CHAPITRE PBEMlfiR
Axiome de Louis XTV. — Les prétendantes à Palliance du duc de B€ixi.-«Le père de La Rue; son portrait j son jésuitisme. — Le comédien et le prédicateur. — Complot. — Les calomnies. — M"* d'Orléans; son portrait; ses vices; son éducation. — Le. duc de Berri ; son portrait physique et mpral. — M"^ de Saint-Simon, dame d'honnear de la duchesse de Berri. — Manœuvres de jDubois. — La femme de chambre de M. de Berri. -—Confidence an duc d'Orléans. — Le mariage. — Ses suites. -^Dubois retrouve sa femme. — Lapeifsion de douze cents livres.
Louis XJV avait dil en présence de la Maintenon : « Je ne veux pas que mes petits-fils aient
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a MÉMOIRES
des maîtresses; cek porte préjudice à la sanlé et à la religion/ )i Ces paroles du grand roi avaient annoncé à l'Europe que le duc de Berri était bon à marier. J'ai peine à croire qu il n^ût pas déjà désobéi a son grand-père sur l'article des maîtresses^ car il y a toujours des femmes à vendre autour des princes, et le duc de Berri, quelque dévot qu'il fut, n'aurait pas attendu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans pour savoir à quoi«s'en tenir; au reste , il épousa une princesse plus précoce que lui.
Depuis les infâmes calomnies qui avaieat plané sur le duc d'Orléans, il ne paraissait à la cour que rarement, et quand il y allait c'était toujours comme par contrainte. La ducbesse, dont l'ambitiop surmontait la paresse, fréquentait M"^ de Maintenon et la Dauphine, qui ne l'aimaient pas k cause de sa belle-mère et de son mari ; cependant elles vivaient dans les termes d'une amitié politique. M"' d'Orléans eûtsoubaité que sa fille aînée épousât le duc de Berri, et les deux favorites l'empêchaient d'y prétendre, de peur que le duc d'Orléans ne tirât avantage de ce mariage. Pourtant on était encore loin de songer à
larçgqpce. Madame la Dudxesse-^qui^ sur ceseji* trefaites , offrit sa fille au jeune prince , eut toutes les chances de la voir agréer. Il fallut qu'un jésuite et Dubois fissent échouer ces beaux projets» Il n'est rien âé tel qu'ua confesseur pour mener k biep une affaire. Le confesseur du duc de Berri était le père de La Rue, jésuite, je crois ^ dès le yeiitre de sa mère. Ce La Rue^ qui vit encore et vit bien, a toujours été un homme à deux tranchans, ail regard fauve, au parler miel* leux, à la démarche circulaire. Je ne l'ai jamais aimé, parce que je le connaissais tfop, et qui l'eût jugé d'après son extérieur faux et cafard^ n'aurait pas couru risque de se tromper. C'est ce qui m'a fait dire que pour un sihabile trompeur son vi*^ sage ne l'était guère. A voir sa petite tête oblongue enfoncée entre ses deux épaules, ses mouvemens nerveux', ses larges mains et ses pieds énormes , on > ne lui aurait pas soupçonné autant d'esprit qu'il en • avait. Le grand Corneille estimait ses talens jusqu'à traduire ses vers latins en français : « Il y a du génie sons. cette robe, » disait-il. Peut-être cela doit- il s'entendre du génie du mal. En effet, le père La Rue alla convertir les calvinistes dans les
Géyennes , avec l'éloquence du fer et du i^u ;
dans les villes ^ il représentait des sermons^ selon
son expression théâtrale; sa phis belle mission fut cellede MontaubaR^ où, il chassa troi^ démons par rimposition des mains. J'^i idée que ces démons étaient du sexe féminin^ malgré l'antipathie jésuitique. Oh ! le rusé voleur de successions que c'était! Voilà comment il amassa cette grosse fortune dont il a fait bâtir la maison de la Compagnie de Jésus à Pontoise. Des héritiers légitimes lui intentèrent plusieurs procès qui ne furent jamais terminés^ pour l'honneur de l'ordre. Il fît sa proie des biens immenses de M"* CoKn, veuve d'un fermier g^enéral j le testament qui le rendait légataire universel fut attaqué par ]Vr^* Charon, parente de la défunte; il lui fallut recourir aux grands moyens pour éviter un éclat terrible; et M"' Charon^ emprisonnée sans autre forme de procès^ fut bien contrainte au silence. Le père La Rue a composé un traité sur l'hypocrisie \ où il s'est peint d'après nature. II se croyait tout permis^ parce qu'il se permettait tout; son esprit suivait les erremens de son caractère. Il n'était rien qu'il ne fît pour gagner de l'argent, et il
DU CABDINAL DUBOIS. S
en dépensait beaucoup au jeu quand la table et les femmes li)i en laissaient. U était de Tordre de Sainb^Prançbis depuis la ceinture; du moins s'en vantait -il. Je ne sacJie pas de prédicateur plus puissant que lui, avant que &a voix fut éteinte cotnme elle est. Baron ^ qui alirait été aussi ^au en chaire quUl était ridicule au théâtre, a foFmé avec amour ce fripon de La Rue, qui le payait de ses leçons, de son amitié et de ses dîners, avec de» comédies fort peu jésuitiques. UJlndrienne et V Homme à bonnes fortunes y dont Baron ^esl fait honneur, appartiennent en propre à l'auteur du Pécheur pénitent et du Pécheur mourant. J'ai vu souil^nt La Ruô en loge griljee à l'Opéra, à la Comédie, et il dit au Roi, qui lai reprochait ce scandale, qu'il y allait étudier son métier de sermonaire* Cette exouset a Fair d*une critique de la déclamation des Comédiens. Au reste, La Rue préférait à ceux-ci les comédiennes, qui ne le traitaient pas en jésuite. Voilà comment la nature de nos connaissances réciproques nous avait mis en rapport; quand nous étions ensemble, chacun de nous se pouvait dire en assez mauvaise compagnie. Je laisse à
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penser çn quel lif^a nous nous Tencontridns le
plus souvent.
u Nous sommet bons amis^ Jui dîs^je ud jour^ Qt nous avons intérêt* 4 l'être. Pour resserrer nois liens^ voufex-yous pour votre prhiee la maîn d'une de mes princesses?
. — Volontiers 5 à condition que Vbus me.paie* rez comptant le surpins de l'honneur* que je vous fais.
— Vous êtes bien marchand aujourd'hui.
— - Gomme tous les jours ; rien pour rien.
— ^ Je vous promets, au nom du duc d'Orléans, une gratification de cent mille livres, et vous nous débarrasser%% de Mademoiselle.
— Aidez-moi de votre côté, et nous en viendrons A bout, en dépit de Madame laDuchesse, qui lè'a pas daigné requérir mes services.
-^ La négociation où nous nous embarquons iit difficile ; la cabale de la Maintenon s'oppose à ce mariage.
— Laissez faire; le père LeTellier ne sera pas plus diable que feu père Lachaise.
— Vous avez d'abord des bruits odieux à démentir
DU CÀllDINAL DUBOIS. 7
— Les vëfuter^ c'est paraUre y ajouter foi; je sais que récemment encore on a parle sajis retenue d^un portrait de Mademoisellet peint par le père, qui^'a pas songé à vêtir son modèle
— Il s'est figuré travailler d'après l'antiqae, et IVirtiste a pris la place du père.
— Enim, je vais intéresser la Société à mon projet, et la cérémonie se fera dans un mois ou jamais. »
Je n'avais pas attendu la permission du duc d'Orléans pour vouloir marier sa fille , qui n'était pas aussi innocente que son âge aurait pu faire croire. J'ayais en elle un rival dangereux dont je devais paralyser l'influence sur le Prince, influence quigrandissait avec cette princesse. Ce mariage* était dans son genre une combinaison non moins profonde que l'Alliance de 17 17. J'espérais par là rester seul en possession des bonnes grâces du dttc d'Orléans, qui m'oubliait souvent pour sa cbère fille. Ensuite, je prenais fait et cause pour mon maître, qui, par sa conduite abandonnée, ne donnait que trop de prisç à ses ennemis. Un prince du sang doit tenir plus qu'un abbé à S9 réputation. Il çst aussi certaines choses qu'oix
« MÉMOIRE
ne peut soufFrir avet indifférence: des sbélérals, r|ui votent partout leur iînage, «Vaient ose accuser le prince <i*un araour criminel avec M fîUô : cette atrocité s'est perpétuée jusqu'à \a tûù^ de celle-ci^ et il est malheureux qiie le -Régent n'ait rien fait pour se justifier d'une si affrimse iftcul-' patîbn. Au contraire^ la tendresse qu'il avait pour sa fille s'échappait en folies et en imprudences bien propres à faire. croire ce qui n'était pas et qui ne pouvait élre. Je lui ai souvent reproché son insouciance à ce sujet; il m'a réponjdu en riant que l'on ne pouvait pas plus coudre la bouche des méchans que donner du .venin au^ moutons. Enfin, en préparant dé mon autorité l'union de Mademoiselle et d'un petite fils du Roi , j'espérais mettre fin à l'audace des agens de la Maintenon : c'est de la charité bien ^ntfi^dùe de servir les intérêts des autres en même terbps r5[ue les siens. Je me lave les mains de ce qui arriva.
