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sitons pas à déclarer absolument controuvé le fait suivant, qu'il a pris, comme tant d'autres, sous son peu scrupuleux patronage :
« Ce fut le comte de Grammont lui-même qui vendit quinze cents livres le manuscrit des Mémoires où (7 est si clairement traité de fripon. Fontenelle, censeur de l'ouvrage, refusait de l'approuver par égard pour le comte. Celui-ci s'en plaignit au chancelier, à qui Fontenelle dit les raisons de son refus. Le comte, ne voulant pas perdre les quinze cents livres, força Fontenelle d'approuver le livre d'Hamilton. »
Il y a là autant d'erreurs que de mots. Et l'exemple peut servir à montrer la confiance que méritent les écrivains de cette école trop encouragée par notre crédulité, pour laquelle, comme disait Duclos, ce qui est vrai doit être malin, et ce qui est malin doit être vrai.
Les MÉMOIRES furent écrits vers 1704. Ils furent imprimés pour la premières fois en 171 3, sous la rubrique de Cologne. Le chevalier, devenu comte de Grammont, dont ils racontaient les aventures de jeunesse, était mort en 1707. // est donc matériellement impossible qu'il ait pu, en 171 3, obliger Fontenelle à les approuver.
Ajoutons que c'était encore plus impossible moralement. Le comte de Grammont n'était certes pas d'un caractère chatouilleux sur le point d'honneur, tel surtout que nous l'entendons aujourd'hui; mais il était incapable de faire, pour m pas perdre quinze cents livres, qui ne lui revenaient point d'ailleurs, mais à l'auteur, c'est-à-dire à Hamilton, une vilenie. Il
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était assez riche et assez fier pour ne point hasarder sa réputation sur un si modique enjeu.
La vérité est que les Mémoires ne parurent qu'après sa mort, discrètement, presque furtivement, sans le nom de l'auteur, et que, quoique leur héros n'eût que les scrupules qu'on ne peut se dispenser d'avoir, et fût hbmme à beaucoup sacrifier au plaisir de se voir revivre dans un portrait si digne de lui, il n'en eût certainement pas autorisé la publication de son vivant.
Le chevalier de Grammont, prototype de ces grands seigneurs vicieux et spirituels, courtisans par excellence, qui représenteront sibien, avec ses qualités et ses défauts, le caractère français au XVII^ et au XVIII^ siècle, et dont Kichelieu sera le dernier, était né en 1621. // mourut le 10 janvier 1707, à l'âge de quatre-vingtsix ans.
Il avait de qui tenir. Il descendait un peu d'Henri IV par les femmes, puisqu'il était le petit-fils de cette fameuse Corisande d'Andouins, comtesse de Guiche, longtemps aimée du Vert-Galant. Cependant le roi de Navarre n'avait que vingt-deux ou vingt-trois ans lorsqu Antoine de Grammont, fils de Philibert et père du héros d'Hamilton, vint au monde. Corisande fut-elle aimée d'Henri IV avant son veuvage, c'est-àdire avant août i 58o^ date de la mort de son mari, tué devant La Fère? Il est permis d'en douter. Un annotateur du roman-pamphlet intitulé : Les Amours DU GRAND Alcandre, prétend que le roi offrit au fils de Corisande de l'avouer pour sien, honneur que refusa Antoine de Grammont, préférant le titre de fils légitime d'un bon gentilhomme à celui de bâtard d'un roi
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Quoi qu'il en soit, pour la chronique scandaleuse du temps, qui ne distinguait point les dates, il suffisait que la mère d'Antoine de Grammont eût été du dernier bien avec le roi pour que ce fût un bruit public et une tradition de famille i< qu'il n'eût tenu qu'au père du chevalier de Grammont d'être fils d'Henri IV» , comme il le dit lui-même plaisamment dans ses Mémoires.
Un fait qu'il est d'ailleurs impossible de méconnaitre, — qu'on rattribue à une influence héréditaire ou à une simple affinité, — c'est que, si le héros d'Hamilton n'eut point le courage et la finesse politique d'Henri IV, il reproduisait, un peu émoussés, plus d'un trait de ce caractère proverbial, notamment la belle humeur, le sang-froid, et l'art de se gausser du prochain : la gouaillerie.
Saint-Evremond et Bussy-Kabutin nous ont laissé des portraits du chevalier de Grammont. Le premier l'a peint avec une admiration mêlée de quelque jalousie, et, tout en faisant ressortir ies qualités frivoles, n'a pas laissé de mettre en relief ses défauts sérieux. Le second, plus indulgent, considère toutefois le chevalier comme un enfant prodigue de son école : il ne mettait pas, à ses yeux, assez d'art dans son égoisme et assez de philosophie dans ses vices.
Saint-Simon n'aimait pas le comte de Grammont, qui a pourtant trouvé grâce devant un autre atrabilaire, Boileau, dont il avait fait la conquête. Les éloges de Saint-Simon manqueront à ses trophées. L'illustre disgracié haïssait naturellement les favoris ; et la perpétuelle bonne humeur, l'insolente santé, l'impertinent succès du courtisan modèle d'un temps où la Cour