Personnage du roman d'AmadU
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rinhumanité de son impatience ordinaire, le confirma tant qu'il put dans des sentiments si raisonnables.
Ils furent surpris en entrant dans la cuisine, où le chevalier rendait volontiers sa première visite, de voir six broches chargées de gibier devant le feu et Fappareil d'un festin magnifique par toute la cuisine. Le cœur de Termes en tressaillit. Il donna sQus main ordre de déferrer quelques-uns des chevaux pour n'être pas arraché de ce lieu sans y repaître.
Bientôt une foule de violons et de hautbois, suivie des galopins de la ville, entra dans la cour. L'hôte, à qui l'on demandait raison de tant de préparatifs, dit à M. le. chevalier de Grammont que c'était pour la noce d'un gentilhomme des plus riches des environs avec la plus belle fille de toute la province «, que le repasse faisait chez lui; qu'il ne tiendrait qu'à sa grandeur de voir bientôt arriver les mariés de la paroisse, puisque la musique était déjà venue. Il en jugea bien ^ car à peine achevait-il de parler que trois grands corbillards, comblés de laquais grandscomme des Suisses, et chamarrés de livrées tranchantes^ parurent dans la cour, et débarquèrent toute la noce. Jamais on n'a vu la magnificence campagnarde si naturellement étalée. Le clinquant rouillé, les passements ternis, le taffetas rayé, de petits yeux et de grosses gorges brillaient partout.
Si le premier coup d'œil du spectacle surprit le chevalier de Grammont, le second n'étoni\a pas moins le fidèle Termes. Le peu qui paraissait du visage de la mariée n'était pas sans éclat; mais on ne
pouvait porter aucun jugement sur le reste. Quatre douzaines de mouches, et dix serpentaux, de chaque coté, qu'on avait fait de ses cheveux, en dérobaient la vue -, mais ce fut le nouvel époux qui mérita l'attention du chevalier de Grammont.
Il était aussi ridiculement paré que les autres, à la réserve d'un justaucorps de la plus grande magnificence et du meilleur goût du monde. Le chevalier de Grammont, en s' approchant de lui pour examiner de près son habit, se mit à louer la broderie de son justaucorps. Le marié tint cet examen à grand honneur, et lui dit qu'il avait acheté ce justaucorps cent cinquante louis, du temps qu'il faisait l'amour à madame sa femme. « Vous ne l'avez donc pas fait faire ici P lui dit le chevalier de Grammont. — Bon ! lui répondit l'autre ^ je l'ai d'un marchand de Londres, qui l'avait commandé pour un mylord d'Angleterre. » Le chevalier de Grammont, qui sentait le dénouement de l'aventure, lui demanda s'il reconnaîtrait bien le marchand. Si je le reconnaîtrais! Ne fus-je pas obUgé de boire avec lui toute la nuit à Calais pour en avoir bon marché?» Termes s'était absenté dès que ce justaucorps avait paru , sans pourtant s'imaginer que ce maudit marié dût en entretenir son maître.
L'envie de rire et l'envie de faire pendre le seigneur Termes partagèrent quelque temps les sentiments du chevalier de Grammont^ mais l'habitude de se laisser voler par ses domestiques , jointe à la vigilance du coupable, à qui son maître ne pouvait reprocher d'avoir dormi dans son service, le port^ rent à la clémence ^ et , cédant aux importunités du
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campagnard, pour confoHdre son fidèle écuyer, il se mit à table, lui trente-fieptième.
Quelques moments après , il dit aux gens de la maison de faire monter an gentilhomme nommé Termes. Il vint -, et dès que le maître de la fête le vit, il se leva de table, et , lui tendant la main : « Touchez là, notre ami, lui dit-il : .vous voyez que j'ai bien conservé le justaucorps que vous aviez tant de peine à me vendre, et que je n'en ai pas fait un mauvais usage. ».