Madame disait, non sans arrière - peùséé :
« Mon fils aime sa fille aînée plus que tous ses autres enfans, » Mademoiselle méritait cet,te préférence à beaucoup d'égards. J'eû parle ici
DU CARDINAL DUBOIS. c^
avec d'autant plus de désintéres^ment^ du'elie me h^ssaât le plus franchetQeol du monde. Je ne le lui rendais gas-^ coâtre fnôti habitude de payer amis et ennecûis to banne monpaie. £Ue ressemblait à son pèr^si pâr&itement, ufa'elle me rap-' pelait Mademoisette Charlotte au^ Carnfëlites. Il eiit été plus inaroyable qu'il ne Vaimât pas. Leur t'essetbblan^ce n'était pas seulement dans leurs ' traits f même esprit 3 méaies dëfatits. Outre ces causes de sympathie, on en cite une qui va droit à l'amour paternel. Honni sôit qui mal y pense, comme disait mon ânii Stanhope. Mademoiselle, àTàge de sept âùs, tomba gravement malade, sans que les médecins découvrissent dé remède à Téthisie qui. la consumait : ils la regardaient mâme comine perdue, lorsque le Prinde s'ingéra de k guérir, quoiqu'il ne fût pas reçu docteur de la &culté. L'étude qu'il avait £aite des simples vint à son secours , et sa fillB lui dut la vie une seconde fois. De là cette tendresse mutuelle qui a fourni des textes à la chronique scandaleuse; de là les soupçons de ma^e auxquels le prince s'est vu en butte : on lui a fait un crime de cette cure merveilleuse.
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Mademoiseyj& était grande avant que Us e%(à$ eujssent gâté sa tail]e^ belie>*dvant quesapeaa '
se fût marqua de.tadie6.it>iig6i^. Ettea^onéervé jusqu'à sa d^rnièfe maladie^soft esprit et sespa- •pnceis^ Sou esprit j qui ù'ëtait «pas du meilleur goût, faute d'educatioD cot>Teûable,se reproduisait sbps mille fkiraiea avec une étcangeté de mqts, une grâce d&gehtillëâ$esqiii séduisaient les moins galans. Elle avait d^ bonnebeure foulé aux pieds totft ce qui s'appelle préjugés' cbéz.le^ esprits forts^ et sa liberté dégénérait toujoups en licence. Ses yeux n^étaient pas plus retenus que sa personqé^ et abonnaient créance a tôu^ Iqs libertinages qu'on lui prétait. Elle s'inquiétait peu de la publicité de ses débauches^ pouryu qu'on n'y apportât point d^empéchoment. Le pkiisir était le seul dieu à.qui elle v<)ulût' croire. Colère et riai} te, fausse et na'ive^ égoïste et sensible^ c'était une mosaïque de -vices et d'heureuses qualités. En somtne, elle était adbrable et adorée, et j'eusse volontiers brûlé quelque;^ grains d'encens sur son aùt^lj mais ma barbe grise lui faisait peur, et elle m'avait baptisé MUord à cause de mes voyages en Angleterre; du reste, me trai^
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tant' uu peu moins bien qu^un chien que Ton gourme de bourrades! •
Je Ja peins telle qu'un mois (^manageFavait djéveloppée; car auparavant AI'" d'Orléans, qui couchait en foue pour elle le duc de Berri^ lui recommanda brutalement de jouer la sainte Nitoudie. Madcfmoiselle avait été élevëe fort mal par dies îemmesde chambre^ elle canardait eu marchant^ brodchait à cliaque pas, courait, sautait et se jetait .par terre : on eût dit un garçon enjuponné. Ces mauvaises façons amusaient son père, qui passait de»beures à la voir manger jusqu'à étouffer, et cabrioler comme un saltimbanque. Elle dansait d'un air ignoble ou plut&t ne dansait jamais j elle savait la musique, et chantait juste, sinon agréablement: sa voix, plus tard,, était devenue aigre; elle ne s'était instruite que dans les romans les plus verts. C'était là la belle éducation qu'elle recevait à Paris et à Saint-Cloud; certes, on eût mieux fait de me la confier à tout risque. Mais quand M"* cl'Orléans l'eût emmenée à Versailles pour tenir ]a bride à cette jeunesse désordonnée, elle se para d^une décence: et d'une vertu qui en impo-
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sèreût aut regards les plus perçaBs. £lle*élait presque en odeur de sainteté lorsque je m'occupai de la ûiarier.
* Le duc de Bérri n'élait paà bossu^ parce qu'il b'avait pas porté de barre de fer comme son frère le duc de Bourgogne. On le disait beau, ^arce qu'un prince trouve mille flatteurs qtii lui donnent ce titre, pour peu qu'il ne soit [ias dfcidémetit Jaid. Ce prince , avec sa- pelite taille ramassée^ son embonpoint grossier^ ses joues colorées, ses cheveux blondasses^ avait la mine et l'encolure d'un domestique. M™ de Maintenon, de coûcert avec la Dauphine^ négligea son éducatioû aii point de lui apprendre à peine à lire et à écrire. Elle prenait plaisir à rabaisser sa naissance par la servilité où il croupissait. Un valet n'eût pas été plus maltraité. Le pire, c'est que les Valets, voyant qu'on ne le ménageait pas^ se crurent autorisés à agir de même. Les dames de la Dauphine, avec lesquelles il frayait jour et nuit , le tutoyaient comme un esclave acheté au marché. « Berri, lui disaient-elles, viens çà j ferme la porte ; approche la tablej donne-naoi mon ouvrage, mes ciseaux; » et Berri obéissait
BU CARDINAL DUBOIS. iS
l'oreille basse. Tout autre ne ocrait pas sorti sain et sauf des aiains de ces vertus^ mais le pauvre prince avait as^sez de dévotion pour t^nir tête i toutes pes'demoiselles. Pour dçTei^rityOïiaasuTe qu'il en avait sa part dans son enfance; ^t il nle^t sortets de geoûlles reparties qu'on ne citât alprs; mais béte il devint en grandissant, «oit quç 1^ pratiques^uperstitieuseset sa piét« eussent rétcéiçi son esprit, soit toute loutre causç. M^d^me dit flegm^tiquement qu'il a eu le sort des onfaos de Paris, qui montrent beaucoup d'esprit dans leuç jeunesse, ^t qui deviennent stupides par la suite. 11 est encore possible que sa sottise fut dériv^'e de la crainte qu'il avait du Roi ; je l'ai ^u ferm^ les yeux au passage de Sa Majesté, et répondre ^^ ses questions en balbutiant comme un homm^ ivre. Au reste il se vengeait ^ieq avec ses inférieurs du respect et de la gène qu'il s'imposait auprès de M"'* de Maintenon : il brut^ilisail le petit monde sans pitié aucune* M. de Saipt^ Simon, qui se flattait tôt ou t^rd df3 le vpi|r ipcyçit ter sur le^ trouve, s'était a.ccrQ<<hé à sa cpnÇance, et nje le quittait QOn plus que soi^ Ombre^ Ce £{xt k hii que je m'adressai pp.ur aoç^leirer
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le inafiage qui me. tenait plus a jcœur r^u'aux fu-'
turs épfoux. M. de Sainl-Sirat)n%me feçut avec sa morgue nobiliaire^ et pourtant «vec la considération attacher à ma charge dànS la maison da dQ€ d'Orléans.
i< M. le duc^ lui àis-je , ceiious serait un grand bien que vous v6ulussie3& vous emplojer un tant soit peu à cette affaire.
— Monsieur, reprit-îl, j'attendrai que.Son Altesse Royale m'ait donné ordre d'en traiter avec M. de Berri.
. — Non pas, le duc d'Orléans veut rester neutfe en cette négociation, pour raisons à lui connues ; mais il v«u&fait promettre pour M**' la duchesse de Saint-Simon une charge de dame d'honneur chez la nouvelle duchesse.
— Oh verra, M. Dubois, à vous bombarder aussi à quelque place?
— Non, monsieur, les bontés du prince me dispensent de toute sollicitation } il m'a protégé comme si je fusse un homme de qualité.
— Enfin je ne vois pas d'inconvénient à cette alliance, et j'en dirai mon avis à M. le duc: il est boa d'avoir son franc-parler avec les princes.
DU CAKDlIfAL ràfiCOS. iS
• • ♦ C'es^une coodilion. de, mon raDg et.de mà'no-
blesse. » •' « ' . •
Je laissai ce, syperbe très-4»ieit .di^Qsé pour nos projets^ grâc^ à la dame d'honneu^-qua j'avais faite de mon plein gre. Je^oe pefd^s ni moa • tenaps niçies pas; faljai chez Madame^ escorté de Massîllon, que j'df ais mis dan^ nui confidence. • Mon rôle était difficile à jouer vis-à^vis la fçmme la plus fine de la cour et- la. plus détachée de moi. * •
c< Madatne^ lui dis-je sans ménageaient, je vieBs me jeter aux pieds de votre prudence dans l'intérêt de votre famille royale.
— Qu'est-^ce? dendanda-t-elle; mons Dubois, TOUS vELOvet l'air bien aflfairé pour être si désintéressé que vous le dites.
— M. Massillon, répliquai-j.e, " est garant, de la droiture de mes intentions; il s'agit du mariage de Mademoiselle avec S *A* R« le tluc de BerrL
— C'est faire trop d'honneur à ce petit brutal |toat pétri de r^usticité.
— Madame^ dit Massillon^ oq feratailre des i>niits outrageans pour Monseigneur d'Or-* .
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--••Je saiS|int^fFOfiQpit;^llç eo r^^t; j'ai écrit tout cela ^ans ipon courant; la vieille ch^rdb« à se blanchir epuoiiciss^nt les aittreç... /
— rlÈle» mie^x, madame^* ajout^i-*je^ çïle à )i|ré s^s grands ^^^^K V^^ Monsieur de Bem f {hou^erail la fille de Ma49nv3 la Duchesse. * ♦
-r. Hé.bieql, qu'il Vépons^^ s'il lui pjtît; s'ccii^-t-elle. ^ * *.
-— Ce 4'est pas tou^^ continuai- je; elle *a répondu à Madame d'Orléans qu'elle n'entrayak ce qiftriage qm poHr yo«^ fij^iis^r d.u*d#piit.
