‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 44 sur 56 · PARTIS · texte numérisé non relu

PARTIS

DU CAPITAINE PÉRON. 285 tueuses et fécondes : rapprochées de leurs sœurs aînées, et, en quelque sorte, amalgamées avec elles, elles formeront un continent, et cette terre nouvelle offrira des débouchés au commerce et des ressources à une population qui tend incessamm entà s’accroître.

Si ces îles sont sorties, comme par enchantement, du sein des eaux, d’où sont venus les habitants qui les couvrent? La solution de cette question ne s'appuie sur aucune observation, sur aucun faits dans cette absence d'indices. de semi-preuves, le champ reste libre à tousles systèmes; chacun peut lutter d'imagination.

Il en est qui prétendent que toutes ces îles ne sont que les hauteurs d’un vaste continent qui aurait été submergé par la mer et dont les habitants auraient fui sur les lieux les plus élevés, pour se dérober à la fureur des Eaux. ;

Je ne puis guère adopter cette explication ; d’abord parcequ'elle tend à renverser l’opinion que je me suis faite, et dont je viens de hasarder l’aveu : chacun tient, un peu plus, un peu moins , à ses idées. En second lieu , rien, dans l'histoire des temps passés, ni dans l'aspect des lieux actuels, ne retrace l’image d’un chaos

dont un grand désastre laisse toujours quelques vestiges après lui.

La navigation chez ces peuples n’est encore que dans l'enfance; à cinquante lieues de distance, ils ignorent l'existence les uns des autres; et cependant leurs habitations, leurs pirogues, leurs armes, leurs ustensiles de pêche, sont construits de la même manière ; leurs nattes, leurs étoffes , leurs cordages, se ressemblent partout, et, jusqu'aux signes de tatouage , il y a identité presque parfaite. Dans leur langage, des mots à peu près pareils expriment les mêmes choses, indiquent les mêmes objets; etcesmots , quoique altérés, redits aux peuplades lointaines, sont aussitôt compris.

Il y à bien quelques différences au physique, pour la couleur et la taille, mais les traits et la forme du visage semblent dénoter un type commun.

Laissant de côté la disparition d’un continent sur les sommets duquel quelques hommes auraient cherché un asile , je crois , j'imagine, je suppose que les naturels des archipels de la Sonde (1). des îles des Amis, de la So-

(1) Les îles de la Sonde sont situées dans la ner des

tes

ore lisau urs de re ; , Se ; de ans primes aux pris.

que »

s et

type

pntimes ine, e la So-

hi

ciété(1),et même de Sandwich (2), quoiqueséparés par de vastes distances , sont originaires de la côte orientale du continent de l’Asie, principalement de la Cochinchine, de Siam et de la presqu'île de Malaca. Ces contrées, dont la population s'est accumulée par des siècles et par la fécondité de la nature , avaient une surabon-

Indes, près du détroit de la Sonde. Les principales d’entre elles sont Bornéo, Java et Sumatra.

(1) Les îles de la Société forment un groupe dans l’océan Pacifique méridional : elles ont été ainsi nommées par Cook , en l’honneur de la Société royale de Londres, à la demande de laquelle son voyage avait été entrepris. Il ne les distingue pas, dans sa relation, par d’autres noms que ceux que leur donnent les naturels : les principales sont, Huaheine , Ulietéa, Otaha, Bolabola, Tubui et Maurua ; elles sont situées entre les 18° 10/ et 16° 55’ de latitude nord, et les 153° 17/ et 154° 20/ de latitude ouest. Ces îles possèdent plusieurs havres très sûrs: elles ne paraissent pas différer beaucoup de celle d’Otahiti, sous le rapport du climat, des productions du sol, du caractère et des mœurs des habitants, excepté cependant que les hommes y sont plus grands et plus robustes, et doués, dit-on, de plus de courage.

(2) Aux chapitres 23° et 24°, nous entrerons dans quelques détails qui feront connaître les îles Sandwich.

dance d'habitants, une surcharge d'individus à nourrir : ceux-ci ont cherché leur subsistance sur les mers poissonneuses dont ils occupent les rivages ; insensiblement, ils se sont aventurés à quelque distance des côtes ; ils ont trouvé dans leur voisinage des îles ou des portions de continent non habitées, mais fertiles , et y ont élu leur demeure. C’est ainsi que Sumatra, Banca, Java, se sont peuplées; les mêmes causes exerçant plus tard les mêmes effets , d’autres pêcheurs se sont dirigés vers le nord , à Bornéo, Célebes, Mindanao, Manille, et jusqu'aux Philippines , et successivement aux îles Bali, Mataram, Lombock, Timor; à la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Bretagne, à la

Nouvelle-Zélande ; enfin aux îles de Fye, dont

les archipels des Amis et des Navigateurs font

Page 1