‹ Mémoires du chevalier de Grammont (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · XI) INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XI) INTRODUCTION

allusion nous avons soigneusement rétabli la date authentique, à l'aide de l'essai de chronologie des MÉMOIRES joint par M. Cuningham à sa curieuse biographie de Nelly Gwyn l'actrice, une des maîtresses de Charles IL

Nous profiterons de l'occasion pour détruire, s'il est possible, pour contredire du moins, une des trop nombreuses légendes qui infestent si gracieusement les biographies du chevalier de Grammont et d'Hamilton.

Cette légende prête au chevalier un départ subreptice de la Cour et une fuite furtive de Londres qui jurent avec son caractère et surtout avec la réalité. On prétend que, non moins tricheur au jeu de l'amour qu'aux autres, il comptait esquiver le payement de la lettre de change de cœur souscrite par lui, durant une flirtation assidue et compromettante à Mademoiselle d'Hamilton, et faire banqueroute conjugale à celle qui se considérait comme sa fiancée. Là-dessus les deux frères de la délaissée auraient pris la poste sur la piste du fugitif, et, le hélant dès qu'ils furent à portée, lui auraient rappelé en ces termes la créance dont ils étaient les champions :

« Holà! chevalier de Grammont, auraient-ils crié au déserteur, parti trop vite à leur gré, n'auriez-vous point oublié quelque chose à Londres ?

— Pardonnez-moi, aurait répondu l'interpellé avec son sang-froid habituel, j'ai oublié d'épouser Mademoiselle votre saur. »

Là-dessus on aurait trinqué, tourné bride, et Grammont aurait, quoiqu'il n'eût point signé, fait

INTRODUCTION XUJ

galamment honneur à la dette qu'il avait eu un moment l'intention de laisser protester.

Encore une anecdote trop jolie pour n'être pas fausse; trop jolie, disent les amateurs de l'histoire à la Vertotet àlaDuclos, pour n'être pas vraie.

La vérité est que h chevalier de Grammont, en quittant Londres pour rentrer de la faveur de Charles II dans celle de Louis XIV, ne fît point la sottise de finir sur une algarade qui lui fermait à la fois l'une et l'autre. La vérité est que, s'il se décida, par méfiance de lui-même et tenace amour de la liberté, moins vite à devenir le mari de Mademoiselle d'Hamilton quilne s'était décidé à essayer d'en être l'amant, il céda avec l'empressement qu'il savait mettre en toutes choses à la nécessité de dénouer légitimement le roman, quand l'échéance fut venue. Il paraîtrait même que, sur sa réputation, la famille de Mademoiselle^ d'Hamiiton et elle-même témoignaient moins d'empressement que le chevalier à un hymen qui les flattait assez, non sans les effrayer un peu; que le mariage de Grammont fut une conquête assez disputée, loin d'avoir été une dette acquittée avec plus de résignation que d'élan; enfin que les résistances qui contrariaient ce mariage recherchèrent un moment l'alliance de Charles II et l'autorité d'un veto royal qui leur fut refusé. On lit dans une dépêche du comte d'Estrades, ambassadeur de France :

« Le mariage du chevalier de Grammont et la conversion de Madame de Castlemaîne se sont publiez le même jour, et le roi, étant prié par les parents de la dame d'apporter quelques obstacles à cette union.

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