-T- Je jure par l'oDaibre de Scarron^ commales anciens juraient par i'e*u d*i StyX)<[4ê ledit iiaariage se fejftj xu^n qu,e j'y' ti^ne siagàiieremeet^^ car le moindrie jélectewr palatin vaut eei^l fois jpet ours mal léché j mais on verra qui de la yîjeille ou de moi ca api]^ le démenti, -
•m-» ûui^ disrje , à mon toar ^ il est digjo/e de vous. Madame^ d'hwoilier la Maintenoa^ de contenter Mopeieigoeur .d'Orléaas> et de* £ure deux heureux.
.T- S'il (m% tP r?ixQweir, Tabbé, r.epiwrtit-^e, je ne crcôs pas *i*$» deux, heua^enx^-nies corce^pondans m'ont appris hier que le petit BerÂeil-
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tretenait une femme de chambre laide ^ ndire et tannée.
-— Ce n'est peut-être pas une femme de^ chambre, observa naïvement Massillon.,
— Si fait, conclut Madame, et il Faime de passion; voilà de véritables goûts de livrée I »
Madame, qui était toujours en habit de cérémonie, alla trouver le Roi pour décider ce ma-^ riagê, que j'avais plus avancé, que. M"* d'Orléans elle-méme« Le duc n'en savait pas une parole, et le plus aisé n'était pas de lui £aire entendre raison.
c( Comment 1 faquin, s'écria- 1 -il au premier mot que je lui en touchai, de quel droit oses-tu pénétrer dans mes affaires?
— Du droit de la nécessité , Monseigneur.
— Drôle, Mademoiselle n'a pas besoin de.ton entremise pour avoir un époux digne d'elle...
— Parbleu, n'êtes -vous pas là pour lui en fournir quand elle en aura besoin?
— Trêve aux arlequinades, la plaisanterie n'est pas de saison.
— Parlons donc à cœur ouvert, Monseigneur; Madame, M"^ d'Orléans, M. de Saint-Simon
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et une foule de personnes qui sbnt de voà amis
ont négocié ce mariage*. •
— Quand le diable ^en mêlerait, peu m'importe, il n'aura pas lieu.
— Il est beau, il est grabd d'être au-dessus de la calomnie, Monseigneur...
— Arrête, malheureux, je te fais couper la langue si tu répètes ces iniquités!... £a effet, Dubois, cette alliance est avantageuse pour ma fille et pour moi^ aussi bien faut«il que je la marie tôt où tard... Mais> en vérité, j'aime beaucoup cette enfant I »
Deux ou trois ehtretiens dirigés de ce côté àchevèrebt de. radoucir le Prince. Quant au Roi, il n'écouta que la raison d'état, et donnant' gain de bause à Miidamé contre là Maiutenon, il conseùtit à ce mariage; qui ne remplit les espérances de personne, pas niênieles miennes. Le père La Rue, qui av^it sué sang et eau pour forcer le duc de Berri ià épouser une autre que sa femme de 'cbanibre, n'ôblitit qù'ube abba3re ^u lieu des cent mille livres que je lui avais promises : il s'en Veûgeà contre moi; M"** de Saint-Simon fiil étab^fe dame d'hoûneùr de la (iucheàse de
Berri^ mais son mari n'eut pas dans la maison du Prîoce la haute main qu'il espérait; il* me fit la moue plus de quinze jours; enfin moi-même, lorsque je me félicitais de régner sans partage au Palais-Royal, je vis avec douleur que M"*' de Berri n'avait pas renoncé à Pempirè qu'elle exerçait sur son père. Le duc d'Orléans me reprocha de FaVoir poussé à ce mariage; la mariée ne m'en sut pas meilleur gré; M"^ d^Orléans dit partout que j'avais sacrifié sa fille ; Madame pensa que j'avais été payé de quelque part, et peut-être de part et d'autre dans cette négociation ; il n'y eut pas jusqu'à Massïllon qui mi se repentit d*avoif paru dans mon intrigue.
Les deux époux maudirent l'un et l'autre la galère où ils étaient entrés ; les cérémonies des noces furent très-brillantes; mais dès la première nuit la brouille s'introduisit datls le lit nuptial. Anssi^ dès le lendemain, l'épouse gagna en fierté et en hardiesse autant que le pauvre époux en. ineptie et en timidité. Dès lors, la petite ddchesse commença à le railler, et à le contrarier dans les moindres choses, sans bienséance ni retenue. Elle se moquait de lui à tout propos et le montrait
en curiosité comme un animal savant. Le duc de Berri se réfugia dans sa càgoterië, et ne fut pas à L'abri de ses petites noirceurs; elle le forçait à rompre les jeûnes, à manger gras les vendredis^ à manquer la messe^etelle était plus glorieuse que si elle eut gagné des indulgences. Elle alla jusqu'à vouloir semer la zizanie entre son mari et le duc de Bourgogne y par haine de la duchesse ; mais les deui: frères restèrent unis comme avant ses bons offices. Le duc de Berri remercia le bon Dieu de faire lit à part. U se consolait d^ailleurs en tout bien et tout honneur avec sa femme de chambre^ qui le captiva jusqua sa mort. Cette créature n'avait d'autres charmes que sa persévérance. Un jour la duchesse de Berri les surprit dans les confidences de leur intimité; au lieu de paraître courroucée^ elle jeta de grands éclats de rire en faisant des signes de croix j le bon sire ne bougea pas davantage que sa maîtresse. «Monsieur^ lui dit sa femme^ ne changez rien à votre train de vie ; nous continuerons à vivre amicalement^ pourvu que vous me laissiez faire de mon côté ce qui me plaira; autrement je conte tout auRoi^ et votre sultane ne sera pas même enterrée en terre sainte.. »
DU GABDINAL DUBOIS. a^
La menace produisit un consentement réciproque; la chambrière ne fat pas séparée de son prince du sang ^ et M"* de Berrî se dédommagea au centuple des infidélités de son mari. J'aurais de belles histoires à en faire ; je me garderai bien de dire tout ce que je sais d^elle.
Pendant que je m'occupais si chaudement du mariage d'un autre ^ on vint me rappeler le mieu d'qne maiiière assez désagréable. Je ne pensais pas pluis à ma femme que si je n'en avaiis jamais eu y la coquine s'avisa de penser à moi. Un matin que je travaillais au Palais-Hôyal ayec le Prince plus SjérieuseKpeiit que de coutume^ Son Altesse royale^ attristée par l'éloignement de sa fiUe^ se livrarit tout haut & des réflexions équivoques : .
te Hélas I Dubois^ me disait-il, que mieux vaut le célibat ! Je ne vois rien de plus triste que le mariage.
— Je pense comme vous^ Monseigneur, repris-je par distraction, et quand on a fait cette folie^.le seul remède est de dire à sa cliaste moi^ lié : « Sonsoir, ma mie ( » Je me réjouis, quant à moi, de l'expédient.
— Peste! s'écria le Prince, serais-tu delà grande confrérie, M. l'abbé?
%% MÉJifOIiŒS
— Mon Dieu! Mojaseigneur, ce n'est pas la peine d'çn parler. «
Tout-à-coup un bruit inusité se fit dans les antichambres ; le duc d'Orléans , fidèle à un défaut crécolier, alla coller sou oreille contre k porte pour savoir ce dont il était question. Je ne tins pas contre le inauvais exfsmple ; les do-* mestiques discutaient vivement entre eux, et une voix criarde .de femme me fit tressaillir.
((Certainement, j'entrerai, disait -^elle, je verrai mon mari !
— Son mari! » répéta le Prince en me regar-p dant; je pâlis, et ne dis mot.
«Oui, drôles que vous êtes, disait-elle encore, je ne suis ni folle, ni prise de vin, c'est Tabbé Dubois qui est mon mari I
— Tçi î^'écria Son Altesse.
— Apparemment, Monseigneur^ je me serai laissé épouser sans y prendre ^arde.
— Faites entrer, dit le Prince en ouvrant la porte, qu'il referma sur ma véritable femme, passablement enlaidie dep.yis trenter-oinq ans que ye l'avais quittée , ou plutôt qu'elle m'avait quitté ; c'était une beauté pour son âge, et je compris, en la voyant plus déchirée dans ses attraits que dans
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sa toilette, qu'elle avaijt vécu de son industrie avant de recourir à la mienne.
« Gaupe, lui dis-jë^ oses-tu bien reparaître devant moi?
— Sans: doute ^ reprit-elle effrontément; un mari doit des alimens à sa femme.
— Tn auras peut-^tre le front de m'eii demander aussi pour tes enfans^
— ^Non, jV pitié de ta bourbe j mais enfin^ ipon cher abbé, tu dpis me savoir gré de venir si tard, j'ai attendu que mes ressource^ fussent épui^ée^ pour requérir une petite part dans ta grande fortune.
— Une place au^ GarméUtes^ t^ veux dire-
— Ingrat! pendant trente-cinq ans j'ai su me suffire à moi-même, et tu refuses de m'aider lorsque tu es millionnaire.
— Je ne le si^ais bientôt plus^ si toutes tes pareilles venaient vivre ^ mes dépens.
— Ecoute, Dubois, dit le duc d'Orléans, sQÎs générjeux unie fois dans cette' yie; cela te portera bonheur dans l'autre. •
— Bie» obligé, Monseigj^epr; ;mai5 que piçuton faire pour cette vilaine ?
— Pas grand'chose', répoDûlt-il en riant.
-^Sigttens un traité, dis- je à Pierrette, en
ëchabge d'une rente de six cents livres que Je te fais en bon mari.
— Il me faut douze cents livres, Jou je ne pro- «mets rien , répliqua-t-elle .
— M. l'abbé consent, înterrom]jjt le Prince.
-^ Cette vieille haridelle, m'écriai-je, se fait
payer che^ son silence ; passe donc pour les douze cents livres, mais à condition qu'elle oubliera notre mariage....
— Je ne m'en serais pas souvenue, réponditelle, sans l'embarras où je me vois réduite.
