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Anne Scott, fille et seule héritière de François, comte

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gr^ents, et son esprit avait tous ceux qui manquaient au beau Monmouth.

De nouvelles fêtes célébrèrent ce mariage. On ne pouvait mieux faire sa cour qu'en s'y distinguant*, et tandis que ces réjouissances mettaient en mouvement la magnificence et la galanterie , les anciens engagements en étaient partout réveillés, et de nouveaux s'établissaient.

La belle Stewart, alors au suprême degré de son éclat, attirait tous les yeux ou tous les respects. La duchesse de Cléveland voulut du moins l'effacer par le secours des pierreries dont elle s'était couverte à cette fête; mais ce fut inutilement. Son visage était un peu défait par le commencement d'une troisième ou quatrième grossesse, que le roi voulut bien prendre encore sur son compte. Pour le reste de sa figure, il n'y avait pas de quoi soutenir l'air et la grâce de mademoiselle Stewart.

C'était bien pendant ce dernier effort de sa beauté qu'elle eût été reine d'Angleterre, si le roi n'eût été moins libre encore pour disposer de sa main qu'il ne l'était pour donner son cœur ; mais ce fut alors que le duc de Richmond fit vœu de l'épouser ou de mourir.

Buccleugh. Ce mariage» célébré à Windsor avec beaucoup de solennité, ne parait pas avoir été heureux, quoique Monmouth en ait eu plusieurs enfants. U s'était ouvertement attaché à lady Henriette Wentworth , et déclara en mourantque devant Dieu il n€ regardait qu'elle comme son épouse. La duchesse épousa en se* coudes noces, au mois de mai 1688, Charles, lord Cornwallis. fille mourut le 6 février 1732, âgée de quatre-vingt-un ans.

La fortune de la fille du comte de Buccleugh était beaucoup plus considérable qu'Hamilton ne le dit. Son portrait, peint par Wissing, révèle des traits fort gracieus

Quelques mois après la célébration de ces noces, Killegrew, n^ayant rien de mieux à faire alors, devint amoureux de madame de Shrewsbury -, et comme madame de Shrewsbury n'était point engagée, par un grand hasard, cette affaire fut bientôt réglée. Personne ne se mit en tète de troubler un commerce qui n'intéressait personne ^ mais Killegrew s'avisa de le troubler lui-môme. Ce n'est pas que son bonheur ne lui parût tel qu'il se l'était imaginé. L'habitude ne le dégoûtait point d'une possession digne d'envie; mais il s'étonna qu'on ne lui en portât point, et trouva mauvais qu'une telle fortune ne lui donnât point de rivaux.

Il avait beaucoup d'esprit et beaucoup plus d'éloquence. C'était en pointe de vin qu'elle était la plus vive, et c'était d'ordinaire pour peindre en détail les secrètes beautés et les charmes les moins visibles de la Shrewsbury., que cette éloquence se donnait carrière. Plus de la moitié de la cour en savait bien autant que lui sur ce sujet.

Le duc de Buckingham était un de ceux qui n'en pouvaient juger que par les apparences; et, selon lui, les apparences ne permettaient pas tout ce que les exagérations de Killegrew voulaient persuader. Comme cet amant indiscret était un de ceux qui dînaient d'ordinaire avec le duc de Buckingham, il avait tout le temps d'étaler sa rhétorique sur ce beau sujet *, car on se mettait à table sur les quatre heures du matin, pour en sortir vers l'heure de la comédie.

Le duc de Buckingham, éternellement rebattu des descriptions du mérite de madame de Shrev^bury, voulut s'éclaircir des faits par lui-même. Dès

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qu'il l'eut entrepris, il en eut le cœur net ^ et, s'imaginant trouver qu'on n'en avait rien dit de trop, ce commerce s'établit d'une manière à ne pas faire croire qu'il pût être de durée, vu la légèreté de l'un et de l'autre, et la vivacité dont il avait commencé : cependant nul engagement n'a duré si longtemps en Angleterre.

L'imprudent Killegrew, qui n'avait pu se passer de rivaux, fut obligé de se passer de maîtresse. Il le porta fort impatiemment; mais, loin d'écouter ses premières plaintes, la Shrewsbury fit semblant de ne le pas connaître. Il ne fut pas à l'épreuve d'un pareil traitement; et, sans songer qu'il s'était attiré sa disgrâce, toute son éloquence se déchaîna contre madame de Shrewsbury. Ses invectives l'attaquèrent depuis la tète jusqu'aux pieds. Il fit une peinture affreuse de sa conduite, et travestit en défauts les charmes qu'il venait de célébrer en sa personne. On l'avertit, sous main, des inconvénients que pouvaient lui attirer ses déclamations. Il se moqua de l'avis, poussa sa pointe, et ne s'en trouva pas bien.

Comme il sortait de Saint^ James, après le coucher du duc, on poussa trois coups d'épée dans sa chaise, dont l'un lui perça le bras de part en part. Ce fut alors qu'il connut le péril où son intempérance de langue le jetait, après lui avoir ôté la Shrewsbury. Ses assassins s'étaient sauvés à travers le parc, ne doutant pas qu'il ne fût expédié.

Killegrew crut qu'il serait inutile de se plaindre. Quelle justice espérer d'un attentat dont ii n'avait aucune preuve que ses blessures? Que s'il faisait quelques poursuites fondées sur les apparences et

les conjectures, il ne douta point qu'on n'eût recours aux moyens les plus courts de les interrompre, et qu'on ne le manquerait pas une seconde fois. Ainsi, voulant mériter sa grâce de ceux qui l'avaient fait assassiner, il mit fin à ses satires, et ne soui&a pas le mot de son aventure. Le duc de Buckingham et la Shrewsbury furent longtemps heureux et tranquilles-, jamais elle n'avait été si longtemps constante, et jamais il n'avait eu tant d'égards en aimant. Cela dura jusqu'à ce que mylord Shrewsbury, qui ne s'était jamais ému des dérèglements de madame sa femme, se mit en tête de trouver à redire à ce dernier commerce. Il était public, à la vérité*, mais il paraissait moins déshonorant pour[elle que tous les autres. Le pauvre Shrewsbury, trop honnête homme pour s'en plaindre à madame, voulut pourtant satisfaire son honneur. Il fit appeler le duc de Buckingham ; ';et le duc de Buckingham, pour réparation d'honneur, l'ayant tué ^ , demeura paisible possesseur

1. Ce duel fit grand brait; on prétendit que lady Shrewsbury avait poussé l'audace jusqu'à tenir, déguisée en page, le cheval de son amant, pendant le combat fatal à son mari ; mais ni Evelyu, ni Pepys ne parlent de cette circonstance. Voici comment s'exprime ce dernier dans son Journal (15 janvier 1667-68). «On parle beau* coup du duel qui a eu lieu hier entre le duc de Buckingham (sir Robert) Holmes et (le capitaine) Jenkins d'un côté, et mylord de Shrewsbury, sir John Talbot et Bernard Howard de l'autre, et tout cela au sujet de mylady Shrewsbury qui est à présent et qui a été depuis longtemps maîtresse du duc de Buckingham. Son mari a envoyé ug cartel au duc, et ils se sont rencontrés hier dans un enclos près de Barne-Elms et se sont battus ; mylord Shrewsbury a reçu de part en part un coup d'épée depuis le côté droit de la poitrine jusqu'à l'épaule; sir John Talbot a eu le bras traversé, et Jenkins a été tué surplace ; tous les au très blessés mais peu dangereusement. Gela donnera au public occasion de penser quels sages

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de cette fameuse Hélène. Cela choqua d'abord le pu« blic ^ mais le public s'accoutume à tout, et le temps sait apprivoiser la bienséance et même la morale '.

