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deau et à la vue de son insuffisance; qu'il comptait sur l'aide et sur le concours du Sacré Collège dans l'exercice du Pontificat, auquel il ne croyait pas devoir renoncer dans les circonstances actuelles de l'Église, et dans la nécessité de ne plus prolonger son veuvage. Il déclara qu'il acceptait donc, et qu'il remerciait en même temps les Cardinaux de l'opinion qu'ils avaient eue de lui, sans aucun mérite de sa part.
On lui demanda quel nom il désirait choisir. Il répondit qu'en souvenir de gratitude pour son prédécesseur, il prenait celui de Pie VII.
Après son élection et son acceptation , le nouveau Pape fut conduit à l'autel pour revêtir les ornements pontificaux. Pendant qu'il s'habillait, un des Cardinaux qui, d'après la voix publique, avait tenté, dans la nuit précédente, d'entraver cette élection, fit un jeu de mots, avec la plus grande gaieté, au secrétaire du Conclave, près duquel il s'était placé. Je ne veux pas l'oublier au milieu de ce récit. Il lui dit donc que, dans cette matinée, les Cardinaux avaient prouvé que leur puissance était plus grande que celle du Pape. Le secrétaire ne comprenant pas ce que signifiaient ces paroles, le Cardinal continua : « Vous ne savez donc pas. Monseigneur, que les avocats romains, pour démontrer l'immense pouvoir du Pape, disent qu'il peut faire eœ albo nigrum. Ce matin, nous avons fait eso nigro album, ce qui çst bien plus difficile, car pour que le blanc devienne noir, il faut Irès-peu. »
Ce Cardinal faisait allusion au changement de costume de Chiaramonti, qui, tout en étant cardinal, s'habillait de noir en sa quaUté de Bénédictin , et qui alors se revêtait de blanc comme Pape.
Après qu'on l'eut couvert des vêtements pontificaux, les Cardinaux firent au nouveau Pape l'adoration accoutumée, puis la chapelle fut ouverte et on admit les conclavistes à l'adoration, tandis que, de la loge, le plus ancien des Cardinaux-diacres annonçait au peuple, aggloméré sur la petite place de l'île, l'exaltation du cardinal Chiaramonti au Souverain Pontificat, sous le nom de Pie VIL
Cette nouvelle fut accueillie avec des transports d'allégresse. On ouvrit le Conclave, et le peuple se vit admis au baisement des pieds. La foule était prodigieuse , et la joie causée par cette élection était vraiment universelle. Le Pape sortit après dîner, et il alla processionnellement , avec le Sacré Collège , à l'église, au milieu des plus vifs et des plus continuels applaudissements. Il fut placé sur l'autel, selon la coutume, et il reçut l'adoration publique des Cardinaux et du peuple innombrable qui était accouru. Il retourna ensuite au couvent, où le Conclave s'était assemblé.
Je pourrais ici terminer ce récit, qui a pour objet l'histoire du Conclave, car il finit avec l'élection du Pape. Mais je ne crois pas devoir me dispenser de rapporter quelques-uns des faits relatifs au Pape élu. Quoique postérieurs à l'élection, ils ont cependant
corrélation avec elle en tant qu'ils servent de preuve à ce que j'ai avancé par rapport aux vues de la cour de Vienne sur le choix du nouveau Pontife. Je n'ai pas, ainsi que je l'ai déclaré tout d'abord, de documents pour appuyer mes assertions.
Le premier de ces faits' regarde le couronnement de Sa Sainteté. On sait que, huit jours après l'élection du Pape, on le couronne en grande pompe dans l'église de Saint-Pierre, s'il est élu à Rome, ou dans l'église principale de la ville où l'élection a eu lieu. Chacun pensait que le couronnement de Pie VII serait célébré dans la basilique de Saint-Marc, tant à cause de sa dignité que pour ouvrir dans une aiissi vaste enceinte l'espace nécessaire au concours de tout le peuple. Chacun croyait encore que la fonction serait préparée avec magnificence, que l'on ornerait le temple , que l'armée et les représentants du gouvernement y assisteraient; en un mot, on se .figurait qu'aucune des manifestations publiques dignes d'une pareille solennité ne serait omise. Mais chacun fut trompé dans son attente. Les agents du gouvernement impérial à Venise avaient, dès le commencement du Conclave , demandé à Vienne quelles seraient les intentions de leur cour par rapport à ce qu'ils devaient faire après l'élection du nouveau Pape. C'était, par conséquent, interroger sur la grande fonction du couronnement, afin d'en régler k forme et les dépenses. Pendant trois mois, ils n'obtinrent pas de réponse, d'après ce qu'ils dirent. Peut-être en
reçurent-ils une expressément négative, avec Tordre de soutenir qu'ils ne l'avaient pas reçue. C'est du moins ce que quelques-uns pensèrent. Quoi qu'il en soit, ces agents prétendirent n'en avoirjamais eu, et ils ajoutèrent qu'ils ne croyaient pouvoir ri«n prendre sur eux, après avoir sollicité des instructions à ce sujet. Les agents impériaux déclarèrent enfin qu'ils n'osaient permettre que la fonction se célébrât dans l'église de Saint-Marc. Et cependant les offrandes volontaires des fidèles devaient fournir aux frais, sans qu'il en coûtât une obole à la Cour impériale. C'est du moins ce que la pieuse générosité des Vénitiens laissait entrevoir et ce qu'elle réalisa avec un empressement extraordinaire.
