‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 35 sur 59 · LE PRINCE HENRI DE PRUSSE AU CARDINAL · texte numérisé non relu

LE PRINCE HENRI DE PRUSSE AU CARDINAL

Monseignenr ,

Le Roi mon frère m*a chargé de faire ses compliments affectueux à Votre Éminence, et de lui renouveler ses sincères remercîments pour toutes les atten^ tions aimables qu'elle a eues pour lui pendant son séjour à Rome, dont le souvenir lui fera toujours plaisir.

Il vous fait dire. Monseigneur, qu'il a été trèspeiné en apprenant que vous avez été si sérieusement incommodé , et il espère que Votre Éminence n'aura pas de rechute. Le Roi m'a chargé en même temps de la prier de dire de sa part mille belles choses au Très-saint Père, en lui rappelant combien il était reconnaissant des marques d'amitié qu'il avait reçues de lui.

Si la goutte ne m'empêchait pas de sortir, j'aurais fait cette commission de bouche, ayant eu par là le plaisir de faire ma visite à Votre Éminence.

Recevez, Monseigneur, les assurances de ma plus parfaite estime et de mon bien sincère attachement,.

Henri , prince de Prusse.

Rome, le 25 avril 1823. .

Bologne, le 30 mai 48S3.

ËmineDce ,

Je ne quitterai pas l'État où je vécus si longtemps, et où j'ai joui de tant d'amitié et d'hospitalité, sans exprimer encore une fois mon indélébile reconnaissance et mon éternef attachement à l'homme illustre auquel je suis redevable, plus qu'à tout autre, des félicités qui ont signalé mon séjour à Rome.

Bien sûr que Votre "Éminence nous conservera son souvenir pour un temps bien plus long que celui qui s'est écoulé depuis notre départ ; je suis aussi persuadé qu'elle apprendra avec plaisir que notre voyage a été jusqu'à présent très-heureux, ce qui n'est pas peu de chose en voyageant avec une famille aussi nombreuse. Que ma femme n'acquière pas de forces pendant les fatigues du voyage, ce n'est pas étonnant. A Naples , elle jouit du repos et de l'air de la mer ; espérons que celui de la haute Germanie produira les mêmes effets.

Je ne vis personne à Florence; en voyant qui que ce fût, je n'aurais pu me livrer à la contemplation de cette ville, que j'ai aimée dans son histoire dès mes plus tendres années, et de ses immortels monuments. De Florence nous avons été par Pise à Lucques; Pise dépassa de beaucoup tout ce à quoi je m'étais attendu, et depuis longtemps je ne me suis pas

senti le cœur si réchauflfé par le souvenir des siècles de la grandeur toscane. Il me parut que l'aspect seul du Dôme et du Baptistère me donnait des idées bien plus claires sur les faits de ces premiers siècles de la nouvelle Italie dont les annales ont péri j que tous les raisonnements des écrivains. Je vis avec une admiration et un transport tels que je n'ai jamais éprouvés , le chef-d'œuvre de Nicolas Pisano , auquel tout ce que la sculpture a produit jusqu'à sa renaissance dans nos jours n'a certainement rien à comparer. — Permettez-moi, Éminence, de la prier chaudement de faire tirer un plâtre du Jugement universel de ce Dante de la sculpture, pour le placer au musée à côté de ceux d'Athènes. Permettez-moi aussi de lui exprimer une pensée : une chose manque à Rome, ce qui ne devrait pas manquer à la capitale de l'Italie et des beaux-arts, une collection de plâtres de la sculpture italienne, ne pouvant pas avoir les originaux. Je croirais que cette idée serait agréable à tout véritable Italien.

L'Ombrie cultivée et agréable, la Toscane prospère et industrieuse , m'avaient fait éprouver des sensations bien douces; la misère de Lucques déchire le cœur.

J'espère avoir l'honneur d'être admis à faire ma visite à l'éminentissime cardinal Spina, et d'apprendre des nouvelles telles que je les souhaite de tout mon cœur, tant de Votre Ëminence que du Saint-Père, et de parler de Votre Éminence et de tout ce que je lui

dois à un de ses vrais amis. Pespère aussi apprendre des nouvelles de l'Espagne. Dieu veuille qu'elles soient pleinement favorables^ car j'avoue que l'échappée de Mina ne m'a pas plu.

