LE PAPE PIE VII, REVENANT DE PARIS A ROME
Notre Cardinal très-aimé,
Quoique nous soyons certain que vous êtes exactement informé des détails sur notre voyage , nous voulons cependant vous donner aussi directement de nos nouvelles.
Nous avons fait jusqu'ici un heureux voyage , et notre santé n'a point souffert . Nous devons en remercier vivement Notre-Seîgneur.
Nous ne pouvons assez nous louer du peuple français , qui nous a prodigué des témoignages non équivoques de respect et d'attachement. Nonobstant cela, vpus devez bien vous imaginer avec quelle ardeur nous désirons reprendre notre façon de vivre ordinaire, nécessairement changée par le voyage.
Nous espérons être à Rome vers le milieu du mois
prochain^ ma^ nous ne pouvons point encore préciser le jour, pour les raisons qui vous ont déjà été ' communiquées.
En attendant y nous vous assurons de raffection particulière avec laquelle nous vous donnons notre paternelle bénédiction apostolique.
Donné à Saint-Jean de Maurienne , 22 avril 4 805 , sixième année de notre pontificat.
Notre Cardinal bien-aimé ,
Nous avons reçu ici, à Turin, deux de vos lettres, Tune datée du 27 mars, l'autre du 3 de ce mois.
L'une et l'autre me prouvent toujours davantage l'attachement que vous portez à notre personne, l'intérêt vif et sincère pour notre conservation, et la joie surabondante que vous ressentez de notre retour, sentiments trop naturels à votre cœur, que nous connaissons par une si longue expérience , et dont nous n'avons jamais douté ni ne douterons jamais. Soyez bien assuré que nous en éprouvons la joie la plus douce , et nous désirons que vous fassiez aussi savoir au peuple de Rome combien notre âme a souffert , en restant, durant plusieurs mois, éloigné de la ville qui est l'objet de nos soins et de nos pensées, et vers laquelle nous retournons avec les transports les plus tendres de notre amour paternel.
Nous sommes arrivé jusqu'ici sans ressentir les incommodités d'un long et pénible voyage. Nous espérons continuer notre route avec le môme bon-
heur jusqu'à la capitale de notre État, ^inous n'avons pu lui èlre utile , Dieu voit combien nous en sommes affligé. D'ailleurs , nous savons que sa main toutepuissante n'est point raccourcie.
Il nous sera bien agréable de rencontrer sur un point quelconque de notre État l'archiduchesse Marianne , et nous ne serons pas moins heureux de revoir M. le cardinal duc d'York, auquel nous ne saurions être trop reconnaissant pour TafiFection qu'il nous conserve. Assurez-le en notre nom que nous l'aimons avec la plus vive tendresse, et que nous faisons grand cas de ses rares vertus.
Quant aux dispositions à régler par suite de la mort de Mgr Martinelli, et des autres également, nous nous réservons de les prendre à notre retour," en ayant égard à ce que vous nous avez sagement fait observer. En attendant, en gage de notre affection particulière, nous vous donnons vraiment de cœur notre bénédiction apostolique.
Donné à Turin , 26 avril 1 805 , sixième année de notre pontificat.
Notre très-estimé Cardinal,
Un des principaux motifs qui, à notre approche de Rome , remplit notre cœur de contentement, c'est de revenir au milieu d'un peuple si attaché à notre personne. Mais ce doux sentiment est encore plus vivement excité par le désir de revoir en vous la personne la plus utile, et, disons encore, la plus nécessaire à
nous-mème ^ qui connaissons si bien la vertu , Tactivilé et les talents dont vous êtes doué. Nous voici , pouvons-nous dire , aux portes de notre capitale , préservé de tout malheur par la main du Tout-Puissant, durant un si long voyage, consolé par la religion des populations, et pénétré de tant de démonstrations et de tant de réceptions cordiales dans tous les endroits, et notamment dans cette généreuse et si pieuse Cour.
Nous avons été extrêmement satisfait, mais nullement surpris, de la prévoyance que vous avez eue de nous envoyer ici des cadeaux, en pensant avec raison qu'il ne devait guère nous en rester, et nous trouvons très-convenable ce que vous suggérez par rapport aux cadeaux à faire à la Reine.
Pour ce qui regarde Tafifaire d'Espagn,e, vous connaîtrez par les dépêches de M. le cardinal Antonelli ce dont nous sommes convenu.
Nous verrons avec bien du plaisir le prince royal de Bavière, et nous lui prouverons très-certainement notre affection particulière et tous les égards que mérite un Prince si distingué et si pieux.
En attendant, nous vous assurons toujours davantage de notre affection et estime , et nous vous donnons avec la plus sincère effusion de notre cœur notre bénédiction apostolique.
Donné à Florence, le 8 mai 1805, sixième année de notre pontificat.