LE 15 JUILLET
SOMMAIRE
Bonaparte, vainqueur à Marengo, fait proposer au Pape d'arranger avec lui les affaires religieuses de France. — Spina et Caselli à
^ Paris. — Les négociations préliminaires n'aboutissent pas. — Cacault arrive à Rome sans mission apparente. — Difficultés de toute sorte s'élevant contre le Concordat. — L'intimation des cinq jours signifiée à Consalvi et au Pape par le Premier Consul. — Entrevue de Consalvi et de Cacault. — Le ministre français, à bout de voies et de moyens , propose au Cardinal secrétaire d'État d'aller lui-même à Paris pour résoudre toutes les questions. — Effroi de Consalvi. — Si vis mittere, mitte gratum, — Objections et réponses. — r Le Pape , après avoir consulté le Sacré Collège , se décide à charger Consalvi de cette grande mission. — Cacault et le Cardinal partent dans la même voiture, afin de dérouter la curiosité publique et les passions révolutionnaires. — Anxiété de Consalvi. — Il arrive à Paris. — Sa première audience aux Tuileries. — Les surprises du Premier Consul. — L'abbé Bernier et le prince de Talleyrand. — Bonaparte recevant un cardinal. — Toujours l'intimation des cinq jours. — Les notes et le mémoire. — Le comte de Cobenzel et la Catholicité. — Les cinq jours accordés se prolongent. — Les biens ecclésiastiques et les anciens Évêques. — Corisalvi prenant contre Bonaparte fait et cause en faveur des libertés gallicanes. — Le résultat des conférences. — Le Concordat est achevé. — Signature solennelle du traité. — Joseph Bonaparte et les deux autres plénipotentiaires français. — Le faux Concordat. — Le Cardinal s'aperçoit de la supercherie et refuse de signer. — Aveu de l'abbé Bernier. — La conférence
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de vingt-quatre heures. — Luttes sans trêve du Cardinal. — L'article en question. — CuUus publicus erit. — Résistance de Consalvi. — Le dîner aux Tuileries. — Bonaparte voulant ressusciter Henri VIII d'Angleterre. — Spina et Caselli déclarent à Consalvi qu'ils sont disposés à l'abandonner dans cette crise suprême. — La dernière conférence. — Explications sur la liberté et la publicité du culte. — Ce que seront les règlements de police. — La discussion et les restrictions. — Joseph Bonaparte fait accepter au Premier Consul l'œuvre de Consalvi. — Le Concordat. — Le Cardinal déclare à Bonaparte que le Pape n'a voulu et ne veut demander 'aucun avantage temporel. — Entrevue du Premier Consul et du Cardinal. — Constitutionnels et non-constitutionnels appelés aux évêchés. — Les premières difficultés au lendemain- même de la signature du traité. — Rédaction anticipée de la bulle. — Consalvi et la torture morale. — Il part pour Rome. — Le Saint-Siège en face du Concordat. — Pie Vil et le Sacré Collège. — Un cardinal-légat désigné par Bonaparte, — Les lois organiques et leur intrusion sous le couvert du Concordat. -^ L'Église proteste. — Les évêques constitutionnels subrepticement institués. — Les douleurs de TÉglise. — Pie VII et le schisme. — Le voyage du Pape à Paris pour le couronnement a été entrepris dans Fespérance que les lois organiques et le schisme constitutionnel auraient un terme.
Après avoir rédigé les Mémoires sur le Conclave dans lequel le Souverain Pontife Pie Vil fut élu, j'écris ceux qui regardent le traité ecclésiastique négocié entre lui et le gouvernement français. C'est l'événement qui, après l'élection du Pape, mérite d'être connu tout d'abord dans son entière vérité, non moins pour son importance intrinsèque qu'à cause des questions si nombreuses et si graves auxquelles il se lie.
En commençant ce travail , je n'ai qu'un but : exposer la raison du Concordat , les péripéties des né-
gociations, sa conclusion et sa publication à Paris et à Rome.
Composant ces mémoires presque après onze ans d'intervalle et sans avoir sous les yeux les documents relatifs au sujet , non-seulement il y manquera peutêtre certains faits et circonstances qui ne sont plus présents à mon esprit, mais il pourrait se faire qu'il s'y glissât encore quelque erreur, une date douteuse ou autre chose semblable. Néanmoins il ne s'y rencontrera rien assurément que de très-exact et de très-vrai, quant à la substance, et je n'omettrai rien de ce qui pourra servir au but indiqué plus haut.
En outre, il sera facile de s'appuyer sur ce que je vais raconter pour infirmer et réfuter tout autre écrit qui accuserait des mobiles, des événements et des conclusions en opposition avec ce qui est dit ici.
Je révélerai enfin sous quelle inspiration et avec quel respect de la bonne foi chacune des deux parties a procédé dans cette affaire , Tune des plus importantes de l'histoire de l'Église.
Le Saint-Père arrivant de Venise , où il avait été créé Souverain Pontife dans le Conclave qui s'y tint , rentra à Rome le 3 juillet 1800. A peine remis en possession de l'État pontifical par les deux cours de Naples et de Vienne, qui l'avaient envahi pendant les revers des Français en Italie , Pie VU eut de justes motifs d'appréhender une seconde invasion dé ses domaines. Il redoutait aussi d'être forcé d'aller récla-