La reine était à la tète de ceux qui se récriaient contre un scandale si public et un si horrible désordre, et qui se révoltait contre l'impunité d'une action si criante. Comme la duchesse de Buckin-

conseillers le roi a aafoar de lui, lorsque le duc de Backingbam, le plus important des personnages qui Tentourent, a assez peu de gravité pour aller se battre au sujet d'une maîtresse. Cela pourrait être très-fâcheux pour le duc, mais mylady Castlemaine est tout aussi puissante qu'elle l'a jamais été et elle fera que les affaires du duc n'en iront pas plus mal. De son côté , le roi ne se souciera pas, je pense, de se mettre en avant en pareille circonstance. Tl est curieux de savoir que le roi avait la nouvelle de ce cartel depuis huit ou quinze jours, il avait chargé le duc d'Albermarle de faire arrêter le duc ou de prendre des mesures pour que le duel n'eût pas lieu ; le duc d'Albermarle pensa que le roi enverrait chercher mylord Buckingham et ferait ce qu'il fallait; le roi resta tranquille, dans l'idée que le duc agissait de son côté, et c'est ainsi que la chose allant de l'un à l'autre, rien ne se fit ; c'est exactement ce qui arrive pour des affaires de plus d'importance. On ne parle pas d'autre chose, et mylord Shrewsbury est en un tel état qu'on craint qu'il ne meure bientôt; cela mettrait le duc de Buckingham dans une situation critique, et je n'en serais pas fâché, afin qu'il vint à sa place quelque homme sérieux pour diriger le gouvernement. « 15 mai 1668 : < On m'a dit que le duc de Buckingham a mené chez lui la comtesse de Shrewsbury, et la duchesse ayant dit qu'elles ne pouvaient habiter toutes deux sous le même toit, son mari lui a répondu : « C'est précisément ce que jepensais. Madame, et c'estpourquoi j'ai donné ordre que votre voiture fût prête àvous ramener chez votre père. » Ce serait une chose infernale, mais on dit qu'elle est vraie, et il parait que milady Shrevsbury est en effet chez le duc. »

1. Quatre ans après ce combat, André Marvel écrivait dans une lettre du 9 août 1671 : « Buckingham fait toutes sortes d'extravagances pour lady Shrewsbury; elle vient d'avoir un fils dont il se croit le père, et le roi en a été le parrain. » Charles ne se borna pas à donner ce scandale; il créa comte de Coventry cet enfant, qui mourut en bas âge.

ghamS était une petite ragotte à peu près de sa figure, qui n'avait jamais eu d'enfants, et que son époux abandonnait pour une autre, cette espèce de parallèle entre leurs fortunes intéressait la reine pour elle •, mais ce fut inutilement : personne n'y fit Attention, et les mœurs du siècle allèrent leur train, tandii^ qu'elle s'efforçait de leur susciter pour ennemis la nation sérieuse des politiques et des dévots. Le sort de cette princesse avait d'assez tristes vues par de certains côtés. Les égards du roi pour elle avaient de belles apparences^ mais c'était tout. Elle sentait bien que la considération qu'on avait pour elle s'effaçait à mesure que le crédit de ses rivales augmentait. Elle voyait que le roi son époux ne ^e mettait guère en peine d'enfants légitimes tant que ses maîtresses, toutes charmantes, lui en donnaient d'autres. Comme tout le bonheur de sa vie dépen-

1. Marie, fille unique de Thomas Fairfax, commandant Tannéd 4u parlement pendant la guerre civile. Elle se fit remarquer par sa vertu dans une cour fort vicieuse, et elle vécut en bonne harmonie avec le duc, sachant fermer les yeux sur ses torts nombreux. Elle lui survécut longtemps et mourut en 1705 à l'âge de soixante- ■six ans. Madame Dunois dit dans ses Mémoiret de la cour d'Angleterre : «La duchesse avaitbeaucoup de vertu et de mérite, elle était brune et maigre, mais eût-elle été la plus belle et la plus aimable personne de son sexe, l'idée seule qu'elle était sa femme suffisait pour lui inspirer du dégoût pour elle. Quoiqu'elle sût que le duc •était toujours en intrigue, elle ne lui en parlait jamais; elle eut la complaisance de recevoir ses maîtresses et même de les loger chex elle. Elle souffrait tout parce qu'elle l'aimait. » Des écrits de l'époque la représentent commode petite taille, ainsi que le ditHamilton, et aimant beaucoup la toilette. Son portrait, dû au pinceau de Lely, figure dans la Galerie det beauiéi à Windsor, et il donne de ses charmes une meilleure idée que nos Mémoires ne le feraient supposer ; il est vrai que Lely poussait bien loin l'adulation de set modèles.

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dait uniquement de cette bénédiction, et qu'elle se flattait que le rai la regarderait de meilleur œil si le ciel daignait la regarder en pitié sur cet article, elle eut recours à toutes les ressources qui sont en vogue contre la stérilité. Les vœux, les neuvaines et les ofiPrandes ayant été tournées de toutes les manières, et n'ayant rien fait, il fallut en revenir aux moyens humains.

Que n'aurait-elle point donné dans cette occasion pour Tanneau que rarchevèque Turpin mit à son doigt, et qui fit courir Charlemagne après lui, comme il avait fait après une de ses concubines, à qui Turpin l'avait ôté après sa mort • ? Mais il y a longtemps que les seuls talismans qui font aimer sont les charmes de la personne aimée, et que les enchantements étrangers ne font plus rien.

Les médecins de la reine, prudents et avisés comme ils le sont partout, ayant considéré que les eaux froides de Tunbridge n'avaient pas réussi l'année précédente, conclurent qu'il fallait l'envoyer aux chaudes, c'est-à-dire aux bains qui sont auprès de Bristol*. Ce voyage fut donc arrêté pour la saison prochaine ; et, dans la confiance d'un heureux succès, ce voyage eût été le plus agréable du monde pour elle si la plus

L Allasion à ane vieille anecdote qui fait partie des anciennes légendes relatives à Charlemagne. La prétendue Chronique du révérend père en bien c Turpin, archevesque de Rheims, lung des pairs de France, » imprimée en 1537, et (reproduite à Pans en 1835, est un roman de chevalerie assez curieux.

