UE CHAUMONT
brune; qu’il l’avait suivi jusque dans la rue Saint-Antoine, où ce laquais en avait rencontré un autre , auquel il avait dit seulement un mot ou deux. Il ne m’en fallut pas davantage pour me confirmer dans mes soupçons, et pour former le dessein d’êtres de la partie ou bien de la rompre.
« Gommeil y avait fort loin du baigneur où je logeais jusqu’au fond du Marais, dès que la nuit fut venue je montai à cheval, sans vouloir qu’oû me suivit. Des, que j’eus gagné la Place-Royale, le grison en sentinelle m’assura qu’il n’était encore entré personne chez mademoiselle de l’Orme. Je poussai vers la rue Saint- Antoine; et justement comme je sortais de la Place- Royale, j’y vis entrer un homme à pied qui se cachait de moi tant qu’il pouvait; mais il eut beau faire , je le reconnus. C’était le duc de Rrissac.
« Je ne doutai point que ce ne fût le rival de cette nuit .
Je m’approchai donc de lui, faisant semblantde douter si je ne me trompais point ; et mettant pied à terre d’un air fort empressé : « Brissac,mon ami, lui dis-je, il faut que tu me fasses un plaisir de la dernière importance : j’ai un rendez-vous pour la première fois chez une personne à quatre pas d’ici ; comme ce n’est que pour prendre des mesures, je n’y serai pas longtemps. Prête-moi ton manteau si tu m’aimes, et promène un peu mon cheval en attendant mon retour ; surtout ne t’éloigne pas d’ici. Tu vois que j’en use librement ; mais c’est, comme tu sais, à la charge d’au- tant. » Je pris son manteau sansattendre sa réponse. II prit la bride de mon cheval, et me conduisit de l’œil.
« Cela ne lui servit de rien; car, après avoir fait sem-
blant d’entrer dans une porte vis-à-vis de lui, je me coulai par-dessous les arcades jusqu’à la porte de la nymphe de l’Orme. On l’ouvrit d’abord que j’eus frappé. J’étais si bien enveloppé du manteau de Brissac, qu’on nie prit pour lui. La porte se referma sans qu’on m’eût fait la moindre question ; et comme je n’en avais point à faire, je fus droit à la chambre de la demoiselle.
Je la trouvai sur un lit de repos, dans le déshabillé le plus galant et le plus agréable du monde.
(f Jamais elle n’avait été si belle ni si surprise; et la voyant toute interdite : « Qu’est-ce, ma belle? lui disje. Il me parait que voilà une petite migraine bien parée. Le mal de tète est apparemment passé ? — Point du tout, me dit-elle; je n’en puis plus, et vous me ferez plaisir de vous en aller et de me laisser mettre au lit.
— Pour vous laisser mettre au lit, oui, lui dis-je; mais pour m’en aller, non, ma petite infante. Le chevalier de. Grammont n’est pas un sot : on ne se pare pas avec tant de soin pour rien. — Vous verrez pourtant que c’est pour rien, me dit-elle ; car assurément il n’en sera pas autre chose pour Vous. — Quoi ! dis-je , après m’avoir
promis un rendez-vous? — Eh bien! me dit-elle
brusquement, quand je vous en aurais promis cinquante, c’est à moi de les tenir si je veux, et à vous de vous en passer si je ne le veux pas. — Cela serait bon, lui dis-je, si ce n’était pour le donner à un autre. »
Elle, aussi fière que celles qui ont le plus d’innocence, et aussi prompte que celles qui en ont le moins, s’emporta sur un soupçon qui lui donnait plus de chagrin que de confusion ; et voyant qu’elle moitait sur ses grands chevaux : « Mademoiselle, lui dis-je, ne le pre- ,
DE GRAMMOiNT.
nous pas, s’il vous plait, sur ce ton. Je sais ce qui vous inquiète. Vous avez peur queBrissac ne me trouve avec vous ; mais ayez sur cela l’esprit en repos. Je l’ai rencontré près de chez vous ; et Dieu merci , j’ai mis bon ordre à ce qu’il ne vous rende pas si tôt visite. Je lui dis cela d’un air un peu tragique. »
« Elleenparuttroubléed’abord ; et me regardant avec surprise : « Que voulez-vous donc dire du duc de Brissac?... me dit-elle. — Je veux dire, répondis-je, qu’il est au bout de la rue qui promène mon cheval ; et si vous ne voulez pas m’en croire, vous n’avez qu’à y envoyer un de vos gens, ou voir son manteau, que je viens de laisser dans votre antichambre. » Voilà l’éclat de rire qui la prend au fort de son étonnement ; et , me jetant les bras au cou : « Mon chevalier, me dit-elle , je n’y saurais plus tenir ; tu ès trop aimable et trop extraordinaire pour ne te pas tout pardonner. » Je lui racontai comme la chose s’était passée. Elle en pensa mourir de rire ; et, nous étant séparés fort bons amis, elle m’assura que mon rival n’avait qu’à promener des chevaux tant qu’il lui plairait , qu’il ne mettrait de la nuit le pied chez elle.