Le Pape témoigna au cardinal Herzan son étonnement de tout ce qui arrivait. Celui-ci, haussant les épaules, répondit qu'il n'y comprenait rien; qu'il n'avait jamais reçu d'ordres à ce sujet, et qu'il croyait ne devoir rien prendre sur lui. En cet état de choses^ le Pape résolut de ne faillir à aucune coutume de cette cérémonie sacrée, et il déclara qu'elle aurait lieu dans l'église des religieux annexée au Conclave, préférant la solenniser de n'importe quelle façon plutôt que de ne point la célébrer du tout.
La piété d'un gentilhomme vénitien avait fourni la sedia gestatoria sur laquelle on porte le Souverain Pontife.
Le 21 , c'est-à-dire le huitième jour après son élection , on procéda à la cérémonie dans l'église du mo-
ndstère, au milieu d'un immense concourg de peuple.
Le temple ne put pas suffire, et la foule se tint sur la petite place , dans les gondoles , sur les toits et sur la place de la ville occupant la rive opposée. Le soir, toutes les maisons, tous les palais, tous les canaux furent illuminés a giorno^ grâce à la piété et à la bonne volonté des habitants. Et cependant le gouvernement n'avait pas même notifié d'ordres sur ces détails afin d'honorer le Pontife nouvellement élu, H ne serait pas possible d'ei^primer combien furent significatives la douleur et la surprise de tous, an appréciant la conduite tenue par rAutricha dans l'affaire du couronnement. On en' connut bientôt le motif, et, durant les fêtes, ce motif deviQt le sujet de tous les entretiens.
Le couronnement du Pape était la manifestation de son pouvoir temporel ; telle était, de Tayis de chacun, la cause dirigeante de la Cour impériale. Nonseulement elle n'était pas déterminée à restituer les provinces des États du Saint-Biége qu'elle devait h l'abandon des armées françaises, mais epcore elle se montrait peu décidée à renoncer au domaine temporel des Papes, tant qu'une portion de l'État ecclésiastique , y compris la ville de Rome , ne serait pas occupée par ses soldats , et que les troupes du roi de Naples y séjourneraient. On voulait attendre la fin de la guerre contre le^ Français , et dans l'espoir de nouvelles victoires assurant une libre et entière possession de l'Italie, on pensait que l'aigle germanique
étendrait son vol sans obstacle môme au delà du Capitule, On obligerait ainsi le souverain des Deux- Siciles à quitter Rome et à se retirer d'un territoire qu'il n'était paa certain de conserver, à causQ de? vues ambitieuse? de la cour de Vienne. Ce fut la seule raison qui, dans celte seconde occupation, détermina le gouvernement napolitain à déclarer qu'il ne ooniervait Rome que pour la rendre au Souverain Pontife.
peu de temps auparavant, bien différente avait été sa manière d'agir. Comptant sur le succès de se? armes contre la France et sur la faiblesse de la Cour impériale , qui alors , abattue par ses revers , avait conclu une paix des plus humiliantes avec les Français, le roi de IVaples, une fois entré à Rome, prouva très-clairement qu'il voulait garder pour lui le? domaines de rÉglise*.