— Oui, continuai-je, mais tu n'en parleras jamais à qui que ce soit.... '
— Quoi donc! me crois-tu si sotte de vouloir me nuire à moi-même !
— Bah! mignonne, ils sont trop verts l enfin marché fait, et je suis l'abbé Dubois comme devant.
-—Jusqu'à la fin des siècles, si c'est votre bon plaisir. »
Nous étions assez engagés par nos intérêts réciproques pour nous passer d'une double signa-
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tarej Pierrette, penchant le temps de notre séparation , avait amplement usé de sa jeunesse et de sa beauté; notre arrangement une fois conclu , nous nous revîmes sans colère. Le duc d'Orléans, mis en belie humeur par cette reconnaissance, écarta les bordées de que^stions que nous nous envoyâmes de part et d'autre. Il voulut que Pierrette lui narrât en détail les aventures d'une vie occupée jour et nuit, et je déclare que ce récit surpassa tout ce que je pouvais imaginer» Je confesse que l'abbé Dubois se soulagea de tout sur le compte du mari. £n£in, le Prince la récompensa du plaisir qu'elle notts avait fait, sans beaucoup de frais de ^a part, et depuis ce jourlà, elle est exacte à venir toucher les quartiers de sa pension, comme npus à les lui payer. Là se bornent nos devoirs conjugaux !
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çnijpiT»» u«
Mort de M. le Prince ; de M. le Duc ; an prince de Contt.
— Prophétie de ^ostradamus. — Les probabilités. — Le père Le Tellier, confesseur du Roi; son portrait; son caractère. — La petite vérole. — Mort de Monseigneur.
— Folies de là duchesse de Bourgogne. — Courts nocturnes. — M"« de La Vallière et Nangis. — Pressentiment. — Maladie et mort de la Dauphine. — La tabatière. — Ouverture du corps. -^ Maladie du Dauphin ; sa mort. — C«loiiinies atroces. — Délation du père Arnoux. — Autopsie du oorps du Dauphin. — Le moine de 1709. ^— Le peuple insulte le duc d'Orléans. • — Imprudence de Ravannes. — Blocus du Palais-Royal. — Le duc d'Orléans veut se JMstifier auprès du Roi. — Le contrepoison. — M"« de Verrue. — Conseil de Dubois. ■^Le duc d'Orléans à Sceaux. — Métamorphose du père
« Le Tellier. -7- Homberg. — Renvoi de la comtesse d'Argenton. — Élévation de Dubois.
On aurait dit que la mort se mettait dans les intérêts du duc d'Orléans : ce furent d'abord ses ennemis qui moururent^ et puis Louis XIV vit disparaître successiyeiuent ses enfans et petits-
enfans. En 1709 M. le Prince avait succombé à uoe maladie de langueur qui dégénéra en folie. U commença par peser de ses mains ce qui entrait dans son corps et puis ce qui en sortait. S'étant aperçu que le poids n'était pas exactement le même dans les deux opérations , il se crut mort,^ en dépit 4es médecins qui s'ingéniaient à lui' prouver le contraire j il lui prit en outre une ËtDtaisie de confessioi;i de tous les jours. Sa rai-^ son lui revint un moment avant de trépasser^ et il dit aux personnes qui entouraient son lit :
(( Bonsoir, messieurs et dames , je sens que je m'en vais pour ne plys revenir : je ne regrette que Gbantilly de tout ce que je laisse sur la terre !»
La même année, le prince de Gonti termina ses débauches et ses ennuis le plus tristement possible ; à ses derniers momens, il voulait s'en-^ ivrer pour aller de ^vie à . mort sms y penser, mais son confesseur lui prescrivit de o'en rien 6ire par pénitence. En i7io,M. le Duc rejoignit son père assez brusquement ; il avait quelque pea du sang des Gondé dans les veines, car sur son lit de mort il composa une chanson fort
%S MÉMOIRES
gaie qu'il chanta jusqu'à la fin en guise de De Prqfundis.îionsfximesméàiocvement affectés de ces trois morts ^ et comme nous la cour y prit à peine garde; ces trois princes, depuis les cam-« pagnes d'Italie et d'Espagne, avaient trempé dans la cabale qui chagrina tant le duc d'Orléans. Si les morts sont pour quelque chose icibas^ ceux-ci ont certaineoient soufflé les borriblés calomiiies dont le duc d'Orléans se vit poursuivi.
Un jour que Son Altesse royale était obsédée de pensées étranges et de pressentimens, je feuilletais uq volume des prophéties de Nostradamus avec un air d'insouciance. Jamais je n'ai ajouté foi aux astrologues et à leur griocioire, mais souvent j'ai rencontré des analogies singulières; je conçois sans peine qu'un esprit faible se rende à ces fausses preuves d'un art si ridicule. Je fiis arrêté dans ma lecture par un de ces rapprochemens remarquables; je poussai une exclamation qui tira le Prince de sa rêverie.
« Qu'y a-t-il, l'abbé? est-ce encore ta femme?
— Écoutez, Monseigneur, lui dis-je, sans ré^
pondre à celle plaisanterie^ voilà qui vous regarde^ figurez-vous que je porte la baguette divinatoire :
Quand par Ormus viendront gens de passage, £n rentre obscur ira le vieux lion, Sera de TOrlëana Mt grand usage , £t dHci, baurd, U punition.
-« Dubois^ me demanda- t-il eu tressaillant, €ela est-il écrit'?
— Voyez : centurie i45. Je ne sais si j'entends le langage des prophètes, mais je vois distinctement dans ce quatrain la mort de Louis XIV, la régence ou peut-être le règne du duc d'Orléans, et le désappointement des bâtards légitimés.
— En effet, il suffît d'expliquer Ormus par la France pour trouver un sens complet ^ quant aux gens de passage^ va-t»en voir s'ils viennent!
— Incrédule que vous êtes, songez que le possible touche à l'impossible ; je vous jure, Mtonsei^neur, que ce n'est pas la première fois que je pense à la haute destinée qui vous attend après la mort du Roi.
3o ,MÉMOIRES
-^ Ceflle de premier priûce du sang, voilà fout.
. — Vous oubliez que déjà M. le Priûce^ M. le î)ac, le prince de Conti sont morts !..••
— Déjà... tu me fài$ trembler.
— Regardez maintenant combien de têtes vous séparent de la couronne
-^ Dubois, on pourrait t'entendre, et la Maintenon serait femme à empoisonner quelqu un pour lue perdre !
•^ je ci*ôîs que vous seriez le prétaier empoisoriné; mais, entre nous, Monseigneur a cinquante ans; lé duc de Bourgogne n'a pas de santé j le roi d'Espagne tfest pas tih rival à craindre; le duc de Berri est votre gendre ; les deux fils du dut de Bourgogne sont bien jeunes; quant aiix princes bâtards, ils n'arriveront point au trône, malgré THistoire dé France du père Daniel y qui a voulu réhabiliter la bâtardise toyalè. ■ ' " ^
4-ii Mon cher Dubois, on petit penser tout cela, iilais le dire est une iitiprùdeûëe.
-^ Non, Monseigneur, dans le Palais-Royal les murs n'ont pas des yeux et des oreilles coitome
DU CARDII<rÀL DUBOIS. U
dans le palais de Néron ^ et leâ châteaut en Espagne ne sont pas des crimes d'Etat.
— Je te prie de ne rien ajouter à ces folles idées ^ il n'appartient à personne de disposer de Favenir. Je te recommande le silence sur cet entretien, qu'on interpréterait mal. »
Par une chance incroyable^ que la Maintenon et le duc du Maine ont pu seuls prépai^er, la centurie de Noslradamus eut raison contre tentes les probabilités ; l'événement réalisa i\os espérances^ et ce qui arriva fut si liabilement envenimé par les ennemis du duc d'Orléans, quHl iâiliit être accablé sous le poidâ des incriminalions. Le père LeTellier ftit le diirecleut' osietiHble de cette grande iniquité.
Le père La Chaise étant mort en 1709 dans QQ état déplorable de dépérissement , ce qui n empêcha pas le Roi de s'en servir jusqu'à la Un, te père Le Téllier ftit noiiimé son successeur. H** de Maintenon, d'après les conseils dumori- Wnd, l'avait choisi entre tons les jésuites de Paris, dont JÀ était le provincial. Ce LeTellier, «Jmommé le danois, à cause d'un ïivre ap'o- «gétîque sur le culte de Confucius, ïivre mis
3» MÉM(HB£$
à rîadex par la cour de Rome^ n'avait de commun que le nom avec la £EimilLe des Letellier-^ Louvois. Il ne se cachait pas de sa basse nais-' sance^ et il eût fièrement écrit sur son chapeau : Je suis paysan de la Basse-Normandie. Il conservait Faccent rauque, les manières brutales, les mœurs vulgaires de son village j le duc d'Orléans, faisant allusion à sa rusticité^ l'appelait le dieu Terjmfi. Sa figure avait quelque chose de son caractère : son pez se distinguait par sa grandeur, comme les oreilles du père L?i Chaise, et ce nez démesuré a donné lieu à bien de$ quolibets; des yeux brillans, sous des sourcils gris; un regard méchant et faux, une bouche pincée, ajoutaient à l'austérité de sa physionomie. Sa voix n'était pas moins terrible que. sa personne, et sa Compagnie elle-même craignait sa présence* Elle fut pourtant son obligée; car il ne se borna pas à détruire l'abbaye de Port-Royal, il acquil à son ordre des biens et des prérogatives que sonpénitent n'osait lui refuser. C'est à. moi qu'il était réservé de faire reconnaître la Constitution; je ne ni'en repens pas, car il sera toujours temps de la révoquer, selon quç mes intérêts l'exigeront*
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Le ]>ère Le Tellier dompta Louis XIV jusqu'à lai faire écrire au pape cette jésuitique lettre. Je n'y croirais pas ai la copié, de la main du confes^ seur, n'était pas sous mes yeux : cr J'engage m^ foi royale et mon honneur pour assurer Sa Sain^ télé que je lui abandonne tout ce qui sera necessaire dans les libertés de VEglise galiicané et des prééminences de ma couronne pour la Constitution^ etc. d Le père Le Tellier était l'âme damnée delà Maintenoa,si h abile à accaparer led confesseurs du Roi; c'était entre eux un échange de bons procédés. La vieille, qui ne pardonnait pas au duc d'Orléans le toast de l'armée d'Espagne, était incessamment entretenue dans sa haine par la correspondance de la princesse des Ursins et les insinuations du duc dâ Maine. Le Tellier acheva de perdre le duc d'Orléans dans l'esprit du Roi, qui ne voyait que par les yebx de ^s confesseurs et de sias maîtresses ; le hasard, on peat-étï^e le poison, vint an secours de la plus noire perfidie qui fut jamais* L'affreuse conspi*^ ration n'allait à rien moins qu'à conduire un prince du sang sur l'échaÊiud.
