‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 17 sur 56 · PU LP · texte numérisé non relu

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le café en Europe, et assaisonnées avec du sucre3 il était sain et agréable.

La ville de Zébid a été pendant long-temps, dit-on, la capitale de l’Yémen, et le centre du commerce qui s’est établi ensuite à Bet-el-Faki et à Moka; on prétend même qu'elle avait , à très peu de distance , sur la mer Rouge , un port qui est aujourd’hui comblé. Illui reste quelques véstiges de son ancienne grandeur; plusieurs mosquées s’y font remarquer par leur élévation et le mode de leur architecture.

Cette cité at-elle étéla résidence de cette reine qui, sur la renommée de Salomon, aurait quitté ses états et se serait rendue à Jérusalem? Il ne m'appartient pas de discuter un point d'histoire aussi délicat : à Zébid , aucune tradition n’a pu me diriger dansla solution d'un pareil problème.

La ville de Zébid est située sur un monticule dont les coteaux sont cultivés avec soin ; mais si la vue abandonne un moment le cercle qui l'environne, si elle s’étend au loin, les déserts sont là pour l’attrister; partout elle ne rencontre que deuil et désolation. Zébid est d’une vaste étendue ; à en juger par l’affluence qui se trouvait sur notre passage, sa population doit être considérable. Nous étions assaillis

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à chaque pas d’une foule de malheureux, couverts de toutes les marques de la plus profonde misère, qui nous demandaient l’aumône, et nous assourdissaient de leurs gémissements.

Ici, comme à Moka, les riches sont peu nombreux; ainsi que dans les grandes cités d’Europe, leur luxe contraste avec le hideux tableau des misères humaines.

Les maisons sont en pierres de taille, mais sans aucun ornement ; c'est un assemblage incohérent de murs qui forment une enceinte plus ou moins carrée; l’intérieur est blanchi avec une espèce de chaux que l’on fabrique avec des écailles d’huîtres et des coraux. Il n’y a ni meubles ni tapisseries; l'usage du verre pour les croisées est inconnu , ou à peu près : on dispose , avec une sorte de méthode, de grosses écailles de poissons les unes sur les autres ; le jour ne pénètre qu'avec peine au travers de cette substance, et le peu de clarté qu'on en retire ressemble assez à celle que produit, aux fenêtres de quelques uns de nos artisans , un papier huilé : au dehors, ces croisées sont d’un effet lugubre; elles donnent aux maisons l’apparence d’une prison.

À Moka, les femmes sortent peu, et, dans

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les rues, elles sont toujours enveloppées d'un voile long et épais qui descend jusqu’à la ceinture. Ces précautions de la jalousie rendent la coquetterie plus piquante et le génie des femmes plus actif, et, comme on dit, le diable n’y perd rien : un de nos jeunes matelots en fit l’heureuse et triste expérience. Une jeune lemme demeurait près de notre magasin ; elle trouva le matelot à son gré; quelques signes l’avertirent de sa bonne fortune : il répondit à ces signes, et l'intrigue s’engagea. Un jaloux, et, qui pis est, un Arabe, s’aperçut de cette douce intimité ; il prit si bien son temps, qu'il trouva les deux coupables en flagrant délit. Le matelot est saisi et traîné devant le cadi. Or la loi prononce la peine de mort contre tout infidèle atteint et convaincu d’avoir eu un commerce amoureux avec une mahométane. En vain nous offrons de payer une amende proportionnée au délit; toutes nos démarches, toutes nos instances sont repoussées : il faut que le coupable meure ou qu'il prenne le turban. Le matelot ne mourut pas.

Peut-être faut-il attribuer à la rareté du passage des étrangers la liberté plus grande dont les femmes jouissent à Zébid ; peut-être aussi

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faut-il croire qu'étant moins belles, elles excitent moins les soupçons jaloux. Elles se montrent partout dans les rues, à visage découvert, et confondues avec les hommes. Leur costume n’a rien de riche ni de recherché; elles sont vétues d’une ample tunique de coton ou de soic, et d’un pantalon à la moresque qui se rattache au-dessus de la cheville du pied ; leur longue chevelure se relève , attachée avec grâce sur le derrière de la tête.