Termes, s' étant fait un front d'airain, fit semblant de ne le pas connaître, et se mit à le repousser assez brutalement. « Oh, parbleu! luiditTautre, puisqu'il m'a fallu boire avec vous pour conclure le marché , vous me ferez raison de la santé de madame la mariée. » Le chevalier de (ïrammont , qui le vit tout déconcerté malgré son effronterie , lui dit en le regardant civilement : a Allons, monsieur le marchand de Londres, mettez-vous là, puisqu'on vous en prie de si bonne grâce-, nous ne sommes pas tant à table qu'il n'y ait encore place pour un aussi honnête homme que vous. » Aces mots, trente-cinq des conviés se mirent en mouvement pour recevoir ce nouveau convié. Il n'y eut que le siège de l'épousée qui, par bienséance , demeura fixe 5 et l'audacieux Termes, ayant bu la première honte de cet événement, s'y prenait d'une manière à boire tout le vin de la noce si son maître ne se fût levé de table , comme on ôtait vingt-quatre potages pour servir autant d'entrées.
Il n'y avait pas d'apparence de retenir jusqu'à la fin d'un repas de noce un homme qui paraissait si
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pressé ; maïs tout fut debout quand il sortit de table, et tout ce qu'il put obtenir du marié fut que toute la noce ne le reconduirait pas jusqu'à la porte de ThAtellerie. Termes eût voulu qu'ils ne l'eussent point quitté jusqu'à la fin du voyage, tant il craignait de se trouver tête à tête avec son maître.
Il y avait déjà quelque temps qu'ils étaient sortis d'Abbeville, et qu'ils couraient dans un profond silence. Termes, qui s'attendait bien à le voir rompre dans peu de temps, n'était en peine que de la manière : savoir si son maître l'attaquerait par un torrent d'injures mêlées de certaines èpithètes qui pouvaient lui convenir •, ou si , se servant de quelque outrageante ironie, l'on emploierait toutes les louanges qui seraient le plus capables de le confondre. Mais , voyant, au lieu de tout cela, qu'on s'obstinait à ne lui rien dire, il crut qu'il valait mieux prévenir la harangue qu'on méditait que d'y laisser rêver plus longtemps-, et s'armant de toute son effronterie: « Vous voilà bien en colère, monsieur, lui dit-il , et vous croyez avoir raison. Mais je me donne au diable si vous n'avez pas tort dans le fond. »
« — Comment, traître, dans le fond l dit le chevalier de Grammont *, c'est donc parce que je ne te fais pas rouer comme tu l'as depuis longtemps mérité? »
— « Voilà-t-il pas? dit Termes. Toujours de l'emportement, au lieu d'entendre raison! Oui, monsieur, je vous soutiens que ce que j'en ai fait était pour votre bien. — Et le sable mouvant n'était-il pas pour mon service? dit le chevalier de Grammont. — Patience, s'il vous plaît, poursuivit l'autre. Je ne sais comment diable ce nigaud de marié s'est rencontré
chez les gens de la douane qnand on visita ma valise à Calais; mais ces cocus-là se fourrent partout. Dès qu'il vît votre justaucorps il en devint amoureux. Je vis bien dès là que c'était un sot, car il était à deux genoux devant moi pour Tacheter. Outre qu'il était tout froissé de. la. valise, la sueur du cheval l'avait tout taché par devant, et je ne sais comment diable il a fait pour raccommoder tout cela *, mais tenezmoi pour un excommunié si vous l'eussiez jamais voulu mettre. Conclusion : il vous revenait à cent quarante louis*, et voyant qu'on m'en offrait cent cinquante : mon maître, dis-je, n'a pas besoin de cet oriflamme pour se distinguer au bal ; et quoiqu'il eût beaucoup d'argent quand je l'ai quitté, que saisje s'il en aura quand je le reverrai ? Cela dépend du jeu. Bref, monsieur, je vous en fais donner dix louis de plus qu'il ne vous coûte; c'est un profit tout clair. Je vous en tiendrai compte ; et vous savez que je suis bon pour cette somme. Dites à présent : en auriezvous eu la jambe mieux faite au bal , d'être paré de ce diable de justaucorps , qui vous aurait donné la même mine qu'à ce marié de village à qui nous l'avons vendu ? Et cependant il faut voir comme vous tempêtiez à Londres quand vous l'avez cru perdu ^ les beaux contes que vous avez faits au roi du sable mouvant, et quelle chienne de mine vous avez faite quand vous vous êtes douté que ce pied-plat le portait à sa noce! »
Que répondre à tant d'impudence P S'il écoutait l'indignation , le rouer de coups ou le chasser était le traitement le plus favorable que son mattre lui devait^ mais il en avait besoin pour le reste de son
voyage , et dès qu'il fut à Paris, il en eut besoin pour son retour.