Monseigneur, au sortir de table ^ alla chasser
devers Meadon ;il se sépara de sa suite, et, ayant soif, il entra dans une maison de villageois pour se rafraîchir et demander son chemin. Il n'y trouva qù!une vieille femme assise auprès du lit d'un, malade.
« Mon Dieu, monsieur, lui dit-€lle, je suis s^ule avec mon pauvre fils : mon mari est allé chercher le bon Dieu.
—Votre fils n'est pas bien, répondit le grand Dauphin, qui avait toujours un mot à dire.
— Vraiment non, mon bon monsieur, la petite vérole est un vilain mal...
— C'est la petite vérole ! »
Il sortit brusquement, l'esprit frappé; il courut à perdre haleine, et lorsqu'il eut rejoint ses gens, il leur dit avec terreur : « Je viens de voir un malade de la petite vérole. » Il rentra au château fort tristement, et le lendemain se mit au lit pour ne s'en plus relever. Vinrent les médecins. C'est une attaque de goutte, disait l'un; une apoplexie, disait l'autire.Touslesmaux furent énUmérés, excepté la petite vérole , quoi qu'il dît pour persuader la faculté. Les drogues qu'on lui ordonna enipê« chèrent le mal de se déclarer, et Monseigneur
dat avoir un vrai crève-cœur de mourir^ malgré les absolutions dont il était muni. On le porta à Saint -Denis svis pompe et sans embaume* mçnt.
Cette mort presquesubîte et mal expliquée par les docteurs favorisa des bruits sinistres qui circulèrent à la cour et dans Paris ; le duc d'Or-> léans n'y fit pas attention. Madame, qui avait vu le .malade, s'en allait répétant qae Is^ médecine avait tué le grand Dauphin en faisant sécher les boutons de la petite vérole; la méchanceté dit, plus haiit qu'elle, que la prétendue petite vérole n'était autre chose que du poison qui avait fait pousser des pustules à la peau. On accusa même la vieille fenome de la chaumière d'avoir empoisonné l'eau qu'elle avait donnée à Monseigneur. Néanmoins ces rumeurs s'assoupirent pour un temps , et se réveillèreqt avec les ino-^ pinés malheurs de l'année suivante.
La. duchesse de Bourgogne, chérie du Roi, qui s'amusait de ses drôleries , l'était encore de la Haintenon, qui s'en servait pour fixer le Roi. Cette Dauphine était gentille quand elle ne se. montrait pas horriblement sale : elle n'était
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pas même laide lorsqu'elle avait des couleurs. Louis XIV la p)reaait sur se^ ge^^Ojuxavec une familiarité dont OQa glosé, et lorsqu'elle s'éckappait en bons mots^ il disait en rtant : « Arlequin n'est pas mort ! » La Dacbesse n'était pas moins hardie en actions; mais le iRcH, qui ne se fut pas accomvMdé de son geore de vie, n'ea savait rien, car h Maiotenon avait menacé de soa ressentiment quieooque dénoncerait au Roi les faits et gestes 4e la Savoyarde. Le Dauphin avait l'incroyable bonhomie d'aimer sa femme, qui en aimait tant d'antres. Il eut des soupçons de ce qui se passait à son préjudice; mais toutes les iois qu'il voulut lui en faire des reproches, elle lui ferma la boa* cba avec un baiser et un regard. Si j'en crois les beaux rapports que l'on m'a faits, la conduite de la Dauphiae n'était pas exemplaire : la légèreté dont le Roi lui ^vait gré dégénérait en excès de toutes sortes. Elle avait autour d'elle un sérail de James dames* La Maiotenon , que la Dauphine nomnHÛt sa tante ^ méritait a coup $iir un autr.e nom. Quand le Bei n'était pas à Marly, la ]>aa*pbine invitait nombre de jeunes gens à de3 courses nocturnes daâs les jardins^ et les initiés
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sont restés aussi discrets qoè fédio» Eiifiû^ soit calomnie ou non, on^ disait ouvertement que lé plu^ gmuà plaisir de ]a Duchesse était de se hké trakier par les pieds t voilà vsA singulier plaiàr pour une dauphine de Freace! Il est vrai que depuis^ le mariage de la dwchesse deBerri^ qui comûieAçait la même vie^la dueliesse de Bour* gogae avak change la sienne^ ou à peu près»
K Je veux êHre plus sage que M^ de Berrî, w disait-elle. De se$ amaus y elle n'avait gard^ que le beau Maugis/ commandant du régiment du RoL Kaogis ëtait en tout point fami du mari^ qoi eût été jaloux du monde entier avant de le devenir de son cher Nangis. La Dauphine^ pour mieux aveugler son époux, enjoignit h Nangis de jouer l'amoureux^ auprès de la petite La Valliére. Celle-ci prit Taffaire au sérieux. M~* de La VaKi^e remportait sur là Dauphine en beauté el en coquetterie : elle trouvait si plaisant d^étre aimée sous les yeux de sa rivale, qu^elfe ne s^én cacha pas. ]^Ue fit tenir au Dauphin une lettre delà Datiphine à Nangis, ayant eu soin d'en effacer le xrom. Le bon Dauphin , scandalisé au dernier degré de cette lettre , dont il ne pouvait
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méconùaitre l'écriture^ coiiGa sa peine à NaDgis| qui n'eut pas assez d'éloquence pour le dissuader de la tenfermer en lui-même. Craignant les suites d'une explication ^ il quitta Paris sans congé. Le Dauphin^ maladroit comme tous les maris en pareille situation^ fit une scène à sa femme, plus adroite que cent. Elle joua l'étonnée , niant la lettre et tout. Son juge^ touché de sessei^mensy se radoucit tout-à-coup ; elle > de son coté, entra dans une grande fureur de se voir si injustement accusée. Il fallut que le Dauphin la consolât doucereusement. Après quoi elle soupira, pleura, et s'écria :
« Voici le jour qui approche où je dois mourir!
— Mourir ! répéta le Dauphin en tressaillant, et pourquoi ?
— Hélas! un astrologue de Turin, qui m'a tiré mon horoscope^ m'a prédit que je mourrais dans ma vingt-septième année, et par votre faute.
— Ne croye?; pas aux prédictions, ce sont les œuvres de Satan.
— J'y crois tellement, que je m'en vais me préparer à tout événement. Mais, dites-moi s'il vous plaît t vous ne pouvez pas demeurer sans
femme, a cause de Y<»tre rang et de votre dévotion; qui donc ëpoaserezrvous?
— J'espère que Dieu me punira autrement que par votre mort^ et si ce malheur devait m'arriver^ je né me remarierais jamais : car huit jours après je vous suivrais au tombeau. »
Le Dauphin scella sa réconciliation le mieux qu'il lui fut possible pour un dévot jeûnant et priant comme il faisait ; mais la Dauphine^ ayant fait chercher Nangis pour s'expliquer de cette malencontreuse lettre^ apprit son départ précipité avec un inconcevable déplaisir; elle s'en prit^ dans sa colère^ aux vases et aux meubles de son appartement^ et cette vivacitç se termina par une crise nerveuse. Elle revint à elle en disant : u C'en est fait^ je n'en réchapperai pasf»
C'était une rougeole qui s'annonça par une sueur abondante dés qu'elle fut au lit; mais elle se leva imprudemment pour écrire à son Nangis ; le docteur Chirac arriva, qui la força de se recoucher; il la saigna au pied^ contre Fopinîon de Madame^ qui avait du bon dans son opiniâtreté allemande. La saignée faite , de rouge et brûlante qu'elle était ^ elle devint pale et glacée^
4o BtÉMOlBES
(c Mon Dieu^ s'écria Madame^ j'aimerai» mieux qu'où m'eût fait une saigna qu'à M*^ la Dau« phiue!
— Vcolea^'yous être plus babile que ces messieurs? » reprit ayec^aportement la Maintenons en désignant Chirac ^ Boudin et Fagon : ceux-ci 9à n&irent à rire, et Madame sortit en disant : ce JNoos verrons^ ce qui adviendra de ceci! »
Dès lors , la maladie de la Dauphine tourna mal, et la certitude qu'elle avait de ne point guérir 'Contribua sans doute à la tuer. Le Roi la venait visiter à tout moment^ suppliant médecins et apothicaires de lui rendre sa chère fille : rien ne fit; le délire^ la confession^ l'agonie se succédèrent; laDauplûne mourut dans les bras de Louis XIV.
Ce, fut un coup de foudre ; je me trouvais chez Le duic d'Orléans au moment où il reçut la nouvelle de cette mort ; il leva les yeux et les mains au ciel ^ains un silence inquiet.
