Pepys raconte ainsi ce mariage {Journal^ 36 avril
« M. Ëvelyn me raconta toute l'histoire de la retraite de miss Stewart ; il dit qu'elle était aussi vertueuse que qui que ce fût au monde, lorsqu'elle quitta la cour; quand le duc de Richmond lai fit l'amour, elle en parla au roi et le duc en parla aussi ; le roi dit qu'elle ferait bien de se marier à toute personne de distinction qui pourrait lui assurer 1500 liv. st. de revenus par an; leschoses en étaient venues au point qu'elle ne pouvait plus rester à la cour sans céder aux désirs du roi. Elle a dit à un lord, qui est un homme très-sérieux et digne de foi, qu'elle avait réfléchi aux prétextes qu'elle avait donnés au monde pour avoir d'elle une si mauvaise opinion, et qu'elle n'avait d'autre conduite à tenir qu'à s'éloigner de la cour, à n'y reparaître que de loin en loin pour baiser W la main de la reine et à vivre à la campagne avec son mari doni elle espère captiver l'estime et l'affection. » Quelques autres passages du Journalf relatifs à cette union, se trouveront dans notre appendice.
2. Mademoiselle Gibbs, fille d'un bon propriétaire campagnard dans le comté de Cambridge.
3. Elisabeth Mallet, fille de Mallet d'Enmère , gentilhomme da comté de Somerset; l'héritage ou plutôt la dot consistait en 2500 liv. sterl. de revenus, équivalant au moins à 7000 liv. stcrl. ac-
sérieux Lyttelton*, Talbot, sans savoir pourquoi, prit pour femme la languissante Boynton \ George Hamilton, sous de meilleurs auspices, épousa la belle Jennings; et le chevalier de Grammont, pour le prix d'une constance qu'il n'avait jamais connue devant et qu'il n'a jamais pratiquée depuis.
taeUes. « Rochester convoita cette riche prise et s'avisa d'un enlèvement, qai ôtait d'ailleurs à son hyménée l'air bourgeois , le cachet vulgaire. Un soir la triste héritière, après avoir soupe ches miss Stewart, à White-Hall, retournait chez elle avec son grandpère, lord Haly ; leur carrosse fut soudain arrêté à Charing-Cross, au cœur de Londres. Un nombre assez considérable de gens à pied et à cheval entourèrent l'équipage ; on fit descendre de force la tremblante Mallet, on la poussa dans un antre carrosse entre deux femmes inconnues chargées de la contenir. Lord Haly, laissé libre, s'empressa de réclamer des poursuites. On découvrit sur la route d'Uxbridge, Rochester suivant d'un peu loin sa victime; on le ramena à Londres, on le mit à la Tour, mais le roi intervint aussitôt, tout s'arrangea , la jeune fille pardonna au ravisseur et les noces eurent lieu presque immédiatement. On voit que Rochester imita avec plus de succès l'exemple que lui avait donné Russy, lorsque celui-ci voulut enlever madame deMiramion.» Ainsi s'exprime H. Forgues, lequel a donné quelques extraits d'une correspondance entre Rochester et sa femme , conservée au Musée britanique. L'épouse est résignée, soumise, pleine d'abnégation; le mari léger, insouciant, badin; il adresse à la comtesse ses firmans et lui recommande de saluer en son nom « lady Anne Tartelette, notre unique fille, et d'ici i des temps meilleurs l'unique héritière de nos vertus. •
Lady Rochester céda-t-elle à l'exemple de son mari? Se laissât-elle aller au train de la cour où ils vivaient tous les deux? Question assez délicate sur laquelle planent quelques incertitudes. Pepys, à la date du 4 février 1667, dit qu'il vit au théâtre royal John Butler, fils du duc d'Ormond, qui était un serviteur de mistress Maliet, échanger des sourires avec elle.
Le portrait de la triite héritière , peint par Lely, paraît flatté , et toutefois, il montre que le modèle n'avait point de titres à figurer parmi les Beaultei de la cour de Charles II.
trouva l'Hymen et l'Amour d'accord en sa faveur, et se vit enfin possesseur de mademoiselle d'flamilton'.
1. On raconte à l'égard de ce mariage une anecdote qui aurait bien mérité de figurer dans les Mêmoiret. Le cheTalier avait pris des engagements sérieux avec mademoiseUe Hamilton, mais à peine futril rappelé de l'exil qu'il oublia ses promesses, ou du moins il n'eut plus envie de les tenir. Déjà il avait repris le chemin de la France. Antoine Hamilton et George, son frère, coururent après lui, bien' déterminés à tirer raison de ce défaut de mémoire. Ils l'atteignirent à Douvres. Chevalier de Grammontl lui crièrent-ils du plu» loin qu'ils l'aperçurent, Chevalier de Grammont! n*avex-vous rien oublié à Londres? — Pardonnez-moi ^ lUettieurty j'ai oublié d'épotuer votre tœur. Il retourna sur ses pas, épousa mademoiselle d'Hamilton, et l'amena aussitôt avec lui en France. Au surplus, cette demoiselle d'Hamilton, tant célébrée par son frère, et qui avait la gloire d'avoir captivé le plus volage des hommes, ne plut pas beaucoup à la cour de France. « Elle avait pour elle, dit madame de Caylus, le goût et l'habitude du roi ; mais madame de Maintenon la trouvait plus agréable qu'aimable. Il faut avouer aussi qu'elle était souvent Anglaise insupportable, quelquefois flatteuse, dénigrante, hautaine et rampante. »
Extrait du Journal de Samuel Pejnjs
Nous 'ayons déjà parlé de cet écrit, mais il mérite qu*oi» le fasse connnttre avec plus d'étendue; il donne précisément sur la période qu*em brassent les Mémoires de Gram" mont , des détails qn*on ne trouve pas ailleurs; parlons d*abordde l'auteur.
Pepys était d'une famille originaire du comté de Cambridge» et son père, privé de fortune, exerça à Londres, la profession de tailleur. Samuel avait cinq frères et autant de sœurs. Il naquit le 23 février i632. Ht ses études au collège de la Trinité à Cambridge, et à vingt-trois ans, il épousa une jeune personne sans fortune, Elisabeth Saint-Micbel. Le jeune couple eût été fort embarrassé, si un cousin de Pepys, sir Edmond MoDtagu, plus tard comte de Sandwich, ne fût venu les assister. Samuel accompagna le comte dans diverses expéditions, et» en i658, il entra dans un bureau de TÉchiquier où il fut attaché à la comptabilité du payement de Tarmée. Ce fut à cette époque qu'il commença son journal.
Il fut ensuite nommé secrétaire des deux commandants de la flotte qui alla chercher Charles en Hollande, lors de la Restauration, et bientôt après, il devint commis des actes du la marine. Cette place importante et dont il s'acquitta avec habileté , le mit en rapports continuels avec le duc d'Yorlc qui était alors grand-amiral.
La guerre avec la Hollande, en 1664, fut pour Pepys un mo-
ment très-critique; en 1665, lors de la peste qui ravagea Londres, il resta à son poste, tandis que la capitale était presque entièrement abandonnée ; il devint ensuite secrétaire de la commission instituée pour arranger les affaires relatives à Tangier et Inspecteur général du département des vivres. Lors du grand incendie de 4667, il rendit d'importants services en faisant adopter le plan de faire sauter des maisons afin de couper les progrès jusqu'alors irrésistibles des flammes. Nommé membre de la Chambre des Communes, il y siégea longtemps , sans faire parler de lui. En 1669, la faiblesse de sa vue le décida à cesser son Journal. Il guérit toutefois et alla faire un voyage en France et en Hollande. En 1672 , il eut le malheur de perdre sa femme ; il n*avait point eu d*enfants. En 1673, le duc d'York ayant donné sa démission de tous ses emplois, le roi ncmma Pepys secrétaire de la marine. Cette fonction importante valut, dans ces temps orageux, de grandes tribulatons à notre héros ; lors du prétendu complot papiste, en 1679, il fut accusé d*étre partisan des doctrines de Rome et d'avoir transmis au gouvernement français des avis secrets à l'égard delà situation de la marine britannique. Dépouillé desacharge* il fut enfermé à la Tour le â2 mai 1679, et il n'obtint sa liberté qu'au mois de février suivant. Après quelques années de retraite, il fut désigné, en 1683 , pour accompagner lord Dartmouth chargé d'aller procéder à la démolition des fortifications de Tangier ; l'année suivante , le roi s'étant investi luimême de la dignité de grand-amiral, Pepys redevint secrétaire de l'Amirauté et remplit cette place pendant le reste du règne de Charles II et pendant celui de Jacques II.
Guillaume III étant monté sur le trône, Pepys quitta les affaires publiques et vécut dans la retraite jusqu'à sa mort, survenue en 1 703. Il se livrait à son goût pour les arts et les sciences; en 1684, il avait été nommé président de la Société royale, et il occupa, pendant deux années, avec distinction ce poste honorable.