La ville de Zébid possède plusicurs manufactures de soie et de coton qui , nous assura-t-on, y sont établies de tempsimmémorial; elles occupent un grand nombre d'ouvriers. Ce peuple, l’un des plus anciens du monde , est resté stationnaire ; ses procédés industriels sont encore dans leur enfance ; il ne connaît aucune de ces machines qui, dans les ateliers d'Europe, éco: nomisent la main des hommes, et multiplient les produits. Les instruments de tous genres sont imparfaits, ils ne semblent propres qu’à ralentir et à entraver les travaux.

Nous étions à vingt lieues de Moka : il nous en restait autant à parcourir pour arriver à Bet-el-Faki. En moins d’une demi-heure les arbres et les champs de verdure: furent dépas-

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sés 3 il nous fallut rentrer de nouveau dans une mer de sable.

Le lendemain, après une double halte, où nous avions trouvé le repos et un diner qui n'était pas sans mérite, nous poursuivions gaiement notre route : la pensée de notre arrivée prochaine semblait ranimer nos forces et doubler la vigueur de nos ânes ; une apparition imprévue coupa court à nos douces rêveries.

Une troupe de Bédouins se plaça devant notre passage ; l'obscurité de la nuit nous empéchait de compter le nombre de nos ennemis , et d’ailleurs nous n'avions pas d'armes. J'étais le premier de la colonne ; un de ces brigands saisit la bride de mon àne, et me crie Felouce! de l’argent. Cinq ou six autres m'environnent , et un égal nombre se pressent autour de mes compagnons de voyage. Une vive et longue discussion s'élève entre les Bédouins et notre interprète. Le mot felouce est dit et redit, des menaces se fontentendre ; il n’est que trop évident qu'il s’agit de nous dévaliser. Après une demi-heure de débats , il est convenu que nous continuerons notre marche jusqu’au makaya prochain, le conducteur en tête, nous ensuite, et, sur les ailes de la troupe, les Bé-

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douins, armés d’arcs et de flèches. Il était minuit à peu près au moment de notre arrivée; je ne puis le dire au juste, car je n'osai interroger ma montre, dans la crainte de donner quelque mauvaise pensée aux honnêtes gens de notre escorte. Nous mettons pied à terre, on nous repousse vivement dans la chaumière , et là , à la lueur des feuilles de dattier auxquelles ils mettent le feu , les Bédouins examinent si nous avons des armes ou des marchandises. Enfin , convaincus par les bonnes raisons de notre interprète, et plus encore par le témoignage de leurs yeux, ils voient qu'il n’y a rien à espérer de nous, et ils s’éloignent.

Autant qu’il nous fut possible d’en juger, ils pouvaient bien être au nombre de quarante, presque tous grands , robustes, et d’une heureuse physionomie de brigands.

Il y a des gens ici-bas qui ont des remords de conscience de n'avoir pas fait le mal, et les Bédouins pouvaient être de ce nombre ; aussi, pour ne pas leur en laisser le loisir , nous n'eùmes rien de plus ;:..ssé que de nous remettre en route : notre dihi;ence fut telle , que le.lendemain , à huit heures , nous étions rendus à Bet-el-Faki.

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Le second subrécargue avait succombé de- ft

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| nous revoir releva un peu son courage. i cc

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1: Cette ville est entourée de fortes murailles, | plu LE. crénelées à leur sommet. Les maisons présen- } Te tent un coup d'œil uniforme ; elles n’emprun-

tent à l'architecture aucun de ses ornements ; seulement, comme dans tout l'Orient , leur toit s'étenden plate-forme; elles sonten grand nombre , ainsi que les rues. Celles-ci sont étroites et sans alignement : l'étranger s’y trouve perdu comme dans un labyrinthe; illui faut un guide pour en sortir. | rite | La garnison se compose de quelques fantas- for h sins dont l’uniforme large et vague n’a rien |! di | | de guerrier. Ils portent un cimeterre suspendu i à un long baudrier , et tiennent à la main un

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