1 Cette politique de spoliation dirigée contre la Papauté n'était point, il faut l'avouer avec le cardinal Consalvi , qui la démasque si franchement, l'oeuvre propre de la maison d'Habsbourg ou celle de la brancha (les Bourbons régnant sur les Deux-Siciles, L'école du joséphisma p'avait pas encore fait son temps. Elle dominait dans les chancelleries de Vienne et de Naples ; elle offrait d*un côté la main aux révolutionnaires français pour dépouiller le Pape, et de Tautre ella leur faisait la guerre pour ne pas être dépouillée par . eux. Une semblable trahison en partie double ne devait enfanter que des calamités pour les Prince^ qui } dans ces années de vertige, croyant pouvoir braver impupémeut la menace des S9int^s Écritures, osaiept toucher aqx Christs du Seigneur. Ces Princes avaient oublié que Dieu a dit : NoUte tmg^^ Christos vms, et ils en furent cruellement châtiés par 1^ Révolution elle-nnéme, dont leurs ministres s'étaient constitués les élèves et les parodistes. Quand la
Les affaires n'étaient plus dans le même état. La
cour de Naples , redoutant les desseins du cabinet de Vienne, victorieux en ce moment, désirait dans cette seconde occupation rendre Rome au Pape. C'était comme un poste avancé pour sa propre défense. Elle se persuada que, le Pape s'en trouvant possesseur, la Cour impériale se résoudrait plus difficilement à dépouiller le Chef de l'Eglise de la souveraineté de ses États. Le domaine pontifical , quoique diminué et amoindri, serait alors un obstacle comme les colonnes d'Hercule. Il aurait signifié à la domination césarienne son nec plus ultra , et fermé ainsi à l'occupation impériale la frontière des États .napolitains, ayant ceux de l'Église pour fortifications naturelles. Les vues de la cour de Vienne sur la domination temporelle du Saint-Siège furent donc les seuls motifs qui déterminèrent la conduite qu'elle tint à l'occasion de la cérémonie du couronnement de Pie VIL
Cette conduite est une preuve peu douteuse de lâ vérité de ce que j'ai raconté plus haut. Le projet de l'Autriche, dévoilé dans les instructions données à son cardinal ministre , était , je le répète , de faire nommer à n'importe quel prix le cardinal Mattei,
Révolution eut établi un simulacre de république au Capitole et traîné Pie VI agonisant jusqu'au Calvaire de Valence, elle se retourna vers les puissances qui , dans des vues stupidement ambitieuses, Tavaient secondée et admirée, puis elle s'annexa leurs trônes ou leurs plus belles provinces. L'expiation arrivait quand le crime n'était pas encore entièrement consommé.
que Ton regardait à Vienne comme étant le plus propre à consolider et à assurer la possession des trois Légations. Annexées par la France après la paix de Tolentinô, elles avaient été récemment occupées par les armées impériales.
Mais la preuve la plus convaincante de ce que j'ai avancé au commencement de cet écrit se trouve dans ce qui va suivre. Ce que j'ajouterai sera d'autant mieux la conséquence de ce premier fait, que je l'appuierai sur les événements les plus positifs et non sur des illusions ou sur des conjectures. Je n'entends pas qualifier de plus positif ce dont je vais entretenir le lecteur, et bien que ce soit un fait trèsévident pour apprécier l'objet, la vérité môme de cet objet repose encore en quelque sorte sur des conjectures et sur des illusions. Je veux parler de l'invitation d'aller à Vienne que l'on adressa au Pape , en réponse à sa lettre de communication. Cet événement me semble si glorieux , à cause de la conduite tenue en cette occasion par le nouveau Pontife , que je ne crois pas pouvoir me dispenser de le relater très-brièvement.
A peine les compliments ordinaires pour l'élection de Pie VII furent-ils arrivés de la chancellerie impériale, que le ministre de cette cour — Herzan ' — fit au Pape les invitations et les prières les plus instantes pour que Sa Sainteté prît le parti d'aller à Vienne. Les insinuations et les démarches de Son Éminence s'adressèrent au Pape en personne ainsi qu'à celui qui
écrit côs lignes, et qui, en l^absence d'un secrétaire d'État, en reûipliâsait les fonctions. Pie VH avait diflféré le choix du ministre jusqu'à ce qu'il eût un État à gouverner, et j'avais été choisi par Sa Béa»titude pour continuer près d'elle , sous le nom de secrétaire de Sa Sainteté, les services que je rendais comme secrétaire du Conclave',
Le cardinal Herzan représentait que de ce voyage du Pape à Vienne résulterait un bénéfice incalculable dans l'intérêt du Siège apostolique ; que la connaissance personnelle de l'Empereur serait très-utile à Sa Sainteté pour le bien de l'Église et de l'État; que le Pape se trouvant à Venise , il ne fallait pas perdre une occasion si précieuse d'entreprendre un voyage dont le trésor impérial payerait tous les frais.