• (c Monseigneur, lui dis- je, javais rêvé cette nuit que ia Dauphine n'existait plus- »
Il me regarda fixement et ne répondit pas; cependant les calomnies nées de la mort de Mon-
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seigneur s'enracinaient dans le public^ }a Danpbine a étéempoisonnée, dkait-on de toqtes parts. La Maintenon conduisait cette noire intrigue; Que tabatière pleine de tabac d'Espagne^ que le duc d'Orléam. avait donnée à la Dauphine denx ans auparavant , fournit matière à d'absurdes présomptions; on prétendit que la défunte s'était sentie incommodée après une prise de tabac« Ce ne fut pas le seul conte dont on voulut iM>ircir le duc d'Orléans^ Le Roi était grave^ méat malade de douleur; le Daupbin, morne et plus dévot qu'à l'ordinaire^ se renfermait dans son appartement des heures entières^ Au milieu de ce trouble général , on fit l'ouverture du corps de la Baupbine^
Cette ouverture redoubla la confusion: Chirac, Boudin^ Fagon et Maréchal y assistaient j la durée de L'expérience se passa ai discussions très-vive^ des deux côtés; Boudin et Fagon.
tenaient pour le poison^ Chirac et Maréchal protestaieat du contraire. Tout le corps était , dans son état naturel; mais là tête, où la Dau-» phioe avait tant souffert, présentait un désordre extraoîrdinaire; la cervelle était tachée de noir
4 a MÉMOIRES
et les fibres paraissaient brisées. Les médecin» allèrent Gommuniqtiér au Roi l'issue de leur observation ; la querelle du poison recommença devant M~ de Maintenon, le père Le Tellier et Sa Majesté^ qui fut forcée de les faire taire. Cependant il transpira quelque chose de la consultation des médecins.
Sept jours après la mort de la Daupbinc^ le Dauphin tomba malade avec des symptômes^ particuliers qui y cette fois^ caractérisaient le poison ^ son corps s'était couvert de tumeurs et de dartrès; il ressentait d^ns les entrailles des déchiremens et des coliques effrayantes. Sans doute la Maintenon n'était pas capable d'emrpoisonner le Dauphin pour accuser le duc d'Orléans^ niais \e ne jurerais pas qu'on ne l'ait point fait pour lui plaire : comme le plus intéressé à cet empoi— sonnement était Je duc du Maine ^ je m'abstins d'arrêter mes soupçons sur personne. S'il Teût fallu pourtant, je n'aurais pas balancé.
. Aussitôt que la maladie du Dauphin fut publique^ je me rappelai la centurie de Nostradamus et je courus au Palais-Royal. Le Prince était dans son laboratoire chimique^ tellement
absorbé par. la Jecture de celte même centurie^
qu'il ne. prit pas garde à mon arrivée.
< a Monseigneur^ lui dis- je ^ n'allez-^vous pas à
Versailles?
— -Qu'y faire? interrompit-il, comme réveillé en sursaut par ma question.
— Le Dauphin est bien mal, et j'appréhende qu'on ne s'étonne \le vous voir ne point prendre part aux malheurs de la famille royale.
— Je doute que l'on .s'aperçoiv# de mon absence plus que de ma présence : je serais mort, qu'ils ne viendraient seulement pas me. jeter de l'eau bénite.
— Mai&enCh si le Dauphin succombe...
— J'espère qu'on ne s'en prendra point à moi ; je ne lui ai point donné de tabatière comme a la Dauphine !» *
n y avait djins ces paroles un^ ironie chagrine qui me frappa; je me levai en silence^ et le duc me tendit la main, que je baisai avec transport.
(c Monseigneur, lui dis-je, n'oubliez pas que la Maintenon et le duc du Mainp n'épargneront rien pour vous perdre.
'^ Jusqu'à commettre des crimes^ afin de me les attribuer, n continua-t^îl en goupiraat.
Le Dauphin allait de plu» mal en plus uaT; une fièvre dévorante, un feu d'entrailles et un sinistre abattement résistèrent à tou^ les remèdes; les médecins se regardaient découragés : quant au Dauphin, quoiqu^on lui cachât le danger de sa maladie, il faisait ^es dîspositfons dernières avec un sang-froid admirable. Il arriva que la veille de sa mori il entendit, dans l'appartement audessus du sien, clouer le cercueil de sa femme; ses yeux se remplirent de larmes, et il s'écria, en élevant la n^ain vers l'endroit du bruit : (c Pas encore! >i Puis il reprit son bréviaire et dépécha ses prières à demi-voix; il communia, buit la messe, rcçutrextrémeonction, et tout fut dit.
L'orage fut terrible à la cour, puis à la ville; l'empoisonnement du Dauphin était avéré, et tout le moude se fuyait, avec des regards soupçonneux. Le Roi, frappé de ces deux morts si rapprochées , si promptes et si étranges^ était au lit lui-même dans un état assez inquiétant. Il répétait à la SJaintenon : « Vous verrez qu'ils veulent notre mort à tous ! » Le père Le Tellier,
DU CARDINAL JDUBOIS. 4&
qui nele quittait prei5(|ue pas^ poursuivait le duc d'Orléans pai? de perfides iusinuations, s'armant de tous les contes populaires , de mensonges et surtout de la religion. Le pauvre Roi^ affaibli par le désespoir» répondit seulement : « mon Dieu ! que j[aut41 que je fasse I n Je possède le rapport écrit d'un certain père Arnoux» jésuite, qui s'occupait de chimie , et que le duc d'Orléans admeltait parfois À ses expériences. Ce jésuite; organe du père Le Tellier, était un des principaux instrum^is de cette malheureuse affîiire.
u Se dirai la vérité au nom du Père^ du Fils et du Saint-Esprit^ écrivait-il à M"*" de Mainte* non; ']e demande pardon à Dieu d'avoir vu ce que j'ai vu^ entendu ce que j'ai entendu; le duc d'Orléans, que j'accuse de tous les empoisonnemens qui ont eu lieu à la cour de France, a dans le Palais-*Royal un cabinet secret où sont machinés des mystères d'iniquité; c'est ïk que.souvent il passe la nuit dans des opérations magiques^ secondé par un Allemand dit Homberg qui se vante d'avoir la pierre philosophale. Il a le pouvoir d'évoquier les démons, qui l'aident dans ses travaux criminels. Des fourneaux, des alam-
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bics^ des liquears inconnues^ des herbes malfaisantes^ tout dans cet arsenal dénonce un art maudit dé Dieu et des hommes. J'ai plusieurs fois assisté à ces œuvres de mal^ comme si la Providence m'eut choisi pour les révéler à la face des nations. Il a préparé devant moi des poisons^ dont une goutte , disait-il , suffisait pour donner la mort/ J'ai remarqué des fioles qui portaient en étiquette les noms de Monseigneur ^ ànDau-^ phin et de la Dauphine. Lé duc d'Orléans a voulu me tirer des sorts ^ mais j'ai refusé de peur de pécher mortellement j j'indiquerais encore des livres hébreux et arabes que j'ai supposé être desgrimoires;. des sphères^ des compas et d'autres signes astrologiques m'ont prouvé que ce prince impie s'adonnait à ^es sciences occultes que coadamne l'Eglise.... » Et le reste de cette pièce ca>rieuse^ qui m'a été donnée par M. d'Argenson ^ est aussi platement infâme. Je suppose que l'oi^ n'osa pas s'en servir.
L'ouverture du corps du Dauphin vint à Fap-* . pui de toutes oçs menées, auxquelles le duc d'Orléans ne s'opposa que par son silence. Les tracesdu poison étalent trop visibles pour les? nier > les..
entrailles étaient noircies et comme brûlées ; le cœur, engorgé d'un slang putréfié; la poitrine^ tachée et dissoute; la tête seule était intacte. Ma» réchal eut beau prier les médecins de ménager le Roi^ qu'une pareille nouvelle pouvait tuer; Fagon et Boudin^ que la Maintenon faisait agir ^ coururent en désespérer Louis XIV^ inconsolable surtout de la mort de la Dauphine. Il s'était fait donner son portrait^ et le couvrait de larmes ainsi que de baisers. Le père LeTellier, qui tenait sous main tous les fils de cette intrigue infernale, somma son pénitent de n'être plus qu'un juge irrité pour les empoisonneurs. M. d'Argenson eut ordre de rechercher secrètement tout ce qui pouvait servir à la découverte et à la punition du crime. Ce lieutbnant de police était trop dévoué au duc d'Orléans pour lui causer quelque peine; il me fit appeler^ et me conseilla de décider au préalable le Prince à se mettre en lieu* de sûreté; le duc d'Orléans, à qui je rapportai notre entretien, repoussa noblement toute apparence de fuite.
