HUMBOLDT
LES PEUX BEAUX-FRÈRES DE NAPOLÉON BONAPARTE, MURAT, ROI DE NAPLES. ET LE PRINCE BOR&HÈSE, AU CARDINAL GONSALVI.
Monsieur le Cardinal ,
J'ai vu avec une véritable satisfaction votre retour auprès du Saint-Père. J'ai chargé mon ministre, le duc de Gampochiaro , de vous exprimer toute la part que je prends à cet heureux événement. Votre Éminence connaît mes anciens sentiments pour Elle; ils sont toujours les mêmes, et je ne puis y ajouter que le vœu sincère de la voir reprendre au plus tôt auprès du Saint-Père ses fonctions et son ancienne influence.
La confiance que j'ai dans la sagesse de ses conseils
et dans ses lumièrea, ainsi que dans son esprit de conciliation et amitié pour moi, me rassure sur les heureux rapports et la bonne intelligence que je désire voir s'établir entre le Saint-Siège et ma couronne. Votre Ëminènce connaît depuis longtemps ma vénération pour la personne dv Saint-Père et mon dévouement pour le Saint-Siège. Je désire en donner à Sa Sainteté encore d'autres preuves après celles très -positives et non équivoques que je viens d'en donner; mais j'aime que vous soyez convaincu que, comme à un souverain temporel, je ne désire pas moins de prouver mon empressement à cultiver son amitié et à resserrer les liens qui doivent unir nos deux États. Le rappel de Votre Éminence à ses pre-
mières fonctions me garantit raccomplissement de mes vœux.
Sur ce, je prie Dieu qu'il ait Votre Éminence en sa sainte et digne garde.
Naples i ce 25 mai 4 8U.
JoAGHiM Napoléon.
Éminence,
La rapidité avec laquelle Votre Éminence efiFectua son voyage vers Rome ne me permit pas, comme c'était mon désir, de pouvoir personnellement et de vive voix lui exprimer les sentiments d'estime, de respect et d'amitié que j'ai toujours professés pour la personne de Votre Éminence ; mais je ne manquerai pas de le faire à mon retour à Rome.
Vous voir à présent rétabli dans l'ancienne et brillante situation où vos talents vous rappelaient, me fournit l'occasion de vous exprimer le plaisir et la grande consolation que j'en éprouve , et je ne veux pas manquer de m'en réjouir de tout cœur avec Votre Éminence, en lui souhaitant l'heureuse issue de tous les projets qu'ElIe concevra pour le bien de l'État.
Je suis sûr que vous agréerez la part que je prends à votre prospérité ; d'ailleurs, l'affection et les bontés que vous avez toujours eues pour moi et pour ma maison m'en offrent la preuve.
Je prends la liberté de remettre à Votre Éminence copie de la lettre écrite à monsieur le cardinal Pacca
à propos d'un malentendu sur la communication de mon retour à Rome faite à Sa Majesté le roi Charles IV.
Dans toutes mes affaires je suis franc et sincère, et je souhaite que mes bons mattres soient informés de ma manière d'agir. Si Votre Éminence avait été à Rome, je me serais immédiatement adressé à elle. Durant son absence et vu l'urgence de TafiFaire, j'ai eu recours à qui la suppléait dans sa charge.
Je prie Votre Eminence de me pardonner si je lui caiise quelque embarras, et, me déclarant prêt à lui obéir dans ce qu'elle daignera me commander, je la salue très-profondément avec tout le respect dû.
De Votre Éminence, le très-dévoué et très-obligé serviteur.
Milan, ce 44 juin 4844.
Camille Borghèse.