^ Note du cardinal Gonsaivi : a l\ n'est pas hors de propos ni étranger à mon sujet de raconter ce qui donna lieu à ce choix. Le cardinal impérial Hertan^ trois jours à peine après Télectioti du Pape, fit près de lui tous les efforts imaginables pour qu'il nommât secrétaire d'État le cardinal Flangini, sujet impérial en sa qualité de Vénitien, et sur lequel la Cour pouvait compter. Le Pape, qui, pour plusieurs bonnes raisons, n'en voulait à aucun prix» ne sut trouver un moyen terme plus heureux pour ne pas commencer son Pontificat pat un refus au ministre de César , que de répondre que, n'ayant pas encore d'Êiat, il ne croyait pas devoir nommer un secrétaire d'État sans nécessité. Pie VII ajouta que, pour toutes les affaires, il se servirait du prélat secrétaire du Conclave, sous le titre de secrétaire de Sa Sainteté. Ce fut ainsi que ce pfélat, qui, dès la àti du Cobclave, à*ëtait retiré dans son habitation à Venise , fut rappBlé K l'île de Saint-Georges après une très-courte absence. Il y revint honoré du même emploi près du Souverain Pontife. »
DU CARDINAL CONSALVL «95
A Taide de ces raisonnements et d^autres encore , ' llerzan déployait les ressources de son éloquence auprès du Pape ainsi qu'auprès de celui qui- lui servait de ministre 9 afin d'obtenir leur adhésion et d'accélérer le départ. Voyant que ses paroles ne parvenaient pas à résoudre les objections que le Pape opposait, il fit connaître (pour tenter tous les moyens de réussite) que tel était le désir de l'Empereur. Herzan s'imaginait que l'on n'aurait pas le courage de résister à un désir si clairement exprimé et à une invitation de Sa Majesté. Il croyait que la crainte de mécontenter le prince dont on devait es"^ pérer la restitution de la plus grande partie des dO'^ maines de l'Église l'emporterait sur toute autre con*^ sidération.
Mais le Pape répondit toujours qu'il était très-sensible à la bienveillance que Sa Majesté Impériale lui témoignait en lui démandant d'aller le voir à Vienne; que , de son côté , il souhaitait également et plus encore faire la connaissance personnelle de Sa Majesté et lui prouver de vive voix, son affection paternelle; que cependant il ne croyait pas que ses devoirs de Pasteur et de Souverain lui permissent, dans les circonstances actuelles , d'ajourner plus longtemps son départ pour Rome ; qu'en conséquence, il était obligé, quoique avec peine , de renoncer à la grande satisfaction que le voyage de Vienne lui aurait procurée. Pie VII conclut en disant qu'il était certain que, dans sa sagesse et dans sa piété , l'Empereur apprécierait
très-bien la justice des motifs allégués. Les tentatives réitérées du cardinal Herzan , qui ne s'avoua pas si promptement vaincu , furent toujours inutiles , et le Pape donna dans cette épineuse négociation, la première de son règne, une preuve remarquable de fermeté, de discernement et d'attachement à ses devoirs. Il ne se laissa point gagner par la déférence due à la volonté d'un Prince, le plus puissant de cette époque, et la crainte d'encourir sa disgrâce ne put rien sur lui. Il prouva que , dans sa pénétration , il s'était rendu compte des égards qu'il devait à toutes les cours, afin de ne pas fournir de prétexte à la jalousie et au scandale de ceux qui auraient pu penser qu'en courant à Vienne au lieu d'aller à Rome , il préférait les avantages temporels à ses devoirs spirituels. Pie VII avait aussi compris qu'il ne pouvait pas déplaire aux Romains soupirant après son arrivée, et qu'il importait à sa tranquillité de ne pas s'embarquer dans une entreprise susceptible de provoquer de sérieuses difficultés, qui naîtraient évidemment de la résistance aux demandes objet principal et connu de cette invitation.
Mais il est temps de parler du fait plus positif que tous les autres, et qui fournit la preuve la plus péremptoire de ce que j'ai avancé au commencement de mon récit. Le refus du Pape d'aller à Vienne va déterminer les événements dont il me reste à parler.
La Cour impériale avait perdu l'espoir d'amener Pie VII au palais de l'Empereur. Peu de temps après,
on vit arriver tout d'un coup de Vienne à Venise le marquis Ghislieri, en qualité d'envoyé de TEmpereur à Sa Sainteté. C'était un Bolonais employé à la chancellerie de l'Empire.
