‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 9 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

ANTOINE HAHILTON.

On ne possède pas des renseignements très-positifs sur divers points de la carrière d'Hamilton , ce qu'on trouve à son égard dans les dernières éditions de ses œuvres, antérieures à celle de 4845, est fort insuffisant; la notice d'Auger qui parut alors et qui a été plusieurs fois réimprimée, est une appréciation littéraire plutôt qu'un travail biographique,

Antoine Hamilton appartenait à une illustre famille écossaise; son père , sir George Hamilton, était fils cadet de James, comte d'Abercorn; sa mère était fille de lord Thurles et sœur de James, premier duc d'Ormond ; du côté maternel, il appartenait donc à l'Irlande. Ce fut en Irlande qu'il naquit, ainsi que ses frères et ses sœurs, en 4646» à ce qu'on a prétendu ; mais il y a lieu de croire que ce fut trois ou quatre ans plus tôt. Il parait aussi qu'il vit le jour à Ifoscrea, dans le comft deTipperary, séjour ordinaire de son père, lors des intervalles de repos que lui laissaient la guerre ou les affaires publiques.

On a souvent répété que la famille Hamilton se transporta en France à une époque où Antoine était encore dans Ten-

XIV fNTROPUCTION.

fance, mais ce n'est pas exact, t Sir Greôrge Hamilton aurait accompagné son beau-frère, le marquis d'Ormond, en France, en 4 650 ; mais comme il était receveur général en Irlande, il resta afin d'arrêter ses comptes , ce qu'il fit à la satisfaction de tout le monde, quoique bien des clameurs se fussent élevées contre lui. » Ainsi s'exprime l'historien Carte, parfaitement au fait des choses de l'Irlande.

Lorsque cette affaire fut réglée, Hamilton, au printemps de 4651, conduisit sa femme et toute sa famille en France, et il résida près de Caen avec lord et lady Ormond. Sa situation et celle de ses parents étaient alors des plus fâcheuses ; lady Ormond, femme énergique et habile, se rendit en Angleterre, et elle adressa de vives sollicitations à Cromwell, qui témoigna toujours beaucoup de respect pour :elle elle en obtint, non sans peine, une somme de 2000 livres sterling, provenant du revenu des vastes domaines qu'elle possédait en Irlande, ainsi que son mari, mais qui avaient été séquestrés. La marquise résida en Irlande avec ses plus jeunes enfants, depuis 4655 jusqu'à la Restauration, tandis que le marquis d'Ormond ha* biia Paris pendant la majeure partie de cette période; il séjournait avec ses deux sœurs, lady Clancarty et lady Hamilton, au couvent des Feuillantines, rue Saint-Jacques.

Quoique le marquis d'Ormond eût été élevé dans les doo* trines du protestantisme, son père, sa mère, tous ses frères et sœurs étaient catholiques. George Hamilton était catholique, Antoine le fut aussi.

Il entra de bonne heure au service militaire avec ses frères George, Richard et Jean. Lorsque Charles H remonta sur le trône, les militaires catholiques d'origine anglaise qui avaient servi sous lui et son frère, le duc d'York, l'accompagnèrent à Londres ; mais, en butte aux tracasseries du parlement, trèsmal vus du peuple animé alors contre le papisme d'une haine vigoureuse qui n'a pas encore complètement disparu, ils revinrent en France. Louis XIV en forma une compagnie de gendâi^es, dont il se réserva le commandement, et dont George Hamillon fut le capitaine-lieutenant. Nous ne savons pas au juste si Antoine faisait partie de ce corps; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il servit avec distinction sous les dra[»eaux de la France et qu'il parvint à des grades élevés.

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INTRODUCTION. Xf

Quoique Hamilton fût ainsi établi en "France et devenu Français à tous égards, il fit divers voyages en Angleterre, à l'époque où Charles H régnait (un pareil voyage était alors un« très-grande affaire); il alla même en Irlande où il avait bien des parents. Quand Jacques II monta sur le trône, les emplois militaires furent ouverts aux catholiques ; il entra dans l'armée irlandaise, et, en 4688, on le trouve lieutenant-colonel. On est peut-être surpris qu'il ne fût pas déjà pourvu d'uR grade plus élevé, mais il faut considérer qu'il était à bon droit regardé comme un étranger, et le roi était forcé d'user de beaucoup de ménagements.

Le comte de Clarendon, fils du fameux chancelier, était alors lord-lieutenant en Irlande, et, malgré le peu de faveur qu'il témoigna constamment aux catholiques, il rendit justice & Bamilton : il vanta son intégrité, son application à ses devoirs, sa capacité. Le roi le fit conseiller privé, lui donna 200 livres sterling de pension et lui confia le gouvernement de la très* importante place de Limerick.

Malheureusement pour Hamilton, son bienfaiteur fut bientôt détrôné. Le théâtre de la guerre fut transporté en Irlande; notre héros s'y montra de son mieux. On ignore s'il assista aux batailles de la Boyneet d'Aughrim, mais son frère fut tué dans ce dernier combat, et'Richard, qui était lieutenant général, dirigea à la journée de la Boyne, les opérations de la cavalerie avec beaucoup de valeur. Plus tard il gâta la réputation qu'il avait acquise, il louvoya sans succès et sans honneur ontre les divers partis.

La cause }acobite étant tout à fait perdue, les deux frères se retirèrent en France. Richard fit partie de la société do ce cardinal de Bouillon , dont Saint-Simon parle maintes fois et qui était un des grands protecteurs des réfugiés irlandais. Le prélat n'avait pas précisément les vertus apostoliques, mais aux yeux de bien des gens il remplaçait avec avantage ce qui lui manquait à cet égard par son faste et par les soins tout particuliers qu'il donnait à sa table. Richard Hamilton avait le goût de la bonne chère, et Goulanges lui donne Tépithète d'aimable, en le signalant comme faisant partie du cercle intime du cardinal.

Antoine Hamilton, regardé comme homme de lettres, vivait

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