PIE VII AU CARDINAL CONSALVI, AU CONGIES DE VIENNE
Notre bien-aimé Cardinal ,
Nous avons appris avec le plus grand plaisir par votre camérier que, malgré vos fatigues continuelles, vous jouissez d'une bonne santé. Nous voudrions cependant que vous eussiez un peu plus de soin de vous-même, et nous vous en prions trèsinstamment, car il nous parait bien difficile que vous puissiez continuer longtemps ainsi sans préjudice grave pour votre personne. Par vos dépêches, nous avons apprécié combien vous avez déjà fait jusqu'ici pour mener votre mission à bon terme, et nous en sommes très-satisfait. Que le Seigneur dai-
versation sur certains points religieux très-dëlicats à aborder, le Prince régent , me plaçant la main sur la bouche comme pour me condamner au silence et en réalité pour m'encourager à parler, s^écrie avec un accent inimitable d'effroi simulé et de bonhomie effective : a Taisez- vous, taisez-vous. Cardinal tentateur; quand je vous écoute, il me semble voir Henri VU! et sa fille Élisalteth me poursuivre comme des ombres vengeresses. »
INTRODUCTION. «î^
gne bénir vos fatigues, ce dont nous ne cessons de le prier; et, en attendant, nous vous donnons avec toute l'effusion de notre cœur la bénédiction apostolique.
Rome, 21 juillet 4814.
Notre très-cher Cardinal ,
Hier, dans la plus grande joie de notre âme, nous avons, avec la Ville entière, célébré TÂssomption de la bienheureuse Vierge Marie, et en bénissant cette Rome si pieuse et si dévouée, nous n'avons éprouvé qu'un regret , celui de ne pas vous avoir à nos côtés pour nous assister dans ce jour solennel. Aujourd'hui nous avons résolu de nous accorder quelques heures de vacances , et il nous est très-agréable de vous en offrir les prémices, à vous qui combattez si vaillamment et si discrètement pour le Saint-Siège. Nous vous écrivons donc à tète reposée, comme un ami à un ami , et nous prions Dieu de vous fortifier dans sa grâce et de permettre que vous puissiez réussir dans vos projets, qui sont tous consacrés à la gloire de l'Église et à l'avantage de ce Siège romain. A voire retour auprès de nous (plaise au Ciel que ce retour soit le plus prochain possible 1), vous aurez de grands travaux à entreprendre et à conduire à bonne fin. Nous vous ordonnons, en conséquence, de ménager vos forces et de ne pas épuiser votre santé , qui nous est plus précieuse que jamais.
Pacca va très-bien, et il a dû vous mander que
^g6 ÏNTRObUCTION.
HOùs nous étîofils décidé par conscience et par principe d^e justice à rétablir la Compagnie de Jésus. Daiis nos longs jours d'exil ou de prison, nous avions beaucoup médité sur ce triste passé , et nous nous étions promis de le réparer. La chose est accomplie aux applaudissements de tous les bons , et ce n'est pas vous qui vous plaindrez de voir Tannée des restàiiritiônW" exaucer Je vœu qui était dans toutes les Consciences catholiques.
Nous avons reçu une lettre du roi Marat,/ qui est pour nous un vague sujet d'inquiétude; il nous annonce qu'il s'est confidentiellement adressé à vous, = afin que le congrès lui rende la justice à laquelle il prétend avoir droit. Nous avons répondu à ce prince d'une manière évasive; mais, si, dans la mesure de vos moyens , vous pouvez lui être agréable ou utile, nous ne doutons ni de votre bonne volonté ni de vos eflforts. Là position du roi de Naples est évidemment très-fousse, et il serait très-bon pour lui et même avantageux pour Rome que cette position fût bien déterminée et régularisée. Traitez cette affaire, cpxi ne nous concerne que très-indirecteme&t , avec la réserve obligée, et seulement au point de vue des rapports de bon voisinage. Les questions politiques nef doivent pas trop> nous préoccuper, et vous saurez bien vous arrêter juste au point délicat. '■■■ j^ncore une fois, ménagez votre santé en souvenir de notre tendre affection et du besoin que nous avons de vos services et de votre expérience, et
recevez la bénédiction apostolique que nous vous donnons dans toute l'effusion de nôtre cœur.
Du Quirinal , \ 6 août 4844.
Notre Cardinal très-estimé ,
Nous avons lu vos dépêches^ que nous avons trouvées des plus intéressantes. Vous en aurez la preuve avant de recevoir cette lettre, à laquelle nous avons joint la réponse à celle que vous nous avez transmise du chevalier Hipsiley. L'avocat Verra vous remettra notre réponse aux demandes de M. de Gérando ; elle a été minutée avec la réserve que vous avez conseillée. Du reste, vous pouvez être assuré que pour toutes les déterminations susceptibles de faire naitre quelque embarras non prévu, on retardera autant que possible avant que de les prendre. Il faut cependant convenir que cette trouvaille (ritrovato) du congrès a rendu l'inaction bien difficile sur certains points.