« Je le trouvai fidèlement dans l’endroit où je l’avais laissé. Je lui fis mille excuses de l’avoir fait attendre si longtemps, et mille remerciments de sa complaisance. Il me dit que je me moquais ; que ces compliments ne se faisaient point entre amis ; et pour me convaincre qu’il m’avait rendu ce petit service de bon cœur, il voulut à toute force tenir la tête de mon cheval tandis que j’y remontais. Je lui donnai bien le bonsoir en lui rendant son manteau , et je me rendis chez mon
MtMOIHES
baigneur, également content de la maîtresse et du rival.
« Voilà, poursuivit-il , comme il ne faut qu’un peu de patience et d’adresse pour désarmer la colère des belles, et pour mettre jusqu’à leurs supercheries à profit. »
Le chevalier de Grammont avait beau divertir par ses récits, instruire par ses exemples, et ne paraître à la cour que pour y répandre une joie universelle, il y avait trop longtemps qu’il était le seul étranger à la mode. La Fortune, jalouse de la justice qu'on rend au mérite, et qui veut que les félicités dépendent de ses caprices , lui suscita deux compétiteurs dans la possession où il était de charmer toute l’Angleterre ; et ces compétiteurs étaient d’autant plus dangereux, que le*bruit de leurs différents mérites était arrivé devant eux pour disposer les suffrages de la cour en leur faveur.
Ils venaient faire voir en leur personne ce qu’il y avait de plus accompli dans la robe et dans l’épée. L’un était le marquis de Flamarens , triste objet des tristes élégies de la comtesse de la Suze ; l’autre était le président Tambonneau, très-humble et très-obéissant serviteur et berger de la belle Luynes. Comme ils arrivèrent ensemble, ils firent ce qu’ils purent pour briller de concert. Leurs talents étaient aussi différents que leurs ligures. Tambonneau , passablement laid , fondait ses espérances sur beaucoup d'esprit, qu’on ne lui trouva pas; et Flamarens , par son air et par sa taille, briguait une admiration, qu’on lui refusait tout net.
Ils étaient convenus de se prêter mutuellement du
secours pour réussir. C'est pourquoi dans leurs premières visites l’un représentait , et l’autre portait la parole : mais il s’en fallut beaucoup qu’ils ne trouvassent les dames en Angleterre du goût de celles qui rendaient leurs noms fameux en France. La rhétorique de l’un ne fit que blanchir auprès du beau sexe; et la bonne mine de l’autre ne le distingua que pour le menuet, dont il fut l’introducteur en Angleterre et qu’il dansait avec assez de succès. On était trop accoutumé dans cette cour à l’esprit de Saint-Évremont , et aux agréments naturels et singuliers de son héros, pour être séduit par les apparences. Cependant, comme les Anglais, en général, ont une espèce de penchant pour ce qui sent le gladiateur, on fit grâce à Flamarens en faveur d’un duel qui , le chassant de son pays, lui servait de recommandation chez eux .
Mademoiselle d’Hamilton eut d’abord l’honneur d’être distinguée par Tambonneau. Il crut qu’elle avait tout l’esprit qu’il fallait pour démêler la délicatesse du sien ; et, charmé de voir qu’il n’y avait rien de perdu dans sa conversation, ni pour le tour; ni pour l’expression, ni pour la finesse des pensées , il lui faisait souvent la grâce de causer avec elle ; et peut-être ne se fût-il jamais aperçu qu’il l’ennuyait, si, s’en tenant à cet étalage d’éloquence, il ne se fût mis entête d'assaillir son cœur. C’était un peu trop pour la complaisance de mademoiselle d’Hamilton, qui croyait n’en avoir déjà quetrop eu pour les figures de son discours. On le pria de faire ailleurs l’essai de ses fleurettes séduisantes , et de ne pas perdre le mérite de sa première constance par une infidélité qui serait très-inutile.