2. Il paraît qu'Hamilton se trompe, et qu'il s'agit d*un voyage à Bath. On ne trouve, dans les écrits du temps, de trace que d'un seul voyage de la reine à Bristol, en septembre 1663, avant le séjour à Tunbridge dont il a déjà été question.

dangereuse de ses rivales n'eût été nommée des premières pour en être. La Cléveland étant alors près d'accoucher, cette inquiétude ne la regardait pas. Une bienséance inutile l'obligeait à quelques égards. Le public, à la vérité, n'en croyait ni plus ni moins pour le soin qu'elle avait de s'en cacher ^ mais sa présence, dans cet état , était un objet trop insultant pour la reine. Mademoiselle Stewart, plus belle que jamais, nommée pour le voyage, s'y préparait hautement. La pauvre reine n'osait s'y opposer , mais elle n'en espéra plus rien. Que pouvaient les bains ou la faible vertu des eaux contre des charmes qui la détruisaient, ou par ses chagrins, ou par des causes plus propres encore à les rendre inutiles !

Le chevalier de Grammont, à qui tous les plaisirs de la vie n'étaient rien sans la présence de mademoiselle d'Hamilton , ne put se dispenser de suivre la cour, n était trop nécessaire et trop agréable au roi dans un voyage comme celui-là pour n'en pas être : et, de quelque secours que pût être sa conversation dans la solitude que cause l'absence d'une cour, mademoiselle d'Hamilton n'avait pas cru devoir consentir qu'il restât à Londres, parce qu'elle n'en bougeait. Il obtint la permission de lui écrire pour lui mander des nouvelles de la cour. Il s'en servit de la manière qu'on peut croire ; et ce qu'il y disait de ses propres affaires ne laissait guère de place dans ses lettres pour des narrations étrangères durant le séjour qu'on fit aux bains. Comme l'absence rendait ce séjour ennuyeux à son égard, il se prenait à tout ce qui pouvait engourdir son impatience, en attendant l'heureux moment de son retour.

Il avait beaucoup d'estime pour Talné des HamiU ton, autant d'estime et beaucoup plus d'amitié pour Tautre. C'était à lui qu'il s'ouvrait le plus confidemment de sa passion et de ses sentiments pour sasœui . II savait aussi ses premiers engagements avec sa cousine Wetenhall ^ mais il ignorait le refroidissement survenu dans un commerce dont les commencements avaient été si vifs. Il fut surpris de voiries empressements qu'il marquait dans toutes les occasions pour mademoiselle Stewart. Ils lui parurent au delà de ces devoirs et de ces respects qu'on rend pour faire sa cour à la maîtresse du prince. Il y fit attention, et ne fut pas longtemps à découvrir qu'il était déjà plus épris qu'il ne convenait à sa fortune ou à son repos. Dès qu'il fut bien confirmé dans cette conjecture par ses remarques, il résolut de prévenir les suites d'un engagement pernicieux de toutes les manières *, mais il voulût que l'occasion d' en parler s' offrit d'elle-même .

Cependant tout ce qui pouvait s'appeler divertissement amusait la cour dans des lieux où l'on se saisit de tout pour se désennuyer. Le jeu de boule , qui n'est en France que l'occupation des artisans et des valets, est tout autre chose en Angleterre; c'est l'exercice des honnêtes gens. Il y faut de l'art et de l'adresse; il n'est d'usage que dans les belles saisons, et les lieux où l'on joue sont des promenades délicieuses : on les appelle boulingrins. Ce sont de petits prés en carré dont le gazon n'est guère moins uni que le tapis d'un billard. Dès que la chaleur du jour est passée, tout s'y rassemble. L'on joue gros jeu, et les spectateurs y trouvent à parier tant qu'ils veulent.

Le chevalier de Grammont, dès longtemps initié

dans les spectacles et les divertissements anglais , avait fait une couree de chevaux qui n'avait pasj, à la vérité , réussi -, mais il avait au moins le plaisir d'être convaincu par expérience qu' un bidet fait vingt milles sur le grand chemin en moins d'une heure. Les combats de coqs lui avaient été plus favorables ; €t, dans tous les paris qu'il avait faits aux boulingrins, !e parti qu'il avait soutenu n'avait pas manqué de gagner.

A tous ces lieux d'assemblée se trouve d'ordinaire une espèce de cabaret portant le nom de paviUon de verdure, de salle à festin, ou de cabinet de rafraîchissements. Là se vendent toutes sortes de liqueurs à l'anglaise, comme vous diriez du cidre, de l'hydromel, de la bière moussante et du vin d'Espagne. Là les rooks se rassemblent les soirs pour fumer, pour boire , et pour s'éprouver les uns contre les autres , c'est-à-dire pour tâcher de s'entre-enlever les profits de la journée. Or ces roaks sont proprement ce qu'on appelle capons ou piqueurs en France ; gens qui portent toujours de l'argent pour offrir à ceux qui perdent au jeu, moyennant une rétribution, qui n*est rien pour les joueurs , et qui ne va qu'à deux pour cent à payer le lendemain.

Ces messieurs sont d'une supputation si juste et d'une prudence si consommée dans toutes sortes de jeux, que personne n'oserait se mesurer avec eux, quand même ils joueraient fidèlement.

Ils font d'ailleurs vœu de gagner quatre ou cinq guinées par jour, et de s'en contenter, vœu qu'ils ne rompent presque jamais.

Ce fut au milieu d'une bande de ces rooks qu'Ha-

milton trouva le chevalier de Grammont , comme il venait y boire un verre de cidre. Ils jouaient à la chance à deux dés *, et comme celui qui tient le dé à ce jeu en a tout l'avantage, les rooks avaient fait cet honneur au chevalier de Grammont par déférence, n le tenait encore cpiand Hamilton arriva. Les rooks, appuyés de leur avantage, poussaient contre lui comme des furies. Il topait partout. Hamilton pensa tomber de son haut de voir un homme de son expérience et de ses lumières embarqué dans un combat si peu égal*, mais il eut beau l'avertir du péril tout haut et tout bas, par signes et en français, il méprisa ses avertissements', et les dés, qui portaient César et sa fortune, firent un miracle eu sa faveur. Les rooks furent vaincus pour là première fois; mais ce ne fut pas sans lui donner tous les éloges et toutes les louanges de beau joueur qu'on prodigue à ceux qu'on veut engager pour une autre fois ; mais leurs louanges furent perdues et leurs espérances trompées : cette épreuve lui suiBt.

Hamilton contant, au souper du roi, comme il l'avait trouvé témérairement aux mains avec les Tooks^ et la manière dont la Providence l'en avait sauvé : « Ma foi, Sire, dit le chevalier de Grammont, messieurs les rooks sont déconfits pour le coup ; » et là-dessus il se mit à lui conter le détail de son aventure à sa façon ordinaire-, c'est-à-dire, attirant T attention de tout le monde par le récit d'une bagatelle, dont il faisait quelque chose.