Jusqu'ici on n'a pas même pensé à la promotion des Cardinaux, et nos deux sujets, qui ont été avisés de s'y préparer sous main, ont aussi été informés qu'il n'y a pas à se hâter, et que cela dépendra des circonstances dans lesquelles nous nous trouverons. De plus, nous avons même remis à novembre la promotion de l'infant d'Espagne.
Le bruit répandu hors de Rome de certaines rigueurs apocryphes a été l'œuvre des Jacobins. Tout le parti des bons se plaint de ce qu'on a été trop indulgent. A la réserve de quelques-uns , pour
l'exclusion desquels il y a les plus graves moti^, presque tous ceux qui avaient été révoqués sont rétablis dans leurs emplois, pour ne pas trop heurter l'opinion publique.
On devait s'attendre à ce que la résurrection des Jésuites exciterait la mauvaise humeur de la cabale dite philosophique et la janséniste; mais la mauvaise humeur de ces gens est la meilleure justification de tout ce qui s'est fait depuis le 7 août dernier'.
Quant à l'avocat Bartolucci*, pour le moment je ne puis vous dire précisément si tout ce qu'on raconte de lui est vrai; il est vrai cependant qu'ici universellement on croit qu'il y a tort des deux: côtés. On aura soin par la suite de bien examiner celte affaire ; et , en attendant, nous restons, en vous donnant de cœur la bénédiction apostolique.
Du Quirînal, %\ septembre 4844.
Notre Cardinal très-aimé ,
Aujourd'hui , 4 mai , fête de l'Ascension de Notre- Seigneur, nous avons tenu chapelle papale à l'-Annunziata, et, du haut d'une loge, donné la bénédiction solennelle au bon peuple de Gênes et à l'armée anglaise sous les armes et respectueusement age-
1 C*est le 7 août 48U que le Souverain Pontife a rétabli solennellement la Compagnie de Jésus.
2 Bartolucci, fiscale générale ou procureur général de Rome, fut sans contredit Tun des plus grands jurisconsultes du dix-neuvième siècle. Son nom et sa science font encore autorité dans la capitale du monde chrétien.
nouillée devant nous. Dans la complication des événements auxquels assiste TEurope, ce spectacle d*un Pape exilé et à qui les troupes protestantes rendent les souverains honneurs n*est pas le moins extraordinaire. Comme pour mettre le comble à notre bonheur, trois de vos lettres nous sont simultanément remises , et nous lisons avec joie toutes vos paroles de consolation et d'espérance.
Murât, dont nous sommes peut-être les seuls à regretter l'insigne folie, a cédé, sans réfléchir, à l'obsession de quelques conspirateurs qui rêvent l'indépendance de l'Italie, et à la tête de ses Napolitains, il va jouer sa couronne dans une bataille contre l'Autriche. On le dit découragé et vaincu d'avance. La dernière lettre qu'il nous a fait parvenir par les avant-postes autrichiens porte des traces visibles de celte prostration morale. Bonaparte , Ii^i aussi, s'est adressé à nous pour nous offrir paix et concorde. Nous n'avons pas encore jugé opportun de répondre à de pareilles ouvertures, car l'expérience nous a trop appris qu'à la première bataille gagnée les choses redeviendraient ce qu'elles furent. Nous gémissons devant Dieu de tout le sang qui va couler; mais nous avons la ferme conviction que notre retour à Rome sera très-prochain. Vos lettres nous confirment dans cette heureuse idée, et nous espérons que vous pourrez bientôt vous y retrouver avec nous, afin que nous ne puissions plus être séparés l'un de l'autre.
Nous avons écrit au Prince régent d'Angleterre ponr le reaiercier d'avoir mis sa flotte à notre dispositbn et fait servir ses régiments à la garde noblâ du Pape. On voit bien que vous êtes passé par là. Le roi de Sardaigne et toute sa royale maison nous entourent des soins les plus touchants, et ne cessent de nous prodiguer les témoignages de leur affection filiale. Ce pieux monarque a voulu vous charger personnellement d'une négociation épineuse auprès de l'empereur François. Vous la remplirez et vous réussirez. Les papiers relatifs à cette affaire sont sous ce pli. *
Dana, l'attente des événements qui vont décider du sort de l'Europe, nous élevons les mains vers le Ciel, afin que Dieu dissipe les conseils des méchants et accorde la victoire au bon droit ; puis, en gage de notre affection toute particulière, nous vous donnons de cœnr notre bénédiction apostolique.
Gènes, au palais Durazzo, le 4 mai 4S45.