Son Journal écrit en caractères sténographiques , et long* temps resté oublié, a enfin été déchiffré et mis au jour en 1823, en 2 vol. in-4o, grâce aux soins de lord Braybrooke. Cette édition, accompagnée de notes et ornée de portraits^ fut bien
accueillie du public; les principaux journaux en rendirent compte^; elle fat suivie d'une seconde édition en i828 (cinq volumes in-8®), et depuis on en a vu paraître deux autres, 4848, 5 vol. in-8% et i854, é vol. in-8'.
11 est heureux que Tauteur ait été en contact avec les personnes les plus influentes dans la haute administration et à la cour; il est encore plus heureux quMl ait été doué d*une activité infatigable et quMl ait été animé de la curiosité la plus insatiable et la plus décidée à s*accrocher à toutes choses sans exception < Quoique très-zèlé et très-assidu à remplir les devoirs de son emploi, il trouve le temps d'aller à toutes les fêtes, à toutes les processions, à toutes les exécutions. Pas dMncendie, de concert, d*émeute, de procès, de revue, de fête publique dont il ne soit témoin oculaire et auriculaire ;. il assiste aux dissections faites par des docteurs en renom, il va voir toutes les galeries de tableaux. Chaque fois qu*il y a en son voisinage un examen d*écoliers, un mariage, un baptême, un sermon de charité, un combat de taureaux^ une réunion de philosophes , une société de gens qui s*amasent, il ne manque point de s'y montrer, et 11 s'empresse (l'enregistrer tout ce qui s'y est passé. Il est le premier à apprendre tous les bruits de la cour et toutes les nouvelles de la ville, à observer les variations de la mode et les manœuvres des partis, à critiquer toutes les nouvelles maisons qui s'élèvent^ tous les nouveaux équipages qui se montrent dans les rues, tous les nouveaux livres et toutes les nouvelles beautés qui se produisent, toutes les mesures qu*adopte le Roi, toutes les maîtresses que sa Majesté ne se lasse point de prendre et de quitter.
Il se montre aux lecteurs de son Journal sous les traits d'an homme serviable et sans malice , très-occupé des devoirs de sa charge et veillant avec soin à la direction de son ménage , fort ami du caquetage et de Tamasement, très-attaché à sa
1. Voir VEdimburg Beisiew, n* S5; le Qwtrierly Rwiew, ii<> 66; le Wettmimter Aevteto, etc.
H. Forgues nomme avec raison Fepys • une espèce de Tallemant de» Réaux naïf, n^appartenant à aucun parti. Son Diary, bavardage gouTent insignifiant est parfois un précieux commentaire de Thisloire. »
femme pour laquelle il manifeste une admiration parfois plaisante, et fort (léTOtté en même temps aux maîtresses du roi et au beau sexe en général; il est sur un pied de familiarité un peu suspect avec de jolies actrices , et il montre souvent, k côté d'une sagacité véritable dans Tappréciation des affaires publiques, une puérilité crédule, et une naïveté qui pourrait mériter une qualification plus rude.
On ne saurait dire quUl ait eu une opinion politique. Dans sa jeunesse, il avait été républicain (au temps de la République)» et il avait assisté à Texécution de Charles l^'; sous Crçmwell , il eut un petit emploi ; son Journal commence à répoque où Monk, parti de TÉcosse, faisait vers Londres cette marche qui devait amener le rétablissement de la royauté ; Pepys n'exprime pas une seule fois un vœu pour le triomphe de Tun ou Tautre parti; tout d*un coup il s*embarque avec lord Sandwich sur l'escadre qui va chercher Charles en Hollande. Lorsque la Restauration est affermie, et lorsqu'il est pourvu dun emploi important à l'Amirauté, il est dévoué, comme de juste, à la dynastie des Stuarts , et toutefois il s'élève souvent contre l'ineptie et la prodigalité du gouvernement royal qui contrastent si fortement avec l'administration énergique et l'économie de l'usurpateur.
Pepys est charitable, bon pour ses domestiques, attaché à ses parents ; il est en même temps, porté à l'avarice. 11 sur^ veille lui-même la confection de ses habits y et il passe des heures à regarder vernir son carrosse. Toutes les fois qu'il donne un diner, il sait exactement ce que chaque plat a coûté, et il en prend note.
Veut-on avoir un exemple de sa crédulité et du décousu qui règne parfois en ses idées.
c Lorsque je m'éveillais, il faisait un très-grand vent, et je dis à ma femme : c Plaise à Dieu que je n'apprenne pas la mort de quelque grand personnage, ce vent est si fort » ; je craignais que la reine ne fût morte. Je me levais et j'allais en voiture à Saint-James avec sir W. Batten et sir J. Mines; ils me dirent que sir W. Compton qui , il est vrai , avait été un peu souffrant depuis huit ou quinze jours, mais qui était trèsbien vendredi soir, lorsqu'il assistait avec nous à la commission de l'affaire de Tangier, était mort hier, ce dont ic
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fus extrêmement surpris, car il était, et tout le monde lui rend cette justice, un des hommes les plus dignes et des meilleurs administrateurs qu*il y ait maintenant en Angleterre, t
TrèS'Occupè de ses intérêts, il enregistre avec une joie extrême toutes les gratifications que le roi accorde aux employés dont il fait partie, toutes les parts de prises qui lui reviennent. Après a voir^ au début, possédé seulement 25 Uvres sterling, il arrive à gagner 2,986 liv. st. en une année, 3,560 en une autre. Cette prospérité brillante montre quelle bonne chose c'était que d'être mêlé à Fadministration des deniers de TÉtat, même en Tan 1664.
En 1667, Pepys a un grand triomphe oratoire; 11 prononce i la barre de la Chambre des communes un long discours au «ujet d'abus qu'on signalait comme existant dans Tadministration de la marine. La Chambre savait sans doute très-peu de chose à cet égard , et Pepys en savait beaucoup ; mais il se garda bien de dire ce qu'il connaissait; il défendit avec chaleur Fadministration dont il faisait partie.
Sa harangue dura trois heures et demie, et il la débita « aussi tranquillement que s*il eût été assis à sa table. » Pour se donner du courage, il avait, à Favance, été Aa Chien (c'était une taverne ainsi nommée) , et il avait bu une demi-pinte de vin épicé ; au moment de parler , il avala un coup d*eau-de* Tie. Il était près de trois heures du soir quand il finit. Mais ou ue jugea pas à propos de voter ce jour-là, a beaucoup de membres ayant été dtner^ et étant revenus à moitié ivres. »
Cette dernière circonstance ne doit pas nous étonner, car Pepys rapporte divers traits qui attestent l'intempérance des représentants du peuple anglais à cette époque. Il suffira d'en «iter un :
(( Sir W. Butten me dit que sir Allen Brodericke et sir Allen Apsly vinrent l'autre jour ivres à la Chambre et qu'ils y parlèrent une demi-heure ensemble, sans qu*on pût les faire rester tranquilles, ni les faire asseoir, ni les expulser; c'est une grande indécence et j'en suis aiSligé de tout mon coeur. »
On trouve toute sorte de renseignements dans ces Éphémérides écrites chaque soir, avant que Pepys ne se livrât au som- «aeil.
lA cherté des charbons et des anguilles est pour lai ao motif de préoccupation. Il observe aussi à quel taux élevé les orfèvres font des avances au roi. Il s^informe avec intérêt de toutes les condamnations à mort; et, dînant avec des médecins, il voit avec plaisir qu'ils s'accordent tous à dire que la pendaison necausepasde douleur, puisqu'elle interrompt la circulation >iu sang. Il écoute avec satisfaction un capitaine qui revienl des Indes et qui lui dit qu'à Siam on ne coupe pas précisément la tête, mais des bourreaux très-experts en enlèvent le sommet d'un coup de sabre ; la cervelle reste à nu et la mort est immédiate.
Les grands froids, les rixes parfois sanglantes des laquais, les effets remarquables de la foudre , sont à ses yeux des choses dont il faut s*empresser de conserver le souvenir.
Il est très-frappé d*apprendre qu'une femme ayant rêvé qu'elle mourrait dans quatre jours, la chose s'est exactement lérifiée; il n'oublie pas de noter l'apparition à Tamvrorth du (]inl)]e, se révélant par le bruit d'un tambour invisible battu chaque nuit [circonstance dont le public s'occupa beaucoup alors et qui fournit à Addison le sujet de sa comédie du Tambour). Il est avide de détails sur les prophéties qui se sont accomplies, et il s'émeut lorsque le bruit court que la fin da monde doit arriver un certain jour de novembre 1662. Il est agité, en apprenant qu'un juif offre déparier iO livres contre i.OO qu'avant deux ans, un inconnu qui se trouve à Gonstanlinoplè et qui, en réalité, est le Messie, sera reconnu souverain lie l'univers entier. Des marins lui affirment qu'un nègre noyé devient tout blanc ; la chose est nouvelle pour lui et l'étonné sans lui paraître invraisemblable. Les monstres ont aussi le privilége d'exciter sa curiosité, ainsi que l'évasion des prisonniers renfermés à Newgate et les géants qui se montrent à la foire.