Après le souper, mademoiselle Stewart, chez qui l'on jouait , fit venir Hamilton auprès d'elle pour lui Caire ce récit. Le chevalier de Grammont crut s'a-

percevoir qu'on Vécoutait d'une manière assez gracieuse. Cela ne fit que le confirmer dans ses premières conjectures-, et l'ayant mené souper chez lui, la conversation s'ouvrit d'abord comme elle faisait presque toujours. « George, lui dit-il, n'auriez-vous pas besoin d'argent? Je sais que vous aimez le jeu. Peutêtre ne vous est-il pas aussi favorable qu'à moi. Nous sommes loin de Londres. Voilà deux cents guinées -y prenez-les : ce sera pour jouer chez mademoiselle Stewart, »

Hamilton, qui ne s'attendait à rien moins qu'à cette conclusion, en fut un peu déconcerté. « Comment! avec mademoiselle Stewart? — - Oui, chez elle. George, mon ami, poursuivit le chevalier de Grammont, nous sommes un peu clairvoyant. Vous en êtes amoureux •, et, si je ne me trompe, elle ne s'en offense pas. Mais, dites-moi comment vous avez pu vous résoudre à vous ôter la pauvre Peckham de l'esprit, pour vous coiffer d'une princesse qui ne la vaut peut-être pas, à tout prendre, et qui ne pourrait être qu'un traîne-potence pour vous, quelque bien qu'elle vous voulût? Par ma foi, vous et votre frère, vous êtes deux jolis garçons dans vos choix! Quoi! dans toute la cour, vous ne trouvez que les deux maîtresses du roi pour en faire les vôtres? Pour le frère aîné, encore passe ; il n'avait pris la Castelmaine que quand son maître n'en voulait plus et que la Chesterfield ne voulait plus de lui ; mais pour vous, que diable croyez-vous faire d'une créature dont le roi, dans ce moment, est plus fou que jamais? Est-ce parce que cet ivrogne de Richmond s'est nouvellement remis sur les rangs, et qu'il se porte pour

amant déclaré? Vous verrez comme il en sera bon marchand! je sais bien ce que le roi m'en a dit.

c( Groyez-moi, mon petit ami, point de raillerie avec le maître, c'est-à-dire point de lorgnerie avec la maîtresse. J*ai voulu fiaire l'agréable en France auprès d'une petite coquette dont le roi ne se souciait pas, et vous savez comme il m'en a pris. Je conviens qu'on vous donne beau jeu -, mais ne vous y fiez pas. Elles sont toutes ravies qu'unhomme dont elles ne veulent rien faire devienne leur esclave de parade, seulement pour grossir l'équipage. Ne vautil pas mieux passer huit jours incognito dans le château de Peckham, avec la femme du philosophe Wptenhall, que de faire dire à la gazette de Hollande : <i Ou nous mande de Bristol qu'un tel est chassé de la cour pour mademoiselle Stewart^ qu'il va faire une campagne en Guinée, sur la flotte que l'on prépare pour cette expédition, sous les ordres du prince Robert*. »

Hamilton, que toutes les vérités de cette harangue frappaient à mesure qu'il y faisait attention, parut comme revenu de quelque songe, après y avoir rêvé quelques moments ; et, s'adressant à lui d'un air reconnaissant : « Vous êtes , lui dit-il , l'homme du monde qui avez l'esprit le plus agréable, avec la raison la plus droite pour le bien de vos amis. Vous venez de m'ouvrir les yeux. Je commençais à me laisser séduire le plus ridiculement du monde, entraîné plutôt par de frivoles apparences que par un véritable

1. Cette expédition avait été projetée dès 1664; eUe n'eut jamais Uea.

penchant : je vous ai obligation de m'avoir arrêté sur le bord du précipice. Je vous en ai bien d'autres ; mais pour vous témoigner ma reconnaissance de celle-ci, je veux suivre vos conseils, et me mettre en retraite chez la cousine Wetenhall, pour m'ôter de la tête le reste de ces visions. Mais, bien loin d'y aller incognito, je veux vous y mener au retour du voyage. Mademoiselle d'Hamilton sera de la partie \ car il est bon de prendre ses précautions avec un homme qui a beaucoup de mérite, et qui dans ses rencontres n'a pas trop debopne foi, du moins s'il

en faut croire votre philosophe — Ne vous

avisez pas d'en croire ce faquin-là, dit le chevalier de Grammont-, mais dites-moi comment vous vous êtes fourré daiis la tête d'en vouloir à cette grande idole de Stewart ?

« — Que diable saîs-je? dit Hamilton. Vous connaissez toutes les enfances dont elle s'occupe. Le vieux Carlingford * était un soir chez elle, qui lui montrait à se mettre une bougie tout allumée dans la bouche, et le grand secret était de l'y tenir longtemps parle bout allumé, sans qu'elle s'éteignît. J'ai, Dieu merci, la bouche raisonnablement grande ^ et, pour renchérir par-dessus son maître, j'y en tins deux tout à la fois, et je fis trois tours de chambre sans qu'elles s'éteignissent. Tout le monde m'adjugea le prix de cette illustre épreuve -, et Killegrew soutint qu'il n'y avait qu'une lanterne qui pût mêle disputer. £lle en pensa mourir de rire. Me voilà donc

JL, SirThéobald Taaffe, créé comte de Carlingford en 1662; il mourut le 31 décembre 1677.

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dans la familiarité de ses amusements. On ne peut disconvenir que ce ne soit une figure toute charmante que cette créature-là. Depuis que la cour est en campagne, j'ai eu cent occiisions de la voir que je n'avais point eues devant. Vous savez que le déshabillé du bain est d'une grande commodité pour celles qui, sans offenser les bienséances, ne sont pas^ fâchées d'étaler leurs attraits. Mademoiselle Stewart est tellement persuadée des avantages qu'elle a pardessus toutes les autres, qu'on ne peut si peu louer quelque femme de la cour pour de beaux bras et une belle jambe, qu'elle ne soit toute prête à le disputer par la démonstration \ et je crois qu'il ne serait pas difficile, avec un peu d'adresse, de la mettre nue sans qu'elle y fit réflexion. Il faudrait, après tout, être bien insensible pour que ces bienheureuses occasions ne fussent d'aucune conséquence et ne fissent aucune impression, outre que la bonne opinion qu'on a toujours de soi-même fait qu'on s'imagine qu'une femme est prise dès qu'elle vous distingue par une habitude de familiarité, qui bien souvent ne veut rien dire. Yoilà le fait à mon égard ; ma présomption, sa beauté, le poste éclatant qui la relève, et mille gracieusetés m'avaient empêché de faire des réflexions -, mais il faut dire aussi, pour excuser mon impertinence, que la facilité de lui faire les plus tendres déclarations en la louant, et les confidences qu'elle me faisait sur certaines choses qu'elle n'aurait pas trop dû me confier, auraient été capables d'en éblouir un autre.

« Je lui ai donné le plus joli cheval d'Angleterre. Vous savez la grâce infinie dont elle est à cheval. Le

roi, qui n'aime guère les chasses que celle de l'oiseau, parce qu'elle est commode pour les dames, y était, ces jours passés, entouré de toutes les beautés de sa cour. Il partit après un faucon, et toute la brillante escadre après lui. Lesjupes de mademoiselle Stewart, qui courait à toute bride, effrayèrent son cheval, parce qu'il voulut bien attendre celui que je montais, qui était son compagnon. Je fus donc le seul témoin d'un dérangement dans ses habits, qui présenta mille beautés nouvelles à mes regards. J'eus le bonheur défaire des exclamations assez galantes et assez exagérées sur ce charmant désordre, pour empêcher qu'elle n'en fût interdite. Au contraire, ce sujet d'admira^ tion a souvent été depuis un sujet de conversation qui ne paraissait pas lui déplaire.

