‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 6 sur 59 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

Notre Cardinal très-aimé ,

Vos premières lettres, datées de Londres, nous ^ont pénétré de la plus douce joie, et le Sacré Collège tout entier s'y associe complètement. Le succès d'un seul fait la joie de tous. Dieu est véritablement et plus que jamais admirable dans ses desseins. En moins de six mois, nous passons du Calvaire de Fontainebleau au Thabor de l'Europe. Nous nous réjouissons avec vous de Taccueil qui vous est fait en Angleterre, et surtout de la gracieuse amitié que vous prodigue le Prince régent. Nous vous prions et. nous vous ordonnons de témoigner à Son Altesse Royale l'expression de notre plus affectueuse et sincère gratitude. Mais au milieu de ces événements qui, par leurs merveilles^ confondent la raison humaine, nous ne devons pas nous laisser éblouir par tant de félicité^ successives. Vous n'êtes pas seulement chargé d'une grande mission diplomatique, vous êtes encore lo représentant du Vicaire, de lésus- Christ sur la terre.

A ce titre , nous vous recommandons d'avoir des entrailles de père en faveur de ces pauvres Catholiques anglais et irlandais , qui depuis des siècles, et de génération en génération, souffrent dans leurs biens, daffs leur liberté et dans leurs droits, pour

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rester fidèles à la vieille foi de leurs aBoéifes; Yoif s ^tos . le premier Cardinal qui ^depuis la reiae-Élis^betli^^ ait obtenu la permission de fouler le sol de la Grandir} Bretagne. Ce privilège oblige, et qous ce devons paS; fermer Toreille au cri des persécutés. Il n'est donç^ pas besoin de vous dire ce que TÉglise attend de vous. Nous vous connaissons assez pour savoir que vous profiterez avec modération et prudence de la situation exceptionnelle qui vous est faite. U ne faut rien précipiter; mais aussi il ne faut rien oublier pour adoucir le sort des Catholiques. Par une faveur dont nous devons remercier le Ciel^ le Prince régent vous comble d'égards et vous a pris en singulière estime. Faites germer dans son cœur le désir de se montrer juste envers des sujets qui n'ont jamais trahi leurs devoirs de citoyen, et vous verrez que ce petit grain de sénevé portera des fruits abondants. Semez, semez toujours; il n'y a que le moissonneur qui sache plus tard le nombre des gerbes.

Votre réception à Londres est d'un heureux augure pour votre pleine et entière réussite à Vienne. Le Prince régent vous donne son appui, et nous voyons le moment désiré où nous pourrons du même coup, avec l'assistance d'un souverain protestant \

> Dans la minute d'une lettre écrite par Consalvi au pape Pie VII, et dont nous n'avons retrouvé qu'un feuillet, nous lisons le passage suivant : « Le Prince régent et la plus haute aristocratie^ preiukeni à tâche -de me combler de toute sorte d'égards et de pré*venances les pUis amicalement respectueuses. Et, dans nos entre* tiens familiers, lorsque, avecdouceur et à propos , j'amène la con-

arriver à la consolation de la sainte Eglise et au bonheur de nos peuples. Nous vous en reportons d'avance toute la gloire , et c'est avec cette paternelle pensée que nous vous donnons de cœur notre bénédiction apostolique.

De notre palais du Quirinal, le 21 juin \ 81 4, quinzième année de notre pontificat.

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