Grand amateur du théâtre, où il va presque chaque Jour, il offre, pour l'histoire dramatique en Angleterre > des renseignements nombreux, mais qui ont peu d'intérêt pour nous^
Craignant de se laisser aller à un goût pour l'art drama-
1 . Une de ces pièces a un titre assez étrange : La nuit des noces, The Wedding-Nighl ; c^est une espèce de tragédie due à lord Falkland, et Pepys trouve quSl y a. du bon, miisque ^ensemble n*est pas satisfaisant.
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tiqae qui serait reyena trop dispendieux, et à des habitudes d'intempérance alors très-communes, il fit un double vœu: le premier , de ne point aller au spectacle à moins qu*il ne lui en contât rien (il avait ses entrées); le second de ne pas boire de vin ; à regard de ce dernier engagement il écrit un jour, après avoir assisté à un banquet à THÔtel de Ville : c On se mit à boire du vin , mais je ne pris que de Thypocras , ce qui ne viole point mon vœu, car c*est, autant que je puis en juger, non uu vin, mais un mélange de divers liquides , si je me trompe que Bien me pardonne, mais j^espère ne pas être dans l'erreur. » Cette distinction qui eût fait honneur à un casuiste indulgent; rappelle cet aumdnier de la prison de Londres qui figure dans un des romans de Fielding et qui déclare que s'il préfère le punch au vin, c*est parce que l'a Sainte Écriture ne fait nulle part une mention défavorable de la première de ces boissons.
Voici deux autres paragraphes dont la naïveté nous a frappés ;
€ J*al appris que M. Barlovir est mort; j*en suis (Dieu qui connaît mon cœur le sait bien) aussi affligé quMl est possible de rétre de la mort d'un étranger lorsqu'elle vous rapporte 100 livres sterling par an.
c Mon beau-frère est parti aujourd'hui pour la Hollande où il va chercher fortune ; je lui ai donné dix shillings et un habit de couleur claire , orné d'un galon d'or qui avait déjà servi pour la plus belle robe qu'avait ma femme à l'époque de son mariage. »
Hais nous ne nous sommes déjà que trop étendus, peut-être, sur cette production singulière et sur son auteur. Prenons maintenant, pour les faire passer sous lesyeux de nos lecteurs, quelques passages que nous traduirons fidèlement; il va sans dire que , laissant de côté une multitude de choses insignifiantes, nous nous attacherons aux endroits où se retrouvent les noms des personnages qu'Hamilton nous fait connaître; nous y joignons parfois quelques épisodes fort courts, mais susceptiblés de donner une idée des habitudes et des mœurs de l'Angleterre il y a deux cents ans.
â3 juin 1660. — Je fus pour voir le Roi toucher les malades atteints d'écrouelles, mais il pleuvait tellement que le Roi ne
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sortit pas et les pauvres gens furent obligés de rester tonte 1» matinée dans le jardin, exposés à la plaie. Il les toucha ensuite dans la salle des banquets ^
2i juillet 1660. — Le roi se leva le malin à cinq heures comme il en a Thabitude , et il alla voir un yacht hollandais qui est très-élégamment construit*.
7 octobre 1660. — c M. Hartlett me parla français pendaril tout le dîner, et me raconta que le duc d*York avait fait un enfant à la fille de milord le chancelier , et qu'elle avait obtenu de lui une promesse de mariage qu*ll avait signée de son sang ; mais il avait par ruse soustrait ce papier. Le roi voulait que le mariage se fît, mais le duc s'y refusait. La chose n*est donc pas honorable pour le duc, mais milord y attache peu d*importance et ne regarde pas le fait comme étrange de la part du duc. » On lit un peu plus loin : c M. Hartlett me dit que le chancelier a engagé le duc et la duchesse d'York, ainsi qu'une femme de chambre et un médecin, à comparaître devant les juges les plus éminents du royaume et à déclarer, sous foi de serment, ce qui concerne le mariage. 11 fut reconnu que le mariage n'avait eu lieu qu'un mois ou deux avant qu'elle n'accouchât, mais ils étaient fiancés longtemps avant, de sorte que l'enfant est légitime. »
!•' novembre 1660. — Je remarquai qu'il y avait très-peu
i. Le 13 avril f 661 , Pepys voit le roî s'acquitter de celte même fonolion avec beaucoup de gravité «et cela lui paraît un vilain emploi. » Eo 1667, il assista à pareille ct^rémonie. On trouve de curieux détails sur ce sujet dans Touvrage du docteur Pettigrew : On médical superstilions. Le nombre des individus qui venait se faire toucher par le roi à certains jours de fête était énorme. Il en a été conservé an registre qui embrasse une période de vingt ans (mai <662 à avril 1682) et qui constate que Charles toucha 92,107 personnes. Evelyn insère dans son Journal (28 mars 1684) que telle était la foule rassemblée a6n d'obtenir les billets nécessaires pour être admis dans la chapelle royale où la cérémonie avait lieu, que six ou sept personnes avaient été étoufifées. En * 683, un presbytérien, ayant osé émettre Topinion que les gens guéris par le roi étaient tout aussi scrofuleux qu'avant d'avoir été toncbés, fut, comme de juste, condamné à la prison.
2. Dans les premiers temps de la Restauration, Charles se lève de fort bonne heure le matin, et fatigue ainsi beaucoup ceux qui l'entourent; il montre une grande activité; il aime l'anatomie; on le voit assister à des dissections, et il dissèque lui-même le corps d'un enfant BS>ort-né. li va dûment aux courses de chevaux. Tout cela le rendait pcpalaire.
de feux de joie allumés en Thonneur de la venue de la reine ; vraiment je ne crois pas qu*i1 yen eût trois dans tout Londres, et ceci montre ce que je disais déjà, que son arrivée fait trèspeu de plaisir.
\^ mai 1661. — J*ai appris ce soir que le fils du duc d*York est mort aujourd'hui, ce qui fera plaisir à tout le monde, et on assure que le duc et la duchesse eux-mêmes n'en sont pas fort troublés.
21 novembre 1661. — Le roi était à s'enivrer avec Sedley, Buckhurst, etc., lorsque milord Arlington vint lui parler, et il ne put ou ne voulut lui donner audience.
6 février 1662. — A la chapelle, où il y avait beaucoup de monde , j'entendis un très-bon sermon prêché devant le roi par un chanoine de Téglise du Christ (qui insista beaucoup sur rénormité du péché de l'adultère], et je pensai qip le i|pi pouxrai t en dire touché.
22 février 1662. — J'écrivis à mon père et je l'informai, entre autres choses, du malheureux accident survenu aux deux fils atnés de milord Dorset qui , avec trois antres , ont été arrêtés pour avoir tué et volé un tanneur, et ils sont maintenant à Newgate. Je suis bien afQigé du chagrin et de la honte qui en résultent pour leurs familles ^
21 avril 1662.— Crewe me dit que la duchesse de Bichmond et lady Gastlemaine s'étaient prises de querelle; la duchesse a appelé l'autre une Jane Sbore ' et a dit qu'elle finirait de même.
10 mai 1662. — Milady Sandwich me dit que lady Gastlemaine parle d'aller faire ses couches à Hampton-Gourt; elle en est fort troublée, ainsi que les autres dames de la cour, le roi étant forcé de lui faire bonne mine en présence delà reine.
1. Le Mereurius polilicui^ journal da temps, parle de cette affaire. Le fils aiué de lord Dorset était Charles Backhurst, Tun des plut turbulents personnagpes de la cour de Charles II ; son frère Edouard SackTÎlle, deux fils de lord Bellasses, le fils de Sir Thomas Weatworth et lui , poursuivaient des Toleurs; ils blessèrent un tanneur quMls prirent pour un des bandits et ils se saisirent de TargentquMl avait sur lui, prétendant que c^étaiit chose Tolée. Accusés de meurtre et de vol, ils firent imprimer leur défense ; on ne sait pa» au juste sMis furent acquittés ou déclarés seulement coupables d'homicide in* volontaire.
