‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 21 sur 59 · LE PRINCE DE KAUNITZ AU CARDINAL · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE KAUNITZ AU CARDINAL

Monseigneur,

Votre Éminence s'attend bien que je ne résisterai pas au besoin de lui offrir encore une fois, avant de quitter pour quelque temps cette belle Italie, l'hommage de ma tendre reconnaissance pour les constantes bontés dont elle m'a honoré. Je supplie Votre Éminence dp me les conserver et de croire qu'elle n'aura jamais de plus attaché serviteur que moi; mon unique désir est de me retrouver près d'elle, et ma santé s'améliore tellement de jour en jour, que je m'abandonne à cet espoir pour peu que Votre Éminence me le permette. Ce sera à elle particulièrement et à mon excellent ami Metternich que je devrai tout, et je ne l'oublierai jamais. Nous partons ce soir et serons à Carlsbad en dix à douze jours; la cure des eaux, le mouvement du voyage et surtout la perspective du retour achèveront de me rétablir entièrement, j'en suis sûr, et je ne penserai alors qu'à faire de mon mieux pour être utile à l'Église et

à mon pays. Je serais trop heureux si Votre Éminence voulait me permettre de compter sur la continuation de sa haute bienveillance en agréant Texpression de mon profond respect et de mon sincère dévouement. J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de Votre Éminence, le très-humble et très-obéissant serviteur,

Kaunitz.

Florence, 10 juillet 4 8i 9.

NIEBUHR, LE SAVANT HISTORIEN DES ANTIQUITÉS ROMAINES, LE MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DE PRUSSE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*, AU CARDINAL

Palais Savelli, le 48 août 4819.

Monseigneur,

Je ne trouve point d'expression pour témoigner à Votre Éminence ma vive et profonde reconnaissance

* Barlhoîd-Georges Niebuhr, né à Copenhague en 1776, fut un véritable phénomène d'érudition. Après de longs et consciencieux travaux sur les sujets les plus importants et les plus variés, il s'attacha au service de la Prusse et se vit nommer, en 4846, ministre plénipotentiaire près le Saint-Siège. Niebuhr était un protestant exalté, et qui éprouvait pour l'Église catholique et la Cour romaine une de ces répulsions piétisles que rien jusqu'alors n'avait pu modifier. Le principal but de sa mission à Rome était de négocier un concordat avec le Pape. Après quelques années de séjour dans la Ville éternelle, cet homme de bien et de jugement changea complètement d'idées, et sa correspondance avec le cardinal Consalvi, dont il devint l'ami et l'admirateur, témoigne de ses nouveaux ^ntiments et de l'heureuse conversion qui s'était opérée dans son esprit. Au contact du pape Pie YII et de son cardinal secrétaire d'État, l'austère luthérien est devenu le courtisan le plus assidu et le plus désintéressé de la Papauté. En parlant de Niebuhr avec une estime sincère, Pie VU disait : « C'est un des plus grands miracles de notre Cardinal. »

pour les marques si précieuses de sa confiance dont elle m'honore. Je m'en enorgueillis , et elles me consolent de bien des afflictions. Puissé-je goûter la plus grande consolation de toutes , celle de terminer ma mission par l'achèvement d'une œuvre salutaire et indispensablement nécessaire !

La réponse que Votre Éminence a bien voulu faire porter à ma connaissance me paraît tout épuisée et ne laisse rien à désirer; elle devrait avoir un succès entier, mais j'ai de fortes raisons de croire qu*une

lettre confidentielle de Votre Eminence à M. le comte de Munster est indispensable pour lui donner tout son poids. M. de Munster est peut-être le seul à Hanovre qui, dans cette affaire, soutient les intérêts de r équité et de la justice. M, de Reden ne saurait s'en offenser, si Votre Éminence veut bien lui donner connaissance de ce qu'elle écrira.

Votre Éminence excusera que, dans la lettre cijointe semi-officielle, je lui communique la collation d'un titre honorifique accordé par le Roi sur n\a demande à M. Valentini, titre qui, à ce que j'ose espérer, le qualifiera pour l'admission aux solennités, -comme il le qualifierait pour paraître à la cour de Berlin.

Je suis avec respect et dévouement , Monseigneur, de Votre Éminence^ le très-humble et très-obéissant serviteur,

NiEBUHR.

INTRODUCTION. H3i

LE BARON DE REDEN , MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DU ROI DE LA GRANDE-BRETAGNE ET DE HANOVRE, AU CARDINAL.

Monseigneur ,

Je m'empresse de marquer à Votre Éminence toute ma gratitude du billet obligeant dont Votre Éminence m'a honoré, et des soins si particuliers qu'elle a bien voulu ordonner pour nous rendre la course à Albano doublement intéressante. Une indisposition survenue à deux de mes jeunes dames m'a obligé de différer cette course d'un jour, mais demain matin nous nous rendrons sans faute à Albano , où nous jouirons à notre aise de tous les plaisirs que ce beau pays peut nous offrir , et adresserons nos vœux aux pénates de ce lieu pour notre aimable bienfaiteur. Pour ne pas laisser échapper un moment sans vous importuner par jnes sollicitations, je prie Votre Éminence de me faire passer aussitôt que possible un lascia passare pour M. le major Macpherson, qui sera de retour ici de Londres à peu près dans deux ou trois jours. Les brigands de Sonnino, que l'activité de Votre Éminence a su si bien dissiper, ont jugé à propos de se jeter dans les États du roi de Naples, où le jeune Brignole a été enlevé par des malfaiteurs, et dans le Milanais. Le 28 de septembre, le major Macpherson voyageant avec un autre Anglais, M. Harty a été assailli sur la route de Turin à Milan par quatre brigands, à trois lieues de Milan, volé, pillé et cruel-

lement maltraité y de sorte qu'il a dû garder le lit à Milan pendant quelques jours. Son compagnon M. Hart a été plus maltraité encore que lui, mais Macpherson est assez bien rétabli de ses blessures ou contusions pour pouvoir espérer d'être rendu à son épouse et' à ses amis dans deux ou trois jours. Comme il s'est parfaitement bien acquitté de la commission dont je l'avais chargé , et comme il est porteur de dépêches pour plusieurs ministres de Sa Majesté Britannique en Italie, je n'ai pu me refuser aux instances de son épouse de demander à Votre Éminence un lascia passare pour M. le major Macpherson, afin qu'il puisse entrer dans cette ville sans être molesté par la douane. Votre Éminence voudra bien accueillir, avec cette bonté qui la caractérise si éminemment, les assurances de ma haute estime et de mon dévouement inaltérable, avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Éminence, le très-humble et trèsobéissant serviteur,

F. DE EUdem.

A Rome, ce 7 de septembre 4849.

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