés de bord pour que les Indiens, debout sur leurs pirogues, ne puissent rien voir de ce qui se passe dans l’intérieur. Les Indiens n’entreprennent jamais rien s'ils ne sont assurés du succès ; l’esprit d'ordre et de surveillance fait un bon effet sureux. Il est inutile d’ajouter que le bâtiment doit être bien approvisionné d'armes et de canons. |

Dans la nuit qui suivit notre désastre, les naturels attachérent des chiens au pied des arbres et près du rivage; ils s’imaginaient sans

26 MÉMOIRES doute que nous serions effrayés par les hurle ments de ces animaux.

Le 15, au point du jour, nous rendimes les derniers devoirs à notre malheureux compagnon. En ce moment, une très grande pirogue, que montaient vingt hommes, venant du côté du sud et allant au nord, passa devant nous, mais à la distance d’une portée de canon. Lorsque les Indiens nous eurent dépassés, ils entonnèrent leurs chants de guerre, sur quoi un coup de canon fut tiré sur eux ; le boulet tomba si près de la pirogue que l’eau rejaillit au milieu. Cette correction fit cesser les chants ; les [ndiens pagayèrent au large.

À six heures, nous étions en dehors des îles ; nous gouvernâmes à l’est nord-est , et nord-est. À midi, j'observai 55° de latitude; alors l'ile au Bois-Mort restait À l’ouest sud-ouest , douze inilles de l’est; la pointe sud de la baie de Hugas, reconnaissable par deux mondrains qui la dominent, au sud un quart sud-est , dix-huit à vingt milles de distance; des terres basses el unies, ouest un quart nord-ouest 5° nord, ce qui place cette baie, que les Indiens nomment Skat-Cou-Lana, et que je nommai baie des Assassins, sur ce même parallèle, c’est-à-dire par 55°

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de latitude nord. Au coucher du soleil, je relevai les terres les plus nord à l’ouest nord-ouest, les plus sud au sud, et le village de Skat-Cou-Lana, à l'ouest sud-ouest, quatre lieues de distance. Le lendemain 16, à dix heures, relevant les îles qui sont à l’est de la pointe de Skat-Cou-Lana, à l’ouest sud-ouest, nous apercûmes un autre village à peu de distance en dedans de cette pointe qui est aussi celle du sud de la baie de Cami-Cha-Ouar. À midi, un cap, appartenant à l’autre côté du détroit, se montra dans le nord-est ; j'observai alors 55° 4' de latitude. A deux heures, nous donnâmes dans la baie, en prolongeant la côte du nord à un quart de mille de distance. Après avoir doublé une petite île plate, couverte d'arbres secs, qui se trouve à un mille en dedans de la pointe du nord , nous reconnümes que la mer se retirait dans les terres, sur la droite, et formait une crique assez profonde. Lasonde, de vingt-cinq à trente brasses , en dedans de l'ile, diminuait à mesure que le bâtiment avançait à l’ouest , vers le fond du havre. A un mille de distance, à l'ouest de l'ile, vis-à-vis la crique, nous laissâmes tomber l'ancre par seize brasses sur un fond de vase molle, à cinq cents toises au plus

du rivage le plus rapproché, lequel nous restait au nord de ce point ; l'extrémité nord de l'entrée de la baie, à l'est un quart nord-est; celle du sud, au sud-est un quart est et demi est; les îles qui sont à l’est du village de Skat- Cou-Lana, depuis le sud-est un quart est jusqu'à l'est sud-est, et une ouverture au fond de la baie à l'ouest un quart sud-ouest 5° sud.

Dans l'après-midi, nous ne vimes qu’une pirogue, montée par quatre Indiens, qui était partie du village situé sur la pointe du sud de la baie, en dedans deSkat-Cou-Lanas elle avait filé le long de la côte sud de la baie. Après un grand circuit, les Indiensavaientpristerre derrière une petite île qui nous restait à l'ouest ; ils y étaient restés à peu près pendant une heure , dans l’intention sans doute d'observer notre marche. Ils reprirent ensuit® leur route, et la continuèrent vers le fond de la baie, en soufflant dans une conque. Lorsqu'ils eurent achevé leur tournée, ils revinrent prendre position derrière la petite ile.

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