«Je suis innocent, me dit-il, et ce serait m'avouer coupable que de paraître craindre Tinter-
Teotion de la jastice; les vrais auteurs du crime
la redoutent plus que moi. »
Il persista cependant à rester éloigné de la cour^ et ses enoemis profitèrent de cette circon-stance pour le charger davantage. ,
On se souvint alors d^une accusation semblable jetée sur le duc d^Orléans par la princesse des Ursins^ en 1709. Il ne s'agissait de rien moins que d'empoisonner le roi d'£spagne. et ses en&ns; on voulut voir dans la mort des princes une suite de ce prétendu complot, aussi ridiculement inventé que le reste; j'ai omis de parler de ce fait, qui m'a toujours paru de la comédie pure. Pendant que le duc d'Orléans, de* puis son retour d'Espagne, se voyait environné de calomnies plus atroces et plus absurdes les unes que les autres, Ghalais, Finquisiteur de la des Ursins, s'en vint mystérieusement en Poitou, après avoir écrit à M. de Torcy qu il y allait pour le service du roi de France. Au bout de dix-huit jours passés en courses et en manœuvres, Ghalais arrêta dans le couvent de Bressuire un cordelier bien connu pour sa scélératesse, qui s'écria tout haut: a Le prince et moi nous sommes
perdus.» Il fut enferme dans les prisons de Poitiers. Après ce beau coup^ Ghalais se rendit à Marly ^ eut plusieurs conférences avec le Roi^ et alla ensuite à Paris. Alors redoublèrent d'audace les accusateurs du duc d'Orléans^ et le moine inconnu eut l'honneur d'être désigne comme son compUce. Lé parlement^ animé par la Maintenon et Ghalais^ pencha bientôt pour le procès; le molne^ jureur^ ivrogne, et impudique comme toute la monacaille^ fut amené à la Baistille^ où il resta trois mois au secret et visité uniquement par M» d'Argenson. Le résultat de ce grand éclat fut le silence du moine ^ et même il transpira quelque chose du rôle qu'on l'avait forcé de prendre* Enfin le pauvre moine y puni de sa maladresse, fut transféré dans la tour de Ségovie^ où il est encore^ à moins qu'il ne soît mort ré^ cemment^
Je ne conçois pas la folie de la Maintenons qui n'imagina rien de mieux que de &ire reparaître ce vilain meine dans les nouvelles inculpations coni Ire le duc d'Orléans. M"* des Ursins, qui ne se croyait pas si proche de sa disgrâce y écrivit que Marchand (c'était le nom du moiHe) avait dit à lu. 4
5o MÉMOIRES
ses gârdi^ùs que tonte la familtè royale était empoisonnée depuis trois ans, et que le duc d'Orléans une fois roi de France, le viendrait délivrer à la tête de ses armées. Ces puérilités répétées, augmentées, commentées, eurent plus de créance <pi'ellesne méritaient. Le bas peuple, entiché du merveilleux, accueillit rbistoire du moine comme une preuve manifeste contre l'innocence du duc d'Orléans; d'ailleurs il se réjouissait de voir un prince du sang jugé et peut-être d?jà pendu comme un scélérat vulgaire.
Ces dispositions hostiles dé la populace s'étaient déjà déclarées, lorsque le duc d'Orléans alla avec Madame donner de l'eau bénite àla Dau- |)hii3e. Le Dauphin n'était pas encore définit. Je trouvai quelque prétexte pour m'excuserdcf paraîise k cette cérémonie; j'avoue que ma méchante réputation ne me rassurait pas complètement sur mon sort len cas d'un procès inte/ité au Prince; ma conscience mei défendait en vain ces craintes. Xe cbercliais à m'éclipsèp derrière le due d'Orléans. Je le vis revenir pale, abattu et indigné; il mé raconta qne le peuple s'était ameuté autour de son içarnosse,et iUvait entendu des propos atroces, des
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I murmures et des cris in jurieux.Madame avait été si désolée de ces insultes, qu'elle avait dit ouvertement à la portièret «La Maiutenona bien choisi ses gens!» Ces paroles la pouvaient faire lapider. Ce fut bieti pis quand le duc d'Orléans alla seul donner de Teau bénite au Dauphin ; Madame l'avait supplié de s'en exempter, de peur d'attaques plus hardies que les premières. Elle s'épargna une \ violente scène en restant à ses correspondances. Le Prince m'ordonna de l'accompagner quoi que j'en eusse; c'est miracle que nous en soyons reve-^ nus: les chemins par où nous passions étaient remplis de misérables soudoyés^ faisant un tumulte épouvantable; les uns montraient du doigt le duc d'Orléans; les autres lui faisaient dés gestes menaçans; ]é me blottissais de mon mieux dans le coin de la voiture; le Prince, au contraire, faisait semblant de ne rien voir et de ne rien entendre. Un grand homme en haillons s'approcha insolemment de la portière en disant : c< Les empoisonneurs sont brûlés en place de Grève ! » Ravannes , qui escortait à cheval, poussé à bout par cette indignité, tira son épée et en frappa légèrement ce chef d émeutes, qui se crut mort du cotip.C'en était assez
pour nous faire mettre en piècei: il y eut un redoublement de cris et dUnjures. Son Altesse royale comprit Iq danger que nous courions tous : « M* de Ravannes^ dit-il à haute voix, pourquoi avoir maltraite ce brave homme? Mon ami^ ajouta*t-il çn jetant sa bourse au blessé^ qui excitait la populace à la vengeauce^ faites-vous guérir etvenea; me voir au Palais-Royal* » Là diversion qui s'opéra dans le moment permit au cocher de inettre les chevaux au galop, et nous arrivâmes à la chapelle ardente. Toutes les personnes de la cour qui s'y trouvaient se détournèrent du duc d'Orléans^ et Massillon lui-* même ^ que je reconnus de loin , me fît un signe de Jtête qui avait un air de compassion.Notrereto^rauPalais-Royalfutcruellemeut inquiété; cris, 'menaces recommencèrent^ et plusieurs furent assez osés pour nous jeter de la boue. Cela dura jusqu'à notre arrivée au Palais^ devant lequel s'amassa une multitude d'hommes armés de pierres , de torches et de bâtonsXa garde et le domestique du duc d'Orléans restèrent sur pied toute la nuit, dans l'appréhension d'une tentative de ces furieux, et quand ils se furent retirés vers le point du jour en criant: «Fagots pour le
due d'Orléans! » celui" ci monta en carrosse et se re^ra à Saint-Cloud, où le vidt rejoindre Madame, plus en colère que jamais contre la vieille. Quant à la duchesse d'Orléans, elle n'avait pas quitte' Versailles durant ces affreux événçmens.
ic M"^ d'Orléans, me dit le Prince, n'est pas la dernière k m'accuser,
— Il ne vous reste plus qu'une porte de salut, répliquai-jc; d'accusé devenez accusateur à votre tour.
— S'ils m'y forcent, je le deviendrai.
— Croyez-moi, Monseigneur, le duc dtj Mainç n'est pas aussi tranquille que vous l'êtes. »
Le duc d'Orléans se renferma dans un dédain superbe de ces accusations, jusqu'au a mars, où mourut le petit Dauphin, duc de Bretagne, avec les mêmes symptômes que son père; l'ouverture de son corps fournit aussi les mêmes observations. £]i. même temps, le duc d'Anjou était^ à reitrémité. La désolation fut à son comble, et le duc d'Orléans, signalé comme un monstre à l'aniaiadversioq publique. Le Roi cependant, tout persuadé" qu'il était par sa maîtresse, son confesseur et son bâtard, de la culpabilité de son
gendre, n'osait encore le faire lùettre en jugement. Il ne voulait pas déconsidérer sa famille par un procès qui devait retentir dans toute l'Europe. Cependant^ comme ]a mort de la Daupbine lui tenait à cœur plus que tout, il manda sa fille la duchesse d'Orléans, et l'interrogea tristement sur ce qu'elle savait. Celle-ci se donna bien de garde d'accuser le moins du monde son frère le duc du Maine, et défendit son mari de manière h laisser croire tout ce que l'on voudrait. Peu salisfait de cet éclaircissement^ Louis XIV manda le duc d'Orléans.
Son 4-ltesse royale ne balança pas à obéir ; mais le marquis d'Efïîat, qui se trouva là comme par hasard, Tinfatua des plus sols conseils, que le Prince eut la faiblesse de suivre. Certes, le duc du Maine avait fait de d'Effiat sa créature avec des promesses^ et ce franc courtisan était homme affaire pendre son maître, pour peu qu'il y vît son intérêt. Le duc d'Orléans, l'esprit obsédé de tant d'horreurs, fut introduit auprès du Rçi,. qui fixa sur lui un regard sévère et scrutateur. Ce regard ôta toute contenance au Prince, qui fondit en larmes, et se jeta aux pieds du Roi ; la Maintenon
avait eu soin que le père Le Tellier fût prësept à Fentrevue.
(c Sire 9 s'écria Son Altesse royale, 09 m'accuse d'un épouvantable crime que JQ déteste plus que personne^ Permette^ que je me . constitua prisoupier à la Bastille , et faites instruire mon procès.
— Voilà qui accommodera tout, dit le confesseur.
— Non, monsieur, reprit le Roi, si tous êt^s^ coupable, Dieu vous punira; si vous ne Têtes pâs..« • • ^
— Pourquoi me refuser cette grâce de foire éclater mon innocence? Je ne serai pas déshof^ noré pour avoir été à la Bastille, si j'en sors jps^ lifié!
— Sire, répliqua le père Le Tellier^ je nevois aucun inconvénient à envoyer Son vitesse royale à la Bastille.
— Cette pauvre Dauphine ! dit en gémissant le Roi pour détourner l'entretien. Dites- moi, Philippe, votre science saurait -elle guérir le dac d'Anjou?
— Moi, Sire! il est vrai que j'ai sauvé la vie
à ma fille de Berri quand les médecins en désespéraient; mais...
--— Hé bien! vous devriez essayer de nous itendre le duc d'Anjou, qui se meurt.
-r-Quoi! Sire, interrompit le père Le Tellier, au lieu de recourir à la divine Providence, vous implorez des moyens qu'elle désavoue !
î— Sire, ajouta le Prince, le duc et la duchesse du Maine m'ont donc fait bien scélérat à vos yeux 1
— Monsieur, sortez, répondit le Roi; avant d'acouser songez à vous défendre. »
Le duc d'Orléans tomba sur un siège j le Roi fit signe a son confesseur, et tous deux entrèrent dans un oratoire.