(( Le vieux Garlingford et ce fou de Crofts (car il faut bien vous faire une confession générale), ces méchants plaisants donc lui faisaient à tout bout de champ des contes assez éveillés, qui ne laissaient pas de passer, à la faveur de quelques vieilles turlupinades, ou de quelques singeries dans le récit, qui la faisaient rire de tout son cœur. Pour moi , qui ne sais point de contes, et qui n'ai pas le talent de les faire valoir quand j'en saurais, j'étais fort embarrassé quelquefois lorsqu'elle s'avisait de m'en demander. Je n'en sais point, mademoiselle, lui dis-je un jour qu'elle me tourmentait, — Inventez-en un, me ditelle. — C'est ce que je sais encore moins, lui dis-je^ mais je vous conterai, si vous voulez, un songe fort extraordinaire, parce qu'il est encore moins vraisemblable que tous les autres songes n'ont coutume d'être. Gela lui donna une curiosité qu'il fallait satis-

faire dans le moment. Je me mis donc à lui conter que la plus belle créature du monde, que j'aimais passionnément, était venue me voir lanuit. Je fis alorsson portrait à elle-même, en peignant cette beauté merveilleuse-, mais je lui dis que cette divinité m'étant venue trouver avec les plus favorables intentions du monde, ne s'était point démentie par des rigueurs inutiles. Ce ne fut pas assez pour satisfaire la curio^ site de mademoiselle Stewart; il fallut presque lui faire le détail des bontés que ce tendre fantôme avait eues pour moi, sans qu'elle en parût surprise ou déconcertée, tant elle était attentive à cetle fiction, tant elle me fit recommencer de fois la description d'une beauté que je peignais, autant qu'il m'était possible, d'après sa figure et d'après ce que j'imaginais des beautés qui ne m'étaient pas connues.

« Voilà ce qui véritablement m'a pensé tourner la tète. Elle voyait bien que c'était d'elle que je parlais. Nous étions seuls, comme vous pouvez croire, en lui faisant un tel récit*, et mes yeux faisaient tout de leur mieux pour lui persuader que c'était elle que je peignais. Je ne la vis point offensée de cette connaissance, ni sa pudeur alarmée de la fin d'une aventure faite à plaisir, et qu'il n'e&t tenu qu'à moi de finir d'une manière encore moins discrète. Cette audience tranquille me fit donner tête baissée dans tout ce que les conjectures avaient de flatteur pour moi. Je ne songeai ni au roi, ni à sa passion pour elle, ni aux périls d'un tel engagement-, enfin, je ne sais à quoi diable je songeais; mais je vois bien que si vous n'y aviez songé pour moi, j'étais capable de me perdre au milieu de ces folles visions, »

Quelque temps après la cour revint à Londres ; «t ce fut depuis ce retour qu'une maligne influence s'étànt répandue sur tout ce qui regardait la tendresse, tout alla de travers dans T empire amoureux. Le dépit, les soupçons ou la jalousie se mirent en campagne pour désunir les cœurs. Les faux rapports, ensuite la médisance et les tracasseries, achevèrent de tout bouleverser.

La duchesse de Oéveland était accouchée pendant le voyage des bains. Jamais elle n'était relevée si belle. Cela lui fit croire qu'elle était en état de re* prendre ses premiers droits sur le cœur du roi, si ^lle pouvait paraître avec ce nouvel éclat devant ses yeux. Ses partisans étaient du même avis. On prépara son équipage pour cette expédition*, mais la veille du jour qu'elle devait partir, elle vit le jeune Churchill S et fut atteinte d'un mal qui s'était déjà plus d'une fois opposé aux projets qu'elle avait formés, et dont elle ne s'était jamais défendue que faiblement.

Un homme qui d'enseigne aux gardes se voit élever à cette fortune a sans doute un grand fonds

1. n devint plas tard le due de Marlborongh. Né en 1650, il monrut en 1722. Burnet parle de la découverte de cette intrigue : c La •duchesse de Cléveland se voyant abandonnée du roi, vécut dans un grand dérèglement. Le roi, lui-même , par l'adresse du duc de Backingham, découvrit une de ses intrigues, et son amant fut obligé de sauter par la fenêtre. > Ce fut en 1668. Il est amplement question de tout ceci dans ÏÀtalanlxs de mistriss Manley, et cette dame qui avait vécu dans la compagnie de la duchesse, dit,' dans son histoire écrite sous le nom de Rivellay que le duc Malborough qui avait reçu des milliers de guinées de la duchesse, -eut le mauvais procédé de refuser de lui en prêter vingt pour jouer •à la bassette.

de prudence quand il se possède asseï pour ne pas s'éblouir de son bonheur. Churchill se para donc partout de sa nouvelle faveur. La Glèveland, qui ne lui recommandait ni la modération ni la retenue sur aucun chapitre, ne se mit point en peine qu'il fût indiscret. Ainsi ce nouveau commerce faisait tout l'entretien de la ville à l'arrivée de la cour. Chacun en raisonnait à sa fantaisie *, les uns disaient qu'elle lui avait déjà donné la pension de Jermyn avec les appointements de Jacob Hall, d'autant que les différents mérites se trouvaient réunis dans le sien. D'autres soutenaient qu'il avait l'air trop indolent et la taille trop effilée pour soutenir longtemps sa faveur. Mais tous convenaient qu'un homme qui était bvori de la maftresse du roi et frère de celle du duc se produisait par de beaux endroits, et ne pouvait manquer de faire fortune. En effet, le duc d'York lui donna bientôt après une charge dans sa maison : cela était dans l'ordre. Mais le roi, qui ne de crut pas obligé de lui faire du bien parce que madame de Cléveland lui en voulait beaucoup, lui fit défendre de paraître à la cour.

Ce bon prince commençait à être de mauvaise humeur. Ce n'était pas sans raison ^ il laissait tout le monde en repos dans leur commerce, et cependant on avait souvent l'insolence de troubler le sien. MilordDorset, premier gentilhomme de la chambre, venait de lui débaucher la comédienne NellGwyn*.

1. Nous avons déjà parlé de ce personnage qui porta d'abord Je nom de lord Charles Buckhurst. Pepys parle à diverses reprises dans son Journal de la circonstance que mentionne Hauiiiton.

La Cléveland, dont ii ne se souciait plus, ne laissait pas de le déshonorer par des inconstances réitérées, par des choix indignes, et le ruinait par des amants à gages. Mais le chagrin le plus sensible de tous était le nouveau refroidissement et les menaces de mademoiselle Stewart. Il y avait longtemps qu'il lui proposait tous les établissements et tous les titres qu'elle aurait agréables, en attendant qu'il pût faire mieux. Elle s'était contentée de les refuser, sous prétexte du scandale que donnerait une élévation dont l'éclat choquerait le public; mais depuis qu'on fut de retour elle prit d'autres airs. Tantôt elle voulait se retirer de la cour pour calmer les inquiétudes étemelles de la reine -, tantôt c'était pour fuir des tentations par où elle voulait faire entendre que son innocence n'avait pas encore succombé. Enfin, c'était continuellement ou des alarmes ou quelque humeur chagrine qui désolait la tendresse du roi.