II apportait une lettre de créance de Sa Majesté Impériale au Pape, pour l'accréditer dans son intervention. La présence à Venise du cardinal Herzan, ambassadeur de Sa Majesté près du Saint-Siège, fit voir avec surprise la mission de Ghislieri. D'ailleurs cette mission n'était accompagnée d'aucune qualification révélant bien précisément une charge extraordinaire destinée à féliciter le nouveau Pape sur son exaltation ou autre chose semblable. Après avoir reçu Ghislieri avec les égards dus à celui dont il était l'agent diplomatique, on chercha â deviner le véritable sens d'une telle mission, qui, dans ses apparences, n'en offrait aucun digne de fixer la pensée, soit de celui qui recevait l'envoyé, soit du public luimême. On ne tarda pas cependant à connaître la cause de son voyage et à en pénétrer le mystère.
Avant de s'adresser au Souverain Pontife, Ghislieri s'en ouvrit au prélat-secrétaire, avec lequel se traitaient les affaires. Ghislieri lui fit donc savoir, pour qu'il en parlât à Sa Sainteté, que la Cour impériale, alors maîtresse de l'État pontifical jusqu'aux portes de Rome, était très-disposée à restituer au Saint- Siège les provinces occupées récemment par ses armes, à l'exception des trois légations de Ferrare, Bologne et Ravenne. Il ajouta que l'intention de l'Em-
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pereur* était de garder ces provinces, naguère acquises par les Français au traité de Tolentino. Ces légations, disait*il, n'appartenaient plus au Saint- Siège, et la chancellerie impériale demandait une nouvelle cession confirmative de celle de Tolentino. Ce serait compenser ainsi la perte du Patrimoine de Saint»Pierre , qu'elle était prête à rendre.
Le pro-secrétaire d'État fut surpris outre mesure de ce discours. Les projets de l'Autriche sur les trois Légations lui étaient déjà connus, puisqu'il avait eu l'occasion de les entrevoir quand se déroulaient les événements racontés tout à l'heure. D'autres indices et d'autres preuves abondaient ; mais le pro-seorétaire d'État ne s'était pas imaginé qu'on oserait en faire la demande aussi ouvertement. Il dit donc à Ghislieri qu'il porterait ses paroles à la connaissance de Sa Sainteté , mais qu'il croyait devoir le prévenir avec autant de franchise que de conviction de ne pas se créer de chimères, car le Pape ne se prêterait jamais à une* semblable transaction.
Ghislieri énuméra au pro-secrétaire les périls qu'entraînerait ce refus par rapport à la reddition du reste des États pontificaux. Les menaces ne furent pas plus favorablement accueillies. Le pro*secrétaire , ayant raconté toute cette entrevue au Pape, reçut ordre précis de répondre par une négative absolue. Il est facile de se figurer combien Ghislieri y fut sensible. Il prit la résolution de s'adresser directement au Pape sans autre intermédiaire, Il reçut de la bouche
même de Pie VII la réponse à laquelle il devait s'attendre, ce qui ne le découragea pourtant pas. Il ne 0e contenta point de parler une seule fois à Sa Sainteté ainsi qu*au ministre, mais il revint souvent à la oharge et plusieurs jours de suite. Enfin Tardent désir que la Cour impériale manifestait d'obtenir une cession pacifique et volontaire, cession qu'on ne pourrait plus désormais taxer d'injustice, de mauvaise foi, d'extorsion par la violence ou par la crainte, tadente in constantem virum, ou de tout autre soup* çon que le Saint-Siège avait su opposer à la cession de Toletttino, engagea Ghislieri à venir, comme on dit, à jubé. Il dévoila au plein jour ce que, dans le cas d'un refus obstiné , on lui avait enjoint de pro* poser. Il annonça donc au pro-^secrétaire d'État que sa cour, pour prix de la cession des deux légations de Bologne et de Ferrare faite par le nouveau Pape, céderait la troisième, c'est-à-dire les Romagnes, moins cependant une certaine portion touchant à l'une des deux autres et qu'il lui serait agréable de garder.
Mais ni cette offre, ni aucune instance, ni les menaces de ne rien restituer du tout, menaces que l'ardeur juvénile de Ghislieri lui faisait fréquemment proférer, ne purent jamais effrayer le Pape et Tame* ner à souscrire à ces prétentions.
Pie YII cependant, loin de se borner à refuser la nouvelle cession que l'Autriche exigeait de lui , fit la demande formelle des trois Légations, et il la renou» vêla avec les plus vives prières. On peut se figurer de
quelle manière fut accueillie cette demande par les . hommes qui s'acharnaient à exiger la confirmation de l'acte spoliateur. Le Pape ne prit aucun souci des arguments de Ghislieri , et il s'adressa directement à la Cour impériale, par le moyen d'une lettre officielle rédigée à la pro-secrétairerie d'État et écrite au baron de Thugut, alors premier ministre à Vienne, Sa Sainteté minuta en même temps deux lettres autographes à l'Empereur et à son premier ministre*. Ces deux lettres tendaient à revendiquer tous ses droits' sur les provinces envahies.
