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sied à merveille. Ainsi je n’aurai plus affaire qu'à Guillaume Russell , qu’il laisse résidant auprès de mademoiselle d’Hamilton; et pour lui, je ne le crains ni sur son compte , ni sur celui de son oncle. Il est trop amoureux lui-même pour appuyer les intérêts d’un autre; et comme il n’a qu’une méthode de faire valoir les siens , savoir sacrifier le portrait ou quelques lettres de la Midleton, j’ai, ma foi, de quoi faire parodie de ces sortes de faveurs. J’avoue qu'il m’en coûte un peu.
« — Puisque vos affaires vont si bien du côté des Russell, lui dit le roi, je veux bien vous apprendre que vous êtes délivre d’un autre rival, beaucoup plus à craindre pour vous s’il n’était déjà marié. Mon frère est nouvellement amoureux de madame de Chesterfield. — Que de bénédictions à la fois ! s’écria le chevalier de Grammont; je lui sais si bon gré de cette inconstance, que je le servirais de bon cœur auprès de sa nouvelle maîtresse s’il n’avait Hamilton pour rival. Votre majesté ne saurait trouver mauvais que je serve le frère de ma maitresse contre le vôtre. — Hamilton n’a pourtant pas si besoin de secours dans une affaire comme celleci que le duc d'York, lui dit le roi ; mais de l’humeur dont je connais mylord Chesterfield, il ne souffrira pas si patiemment que le bon Shrewsbury qu’on se batte pour sa femme. Il mérite pourtant assez la même destinée. »
Yoioi ce que c’était que ce mylord Chesterfield. Il avait le visage fort agréable, la tête assez belle, peu de taille, et moins d’air. Il ne manquait pas d’esprit. Un long séjour en Italie lui avait communiqué la cc-
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rémonie dans le commerce des hommes, et la défiance dans celui des femmes. 11 avait été fort haï du roi , parce qu’il avait été fort aimé de la Oastelmaine. Le bruit commun était qu’il avait eu ses bonnes grâces avant qu’elle fût mariée ; et comme ni l’un ni l’autre ne s’en défendaient, on le croyait assez volontiers.
Il avait recherché la fille aînée du duc d’Onnond dans le temps qu’il avait l’esprit encore rempli de sa première passion. Celle du roi pour la Castelmainc et l’établissement qu’il espérait par cette alliance firent qu’il pressa ce mariage avec autant d’ardeur que s’il eût été passionnément amoureux. Il avait donc épousé madame de Chesterfield sans l’aimer, èt il vécut quelque temps avec elle d'une froideur à ne lui pas permettre de douter de son indifférence. Elle était fine et délicate sur le mépris; elle en fut affligée d'abord , indignée dans la suite , et dans le temps que* son époux commençait à lui faire voir qu'il l’aimait elle eut le plaisir de lui faire voir qu’elle ne l’aimait plus.
Ils en étaient dans ces termes , lorsqu’elle s’avisa d’ôter Hamilton , comme elle venait de faireson époux , à tout ce qui Jui restait de tendresse pour la Castelmaine. La chose ne lui fut pas difficile. Le commerce de l’une était désagréable par l’impolitesse de ses manières , ses hauteurs à contre-temps , et ses imaginations et inégalités perpétuelles. 'La Chesterfield , au contraire, savait armer ses attraits de tout ce qu’il y a de séduisant dans l’esprit d'une femme qui veut plaire. Elle était, outre cela , plus à portée de lui faire des avances qu'à nul autre : elle logeait chez le duc
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d’Ormond, à White-Hall. Hamiltou, comme on a dit , y avait les entrées libres h toute heure.
Son extrême froideur, ou plutôt le dégoût qu’elle témoignait pour les nouveaux empressements de son mari , réveillèrent le penchant naturel qu’il avait aux soupçons. Il se douta qu'elle n'avait pu tout d’un coup passer de l’inquiétude à l’indifférence pour lui sans quelque objet caché d’un nouvel entêtement ; et , selon la maxime de tous les jaloux, il mit finement en campagne son expérience et son industrie pour la découverte d’une chose qui devait troubler son repos.
Hamilton, qui le connaissait , se mit de son côté sur ses gardes ; et plus ses affaires s'avançaient , plus il était attentif à lui en ôter jusqu’aux moindres soupçons. Il lui faisait les confidences les plus belles et les moins sincères du monde sur sa passion pour la Castelmainc; se plaignait de ses emportements , et lui demandait à deux genoux ses conseils pour réussir auprès d'une personne dont lui seul avait véritablement possédé les affections.
Chesterfield , que ses discours flattaient , lui promit sa protection de meilleure foi qu’on ne l’avait demandée. Hamilton n’était donc plus embarrassé que de la conduite de madame Chesterfield , de qui les gracieusetés se déclaraient un peu trop hautement à son gré. Mais tandis qu’il était discrètement occupé à régler le penchant qu’elle marquait en sa faveur, et à la conjurer détenir ses regards en bride, elle donnait audience à ceux du duc d’York , et , qui plus est , leur faisait des réponses assez favorables.
Il crut s'en apercevoir comme toupie monde; mais
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il crut que tout le monde s’y trompait comme lui. Le moyen de croire ses yeux sur ce que ceux de la Chesterfield semblaient dire à ce nouveau rival ! 11 ne trouvait pas de vraisemblance à se figurer qu’un esprit comme le sien pût avoir du • goût pour des manières dont ils avaient mille fois ri tète à tète; mais ce qu’i) jugeait encore moins possible était qu’elle voulût commencer une autre aventure sans avoir mis la dernière main à celle où ses avances l’avaient engagée.
Cependant il se mit à l’observer de plus près ; et toutes les découvertes qu’il fit par ses observations lui firent voir que si elle ne le trompait elle en avait bien envie. Il prit Ja liberté de lui en dire deux mots ; mais elle le prit si haut et le traita tellement de visionnaire, qu’il parut confus sans être convaincu. Toute la satisfaction qu’elle lui fit fut de lui dire fièrement qu’il méritait que des reproches si déraisonnables fussent mieux fondés.
Mylord Chesterfield avait pris les mêmes alarmes ; et ne doutant plus , par les observations qu’il avait faites de son côté, qu’il n’eût trouvé l’heureux amant qui s’était emparé du cœur de sa femme , il se le tint pour dit ; et , sans la fatiguer d’inutiles reproches , il ne chercha plus que de quoi la confondre avant de prendre son parti.
Comment , après tout , rendre raison du procédé de madame de Chesterfield , si on ne l’attribue à cette maladie de la plupart des coquettes , qui , charmées de l’éclat, mettent tout en usage pour enlever la conquête d’une autre , et n’épargnent rien pour la retenir?
Mais , avant de passer au détail de cette aventure ,
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jetons la vue sur les fortunes galantes de son altesse avant la déclaration de son mariage ; parlons même de ec qui précéda cette déclaration. Il est permis de s'écarter un peu du fil de son récit lorsque les faits véritables et peu connus répandent sur la digression une variété qui la rend excusable. Voyons ce qui en arrivera.