Comme il ne pouvait s'imaginer à qui diable elle

13 juillet 1666 : M. Pierce en a dit une chose qiii me tracasse ; lord Buckhurst a retiré Nell du théâtre du roi ; il Ini donne 100 liv. st. par an, elle a renvoyé ses rôles au théâtre et ne jonera plus.» Î4juiJlet : Je fus àEpsom et j'appris que mylord Buckhurst et NeU étaient logés dans la maison à côté de celle où j'étais , et que sir Charles Sedley était avec eux» et qu'ils se divertissaient fort. Pauvre fille! je la plains bien, mais je regrette encore plus la perte qu'elle va causer au théâtre. « Un mois plus tard, ce bon Pepys écnt (26 août:» Nell est déjà abandonnée par lord Buckhurst, qui se moque d'elle, et qui dit qu'elle a tiré de lui tout ce qu'elle pouvait en avoir ; Hart qui était son grand admirateur, la déteste maintenant; elle a perdu aussi mylady Castlemaine qui était sa grande amie ; elle est donc très-pauvre et elle est revenue au théâtre, mais chacun la néglige. » Malgré cette infidélité passagère» Nell Gwyn ne tarda pas à rentrer en faveur auprès du roi.

en voulait, il crut qu'il fallait mettre la réforme dans son ménage d'amour, pour voir si ce n'était point la jalousie qui l'inquiétait. Ce fut pour cela qu'après avoir solennellement déclaré qu'il n'aurait plus de commerce avec madame de Cléveland, depuis l'affaire de Churchill, il se mit à faire une Saint-Barthélémy de tous les autres menus amusements qu'il avait par-ci par^là dans la ville. Les Nell Gwyn, les miss Davis \ et la troupe joyeuse des chanteuses et

1. C'était ane actrice de la troupe dn due d'Tork; en 1664 elle pamt sur le thé&tre et créa divers rôles avee succès.

Pepys en parle à diverses reprises dans son Jowrnal (7 mars 1666-67). « Je fus au théâtre du duc où la petite Davis, habillée en page, dansa après la pièce; elle réussit beaucoup mieux que Nelly, qui, l'autre jour, en avait fait autant au théâtre du roi. (11 janvier 1667-68.) Knipp me dit que miss Davis quitte positivement le théâtre du duc; le roi est amoureux d'elle ; il lui a déjà donné une bague valant 600 liv. ster. ; une maison a été arrêtée pour elle, et on s'occupe de la meubler. «14 janvier. Miss Davis est aujourd'hui la drôlesse la plus impertinente qu'il y ait au monde, d'autant plus que le roi l'appuie et elle est regardée comme sa maîtresse ; lady Castlemaine se montre très-triste et très-mélancolique. Il parait qu'elle est une bâtarde du colonel Hovard , mylord Berkshire, et qu'il l'a procurée au roi. t

Charles eut de cette actrice une fille, Mary Tudor, née en octobre 1673, et mariée au mois d'août 1687 à François Ratcliffe, comte de Derwentwater. * Bumet dit qu'elle ne conserva pas longtemps ion empire sur le cœur du roi, mais cette assertion parait inexacte» puisque la naissance de sa fille n'eut lieu que quatre ans après que le roi eut jeté les yeux sur elle.

On raconte que lady Castlemaine administra, à souper , à miss Davis la première fois qu'elle devait se trouver en tête à tète avec le roi, une forte dose de jalap; les résultats de ce tour pendable n'ont pas besoin d'être spécifiés. Granger prétend que ce fut Nell Gwynn qui fut la victime, et il ajoute : « Gardons le silence sur la violence de l'opération et sur ses effets désastreux. »

Lely a peint miss Davis passablement décolletée, suivant l'usage du temps; une de ses mains joue avec une des tresses des sesche-

MÉMOIBES

des danseuses des menus-plaisirs de Sa Majesté furent congédiées. Tous ces sacrifices furent inutiles. La Stewart continuait à désespérer le roi -, mais il eut bientôt découvert la yéritable cause de ses froideurs.

L'of&cieuse Cléveland prit ce soin. Elle s'était déchaînée sans réserve, depuis sa disgrâce, contre mademoiselle Stewart, qu'elle en accusait par son impertinence, et contre rimbécilUté du roi, qui pour une idiote revêtue, la traitait avec tant d'indignité. Ck)mme elle avait encore des créatures dans la confidence du roi , ce fut par leur moyen qu'elle fut informée de l'état où les nouveaux traitements de mademoiselle Stewart l'avaient réduit; et dès qu'elle eut trouvé ce qu'elle cherchait, elle se rendit dans le cabinet du roi par l'appartement d'un de ses valets de chambre, nommé GhifBncb ' . Cette route ne lui était pas inconnue.

toux; le nez est un peu fort, mais l'ensemble des tcaits est trèsagréable ; une nature puissante et sensuelle s'y révèle. Un autre portrait en pied, exécutée par Kneller, la représente comme d'une grande taille, ce qui ne s'accorde pas avec Pepys, puisqu'il la qualifie de petite. Le 15 février, Pepys voit la voiture de l'actrice arrêtée devant sa porte, et il observe combien cette voiture est jolie. Quelques autres passages se trouveront dans l'appendice.

1. ChifEinch, l'un des agents secrets des plaisirs du roi, qui avait en lui une telle confiance qu'il était le receveur des pensions aiecrêtes payées par la cour de France au monarque d'Angleterre.

Walter Scott a retracé avec habileté le portrait de ce personnage dans son Peveril du Pic.

Une satire du temps le montre rapportant au roi le gibier féminin :

It happenM in the twilight of fhe day,

As Eugland's monarch in his closet la y. And Chiffinch stepp'd to fetch the female prey. . . Pepys enregistre dans son Journal (8 avril 1666) l'émotion qae

DE OIUlIBtÔNT. 357

Le roi venait de chez la Stewart, de fort mauvaise humeur. La présence de madame de Cléveland le surprit, et ne diminua pas. Elle s'en aperçut; et, l'abordant d'un ton ironique et d'un sourire d'indignation : « J'espère, dit-elle, qu'il m'est permis de venir vous rendre mes hommages, quoique la divine Stewart vous ait défendu de me voir chez moi. Je ne veux point vous en faire des reproches, qui seraient trop indignes de moi ; je viens encore moins excuser des faiblesses que rien ne peut justifier, puisque votre constance pour moi ne me laisse rien à dire, et que je suis la seule que vous ayez honorée de votre tendresse et qui s'en soit rendue indigne par sa conduite. Je viens donc ici vous consoler dans l'abattement où vous ont mis les froideurs ou la nouvelle €hasteté de l'inhumaine Stewart. » A ces mots, un éclat de rire, aussi peu' naturel qu'il était insultant et démesuré, mit le comble à son impatience. Il s'était bien attendu que quelque mauvaise raillerie suivrait ce préambule-, mais il ne crut pas qu'elle dût prendre de ces airs bruyants, vu les termes où ils en étaient; et comme il se préparait à lui répondre : <c Non, dit-elle, ne me sachez point mauvais gré de la liberté que je prends de me moquer un peu de la grossièreté dont on vous en impose. Je ne puis souf-