L'Empereur et son ministre n'en accusèrent jamais réception, soit par voie diplomatique, soit par voie privée , de sorte que ces dépèches restées sans effet prouvèrent que l'on manquait, en n'y répondant pas, au respect et à la dignité de celui qui les avait écrites. Le Pape ne recevant aucun signe de vie de la Cour impériale et ne pouvant rien obtenir de Ghislieri , à qui il renouvela fréquemment ses instances,, afin de satisfaire aux devoirs imposés par sa qualité d'administrateur du Patrimoine de Saint-Pierre , ter-
^ Note du cardinal Consalvi : « Il importe de remarquer ici que tout ce qui, dans ces Mémoires, a rapport aux démarches de la cour de Vienne pendant le Conclave, et après le Conclave pour la nouvelle cession des trois Légations et peut- être aussi du reste, si les circonstances et la fin de la guerre n'étaient venues s'y opposer, fut l'œuvre spéciale du baron de Thugut, qui parvint à fermer toutes les issues permettant d'arriver à la personne de l'Empereur. Nous avons des preuves très-évidentes et démontrant que Thugut surprit la religion et la justice si connues de Sa Majesté, et qu'il en abusa., n
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mina un jour son audience par ces paroles remarquables à cause de leur confirmation si prompte, confirmation qui , à cette époque , n'était ni croyable ni présumable.
Pie VII dit donc à Ghislieri « que, puisque l'Empereur se refusait obstinément à cette restitution que la religion et la justice commandaient également , il ne savait plus qu'ajouterpour le convaincre, ayant inutilement épuisé toutes les paroles et tous les arguments les plus persuasifs; que cependant il fallait que Sa Majesté prît bien garde de placer dans son vestiaire des habits qui n'étaient pas les siens, mais ceux de l'Église, car non-seulement elle ne saurait en jouir, mais encore ils pourraient communiquer la teigne à ses propres vêtements, c'est-à-dire à ses États héréditaires. »
Le marquis Ghislieri se contenant à peine , en face du Pape, auquel il ne répondit pas à ce sujet, courut aussitôt se plaindre amèrement au pro-secrétaire d'État. Il lui dit tout en colère que le nouveau Pontife était jeune dans le métier ; qu'il connaissait bien peu la puissance de l'Autriche, et que pour ronger sa garde-robe, il fallait beaucoup, beaucoup, beaucoup ^ .
^ Depuis quatre ans les Ëtats pontificaux sont encore devenus la proie d'un envahisseur. Ce n'est plus TAutriche qui désire garder ces annexions de seconde main , c'est le Piémont , prétendant que les Légations , les Marches et l'Ombrie se sont vouées à l'unité italienne dans le guet-apens d'un suffrage universel précédé d'un guet-apens militaire. Par le refus si catégoriquement pontifical de Pie VU, on voit que la conduite de ses successeurs est toute tracée , et que le non possumus ne date pas d'hier.
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Le prchsecrétaire d'État répliqua que le Pape ne s'était certainement exprimé de la sorte qu'en pénér trant dans la sacristie , comme le dit le proverbe. Qu'en ces sortes de matières tout peut arriver faci" lementy parce que tout est possible à Dieu^ mais qu'il se flattait que ce tout ne s'accomplirait pas; que Sa Majesté Impériale ne s'exposerait jamais à un pareil risque , et que sa piété la porterait certainement à condescendre aux prières du Saint-Père pour la restitution des États de l'Église.
Néanmoins l'événement justifia cette prédiction pontificale. Deux mois ne s'étaient pas écoulés que la bataille de Mârengo faisait perdre à la maison d'Autriche non^sieulement les trois Légations , mais encore ses États de Lombardie, Bientôt las victoires successives des Français lui enlevèrent la Vénétie, les États allemands, et jusqu'à sa capitale, qu'il fallut racheter deux fois par la paix la plus cruellement déiavantageuse,
Je ne terminerai pas cette narration sans raconter brièvement le départ du Pape de Venise et son retour à Rome, Ce voyage se lie avec tout ce que j'ai dit jusqu'ici ; il prouve une fois de plus quelles étaient les vues de la cour de Vienne sur les trois Légations. Ces vues, on le sait, avaient inspiré certaines ma*nœuvres pour diriger le choix du Pape sur le sujet que la chancellerie autrichienne jugeait d'avance disposé à la seconder.