S. Femme d^un orfèvre de Londres; elle devint la maîtresse d*Édoaard lY»
21 mai 1662. ^ Ma femme el moi, nous allâmes chez milord Sandwich, et nous nous promenâmes dans le jardin de White- Hall et dans le jardin particulier ; nous TÎmes le linge et les superbes chemises de lady Castlemaine qui étaient garnies de la plus belle dentelle que j'ai jamais vue, et je m*amusai beaucoup à les regarder. Sarah me dit que le roi dînait chez lady Castlemaine, et qu*il y ayait soupe chaque soir de la semaine précédente, et qu'il était chez elle lorsque des feux de joie furent faits pour Tarrivée de la reine ; mais il n'y avait pas de feu devant sa porte, quoiqu'il y en eût devant presque toutes les maisons de la rue; cela fut très-remarque; le roi et elle envoyèrent chercher des balances et se pesèrent, et milady, étant enceinte, se trouva la plus lourde. Elle est maintenant dans une extrême aflQiclion et ne sort plus depuis que le roi est parti. ^
^22 juin 1662. — On parle d'une dame portugaise à Hampton- Gourt qui, depuis l'arrivée de la reine, a eu un enfant; mais le roi ne veut pas qu'on fasse des recherches à cet égard, de sorte que la chose est encore mystérieuse.
i6 juillet 1662. — On m'a dit aujourd'hui que milady Castlemaine , étant tout à fait brouillée avec son mari , Ta quitté hier, emportant ses bijoux , son argenterie , ses effets les plus précieux, .et qu'elle est allée s'établir à Richmond , chez un sien frère. Je crois que c'est un calcul pour qu'elle soit installée hors de la ville afin que le roi puisse d'autant mieux aller la voir.
26 Juillet 1662.— On m'a dit que la querelle entre lady Castlemaine et son mari avait eu pour motif le baptême de l'enfant qu'elle avait eu il y a quelque temps; il exigea que le baptême fût célébré par un prêtre, et elle, quelques jours après, le fit célébrer par un ministre ; le roi , lord Oxford et la comtesse de Suffolk étaient témoins , et le baptême eut lieu avec la léserve que l'enfant n'eût pas encore été baptisé. Elle a ensuite quitté son mari, emportant tout ce qu'il y avait dans la maison, n'y laissant pas un plat ni une serviette et emmenant les domestiques, sauf le portier. Il s'en est allé en France trèsmécontent et avec l'intention, dit-on , d'entrer dans un couvent, et ellerevient maintenant à sa maison dans la rue Royale.
La reine Ta rayée de la liste qui lai a été présentée et a demandé au roi de ne pas amener cette femme à la cour, en ajoutant que, sMIPexigeait, il valait mieux qa*elle retournât en Portugal. 11 en est résulté une brouille qui a duré deux jours; mais enfin le roi a promis de ne plus avoir de relations avec cette lady. Je doute cependant qu*il y renonce ainsi ; il lui est trop attachée
23 août 1662. — Je fus au jardin de Wbite-Hall , où il y avait une très-grande foule de gens qui attendaient Tarrivée du roi et de la reine qui venaient d'Hampton -Court. Lady Castlemaine était sur la terrasse près de nous; c'était étrange de la voir, elle et son mari, sur la même promenade sans qu'ils fissent mine de se connaître; seulement lorsqu'ils se rencontrèrent pour la première fois , il tira son chapeau et elle lui fit une révérence très-polie; ils ne s'occupèrent plus ensuite Tun de Tautre; seulement chacun prenait de temps en temps lenfant que la nourrice tenait en ses bras et le faisait sauter. Une plate-forme, sur laquelle beaucoup de gens étaient montés, vint à s*écrouler et nous craignîmes qu*il y eût des blessés, mais il n'y en avait pas ; lady Castlemaine fut la seule, de toutes les grandes dames qui étaient là, qui courut dans la foule pour voir s'il était arrivé quelque malheur , et elle prit soin d'un enfant qui avait eu un peu de mal, ce que je trouvai très-bien. 11 vint un homme botté et éperonné avec qui elle parla longtemps, et comme elle avait la tête nue, elle prit son chapeau, qui était fort simple, pour se garantir du vent. Tout cela fut fait avec grâce comme tout ce qu'elle fait.
7 septembre 4662. — Je fus à Thôtel Somerset à la réception de la reine mère, et je vis là notre reine que je n*avais pas vue encore; quoiqu'elle ne soit pas très-jolie, elle a un air de bonté, de douceur et d'innocence qui est fort agréable. Je vis aussi madame Castlemaine et, ce qui m'embarrassa le plus, M. Crofts, le bâtard du roi [depuis duc de Monmouth), un fort joli garçon de quinze ans qui , à ce que je vois, est fort empressé
1 . II n'y renonça point, et peu après Fepys écrit : « J'apprends que lady Castlemaine est allée demeurer à 'White-Hall, où elle occupe un appartement tout près de celui du roi'; quoi(2ue je l'aime beaucoup, cela me fait de la peine. •
auprès de milady Castlemaine et est toujours avec elle, et on m*assura que les deux reines lui témoiguent beaucoup d^amitié.
21 septembre 1662. — Je me rendis à la chapelle de la reine et j*assistai au service. La reine est très-pieuse ; mais ce qui me fit le plus de plaisir, ce fut de voir ma obère lady Castlemainequi , quoique protestante , accompagnait la reine à sa chapelle.
3 octobre 1662. — Pierce le chirurgien m'a dît que milady Castlemaine est enceinte , et, quoique Tenfant soit du fait da roi, comme son mari est encore en ville et qu'il la voit quelquefois, on le lui attribuera.
7 octobre 1662. — Je fus à la réception de la reine mère^ et ensuite le roi , la reine , et milady Castlemaine se retirèrent dans une voiture , et le reste dans d'autres voitures. Il y avait beaucoup de dames de distinction, mais très peu étaient belles. Le roi et la reine étaient très-gais , et le roi voulut (lire croire à la reine mère que la reine était enceinte; mais la jeune reine répondit : « Vous mentez , » et c'est le premier mot anglais que je lui ai entendu dire; le roi rit beaucoup.
16 octobre 4662. — Je rendis visite à Creed, et je restai dans sa chambre à boire du chocolat, et il me dit comment tout va de mal en pire à la cour ; les jeunes gens y sont de plus en plus en faveur et les vieux seigneurs abandonnés ; sir Charles Barkeley va être fait garde de la bourse royale; c'est un personnage très-vicieux , et M. Pierce m'a dit qu*il avait offert 300 liv. st. par an à sa femme, si elle voulait être sa maîtresse. Il me dit aussi que personne n'avait plus d'influence sur le roi que sir Charles Barkeley , sir H. Bennett et milady Castlemaine dont la faveur. est aussi grande que jamais, et que madame Hasierigge, fameuse par sa beauté, est maintenant en couches, ce qu'elle attribue au roi ou au duc d'York. Il médit aussi que milord Saint- Albans sera probablement grand trésorier; toutes ces choses me troublent grandement.
23 décembre 1662. — Le docteur Pierce me dit que Tinfloence de milady Castlemaine à la cour augmente et qu'elle y est plus puissante que la reine; elle y a introduit sir H. Bennet et sir Charles Barkeley ; la reine est une très-bonne dame et
prend toutes cboses a^ec la plus grande douceur imaginable. Il me dit aussi que M. Edouard Montague est ruiné et perdu de réputation, et que dernièrement il s'était pris de querelle avec mi lord Chesterfield, mais le roi arrangea la chose.
26 décembre. — Le capitaine Ferrers me dit que lady Can* lemaine et sir Charles Barkeley sont les grands favoris à la cour, et qu'ils y grandissent chaque jour.
7 janvier 1663. — Le capitaine Ferrers me dit qu'il y a un mois , à Tun des bals de la cour , une des dames, en dansant , laissa tomber un enfant, mais on ne sut qui c'était; quelqu'un le ramassa dans son mouchoir. Le lendemain toutes les filles d'honneur se montrèrent de bonne heure à la cour pour sejus« tifier, de sorte que personne ne peut dire à qui ce malheur est arrivé. Mais on dit que mademoiselle Wells est tombée malade ce même soir et n'a pas reparu depuis , de sorte que l'on conclat que c'est elle.
25 janvier 1663. — On me dit que mi lady Castlemaine s'était fait donner tous les cadeaux que les pairs avaient offerts an roi à l'occasion de la Noël , ce qui est une chose abominable ; et au grand bal , elle avait des bijoux pour une somme plus forte que la reine et la duchesse (d'York) ensemble.
8 février 4663. — M. Pickerwig me dit qu'il est très-vrai que le corps d'un enfant a été trouvé par terre à l'un des bals de la cour ; le roi le fit porter dans son cabinet et le disséqua. et il en a fait de grandes plaisanteries, disant que, dans son opinion, l'enfant devait avoir un mois et trois heures, et que c'est lui qui y perd le plus, quelle que soit l'idée que les autres peuvent avoir, puisque c'était un garçon , et qu'il a ainsi un sujet de moins.
Il me dit aussi comment tout va mal à la cour, où perscztne ne songe aux affaires de l'État, chacun ne pensant qu'à ses plaisirs et à ses profits , et le roi est maintenant tellement épris de madame Stewart qu'il se retire dans des coins et reste là une demi-heure avec elle, l'embrassant au vu de tout le monde.
7 mars 1663. — Creed me dit que milady Gérard ayant dit à la reine quelque chose contre milady Castlemaine, le roi lui fit des reproches au dernier bal de la cour et lui a défendu de
parattre depuis devant la reine; on parle beaucoup de celto affaire, son mari étant en grande faveur auprès du roi.