Je me recommande à la continuation des bontés de Votre Ëminence, et je la prie d'agréer l'honunage du profond respect et de l'attachement inaltérable avec lesquels je suis , de Votre Éminence , le trèshumble et très-obéissant serviteur.

NlEBUHR.

LE ROI DE PRUSSE FRÉDÉRIC-GUILLAUME ffl AU CARDINAL GONSALVI.

Monsieur le Cardinal ,

Votre Éminence m'a ménagé une surprise fort agréable par l'envoi de la musique dont elle a chargé l'aide de camp de mon frère. J'ai ordonné à ma chapelle de l'étudier pour la représenter devant moi et mes enfants, avec le soin et la précision que mérite une composition si parfaite. Si l'exécution ne répond pas entièrement à celle dont Votre Éminence a voulu me faire jouir dans ses appartements, au moins elle me rappellera une des plus belles soirées que j'ai passées à Rome. Ce souvenir trouvera sa place à côté de celui des grandes choses que j'ai vues dans une ville si riche en monuments de tout genre. Je compterai toujours parmi les événements mémorables de ma vie la connaissance personnelle que j'ai pu faire du

Souverain Pontife, et l'impression qu'a faite sur moi l'aspect de tant de vertus sera durable. .Veuillez être, Monsieur ie Cardinal, auprès de Sa Sainteté, l'interprète de ma reconnaissance pour les sentiments qu'en son nom vous m'avez exprimés. Je fais des vœux pour la conservation d'une santé si précieuse.

Recevez aussi pour votre part, Monsieur le Cardinal, l'expression de ma haute estime et du grand cas que je fais de Vos talents, dont vous avez donné des preuves à des époques difiteiles.

Je suis votre bien affectionné

FRÉDÉniC-GtlltAtMË.

Berlin, le 6 juin 1823.

M. DE BUNSEN, MINISTRE Dffi MUSSE, AU CAÏlOlKÂL

CONSÀLVI.

Monseigneur,

A tant de faveurs et de bontés dont Votre Éminence m'a comblé, elle a ajouté hier un véritable bienfait en dérogeant en ma faveur d'une règle gé^ nérale aussi juste que nécessaire. Si ce que Votre Éminence, animée de la plus bienveillante humanité, a fait et continue de faire pour la sûreté et la dignité convenable des lieux où reposent nos morts^ a été et sera toujours pour tant de nos familles une source de consolation, et pour tous un objet d'éternelle reconnaissance ; nous, ma femme et moi, avons désormais, dans ce qu'elle y a fait pour nous un sujet

tout particulier qui nous porte à attacher pour toujours au nom vénéré de Votre Éminence l'un et l'autre sentiment , et nous espérons que, dans cette même bienveillante bonté , elle daignera agréer nos remercîments les plus intimes et les plus respectueux.

Une lettre de M. Niebuhr, du 9 de ce mois, m'annonce son heureuse arrivée à Innsbruck. Quoiqu'ils ont eu depuis Vérone trois jours de pluie et de neige, et quoiqu'ils ont souffert du froid qui tient couvert les montagnes du Tyrol jusque dans les vallées, tous se portaient bien et madame Niebuhr mieux qu'elle ne s'était sentie depuis qu'elle a quitté Naples. Ils seront arrivés à Saint-Gall (où j'écris à M. Niebuhr) avec le courrier de lundi, le 1 4 ou le 1 5.

J'ai appris avec la plus grande satisfaction, de M. Capaccini, que Votre Éminence continue régulièrement ses excursions et promenades, ce qui ne pourra guère manquer de consolider sa santé, dont j'espère de me prendre en personne les nouvelles les plus consolantes vendredi, à mon retour de la campagne, où j'irai lundi pour trois jours.

En attendant, je suis, avec le plus{)rofond respect, Monseigneur, de Votre Éminence, le plus humble et le plus dévoué serviteur.

Bunsen.

Rome, ce 2f juin < 8^3.

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