«ausa à la coar la mort subite de Chifflnch. « l\ jouait aux cartes la nuit dernière, à six heures du matin, il n'était pas très-malade -et cependant il était mort à sept heures. On dit que c'est d'un abcès dans la poitrine. » Son frère .William Ghiffinch lui succéda dans ses emplois de valet de chambre et de garde du cabinet particulier du Roi; il n'est pas douteux que le caducée n'ait de même été remis ea ^es mains ; il fut en grande faveur auprès de Charles et il survécut au prince dont il était l'ami (style de cour).

frir qu'une affection si marquée vous rende la fable de votre cour, tandis qu*on se moque impunément de vous. Je sais que la précieuse Stewart vous renvoie, sous prétexte de quelque incommodité, peutêtre de quelque scrupule de conscience-, et je viensvous avertir que le duc de Richmond sera bientôt avec elle, s'il n'y est déjà. Ne m'en croyez pas, puis^ que ce pourrait être le ressentiment ou l'envie qui me le ferait dire. Suivez-moi jusqu'à son appartement, afin que vous n'ajoutiez plus de confiance à la calomnie et que vous l'honoriez d'une préférence étemelle si je l'accuse à faux, ou que vous ne soyez plus la dupe d'une fausse prude, qui vous fait faire un personnage si ridicule. »

En achevant ce discours, elle le prit par la main, comme il était encore tout irrésolu, et l'entraîna vers le logement de sa rivale. Chiffinch était dans ses intérêts : ainsi la Stewart n'avait garde d'être avertie de la visite; et Babiani, dont madame de Cléveland avait fait la fortune, et qui la servait à merveille dans cette occasion, lui vint dire que le duc de Richmond venait d'entrer chez la Stewart. C'était au milieu d'une petite galerie qui conduisait, par un dégagement, du cabinet du roi à ceux de ses maîtresses. La Cléveland lui donna le bonsoir, comme il entrait chez sa rivale, et se retira pour attendre l'issue de cette aventure. Babiani, qui suivait le roi, ful^. chargé de lui en venir rendre compte.

U était près de minuit. Le roi trouva les femmes de chambre de sa maîtresse, qui se présentèrent respectueusement à son passage, et lui dirent tout bas que mademoiselle Stewart avait été fort mal depuis

qu*il Tavait quittée; mais que, s'étant mise au lit, elle reposait, Dieu merci. « C'est ce qu'il faut voir, dit-il en repoussant celle qui s'était plantée sur son passage. » Il trouva véritablement la Stewart couchée; mais elle ne dormait pas. Le duc de Richmond était assis au chevet de son lit, qui vraisemblablement dormait encore moins. L'embarras des uns et la colère de l'autre furent tels qu'on se les peut imaginer dans une pareille surprise. Le roi, qui était le moins violent de tous les hommes, témoigna son ressentinent au duc de Richmond dans des termes dont il ne s'était jamais servi; il en fut interdit, et quelque chose de plus. Il voyait son maître et son roi justement irrité. Les premiers transports que la colère inspire dans ces occasions sont dangereux. La fenêtre de mademoiselle Stewart était commode pour une vengeance subite : la Tamise coulait au-dessous. Il y jeta les yeux ; et voyant ceux du roi plus animés de courroux qu'il ne les en avait crus capables, il fit une profonde révérence, et se retira sans répliquer à une quantité de menaces qui se succédaient.

La Stewart, un peu revenue de sa première supprise, monta sur ses grands chevaux, au lieu de se justifier, et dit les choses du monde les plus capables d'aigrir les ressentiments du roi : « que s'il n'était pas permis de recevoir les visites d'un homme de la qualité du duc de Richmond, avec des intentions qui lui faisaient honneur, c'était être esclave dans un pays libre; qu'elle ne savait aucun engagement qui l'empêchât de disposer de sa main; mais que si cela n'était pas permis dans son royaume, elle ne croyait pas qu'il y eût de puissance capable de l'em-

pécher de passer en France, et de se jeter dans un couvent pour y chercher la tranquillité dont elle ne pouvait jouir dans sa cour, m

Le roi, tantôt outré de colère, tantôt attendri par quelques larmes, et tantôt effrayé de ses menaces, était tellement agité, qu'il ne savait que répondre ni aux délicatesses d'une créature qui voulait faire la Lucrèce à sa barbe, ni à l'assurance dont elle avait Teffronterie de s'emporter à des reproches. Cependant l'amour, près de triompher de tous ses ressentiments. Fallait metibre à ses genoux pour lui demander pardon de l'injure qu'il lui faisait, lorsqu'elle le pria de se retirer et de la laisser en repos, du moins pour le reste da cette nuit^ sans scandaliser par une plus longue visite ceux qui l'avaient accompagné ou conduit chez elle. Cette impertinente prière acheva de l'outrer. Il sortit |en la menaçant de ne la plus voir, et fut passer la nuit la moins tranquille qu'il eût passée depuis son rétablissement.

Le lendemain le duc de Richmond eut ordre de sortir de la cour, et de ne se plus présenter devant le roi -, mais il n'avait pas attendu cet ordre : et Ton sut qu'il était parti dès le matin pour sa maison de campagne.

Mademoiselle Stev^art, voulant prévenir le mauvais tour qu'on pourrait donner à l'aventure de la nuit précédente, fut se jeter aux pieds de la reine. Ce fut là que, faisant le personnage nouveau d'une Madeleine innocente, elle lui demanda pardon de tous les chagrins qu'elle avait pu lui causer; lui dit '(u'un repentir continuel l'avait obligée de chercher tous les moyens de se retirer de la cour; que cela

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l'avait engagée à écouter le due de Bichmond, qui la recherchait depuis longtemps^ mais que puisque cette recherche était cause de sa disgrâce, et d'un éclat qui peut-être tournerait au désavantage de sa réputation, elle conjurait Sa Majesté de la prendre sous sa protection, et d'obtenir du roi qu'elle se mit <lans un couvent, pour finir tous les troubles que sa présence causait innocemment à la cour. Tout cela fut accompagné d'une honnête quantité de larmes.

C'est un spectacle bien agréable qu'une rivale qui, s'humiliant à vos pieds, demande pardon et se jus-' tifie en même temps. Le cœur de la reine se tourna tout d'un coup. Ses pleurs accompagnèrent les siens. Elle l'embrassa tendrement après l'avoir relevée, lui promit toute sorte de faveur et de protection, ou pour son mariage, ou pour tout autre parti qu'elle voudrait prendre, et la renvoya, résolue d'abord d'y travailler tout de son mieux; mais comme elle avait beaucoup d'esprit, les réflexions qu'elle fit après ce premier mouvement lui firent <;hanger d'avis.

Elle savait que les penchants du roi n'étaient pas capables d'une constance opiniâtre. Elle jugea que labsence le consolerait, ou qu'un nouvel engagement effacerait à la fin le souvenir de mademoiselle Stewart ] et que puisqu'elle ne pouvait éviter de se voir une rivale, il valait encore mieux que ce fût elle, dont la sagesse et la vertu venaient d'éclater par des preuves si manifestes. D'ailleurs elle se flatta que le roi lui saurait éternellement gré de s'être opposée à la retraite et au mariage d'une fille qu'il aimait alors à

la fureur. Ce beau raisonnement la détermina. Toute son industrie fut employée à persuader mademoiselle Stewart; et ce qu'il y a de rare dans cette aventure, après avoir obtenu qu'elle ne songerait plus au due de Richmond ni au couvent, ce fut elle qui prit soin de raccommoder ces deux amants.