Le maréchal de Grammont ne sut pas plutôt son arrivée qu*il fut le trouver chez son baigneur *, et les premières embrassades s'étant passées de part et d'autre : « Chevalier, lui dit le maréchal , combien avez-vous mis à venir de Londres ici ? car Dieu sait comme vous allez en pareille rencontre. » Le chevalier de Grammont lui dit qu'il y avait trois jours qu'il était en chemin^ et, pour s'excuser de cette médiocre diligence, il se mit à lui conter son aventure d*Abbeville. « Cela est fort plaisant, lui dit monsieur . son frère ^ mais ce qu'il y a de plus plaisant, c'est qu'il ne tiendra qu'à vous de trouver encore votre justaucorps à table ; car on la tient longue dans une noce de province. » Et là-dessus, prenant un air tout sérieux, il lui dit qu'il ne savait pas qui lui conseillait un retour inopiné pour gâter ses a£Bùres ^ mais qu'il avait ordre du roi de lui dire qu'il n'avait qu'à s'en retourner sans se présenter à la cour. H lui dit ensuite qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer son impatience, après avoir si bienfait jusquelà, lui qui connaissait assez le roi pour être instruit qu'il fallait, pour mériter sa grâce, attendre qu'elle vint purement de sa bonté.
Le chevalier montra pour sa justification la lettre de madame de Saint-Chaumont, et lui dit qu'il se serait bien passé du soin qu'on avait pris de lui mander une fausse nouvelle pour le faire partir comme un Cravate de bois, a Autre imprudence, lui dit le maréchal; et depuis quand notre sœur est-elle secrétaire d'État ou des commandements, pour que le roi
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se soit servi d'elle pour vous signifier ses volontés ? Voulez-vous savoir le fait ? Il y a quelque temps qu'il dit à Madame le refus que vous avez fait de la pension que vous offrait le roi d'Angleterre. Il parut content de la manière dont Comminges l'informa que la chose s'était faite , et témoigna qu'il vous en savait gré. Madame prit tout cela pour un ordre de rappel. La Saint-Chaumont, qui n'a pas à beaucoup près le jugement aussi merveilleux qu'elle se l'imagine, s'est pressée de vous expédier ce bel ordre de sa main. Pour achever, Madame dit hier au dîner du roi que vous seriez incessamment ici, et le roi m'ordonna Taprës-dinée de vous renvoyer incessamment d'abord que vous seriez arrivé. Vous voilà, retournezvous-en. »
Cet ordre aurait peut-être paru dur au chevalier de Grammont dans un autre temps ; mais dans la disposition présente de son cœur il eut bientôt pris son parti. Rien ne lui faisait peine que l'officieux avis qui l'avait obligé de quitter la cour d'Angleterre-, et tout consolé de ne point voir celle de France avant son départ, il pria le maréchal d'obtenir seulement un délai de quelques jours pour recueillir quelque argent du jeu qu'on lui devait. Il obtint cette grâce à condition qu'il sortirait de Paris.
Il choisit Vaugirard pour sa retraite. Ce fut là qu'arrivèrent certaines aventures dont il a fait le récit si souvent, et d'une manière si divertissante, que ce serait fatiguer le lecteur que de les retoucher. Ce fut là qu'il rendit le pain bénit d'une manière si solennelle, que, ne restant pas assez de Suisses à
Versailles pour garder la chapelle, Vardes* fut obligé d'avouer au roi qu'on les avait envoyés ad chevalier de Grammont, qui rendait le pain bénit à Yaugirard. Là se passa cette scène merveilleuse qui donna la première atteinte à la réputation du grand Saucourt^,
1, René-François de Bec-Crespin, marqnis déVardes, siconnapar le rôle qu'il joua à la cour à l'époque de la jeunesse de Louis ÎIV. — Daniel de Gosnac, dans ses Mémoires ^ l'appelle l'homme de France le mieux fait et le plus aimable. Il était joueur et galant ; parmi ses maîtresses on eita madame de Roquelaure , madame de Iiesdiguières et la fameuse Ninon. Favori de Louis XIV quivQulat lui faire épouser La Yallière, revêtu durant 23 ans ( 1656 à 1678) de la charge peu militaire mais très justement enviée de capitaine de la Compagnie des Gent-Suisses, il tomba en disgrâce à Toccasion d'une intrigue qui est étrangère à notre sujet, et où il avait pour complice la comtesse de Soissons ; il fut mis à la Bastille (décembre 1664), et bientôt on l'exila au fond du Languedoc. Il chercha d'abord à se consoler en séduisant quelques filles, il voulut ensuite se distraire en s'occupant d'alchimie. En 1683, après 19 ans d'absence, le roi lui permit de reparaître à la cour, et lui fit bon accueil. Vardes mourut en 1688, et madame de Sévigné qui en parle souvent écrivit alors : c II n'y a plus d'homme à la courb&ti sur ce modèle-là. % Dangeau en fait mention à diverses reprises ainsi que Saint^-Simon.