19 mars 1665. — Le roi fut chez sir G. Carteret, à Cranbourne, et il y eut un grand repas» et ils s'enivrèrent tous, et quand ils furent ivres, Armerer s'approcha du roi et dit en jurant : tSire, vous n'êtes pis pour le duc d'York ce que vous étiez autrefois. — Comment ça? dit le roi ; ce n'est pas vrai. — Eh bien ! s'il en est ainsi, buvons à sa santé. — Buvons-y, répliqua le roi. » Alors Armerer se mit à genoux et but à la santé du duc, et quand il eut fini, le roi voulut boire, mais Armerer l'arrêta et dit : c Pardieu ! Sire, il faut que vous buviez à genoux. » Le roi le fit, et tous les assistants de même; puis, ils poussèrent de grands cris de joie, s'embrassant et ne sachant ce qu'ils disaient; le roi et le duc d'York s'embrassaient, et jamais on n'a vu une scène semblable.
i5 mai 1663. — Je causai toute la soirée avec sir Thomas Crewe de la malheureuse situation des affaires; le roi ne s'occupe que de ses plaisirs et ne peut supporter l'idée de s'occuper d'affaires. Si quelques-uns de ses conseillers sérieux lui donnent de bons avis et rengagent à s'appliquer à ce qui est juste et bon, d'autres conseillers qu'il écoute davantage , s'adressent à lui lorsqu'il est chez lady Castlemaine et de bonne humeur, et l'exhortent à ne pas écouter ceux qu'ils appellent de vieux imbéciles.
l^' juillet 1663. — On dit que lady Castlemaine quitte la cour et que la reine lui lança un mot piquant l'autre jour ; elle vint et trouva la reine qui était depuis longtemps dans les mains de son coiffeur, et elle dit : « Je m'étonne que Votre Majesté ait la patience de rester si longtemps à sa toilette. » La reine répondit. «J'ai si souvent occasion de prendre patience que je puis bien supporter un ennui tel que celui-ci. »
2 juillet 1663. — M. Bntten me parla du procès de sir Charles Sedley, qui a eu lieu l'autre jour devant le juge Forster, pour les outrages à la décence publique dont il s'était rendu coapable. Tous les juges le blâmèrent très-fortement; milord lui dit que c'était à cause de lui et des vauriens qui lui ressemblaient, que la colère de Dieu s'appesantissait sur nous, et il le qualifia plusieurs fois de coquin. 11 paraît toutefois qu'il a
été mis eD liberté, car il n*y a pas de loi s*appliquant spécialement à des fredaines du genre des siennes , mais on lai a fait donner caution pour S,000 livres qu'à Tavenir il se conduirait mieux. Milord Buckhurst était là, et le juge lui a demandé s*il était celui qui avait été récemment jugé pour vol, et Tautre ayant répondu que oui, le juge lui a demandé comment il pouvait, si vite, avoir oublié la leçon qu'il avait reçue, et il lui a dit qu*au lieu de recommencer de pareils excès , il devrait être à genoux, afin de solliciter le pardon de Dieu.
i3 juillet 1663. — Je vis le rot et la reine qui se promenaient à cheval dans le parc ; la reine avait une veste blanche, ornée de dentelles, et une courte jupe cramoisie; ses cheveux étaient arrangés à la négligente ; elle avait Tair fort jolie, et le roi lui donnait la main. Milady Gastlemaine était là aussi à cheval avec les autres dames, mais le roi ne fît , ce me semble, nulle attention à elle; quand elle voulut descendre de cheval , personne n*accourut pour Taider, comme elle paraissait s*y attendre. Elle avait Talr de très- mauvaise humeur, et elle avait à son chapeau une plume jaune, ce que . chacun remarqua ; elle était fort belle , mais fort triste ; personne ne lui parla et elle n'adressa à personne ni un mot, ni un sourire.
â2 juillet 1663. ~ Le capitaine Ferrers, en me parlant des dames de la cour , dit que lady Gastlemaine est maintenant aussi puissante que jamais; son départ n*a été qu'un coup de tête à la suite de quelques paroles désagréables que le roi lui avait dites ; elle demanda aussitôt sa voiture et alla à Richmond; le lendemain, le roi alla la voir sous prétexte d'aller à la chasse; ils se réconcilièrent et il n'y eut pas du tout de chasse. Elle revint ensuite à la cour où elle gouverne le roi autant que par le passé, et tout va selon sa volonté. Pas plus tard que la nuit dernière, il y eut chez le duc de Buckingham une soirée où étaient le roi et la reine, et elle n'avait pas été invitée; étant chez sa tante, lady SuiTolk, elle dit : « Grand bien leur fasse; je me divertirai assurément tout autant qu'eux. » Elle revint donc chez elle et fit préparer un grand souper. Et après que le roi eut été avec la reine à l'hôtel de Wallingford , il revînt chez lady Gastlemaine et y passa toute la nuit, et milord
Sandwich était ayec lui. Il me dit qu*il croit qu'aussitôt que le roi aura pu trouver un mari pour mademoiselle Stewart, lady Gastlemaine ne sera pas bien en ses affaires , car Tautre est pius beile qu'elle, et est en grande faveur.
24 septembre 1665. — Le roi et la reine doivent arriver aujourd'hui à Oxford. On donne comme positif que mi lady Gastlemaine est allée à Oxford pour le joindre après être restée €hez elle huit ou dix jours ; on rapporte qu'elle a fait une fausse couche, mais positivement sa faveur est aussi grande que jamais.
15 octobre 1663. — On croit fort que le roi a Tintention de légitimer le duc de Monmouth, mais sûrement la Chambre des communes ne le fera jamais, et le duc d'York ne le souffrira pas; on dit que la duchesse est d'une jalousie très-fatigante.
20 octobre 1663. — Allant à Saint-James, j'appris que la reine avait eu cette nuit cinq heures d'un bon sommeil. Le roi est désolé et il pleure auprès d'elle, ce qui la fait pleurer. On dit que la maladie de la reine est la fièvre tachetée , et qu elle est aussi couverte de taches qu'un léopard , et le roi est trèsaffligé; mais avec tout cela, il n*a pas manqué une seule nuit, <}epuis cette maladie, de souper avec milady Gastlemaine.
2â décembre 1663. — Il y a eu un grand combat entre le <îocher de sir H. Fouch et un cocher du roi : celui-ci a reçu un coup de feu qui lai a crevé un œil ; les gens de la Bourse en riaient et se moquaient du roi, lequel a envoyé le grand chambellan fermer la Bourse ; mais, à la suite d'une pétition, elle a été ouverte de nouveau.
33 décembre 1663. — On donne comme certain que milady Gastlemaine s'est faite papiste, ce que la reine ne voit pas avec plaisir, pensant après tout que ce n'est pas par conviction ^.
8 février 1664. — M. Pierce me dit que le roi ne s'occupe que de ses maîtresses; c'est une chose des plus honteuses, el
1. Une lettre du comte d'Estrades, ambassadeur de France, parle de cette eirconstance, qui ayait alors de Timportânee :
• Le mariage du chevalier de Grammont et la con-version de madame de Gastlemaine se sont publies le même jour, et le roi étant prié par les parents de la dame d^apporter quelque obstacle à cette union, répondit galamment : que pour l'amour des dames, il ne B*en mèl<nt points »
h bonne reine ne Teut entrer dans sa chambre qa*après l'avoir fait préYenir, de peur qu*ii ne soit avec miss Stewart, comme elle Ta surpris quelquefois.
20 mars 1664. — M. Edouard Montagne a été chassé de la cour et ne peut y revenir. La cause de ce malheur pour lui c'est son orgueil et surtout rafféctation qu*il mettait à élre bien avec la reine ; il passait deux et trois heures en conversation avec elle, de sorte que les seigneurs de la cour, lorsque le roi les plaisantait au sujet de leurs femmes, lui disaient qu'il devait aussi veiller sur la sienne et qu'elle avait un galant. On prétend que le roi demanda un jour à Montague comment se portait sa maltresse , en parlant de la reine. 11 s'était fait, par sa vanité, une multitude d'ennemis qui ont fait de leur mieux pour l'expulser.
On dit qu'il a fait au duc de Monmouth un affront, et que îe roi lui en a fait des reproches. Il est parti, prétendant qu'il allait voir son père qui est malade à la campagne ; et loin de le plaindre, tout le monde se moque de lui.
26 mars 1664. — Pierce Killigrew nous parle d'un incendie qui avait éclaté la nuit dernière dans la maison de miladj Castlemaine; elle offrit 40 livres sterling à celui qui irait sauver un secrétaire, ce qui fut fait; le feu fut enfin éteint suiis avoir fait beaucoup de mai.
17 juin 1664. — J*étais àWhite-Hall dans une des galeries attendant lord Coventry, lorsque j'ai vu miss Stewart qui sortait d'un appartement où elle avait posé pour son portrait ; elle était charmante, ses cheveux pendant sur ses oreilles. Le roi et une vingtaine de personnes étaient là^ et le costume qu'elle avait adopté lui allait à ravir.