C'eût été dommage qu'elle n'eût pas réussi dans cette négociation. Aussi n'en fut-elle pas à la peine-, car jamais les empressements du roi ne furent si vifs que depuis cette paix, et jamais ils ne furent mieux reçus de la belle Stewart.

Mais ce prince ne g'bûta pas longtemps la douceur d'un raccommodement qui le rendait de la plus belle humeur de monde, comme on va voir. L'Europe entière jouissait d'une paix profonde depuis le traité des Pyrénées, L'Espagne se flattait de respirer par la nouvelle alliance qu'elle venait de contracter avec le plus redoutable de ses voisins : mais elle n'espérait pas pouvoir soutenir les débris d'une monarchie sur sa décadence , quand elle considérait l'âge ou les infirmités du prince, ou la faiblesse de son successeur. La France, au contraire, gouvernée par un roi infatigable dans l'application, jeune, vigilant, avide de gloire, n'avait qu'à vouloir pour s'agrandir.

Ce fut en ce temps-là que ce prince , qui ne voulait point troubler la tranquillité de l'Europe, se laissa persuader d'alarmer les côtes de l'Afrique par une tentative de peu d'utilité, quand même elle aurait réussi*, mais la fortune du roi, toujours fidèle à sa gloire, voulut depuis faire voir, par le peu de succès de rentréprise de Gigery, qu'il n'y avait que les

projets formés par lui-même qui fussent dignes de son attention.

Peu de temps après, le roi d'Angleterre, voulan. aussi visiter les bords africains , arma cette escadr% pour l'expédition de Guinée dont le prince Robert devait avoir le commandement. Ceux qui en savaient quelque chose parleur expérience contaient des mer^^ veilles des périls de cette expédition ^ qu'il faudrait combattre non-seulement les habitants de la Guinée, peuple endiablé, dont les flèches étaient empoisonnées, qui ne faisaient jamais de quartier que pour manger leurs prisonniers ; mais qu'il faudrait essuyer deschaleurs insupportables, ou des pluies dont chaque goutte se changeait en serpent^ que si l'on pénétrait plus avant dans le pays, on était assailli par des monstres mille fois plus inconcevables et plus affreux que toutes les bétes de l'Apocalypse.

Mais ce fut en vain que ces bruits se répandirent : loin d'inspirer de la terreur à ceux qui devaient être du voyage, ce fut un aiguillon pour la gloire de ceux qui n'y avaient que faire. Jermyn se présenta tout des premiers \ et , sans songer que le prétexte de sa convalescence avait différé la conclusion de son mariage avec mademoiselle Jennings, il demanda la permission du duc et l'agrément du roi pour y servir de volontaire.

Il y avait quelque temps que la belle Jennings commençait a revenir àe l'entêtement qui l'avait séduite en sa faveur. Ce n'étaient plus guère que les avantages de l'établissement qui lui donnaient du goût pour ce mariage. La mollesse des empressements d'un amant qui semblait ne rendre des soins

que par habitude la rebutait-, et le parti qu'il venait de prendre sans son aveu lui parut si ridicule pour lui, et si choquant pour elle, qu'elle résolut dès ce moment de n'y plus songer. Elle ouvrit petit à petit les yeux sur le faux brillant qui Tavait éblouie -, et le fameux Jermyn fut reçu comme il le méritait, lorsqu'il vint lui donner part du projet héroïque dont nous venons de parler. Il parut tant d'indifférence et tant de liberté d'esprit dans les railleries dont elle lui fit compliment sur ce voyage, qu'il en fut déconcerté, d'autant qu'il avait préparé toutes les consolations qu'il avait crues capables de la soutenir, en lui annonçant la funeste nouvelle de son départ. Elle lui dit qu'il n'y avait rien de plus glorieux à lui, dont le mérite avait triomphé de tant de libertés en Europe, que d'aller étendre ses conquêtes dans une autre partie du monde-, qu'elle lui conseillait de ramener toutes les captives qu'il ferait en Afrique, pour remplacer les beautés que son absence allait mettre au tombeau.

Jermyn trouva fort mauvais qu'elle eût la force de railler dans l'état où il la croyait réduite; mais il s'aperçut que c'était tout de bon. Elle lui dit qu'elle prenait cet adieu pour le dernier, et le pria de ne lui en plus faire avant son départ.

Jusque-là tout allait bien pour elle. Jermyn non-seulement était confondu d'avoir eu congé' si cavalièrement;, mais il sentit redoubler tout le goCit qu'il avait eu pour elle par ces marques de son indifférence. Elle avait donc le plaisir de le mépriser et de le voir plus sensible que jamais. Ce

ne fut pas assez; elle voulut mal à propos outrer la vengeance.

On venait de mettre au jour les épltres d'Ovide, traduites par les beaux esprits de la cour*. Elle se mit à faire une lettre d'une bergère au désespoir, qui s'adressait au perfide Jermyn. Elle prit pour modèle répître d'Ariane à Thésée. Le commencement de cette lettre était mot pour mot les plaintes et les reproches de cette amante outragée , au cruel qui l'abandonnait. Tout cela était accommodé tellement quellementaux tempsetaux conjonctures présentes. Elle avait eu dessein d'achever cet ouvrage par une description des travaux, des périls et des^ monstres qui l'attendaient en Guinée, pour lesquels il quittait une aussi Rendre amante abîmée dans la doqleur ; mais n'en ayant pas eu le temps , ni celui de faire transcrire tout cela pour l'envoyer sous le nom d'un autre , elle mit étourdiment dans sa poche ce fragment écrit de sa main, et plus étourdiment encore le laissa tomber au beau milieu de la. cour. Ceux qui le ramassèrent reconnurent son écriture, et en tirèrent plusieurs copies qui eurent cours par la ville. Cependant sa conduite avait si bien établi l'idée de sa sagesse, qu'on ne fit aucune difficulté de croire que la chose s'était passée comme on vient de dire. Quelque temps après, l'expédition de Guinée fut remise, pour les raisons que tout le monde sait; et le procédé de mademoiselle Jennings la justifia sur cette lettre , car , quelques efforts que fissent le mérite et

!• Cette traduction a été plusieurs fois réimprimée. Elle figure^ ^Ans les œuvres de Dryden qui en écrivit la majeure partie.

les nouveaux soins de Jermyn pour la ramener, jamais elle n'en voulut entendre parler.

Mais il ne fut pas le seul qui se ressentit de cette bizarrerie, qui prenait plaisir à désunir les cœurs pour les engager bientôt après à des objets tout différents. On eût dit que le dieu d'amour, par un nouveau caprice, livrant tout ce qui reconnaissait son empire aux' lois de l'hymen, avait en même temps mis son bandeau sur les yeux de ce dieu , pour marier tout de travers la plupart des amants dont on a fait mention.

La belle Stewart épousa le duc de Richmond * ; l'invincil^p Jermyn, unepecque provinciale^ •,mylord Rochester, une triste héritière ' 5 la jeune Temple, le

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