2. Antoine-Maximilien de Belleforière , marquis de Soyecourt (on prononçait Saucourt) grand veneur et cordon bleu, célèbre dans les fastes de la galanterie au commencement du règne de Louis XIV. Il avait épousé la fille du président Longueil de Maisons.'
On trouve dans les cBuvret de Benserade (1697, t. II, 307) des vers relatifs à ce seigneur qui jouait le rôle d'un diable dans un ballet représenté à la cour :
Contre ce fier démon voyez-vous aujourd'hui
Femme qui tienne?
Ei toutes cependant sont contentes de lui
Jusqu'à la sienne ? . . . .
Sous la forme d'un homme il proure ce qu'il est t
Doux, sociable ; Sous la forme d'un homme aussi l'on reconnaît Que c'est le diable :
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lorsque, dans un tète-à-tète avec la fille du jardinier, on donna si souvent du cor (signal dont ils étaient convenus pour empêcher les surprises) que ces fréquentes alarmes désarmèrent les empressements du renommé Saucourt, et rendirent inutile le rendezvous qu'on lui procurait avec la plus jolie grisette des environs. Ce fut encore durant son séjour àVaugirard qu'il fut voir mademoiselle de L'Hôpital à Issy, pour s'éclaircir si l'indiscret bruit de ville ne se trompait point sur un commerce de robe dont on l'accusait. Ce fut là qu'arrivant à Vimproviste, le président de Maisons se réfugia dans un cabinet avec tant de précipitation ^ que la moitié de son manteau resta dehors, lorsqu'il s'enferma, tandis que le chevalier de Grammont, qui s'en aperçut, fit souffrir mort et passion à ces pauvres amants par une longueur de visite excessive pour le désordre qu'elle causait.
Le brait de set exploiis eonfond la plut htrdis
Et les plut màlet; Let mères sont au goet, let amante interdits , Les maris palet.
Les recueils manuscrits de chansons renferment, sous le titre de Saucourit, des couplets où ce nom revient comme refrain :
Le pastoureau de Tardes Et la nymphe Soistont Souvent se regardent DWe tendre façon.
En diantant sur kun fifres p La nuit et le jour»
Qtt*en amour On est bien piffre Si Ton ne Ceiit comme le grand Saueoun , On peut voir aussi les Hittorieliei de Taliemant des Réaux et lÊ BéeU detplaiêiri de VUe enehaf^ dans les œuvres de Molière.
Ses affaires finies, il partit. L'amour le guidait. Termes redoubla de vigilance sur la route. Les chevaux se trouvaient prêts à chaque poste dans un moment. Les vents et les marées secondèrent son impatience dès qu'il en eut besoin, et il revit Londres avec transport. La cour fut surprise et charmée de son prompt retour. Personne ne s'avisa de lui témoigner du regret de la nouvelle disgrâce qui* le ramenait, tant il faisait voir qu*il en était consolé. Mademoiselle d'Hamilton ne lui voulut aucun mal de la promptitude dont il obéissait au roi son maître.
Les affaires de la cour n'avfiient pas eu le temps de changer de face pendant une si courte absence, mais elles en changèrent bientôt après son retour*, c'est-à-dire les affaires d'une cour qui jusque-là n'en . avait point eu de plus sérieuses que celles de l'amour et des plaisirs.