11 octobre 1664. — Sedler me dit combien est licencieuse, la comédie de Tom Killegrew, intitulée la Noce du prêtre; elle est jouée au théâtre du roi et il n'y a que des rôles de femme. Ma femme me rapporta les tristes nouvelles qui courent au sujet de milady Castlemaine qui est maintenant tellement changée qu'on ne la reconnaîtrait plus, du moins comme ayant eu beaucoup de beauté, ce. dont Je suis fâché.
21 février 1665. — Milady Sandvnch me dit que milord
Castlemaine revient de France, et on croit qu'il sera récou*
cilié avec sa femme. Elle me raconta aussi les extravagances que faisaient les filles d'honneur; miss Jennings, une des filles d'honneur de la duchesse, s'habilla Tautre jour en marchande d'oranges, et alla vendre des oranges dans la rue, mais soit qu'elle fût tombée, soit par quelque autre accident, sa chaussure élégante la fît reconnaître et ce fut poar elle un grand sujet de confusion; comme ces plaisanteries, et d'autres encok^e plus blâmables, sont fréquentes parmi ces demoiselles, peu de gens se soucient de les épouser , et lady Castlemaine s'amuse à dire que sa petite fille, qui n'a qu'un an oa deux, sera la première fille à la cour qui trouvera un mari.
5 avril 1665.— J'allai au théâtre du duc \o\v\e Mustapha 6e lord Orrery , mauvaise tragédie. Tout l'agrément de la soirée vint de ce que le roi et lady Castlemaine y étaient, ainsi que la jolie et spirituelle Nelly et Marshall, la cadette, qui étaient près de nous ; je m^amusai beaucoup.
16 novembre i66S. — Milord Sandwich me dit sous le sceau du plus grand secret que le roi et le duc sont fort mal ensemble, et que toute la cour est sens dessus dessous par suite de leurs galanteries, le duc d'York étant éperdûment épris de miss Stewart. La duchesse elle-même est devenue amoureuse de son nouvel écuyer Henry Sydney et d'un autre personnage de la maison du duc d'York , Henry Savill, de sorte que Dieu sait quelle sera la fin de tout ceci. Le duc n'est pas aussi soumis qu'il l'était jadis ; il se donne de grands airs depuis peu de temps et voudrait être à la tête d'une armée. On dit qu'il a le projet d'aller commander en Flandre sous le roi d'Espagne. Son attachement pour miss Stewart a été divulgué au roi, de sorte qu'il y aura probablement de la brouille entre eux.
9 janvier 1666. — Pierce m'a dit qu'il y avait de grandes altercations entre la duchesse /d'York et son mari qui la soupçonnait d'être trop bien avec M. Sydney. Mais d*une façon ou d'une autre ^ l'affaire est arrangée; il a été banni de la cour, et, pendant bien des jours, le duc n'a pas adressé un seul mot â la duchesse.
l*' avril 1666. — J'allai dîner chez M. Pierce od je trouvai des gens fort agréables, et à même de me dire tout ce qui se passait à la cour; on raconta les intrigues galanteset les extra-
vagances dont elle était le tbé&tre; comment miss Stewart est décidément devenue la maîtresse du roi, et que le roi a beaucoup de b&tards qui sont reconnus , indépendamment du duc de Monmouth.
29 avril 1666. — J'allai avec milord Brouncker dans sa voiture à Hyde-Parli; le roi y était, mais je fus peiné de voir roilady Gastlemaine , car le deuil force les dames à aller habillées de noir, sans mouches et avec leurs cheveux unis. Je la trouve bien plus ordinaire que je n*aurais osé penser qu'elle le fût, et vraiment elle n*est pas si jolie que miss Stewart.
10 juin 1666. — La reine, en parlant aux dames réunies en son salon, dit à lady Gastlemaine qu'elle avait peur que le roi ne s'enrhumât en restant trop tard chez elle. Elle répliqua aussitôt devant tout le monde que le roi ne restait pas tard chez elle (il n'en sort pas cependant avant une, deux ou trois heures du matin), mais qu'il s'arrête sans doute en quelque autre endroit. Le roi qui venait de rentrer, l'entendit, et s'approchant d'elle, il lui dit qu'elle était bien hardie et bien impertinente; il lui ordonna de quitter la cour et de n'y revenir que lorsqu'il la ferait appeler. Elle partit tout de suite et alla dans une maison à Pall-Mall où elle resta deux ou trois jours , et elle fit ensuite demander au roi si elle devait faire enlever ses meubles et ses effets qui étaient dans sa maison. Le roi lui lit dire qu'elle devait d*abord venir les reconnaître; elle y vint, le roi s'y trouva, et les voilà derechef très-bons amis. Elle dit, dans ses moments de colère, qu'elle ne demeurera pas en reste avec le roi et qu'elle fera imprimer les lettres qu'il lui a écrites.
15 novembre 1666. — Je fus au bal donné à la cour, à Toccasion de la naissance de la reine; il y avait beaucoup de monde, le roi, la reine et toutes les dames, et c'était une belle chose que de voir miss Stewart avec des dentelles noires et blanches, la tête et les épaules ornées de diamants; beaucoup d'autres gratdes dames également parées; le roi avait un fort bel habit de soie avec des bordures d'argent; le duc d'York et tous les danseurs étaient aussi vêtus avec magnificence. Dès que le roi fut venu , il prit la reine , et quatorze autres couples se formèrent et on commença les branles , ensuite on dansa des courantes et des danses françaises. Ma*
demoiselle Stewart seule dansa extrêmement bien^ et exécuta beaucoup de danses françaises, Tune d'elles très-gracieuse et que le roi appela la nouvelle danse. Vers minuit on se sépara. Milady Castlemaine (sans laquelle tout n'est rien) était là, très-ricbement parée, mais elle ne dansa pas.
24 novembre. — Je vis ce soir cbezlord Carteret mademoiselle Stewart qui est, je crois, la plus belle personne que j*aie vu de ma vie ; elle surpasse même Tidée que je me faisais d'elle, quoique je Taie vu bien souvent, et je commence à croire qu'elle remporte sur lady Castlemaine, du moins en ce moment.
i 2 décembre. — On dit que posititement le roi s'est attaché exclusivement à mademoiselle Stewart et qu'il ne voit pas lady Castlemaine plus d'une fois par semaine, que le duc d'York n'est plus aussi assidu auprès de lady Denham, laquelle l'entretient des affaires publiques, étant de la faction de lord Bristol, ce qui l'ennuie, et qu'elle est encore malade.
12 décembre i666. — Sir H. Cholmly me dit que le roi a dernièrement payé près de 30,000 livres sterling de dettes contractées par milady Castlemaine ^ , et qu'elle et son mari se sont séparés de bon accord et décidés à ne plus se tourmenter Tun l'autre. II me dit aussi que, depuis' la guerre, plus de 400,000 livres sont entrées dans la bourse privée du roi, et c'est ce qui a dévoré une si forte partie de notre argent ; le roi et la cour sont extrêmement inquiets que la chose ne se découvre.
16 décembre. — Je fus à While-Hall et je me promenai dans le jardin , et j'y vis ma chère lady Castlemaine qui continue d'être admirable, et après tout, on assure -que le roi est encore pour elle ce qu'il a été.
23 janvier i667.— Nous allâmes au théâtre du roi, et après la représentation, Knippnous amena Nelly (Gv^n) une très-jolie femme qui avait fort bien joué le rôle de cfelina dans la comédie de ce soir (le Joyeux lieutenant) ; je l'embrassai ainsi que ma femme; c'est une charmante personne.
1. 7« 0,000 franei environ, c'est-à-dire un million et demi, valeur aotaelle.
4 février. >- Ma femme et moi, nous allâmes au tbéâtre du roi ; on jouait Héraclius , une très-bonne tragédie qui me fit beaucoup de plaisir ; la salle était entièrement remplie et la société très-cboisie; mademoiselle Stewart y était, très-belle et ses cheveux ornés de poufs (pi/^e«) comme ma femme les appelle.
il avril 1667. — Je fus & Wbite-Hall pensant y voir la dachesse de Newcastle à laquelle le roi a rendu hier visite depuis qu^elle est arrivée en ville. Toute Thistoire de cette dame tient du roman, et tout ce qu^elle fait est romanesque. Elle est, ainsi que ses laquais , habillée d*après de vieilles modes , et Tautre soir elle assistait à la représentation de la pièce qu*elle a composée : Les jémants favi^ques , la chose la plus ridicule qu*on ait jamais écrite; elle en paratt toutefois trèssatisfaite, ainsi que son mari, et à la fin de la représentation^ se levant dans sa loge, elle salua les acteurs et les remercia. On Tattend à la cour avec beaucoup de curiosité, et on est aussi empressé de la voir que si c'était la reine de Suède ; je perdis toutefois mon temps, car elle ne vint pas.
