PIB VU AU CARDINAL CONSALVI, A ROME
Notre Cardinal bien-aimé ,
Puisque votre santé ne se rétablit pas , et que les affaires ne cessent de vous préoccuper, nous désirons très-vivement que vous preniez enfin quelques jours de repos pour mener ensuite à bon* terme les diverses négociations dont vous êtes chargé. Les insomnies que vous éprouvez et. les travaux incessants auxquels vous vous livrez presque à notre insu et
contrairement à notre volonté , sont pour notre cœfiir un chagrin continuel. Nous tenons à vous conserver au gpuve<rnewient de l'État, et le meilleur moyen d'arriver à ce but de nos désirs, c'est de ne pas épuiser votre vie dans des travaux au*dessus des forces humaines. Vous ne pouvez pas^ vous ne devez pas tout faire, et, grâce à Dieu, vous ^vez assez d'utiles et dignes auxiliaires pour vous permettre
. cte vous épargner un pe». Allez passer une ou deux semaines à Tivoli, ou à Porto-d' Anzio , ou, mieux encore, venez à Albano, ce qni vous rapprochera de Castel-Gandolfo , e^ embellira encore pour nous les beaux jours dont nous jouissons ici.
La famille de l'empereur Napoléon nous a fait connaître par le cardinal Fesch que le rocher de l'Ile de Sainte-Hélène est mortel , et que le pauvre exilé se voit dépérir à chaque minute. Nous avons appris cette nouvelle avec une peine infinie , et vous la partagerez sans aucun doute, car nous devons nous souvenir tous les deux qu'après Dieu c'est à lui principalement qu'est dû le rétablissement de la Religion dans ce grand royaume de France. La pieuse et courageuse initiative de 1804 nous a fait oublier et pardonner depuis longtemps les torts subséquents. Savone et Fontainebleau ne sont que des erreurs de
. l'esprit y ou des égarements de l'ambition humaine ^ ;
* Dans la Bulîe d'excommunication de 4809, qui ftit Fnn des
' phis ^mers soucis de Fempereur Napoléon , se trouvaient des
paroles prophétiques que l'histoire doit mettre en regard de cette
n » INTRODUCTION.
le Concordai fut un acte chrétiennement et héroïquement sauveur.
La mère et la famille de Napoléon font appel à notre miséricorde et générosité ; nous pensons qu'il est juste et reconnaissant d'y répondre. Nous sommes certain d'entrer dans vos intentions en vous chargeant d'écrire de notre part aux souverains alliés et notamment au Prince régent , qui nous a donné tant de témoignages d'estime. C'est votre cher et bon ami, et nous entendons que vous lui demandiez d'adoucir les souffrances d'un pareil exil. Ce serait pour notre cœur une joie sans pareille que d'avoir contribué à diminuer les tortures de Napoléon. Il ne peut plus être un danger pour quelqu'un; nous désirerions qu'il ne fût un remords pour personne.
leltre et de ce pardon sublimes. Le pape Pie VII s'exprime ainsi : « Pour nous, rassasie d'amertumes de la part de ceux de qui nous devions le moins en attendre, affligé autant qu'il est possible de rétre, nous gémissions moins sur notre situation présente que sur le sort futur de nos persécuteurs. Car si le Seigneur s'est mis un peu çn colère contre nous pour nous châtier et nous corriger, il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs; mais comment^ celui qui est l'auteur de tous les 'maux dont l'Église est accablée évitera-t-il la main de Dieu? Oui , le Seigneur n'exceptera personne, et il ne respectera la grandeur de qui que ce soit, parce qu'il a fait les grands comme les petits; mais les plus grands sont menacés des plus grands supplices. Plût à Dieu que nous pussions, aux dépens même de notre vie, détourner la réprobation éternelle, procurer le salut de nos persécuteurs, que nous avons toujours aimés et que nous ne cesserons pas d'aimer sincèrement! Plût à Dieu qu'il nous fût permis de ne pas sortir de cet esprit de charité, de cet esprit de douceur que nous tenons également de la nature et de notre volonté constante ! a
Nous avons reçu et lu une lettre très -fortement motivée du cardinal di Pietro, relative aux affaires religieuses de France. Nous vous la renvoyons, quoique nous soyons à peu près sûr qu'elle vous a été communiquée d'avance. Les exigences du cabinet de Paris sont trop absolues, et nous ne voulons pas y accéder dans la forme imposée. Faites comprendre cela à l'ambassadeur, et réglez la chose avec lui; mais ne cédez pas sur le point capital. Les détails s'arrangent toujours d'eux-mêmes.
En priant la divine Providence d'exaucer les vœux que nous formons pour le rétablissement de votre santé qui nous est si précieuse , nous vous donnons de cœur la bénédiction apostolique.
Gastel-Gandolfo, 6 octobre 4817.
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