Le duc de Monmouth^ fils naturel de Charles II,
1. Jacques, fils de Charles II et de Lucy Waters, né à Rotterdam le 9 avril 1649; il porta jusqu'à la Restauration le nom de James Crofts. Son père, qui avait pour lui une faiblesse dans le genre de celle que Louis XIY témoignait au duc du Maine, le combla d'honneurs et de richesses, mais l'ambition de Monmonth prétendait à la couronne; il ne cessa d'intriguer contre le duc d'York, et quand celui-ci monta sur le trône , il leva l'étendard de la révolte. Promptement battu, il fut décapité le 15 juillet 1685. U occupe une place considérable dans l'histoire d'Angleterre, mais à une époque qui est étrangère aux Jf émotret de Grammonl; nous n'avons donc pas à nous en occuper.
Sa mère, Lucy Waters ou Barlow, on ne sait pas bien au juste son nom, était une brune, belle, hardie mais insipide créature , selon Ëvelyn (Jownal, t. II, p. 11). Après avoir été la maîtresse du colonel Robert Sydney, elle devint en 1648 celle de Charles II. Son portrait a été gravé par Scriven, et il nous met à même de juger qu'Hamilton a raison de constater combien la duchesse d^ Cleveland l'emportait sur sa devancière.
parut, en ces temps-là dans la cour du roi son père. Ses commencements ont eu tant d'éclat, son ambition a causé des événements si considérables, et les particularités de sa fin tragique sont encore si récentes, qu'il serait inutile d'eqiployer d'autres traits pour donner une idée de son caractère. Ilparatt partout tel qu'il était dans sa conduite, téméraire dans ses entreprises, incertain dans l'exécution, et pitoyable dans ses extrémités, où beaucoup de fermeté doit au moins répondre à la grandeur de l'attentat.
Sa figure et les grâces extérieures de sa personne étaient telles, que la nature n'a peut-être jamais rien formé de plus accompli. Son visage était tout cbarmant'. C'était un visage d'homme ; rien de fade, rien d'efféminé ^ cependant chaque trait avait son agrément et sa déÛcatesse particulière : une disposition merveilleuse pour toutes sortes d'exercices, un abord attrayant, un air de grandeur, enfin tous les avantages du corps parlaient pour lui; mais son esprit ne disait pas un petit mot en sa faveur. Il n'avait de sentiments que ce qu'on lui en inspirait *, et ceux qui d'abord s'insinuèrent dans sa familiarité prirent soin de ne lui en inspirer que de pernicieux.
Cet extérieur éblouissant fut ce qui frappa d'abord. Toutes les bonnes mines de la cour en furent effacées, et toutes les bonnes fortunes à son service. Il fit les plus chères délices du roi; mais il fut la terreur universelle des époux et des amants. Cela ne dura pourtant pas^ la nature ne lui avait pas donné
1. Le portrait de Monmouth, dû au pinceau de Lely, justifie en efkX tout ce que disent nos Mimoire$,
tout ce qu'il faut pour s'emparer des cœurs, et le beau sexe s'en aperçut.
Madame de Cléveland bouda contre le roi de ce que les enfants qu'elle avait de lui ne paraissaient que de petits magots auprès de ce nouvel Adonis. Elle en était d'autant plus choquée, qu'elle se vantait de pouvoir passer pour la mère des amours en comparaison de sa mère. On se moqua de ses reproches : il y avait quelque temps qu'elle n'était plus en droit d'en faire \ et comme cette jalousie paraissait plus mal fondée que toutes celles qu'elle avait affectées, personne n*applaudit à. ce ressentiment ridicule. Il fallut faire un autre personnage pour inquiéter le roi^ c'est pourquoi, cessant de s'opposer à la tendresse extrême qui l'aveuglait pour ce fils, elle se mit à l'adopter dans la sienne par mille louanges, par mille sortes d'admirations, et par des caresses qui ne faisaient que croître et embellir. Comme elles étaient publiques, elle prétendait qu'elles dussent être sans conséquence; mais on la connaissait trop pour s'y méprendre. Le roi n'était plus jaloux d'elle \ mais, comme le duc de Monmouth n'était pas dans un âge à être insensible aux vivacités d'une femme faite comme elle, il crut qu'il fallait le retirer d'auprès de cette prétendue belle-mère pour sauver son innocence du crime, ou du moins du scandale. Ce fut donc pour cet effet qu'on le maria de si bonne heure.
Une héritière de cent mille livres de rente en Ecosse s'offrit tout à propos*. Elle était pleine d'a-