!«' juillet 1667. — Le duc de Buckingham est toujours à la Tour ; milady Castlemaine a sollicité en sa faveur avec tant de force que le roi et elle se sont terriblement querellés; il n*est pas venu la voir, et elle ne s*est pas rendue vers lui depuis trois ou quatre jours, et ils se sont quittés en se disant de gros mots, le roi l'appelant une drôlesse {a jade) qui se mêlait de ce qui ne la regardait nullement; elle lui disait qu'il était un imbécile, et que s'il ne Tétait pas, il ne laisserait point mener ses affaires par des niais qui n'y entendaient rien , et qu'il ne souffrirait pas qu'on mît en prison ses meilleurs sujets, les plus capables de le bien servir.
io juillet, — Mon cousin Roger me dit comme chose certaine que milady Castlemaine avait dernièrement fait un évéquede son oncle, le docteur Glenham qui est, dit-on, évéque de Carlisle, un coquin blasphémateur et ivrogne, un objet de scandale pour l'église ; et il prétend maintenant être évéque de Lincoln , en opposition au docteur Rainbow qui est un des prélats les plus pieux et les plus savants qu'il y ait; tout cela
est si scandaleux qu*il est facile de ?olr que tout sera p<rdu >;
17 juillet 1667. — Le duc de Buckingham est derechef bien reçu à la cour, à la demande peut-être de la duchesse de Castlemaine qui a triomphé des répugnances du roi. Sir W. Batten me raconta ce qui concerne mademoiselle Stewart de la manière qu^en avait dite M. Evelyn ; il croit que le roi n'avait point rintention de lui donner un mari, mais quUl voulait Tépouser lui-même; le duc d*York et le Chancelier en étaient effrayés; car mademoiselle Stewart pouvait être enceinte des œuvres du roi ou de tout autre, et le roi pouvait reconnaître un mariage contracté avec elle, avant son contrat, car c'est le nom qu*on donne à son union avec la reine; le duc d'York et le Chancelier faisaient ain^^^ut ce qu'ils pouvaient pour accélérer le mariage de mademoiselle Stewart avec le duc de Richmond, afin de n'avoir rien à craindre du roi à cet égard, et pardessus tout, c'est un digne rôle que celui qu'a rempli cette bonne dame.
:23 juillet 1667. — J'allai à Bear-Garden (le Jardin de Vours)^ pour assister à un combat ; il y avait tant de monde que j'eus une peine extrême à trouver une place. Un boucher et un batelier se battirent avec beaucoup d'acharnement, et le premiei paraissait avoir le dessus ; enfin son adversaire laissa tomber son épée, et le boucher, ne s'en apercevant peut-être pas , lui porta sur le poignet un coup qui le mit hors d*état de combattre davantage. Il fallait voir combien aussitôt le théâtre , fut rempli de bateliers, qui voulaient se venger de cet acte de déloyauté ; les bouchers défendaient leur compagnon, quoiqu'il fût blâmé de la plupart d'entre eux, et ils se mirent à se battre, se frappant et se blessant. C'éUit agréable à voir, mais je craignais de recevoir quelque coup dans le tumulte^ Enfin , le combat cessa et je me retirai.
28 juillet 1667. — Creed me raconta le duel qui avait eu lieu la dernière nuit à Covent-Garden , entre sir H. Bellasis et Tom Porter. La futilité du motif de cette querelle mé-
1. Let informatioiit de Pepys ne paraissent pas exactes; Bainbow fut de 1664 à 1684 étèqae de Carliste; Glenham panrint à remploi de doyen de Bristol, mais il ne parait pas qu'il ait été p roniu à Tépitcopat
rite d*étre signalée comme un signe des habitudes d'aujoupd*bui. Ils dînaient tous deux cbez sir Robert Carr, où il parait que Ton but beaucoup, et ils causaient ensemble, comme les meilleurs amis du monde. Sir Bellassis parlait à Tom Porter en élevant la voix un peu plus que de coutume. Quelqu*un qui était là dit : & Est-ce quUls se querellent , puisquMls parlent si baut? > Sir H. Bellassis Tentendit et dit : « Non ; je veux que vous sachiez que je ne me querelle jamais, mais je frappe; c*est ma façon d*agir. » — Comment, dit Porter, frapper ! je voudrais bien voir Tbomme qui oserait me porter un coup. » Sir Bellassis riposta en lui donnant un soufQet ; ils voulurent se battre àVinstant même, mais on les en empêcha. Tom Porter sortit alors, et rencontrant Dryden le poëte, il lui raconta ce qui s* était passé, et dit qu'il voulait se battre tout de suite, car autrement il savait qu*ils seraient amis le lendemain, et la honte de Taffront resterait sur lui ; il demanda ainsi à Dryden de le faire prévenir par son laquais du chemin que prendrait sir H. Bellassis, et quand il fut informé que la voiture de son adversaire approchait, il sortit du café où il était, arrêta la voiture et dit à sir H. Bellassis de descendre. « Est-ce que vous voulez m*attaquer pendant que je descends ? « demanda sir H. Bellassis. — Non certainement, dit Tom. » Ils tirèrent leurs épées et sir H. Bellassis jeta au loin le fourreau de la sienne; et Tom lui demanda s*il était prêt. L'autre ayant répondu que oui, ils se mirent à se battre, quelques personnes de leur connaissance étant auprès. Ils se blessèrent mutuellement, et sir H. Bellassis appela Tom Porter, l'embrassa et lui dit de se sauver, car , dit-il, cTom, tu m'as blessé, mais je nrefforcerai de me tenir sur mes jambes jusqu'à ce que tu te sois enfui, car je ne voudrais pas que tu fusses inquiété pour ce que tu as fait. » Tom Porter répondit qu'il était aussi blessé, et ils sont tous deux en danger, sir H. Bellassis surtout, au point qu'on craint beaucoup pour sa vie. Et c'est là un bel exemple venant d'un membre du Parlement.
29 juillet 1677. — Il se passa aujourd'hui quelque chose d'extraordinaire. Un quaker vint à la salle des Communes, n'ayant d'autres vêtements qu'un linge attaché autour des reins; il portait sur la tète un réchaud plein de feu et
de soufre, et il criait ; « Repentez- vous , repentez-vous! »
29 août i667. — M. Brounker a été chassé hier par le duc d'York pour quelques propos hardis qu*il a tenus au sujet du roi, et que le colonel Werden a entendus. Le duc a pris le parti de son beau-père et du Chancelier et a expulsé son chambellan ; tout le monde doit en être bien aise, carc*est un mauvais coquin, un athée, un traître qui aurait vendu son pays et son roi pour six oboles; chacun s*accorde à en diretout le ma! possible.
16 février 1668. — On m*a ditquelady Gastlemaine esttelment joueuse qu'elle a gagné i5,000 livres sterling en une seule nuit et qu'elle en a perdu 25,000 dans une autre; elle fait des coups de 1,000 et de 1,500 livres.
25 mars 1668. — Les apprentis commettent depuis quelques jours de grands excès ; ils ont attaqué et saccagé des maisons mal famées et jeté des pierres aux soldats; ces drôles ont osé dire qu'ils avaient tort de se borner à détruire les mauvais lieux à l'usage des petites gens (the little brothels) et quMIs devraient aller renverser la grande maison de prostitution à Wbite-Hall. Les courtisans sont mal à l'aise en voyant le peuple ainsi animé ; mais on pense que la chose n*aura pas de suites (et de fait elle n*en eut aucune , mais le 5 mai Pepys note que huit des chefs de cette émeute viennent d*étre condamnés à mort).
8 mars 1668, — le roi et le duc d*York quittèrent White- Hall à trois heures du matin, et le carrosse où étaient aussi le prince (Rupert) et le duc de Monmouth versa à Holborn; je ne sais comment cela se lit, mais il faisait noir, et les torches n'éclairaient pas le carrosse comme elles auraient dû. Le roi fut très-sali, mais il n*eut pas de mal.
5 avril 1668. — 11 a été dit comme un grand secret que le roi, le duc d'York et la duchesse et milady Castlemaine^ sont tous liés dans une ligue intime et que les choses vont ainsi sans obstacles et qu'il n'est pas impossible que milord Clarendon ne revienne ici. J'ai appris aussi que lady Gastlemaine était horriblement vexée du dernier libelle, la pétition des pauvres prostituées de la ville dont les maisons ont été saccagées dans rémeute de Tautre jour. J'en a! un exemplaire; il
n'y a point d'esprit, mais des attaques bien audacieoses contre le roi et milady, et je m'étonne qu'on ait osé Timprimer et le distribuer. Gela montre combien l'époque est corrompue et combien on est venu à manquer de respect au roi, à la cour et au gouvernement. Je fus ensuite au parc et je rencontrai milady Kerneagy (Camegy); Greed m'a dit que son mari la trouvait trop intime avec le duc d'York, et il s*est vengé de la façon la plus pernicieuse et la plus complète dont, j'ai jamais ouï parler, et aujourd'hui il l'avoue en s'en glorifiant beaucoup, et dans la satisfaction de sa vengeance, il regarde *• avec mépris le duc d'York et le monde entier >.
i8 août 1668. — Je fus au parc oti il y avait peu de voltures, mais il s'y trouvait nos deux grandes beautés milady Castlemaine et milady Richmond ; c'est la première fois que j'ai vu celle-ci depuis qu'elle a eu la petite vérole. J'eus beaucoup de plaisir à les voir,' mais il me semble qu'elles étaient comme des étrangères l'une pour l'autre.