La Cour impériale avait échoué dans l'élection du
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Pape qu'elle souhaitait afin d'atteindre ses fins. Le nouvel élu venait de lui dénier la confirmation du traité de Tolentino^ qu'elle«>mèn)e ne se préparait pas à rompre. A Toccasion du voyage du Pape, la chancellerie de Vienne donna une preuve patente du peu de cas qu'elle faisait de la dignité et de la vie du Pontife assis sur la chaire de saint Pierre,
En déclinant l'invitation d'aller à Vienne, Pie VU avait notifié son invariable résolution de partir pour Rome, Aussitôt la Cour impériale saisit qu'il devrait, afin de rentrer dans ses États, traverser les trois Légations, ou tout au moins deux d'entre elles, si de Bologne on lui faisait prendre la route de Florence au lieu de celle des Romagnes. Le cabinet autrichien appréhendait beaucoup les eQets d'un semblable voyage , à travers ces contrées qui désiraient se replacer sous la domination pontificale , et qui , certainement » auraient, pendant le trajet, acclamé le Pape comme leur souverain légitime, sans qu'on pût s'y opposer par la force. La décence et les égards dus au Chef de l'Église ne permettaient pas de sévir contre de pareilles manifestations, Pour ne point s'exposer à cette contrariété , il n'y avait qu'un parti à prendre, parti toutefois qu'aucune nécessité ne justifiait, et qui était si étrange que son étrangeté même devait en voiler à l'Europe la véritable cause.
Mais sans s'arrêter à ces justes réflexions, on obligea le Pape à faire le voyage par mer en s'embarquant à Venise pour Pesaro, ville non comprise dans
les trois Légations, et qui par conséquent était la première étape de ce qui restait du domaine pontifical. Quoiqu'il n'y eût dans le port vénitien aucun navire en état de transporter le Pape et sa suite, cette circonstance ne fit pas renoncer à l'idée du voyage maritime. Le gouvernement autrichien ordonna de préparer la Bellone, seule frégate très -mal équipé^ qui fût alors dans l'arsenal. Le Pape hâtait tout afin d'effectuer son départ. Voyant que le temps nécessaire pour fréter la Bellone contrastait trop avec son empressement, il ne laissa qu'à peine le loisir de faire les arrangements indispensables. On aura une idée de l'état de ce navire quand j'aurai dit qu'il n'y avait pas même de four et qu'il fut impossible de faire cuire du pain pendant la traversée. C'est donc sur Jce vaisseau dépourvu de toutes les commodités de la vie , privé de marins habiles et en nombre suffisant, que Pie VII s'embarqua avec quatre cardinaux, le prélat pro-secrétaire et les autres prélats du plus strict service. Le marquis Ghislieri se joignit à la petite cour du Pape , sous prétexte de faire les honneurs de la Bellone y cm plutôt, d'après ce que j'ai entendu dire, en qualité de geôlier du Souverain Pontife. Le Pape et sa suite traversèrent la douane en gondole pour rejoindre le bateau qui était à l'ancre dans le port de Malamocco.
On ressentit bientôt les premiers effets de tant de mauvais préparatifs. Au moment du départ, il fut impossible à la frégate de sortir du port parce qu'elle
tirait trop d'eau. Il fallut passer la nuit tout entière et la consacrer à débarquer presque tous les canons, dans l'espoir d'alléger le bâtiment. Enfin on put quitter la côte au point du jour. Mais ce voyage , si mal organisé et si mal commencé, devait se poursuivre plus déplorablement. Bien qu'on n'eût à subir aucune violente tempête, cependant les vents peu favorables et plus encore l'incapacité des marins et le manque de tout ce qui est nécessaire à une bonne traversée exigèrent pour un voyage de vingt-quatre heures un espace de temps dix fois plus long. Au lieu de toucher à Pesaro , la frégate aborda à Portofino , sur la plage opposée , où elle relâcha près de quarante-huit heures , attendant une mer plus propice , bien que tous les autres navires, même les plus petits, et les bateaux pêcheurs, résistassent au mauvais temps. Mais la Bellone était dénuée de trop de choses et spécialement de matelots expérimentés , pour suivre l'exemple général. On sortit enfin du port de relâche ; et , après douze jours de la plus incommode navigation , nous arrivâmes à Pesaro , où des barques vinrent chercher le Pape et sa suite. Le port de Pesaro étant trop petit pour recevoir la frégate, elle avait jeté l'ancre à peu de distance. Dès que le Pape eut pris terre , elle alla se ravitailler à Ancône. Le Souverain Pontife, toujours accompagné du marquis Ghislieri, continua son voyage par terre, passant à petites journées de Pesaro à Sinigaglia et Ancône , où il arriva presque au même moment que la nou-
velle de la grande défaite des Autrichiens à Marengo.