Cependant le duc d'Anjou, qui règne aujourd'hui sous le nom de Louis XV, semblait ne pas devoir en réchapper. Il avait le corps et le visage tuméfiés; il refusait le sein des nourrices, et se tordait dans' de longues convulsions. M"* de Vèntadour, gouvernante de cet enfant, malgré l'ordre exprès du Roi, réussit à le sauver. Elle avait ouï conter à M"** de Verrue, ancienne maîtresse du roi de Sicile, comment du contre-poi?-
son que lui donna le duc de Savoie Tavait arrachée à une mort certaine; mais M"' de Verrue ne connaissant pas ce contre* poison, ne put indiquer à M"* de Ventadour, qui se désespérait. M"* de Verrue avait vendu à Madame deux cents médailles d'or qu^elle avait volées au roi- de $i^ elle, et ne pouvait s en faire payer; elle profitait donc de la dette pour fréquenter assiduen^enf Madame, qui l'instruisait de tout; cette condition était réciproque entre les deux curieuses. M"* de Verrue vint à parler du contre-poison qu'elle regrettait; elle ignorait à quel usage il devait servir. « Ma fille, lui dit Madame, je vais écrire au duc d'Orléans, et ce soir tu auras ton contre-poison.» Elle écrivit, et le Prince, désoccupé, envoya ce qu'on lui demandait. Le duc (VAnjou prit ce contre-poison des mains de M"P de Ventadour, qui en attendit un heureux effet pour divulguer sa témérité. Le Roi l'appela sa chère fille, et voulut savoir d'où venait le contre^poison. M"*' -de Verrue fut mandée, qui dit tout le mystère; Louis XIV demeura tout ébahi et garda rancune au duc d'Orléans, à qui seulement il dit : w Si vous l'aviez voulu, mon^ieur^
ces quatre morts ne seraient pas arrivées. » Smi Altesse royale fût tout interdite de cette ingratitude.
Comme la cabale persistait k semer des bruits et des craintes, j'eus peur de voir les empoisonnémei^s^ recommencer.
u Monseigneur^ dis-je au prince^ d'Effîat est ftn mauyais conseiller, et il n'a pas tenu qu'à lui que vous ne soyez à la Bastille à cette heure.
<-^ En effet, rëpondit-il , Saint-^Simon m'a fait sentir la faute de cette démarche , qui me pouvait nuire si profondément.
— Permettez qu'un homme qui n'est pas acheté par vos ennemis vous offre un bon avis entre mille.
— Le tiieilleur serait, je crois, de m'envoyer où sont Monseigneur, la Dauphine, le Dauphin et le petit Dauphin.
— Hé bien 1 risquez vatre vi^- pour sauver votre honneur : le duc du Maine est l'auteur^ sinon des ii^rimes, du moins des bruits qui vous en accusent...
— La duchesse d'Orléans m'a juré lé contraire.
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— Monseigneur^ £»ites taire le dqc du.>Iainj^ et le père Le Tellier ^ et tout le monde 5e laira..
— Le duc du Maine est lâche comme un bâtard : si je l'appelle en duel...
— Il aura peur^ et le père Le Tellier....
— Un jésuite ne porte pas l'ipëe.
— Non^ mais voilà i^ne fo^me qui le vaincra sans coup férir.i>
C'était une preuve écrite d'une vilaine acticin commise par le père Le XeUier; Icrp^re I^ Rue, pressé d'argent, me l'avait yedduç sous Condition de n'en fairç us^ge qv'à tovtte .^>lrémit4* Je lui avais promis le secret, i^t j^ |i? le trahi$ pas^ le duc fl'Orléans n'a j»mai9:]:évélé.fle,qve c'était. <( Bien, mon cher^Dubois^ me dii*-il; tolseulne m'abandonnes pas; le confesseur du Roi n)e ré-: pond de tout. » Son Altesse rd^^ale t)aftit}e-jôur même pour Sceaux, où se néunissaît la cabâJet du duc du Maine. Elle était assembléeyretjen pe^qe de savoir que résôudxe;. la duchei£ie du Maine tenait sa cour plénière au milieu de ses ar»ans et de ses poètes; k marquis d'Effiat fiil la première figure qu'il reconnut en entrant parmi ce
6o MEMOIRES
monde/ qui le prit pour un fantôme. «Bonjour M. d'Effiat, dit-il j ce n'est pas ici le Palais- Royal j vous vous serez trompé de porte. »*I1 salua à peine les dames, qui* faisaient nombre, fit fermer les portes, et commença ainsi, parlant à M. du Maine :
«c Monsieur mon beau -frère, ij m'est revenu que vous vous acharniez un peu- trop sur mon honneur j cela ne me plaît nullement, et je vous prie de donner un démenti formel à ces rapports, mal faits pour entretenir l'amitié entre nous.
— Mon Dieu! M. d'Orléans^ reprit M"™* du Maine, quelle fantaisie est-ce là de venir traiter d'afifaires devant les dames?
— Gette fantaisie, madame, vaut bien la peine qu'on s'en occupe, quand elle va peut-être à nous venger d'exécrables calomnies.
— Toiït bea^I continua la ducbesse, vous avez Pair d'un coq en colère, et non plus d'un prince galant et aimable.
'-^M.du Maine, interrompit le duc d'Orléans la main sur son épée, jurez, en f$ice de Dieu et de ces témoin$, que vo\2S ne formez nul soupçon contre moi..;
DU CARDINAC DtJBOiS. Ci
— Où voulez-vous en venir, M. d'Orléans? répondit le duc du Maine.
— A vous tendre la main ou la pointe de mon épée; oui, monsieur, votre sang ou le mien, si TOUS me ipefuses cette satisfaction, bien légère auprès de celle du mal que vous m'avez fait.
— Ou est Crébilion ? demanda la duchesse; voilà certes une belle tragédie pour faire pendant lAlréeet TTifeste.
—M. du Maine, s'écria le duc d'Orléans d'une m tonnante, choisissez.
— Quel singulier homme vous faites 1 dit le duc du Maine pour gagner du temps; mais rien n'est plus juste: que faut-il dire?
— Que vous me croyez incapable d'un fait konleux!...
— Ne jurez pas, M. du Maine, interrompit sa ÊDime.
— Pourquoi non, madame? repartit celui-ci, tenblant d'être forcé de se battre; je recon-« nais avec plaisir que M. d'Orléans mérite toute non estime^ et le prie de me garder un peu de %Q amitié.
— Vous Pentendez, messieurs, dit le Prince
Ga MÉMOIRES
en se retirant, M. du Maine dément quiconque lui ferait tenir un autre langage. »
La duchesse dû Maine fot si contrariée de la lâcheté du boiteux j comme elle appelait son mari , qu'elle ne voulut voir personne de huit jours. Je me trompe, elle fît une exception pour ses amans.
Cette victoire était le prélude d'une seconde plus importante. Le lendemain le duc dTOrléanis alla lui-même au couvent des Jésuites, où le père LeTellierétaiten retraite. Il ne serait point parvenu jusqu'à lui sans se nommer ; toutes les portes furent ouvertes au duc d'Orléans. Le confesseur du Roi affecta d'abord une rudesse impertinente qui fit place à la plus mielleuse flagornerie, sur la présentation de certain papier j le loup devint mouton^ et le père Le Tellier s'humilia' jusqu'à se mettre à la merci du Prince.
« Mon père, lui dit Son Altesse, je ne vous veux pas de mal et serais contrit de vous nuire ^ mais je suis sous lé poids des plus injustes soupçons, je vous prie de m'aider un peu pour en triompher.
— Je le ferai, mon fils, reprit le patelin, pour la plus grande gloire de la Société.
Cette grande tempête s'apaisa presque aussitôt; le peuple, que Ton excitait contre le duc d'Orléans^ rentra dans le respect qu'il devait à son rang; ce qui me persuade que le père Le TeU lier fut phis fort que la Maintenon : on ne parla plus- de procès^ de Bastille. Le duc d-Orléans laissa le temps achever ee que lui avait si bien commence. Il est bien vrai de dire que les petits pâtissent pour les grands : la seule victime de cette machination fut le pauvre Homberg^ qui était au moins aussi innocent que son maître ; ce Homberg, allemand fort habile et plus modesie encore^ aidait Son A^Itesse royale dans son laboratoire ; le brave homme avait beaucoup de mal et peu de profit. Il se vit néanmoins^ dans cette affaire, mis en prison et châsse de France par le caprice des juges. Je lui fis passer quelque argent à Leyde^ où il est moi^t de chagrin.
Le doc d'Orléans fut leng-temps avant de se laver entièrement de la calomnie^ dont il reste toujours quelque chose ^ dit le proverbe. LVxemple du Roiy toujours froid et poli avec lui^ mats jamais affectueux , ne trouva que des imitateurs. U Prince se voyait seul dans les salons de Marly
et de Versailles. 11 dit un jour au comte de Toulouse, qui s'approcbait de lui : a Monsieur^ n'ayez-vous pas peur de la contagion? d Louis XIV ne lui pardonna que sur son lit de mort^^ L'aversion qu'on lai tëtnoignait si fidèlement n'alla point jusqu'à la duchesse d'Orléans^ qui se tenait toujours sous l'aile de la Maintenon. Madame, révoltée de l'abandon où était son fils, le sollicita de ne point aller à la cour; }e me joignis à elle, et le duc d^Orléans laissa le champ libre à la cabale dirigée par Villerçi^ Vaudemont, Tallard, Tesse et le petit Blouin.
« J'abdique, me dit-il en riant j, et me voilà descendu dans la vie privée!... Je|>uis bien,quoi<que premier prince du sang, me contenter d'être heureux.
— Lirez-vous encore Nostrads^mus?
— 11 a failli me coûter cher.
-^ Je me charge df utiliser votre inactii»n, tant qu'il y aura des jolies filles à Paris.
-^ Parbleu! j'ai bien fait de renvoyer la comtesse d^Argenton au Pont-Saint-Maxence; soc père m'en a débarrassé : j'ai payé pour elle detu millions de dettes , mais j'ai racheté ma liberté
— Le plus difficile est de la garder, w Les plaisirs revipi^ol au Palais^Royal, et toat^ les sen^aiBes le duc d^Orlëans jetait amoureux pour la vie.^ . . , - % «
S'il faut dire ici ma pensée tout entière sur les pert;<e3 irréparables de la famille royale, je crois que le Daupkiaet le duc de Bretagne sont * morts empoi^Rjpés : {)ar qui? Il me semble que le duç^ d'Orléans avait tout a perdre à "leur mort, et le duc du Maine tout à gagner. .