5 mai i668. — Madame Knipp m'a dit que lady Gastlemaine est très-éprise deHart, l'acteur ou chanteur du roi ; il est trèssouvent enfermé avec elle, elle va le voir et lui fait de grands présents ; la chose est très-notoire ; Beck Marshall seule est dans le secret et fournit les facilités pour ces rendez-vous ; c'est une chose fort singulière, et par là lady Gastlemaine D'est pas en reste avec le roi amoureux de miss Davis.
7 mai 1668. — J'allai au théâtre du duc d'York où l'on jouait les Impertinents ;laiôy Gastlemaine y était avec d'autres dames de distinction; j'étais auprès d'une fort belle femme, nommée Wilson, qui est attachée à lady Gastlemaine, et qui^ dit-on, est enceinte des œuvres du roi. Voulant lui dire quelque chose, je lui demandai si milady avait déjà vu cette pièce, et elle me répondit que c'était la première fois. J'observai un acte de familiarité de la part de milady : elle demanda à une de ses femmes, assise à côté de la Wilson , une des mouches qui étaient sur sa figure; elle la mit dans sa bouche, la
i On a déjà va des détails à ce sujet dans le chapitre VIII du récit d*Ha< milton. Pepys corrobore Texactitude de ce fait assez extraordinaire.
mouilla et rappliqua sur sa joue à côté de la bouclie; je suppose qu*elle sentait un bouton qui surgissait.
8 mai 1668. — Je dtnai chez milord Grewe qui me dit que la cour est au moment d*étre déchirée par les partis de l'une et àe l'autre maîtresse, lady Casllemaine et madame Ste%vart; celte dernière revient en faveur, le roi lui a rendu plusieurs visites publiques, et il est probable qu'elle va venir s'établira la cour; l'autre doit aller à un hôtel qui a été acquis pour elle moyennant la somme de 500 livres sterl., et on dit qu'un acte sous le sceau privé a été passé dans ce but. Milord Crewe croit que tout cela finira par une ruine complète.
10 mai 1668. — J'allai au tbé&tre du roi, et après la pièce, je vis sortir Beck Marshall en costume et elle avait l'air trèsnoble et était très-bien; Nell, travestie en jeune garçon, était aussi très-jolie. Mais, Seigneur ! quel est leur aplomb, et combien d'hommes y a t-il autour d'elles dès qu'elles quittent la scène et avec quelle hardiesse elles parlent ! J'embrassai une jolie actrice qui a débuté depuis peu et qui se nomme Pey ^ et qui était la maltresse de sir Charles Sedley, une très-jolie femme, qui a l'air modeste, mais qui ne l'est pas.
19 mai. — > Plerce me dit que depuis que milord Ormond est de retour, le roi s'amuse beaucoup et qu'il soupe chaque nuit avec grand plaisir avec la reine ; il parait cependant qu'il est encore très-épris de la duchesse de Richmond , au point que dimanche à sept heures du soir, après avoir ordonné à ses gardes et à son carrosse de se préparer pour aller au parc, il prit tout d'un coup un petit bateau, et seul, en n'ayant qu'une seule personne avec lui , il alla à l'hôtel de Somerset, et, la porte du jardin étant fermée, il grimpa parniessus la muraille pour rendre visite à la duchesse, ce qui est horriblement bon-*> teux.
31 mai. —J'apprends que madame Davis est décidément sortie du théâtre du duc d'York; elle était l'autre jour à la pièce jouée à la cour, et lorsqu'elle vint pour danser, la reine se retira et ne voulut pas la voir, ce qu'on attribue au dé*
Nous avons déjà signalé celte actrice comme une des maîtresses dt Charles II ; il en eut un eufant.
plaisir qu'elle éprouve contre cette mattresse du roi. Milady GastleœaiDe est maîDtenant, à ce quMl paratt, en défaveur, le roi vient peu auprès d*e11e ; elle a un air fort triste et mécontent.
7 juillet. — La duchesse de Richmond a prêté serinent la semaine dernière comme dame de la chambre de la reine; le roi ne songe guère qu'à ce dont il a Thabitude, c'est-à-dire aux femmes avec lesquelles il passe sa vie.
1^" décembre 1668. — J'allai à White-Hall et j'entendis le roi raconter à ses courtisans une sotte histoire au sujet de milord Rochester auquel une fille avait volé ses habits pendant qu'il était avec elle; tout son or fut ainsi enlevé, mais plus tard les habits ont été retrouvés cachés dans un matelas o^ les avait fourrés la fille qui les avait détournés.
7 janvier 1669. ^Je fus avec ma femme^u théâtre du roi où Ton donnait la Princesse des Iles (tragédie-comédie de Beaumont et Fletcher), nous étions dans une loge d'en haut, et celte drôlesse de Nelly vint se mettre dans la loge à côté j c'est une fille hardie et fort gaie qui ne fît que rire et se moquer des assistants; elle était avec une de ses camarades du théâtre du duc.
4 mars 1669. — Je dtnai chez le lord Trésorier avec quelques-unes des filles d'honneur, mesdames Ogle, Blake et Howard ; il y avait aussi sir Richard Powell, le colonel Villers, sir Jonathan Trelawny et d'autres personnes. On y but des vins excellents et de tant d'espèces diverses que depuis sept ans je n'en goûtai autant, mais cela ne me fit point mal. Nous passâmes ensuite dans le jardin où je trouvai le duc d'York et la duchesse et beaucoup de grandes dames assis sur un tapis par terre ( il n'y avait pas de chaises), et jouant à : « J'aime celui que j'aime avec un A par telle ou telle raison, et je le déteste avec un A par tel ou tel motif, > et quelques-unes de ces dames» particulièrement la duchesse et lady Gastlemaine, montrèrent beaucoup d'esprit.
^9 mars. — Le duc de Buckingham a été absent toute la semaine passée, et personne no savait où il était, mais James Tierce m'a dit qu'il avait passé tout ce temps avec ses drôiesses.
15 janvier 1669. — La cour est toute dans Tagitation par suite d'une ridicule affaire ; milady Harvey s'est trouvée offensée de ce que Moil Gommon jouait Sempronia pour la contrefaire ; elle Fa fait mettre en prison par son parent milord le Chambellan ; alors milady Castlemaine a demandé au roi de faire rendre la liberté à Moll et elle lui a fait ordonner de jouer encore plus hardiment que jamais ; milady Harvey a alors aposté des gens pour siffler Moll et lui jeter des oranges, et tout cela a mis la cour dans un grand tumulte. On parle trèslibrement de la folie que fait le roi de se mêler de cette sotte affaire. Povys me dit que milady Castlemaine a plus que jamais d'empire sur lui, non comme maîtresse, car elle le méprise, mais comme tyran pour le dominer.
2 1 janvier.' — Nous fûmes au théâtre du duc ; on jouait Macbeth. Le roi et Ja cour y étaient, et nous étions assis juste, au-dessus, d'eux et de milady Castlemaine, et près d'une femme qui va dans le parterre, une sorte de commère délurée qui prétend lui ressembler et qui lui ressemble en effet. Et ma femme me parut vraiment aussi jolie que n'importe laquelle de ces femmes; je n'y avais jamais autant songé que Jusqu'alors. Le roi et le duc d'York m'aperçurent, me firent des signes et sourirent à la belle femme qui était près de moi , mais je fus vexé ée voir Moll Davis dans la loge au-dessus de celle du roi et de milady Castlemaine regarder d'en haut le roi qui la regardait d'en bas, et lady Castlemaine regarda aussi une fois pour voir qui agissait ainsi, et lorsqu'elle aperçut Moll Davis, sa figure s'enflamma, ce qui me troubla fort.
1 7 février 1 669. — Le roi dîna hier chez l'ambassadeur de Hollande ; après dîner, on rit et on s'amusa beaucoup ; parmi ceux qui accompagnèrent le roi, était ce digne garçon milord Rochester et Tom Killegrew ; la joie et les railleries de ce dernier offensèrent si fort milord qu'il lui donna un soufflet en présence du roi ; chacun est très-fâché de voir combien le roi tient peu son rang, d'autant plus que non-seulement il a laissé passer la chose et pardonné à Rochester, mais ce matin même, il s'est promené en public avec lui, et j'ai vu Rochester tout aussi libre que jamais avec le roi ; c'est pour celui-ci une honte extrême que d'avoir dans sa société un drôle de ce genre.