Cet événement amena bien vite F armistice et la cession simultanée de onze forteresses , du Piémont , de la Ligurie, de la Lombardie et de tout le pays jusqu'à TAdige. Ainsi ^ en un seul jour, la maison d'Autriche perdit non-seulement les trois Légations et les Etats qu'elle avait enlevés à d'autres princes pendant les revers des Français, mais encore une notable» partie de ses propres États.
Le marquis Ghislieri, homme religieux et probe autant que plein du feu de la jeunesse , ne put s'empêcher de dire au pro-secrétaire , en écoutant le récit de semblables désastres, qu'il voyait malheureusement se réaliser la prédiction du Pape , prédiction qui lui avait paru si impossible et si blessante quand il l'entendit à Venise.
Pie VII poursuivit son voyage à petites journées , et à Lorette, le marquis Ghislieri lui notifia la restitution de l'État pontifical à partir de Pesaro jusqu'aux envii*ons de Rome. Les Impériaux gouvernaient encore les provinces, et ils avaient quelques détachements de troupes cantonnés dans diverses localités. Ils n'étaient en nombre qu'à Ancône, qu'ils conservèrent comme poste militaire , sans se mêler jamais du gouvernement jusqu'à leur embarquement pour Venise. Ce fut à Fohgno que le marquis effectua la reddition du domaine temporel.
Le Pape poursuivit ensuite sa marche en souverain et il arriva à Rome le 3 juillet 4800. Les troupes
napolitaines qui occupaient la cité pontificale vin* rent à sa rencontre à environ dix milles. Pie VII entra dans sa capitale au milieu des acclamations d'un peuple ivre de son retour, retour qu'il avait si longtemps désiré.
Avant de se** rendre au palais de Monte ^Cavallo, il voulut aller à la basilique Vaticane pour vénérer les reliques des saints Apôtres. Il se transporta immédiatement après au Quirinal, où le soir même le général Vassali, au nom du roi de Naples, lui confirma la restitution de la partie de ses États que Tarmée sicilienne croyait lui avoir conservée. Toute^ fois ces troupes continuèrent à occuper Rome jusqu'à Terracine , — comme poste militaire , disait-on , — et elles n'évacuèrent le pays pour se retirer sur leur territoire que quelques mois plus tard, c'est-à-dire à la paix de Florence,
Le duché de Bénévent — on sait qu'il est enclavé dans le royaume de Naples — né fut pas délivré aussi prompt ement. Les soldats napolitains y tinrent garnison longtemps encore, et l'exercice de plusieurs actes de juridiction civile, les formes ambiguës avec lesquelles on accueillit l'administration pontificale , qu'on n'osa pas brusquement mettre à la porte lorsque le Pape la délégua, firent bien comprendre les intentions de la cour de Naples sur ce duché* Les hasards successifs de la guerre l'empêchèrent seuls de réaliser de pareils desseins.
En finissant, je veux avertir le lecteur qu'il existe
un journal écrit par moi sur le Conclave et rédigé pendant le Conclave même. Les malheurs passés ne l'auront pas fait disparaître , je Tespère, ou tomber au pouvoir de celui qui a tout pris * .
J'y ai noté ce qui a rapport au nombre des votes journaliers exprimés dans les scrutins, ainsi que d'autres détails semblables. Il est évident que s'il se rencontre ici quelque chose en désaccord avec ce que j'ai avancé dans ma première rédaction, il faut préférer l'autorité de celle-ci à l'autorité de celle-là, parce que le temps et le défaut de mémoire peuvent y avoir glissé des erreurs involontaires. Il est toutefois bien certain que ces différences, si elles existent, ne tombent sur aucun point substantiel , mais seulement sur des incidents.
Je me propose de corriger cet écrit et d'en polir le style quand j'aurai terminé les autres mémoires qu'il est important d'écrire d'abord.
Reims, en l'année 18i2. •
E. Gard. Consalvi.
* Le journal dont parle Consalvi dans ce passage de ses Mémoires n'a point disparu. Celui qui prenait tout n'avait guère le temps de s'occuper des scrutins et des votes d'un Conclave vieux de douze années. Bonaparte s'occupait peu d'histoire ancienne ; le journal de Consalvi se trouve donc parmi ses papiers. Ce n'était ni une ville, ni une province , ni un royaume. Il ne fut jamais jugé digne d'être annexé au grand Empire. Nous avons ce journal sous les yeux , et ëans son ensemble ainsi que dans ses détails, il confirme pleinement les récits du Cardinal exilé.
SUR