Il suivit ce conseil en homme sage et docile ; et quelque temps après, retournant aux pieds de ses premières habitudes en France, il se mit à faire provision de politique pour ces négociations importantes auxquelles il s’est vu depuis employé.
Ce ne fut qu’ après son départ que le chevalier de Grammont fut informé de la déclaration galante qu’il avait faite ; la confidence n’en valait pas la peine. Cependant cela ne laissa pas de lui sauver quelque peu du ridicule avant son départ. Son collègue Flamarens, dénué de ce support, s’aperçut qu’il ne ferait plus en Angleterre les progrès qu’il avait espérés de l’amour et de la fortune. Mais mylord Falmouth, toujours attentif à la gloire de son maître pour le secours des illustres affligés, pourvut à sa subsistance, et madame de Southesk à ses plaisirs. Il eut une pension du roi, et d’elle tout ce qu’il voulut : trop heureux qu'elle n’eût plus de présents à lui faire que celui de son cœur.
Ce fut en ce temps-là que Talbot, dont on a fait mention, et qu’on a vu depuis duc de Tyrconnel, devint amoureux de mademoiselle d’Hamilton. Il n’y avait point à là cour d’homme de meilleur air. Il n’était que cadet d’une maison , à la vérité fort ancienne, mais peu considérable par l’éclat et les biens. Cependant quelque distrait qu’il fût d’ailleurs , comme il était bien appliqué à sa fortune, qu’il était bien avant dans la faveur du duc d’York, qu’il avait mis cette faveur à profit, et que la fortune lui avait été favorable au jeu, il avait si bien fait, qu’il se voyait en possession de quarante raille livres de rente en fonds de terre. Il s'offrit à mademoiselle d’Hamilton avec cet éta-
büssement, et des espérances presque certaines d’ctre pair du royaume, par le crédit de son maître ; et pardessus tout cela, tant de sacrifices qu'il lui plai ait des lettres, des portraits et des cheveux de la Shre’wsbury, curiosités qui véritablement ne sont comptées pour rien en ménage, mais qui faisaient foi de son mérite en amour.
Cette concurrence n’était pas à mépriser ; et le chevalier de Grammont la jugea d’autant plus dangereuse pour les intérêts de son cœur, qu’il voyait Talbot passionnément amoureux , qu’il n’était pas homme à se rebuter pour un refus , qu’il n’était pas fait de manière à s’attirer du mépris ou des froideurs pour ses empressements , et qu’outre cela ses frères commençaient à fréquenter la maison. De ces frères l’un était aumônier de la reine , jésuite intrigant, et grand faiseur de mariages ; l’autre était ce qu’on appelle moine séculier, qui n’avait de son ordre que le libertinage et la réputation qu’on leur attribue; du reste, libre partout, divertissant par rencontre, mais en possession de dire des vérités offensantes et de rendra de bons offices.
Dans les réflexions du chevalier de Grammont sur toutes ces choses il y avait de quoi donner de l’inquiétude. Le peu de disposition que témoignait mademoiselle d’Hamilton pour les prétentions de ce rival n’était pas capable de le rassurer : elle ne pouvait répondra que de ses intentions, et dépendait absolument de celle de ses parents; mais la fortune, qui semblait l’avoir mis sous sa protection en Angleterre, le délivra de ces nouvelles inquiétudes.
Talbot s’était dès longtemps porté pour patron des
Irlandais opprimés. Ce zèle pour sa nation était fort louable ; mais il n’était pas tout à fait désintéressé. De tous ceux que son crédit avait rétablis dans une partie de leurs biens, il avait écorné quelque petite chose ; mais comme chacun y trouvait son compte , personne n’y trouvait à redire.
Cependant, commeil est difflciledese contenir quand la fortune ou la faveur se mêle de tout ce qu’ou entreprend , il y eut quelques airs d’indépendance dans son procédé , qui choquèrent l'autorité du duc d'Ormond, pour lors vice-roi d’Irlande. 11 lui fit connaître avec assez de hauteur qu’il n’en était pas content. Il y avait assurément quelque différence entre le crédit et le rang de l’un et de l’autre. Le parti le plus prudent pour Talbot était la soumission et les déférences ; mais comme ce parti lui parut le moins généreux, il fit le fier, et ne s’en trouva pas bien : car, s’étant emporté mal à propos à quelques discours , qu’il ne lui convenait pas de tenir, ni au duc d’Ormond depardonuer, on le mit à la Tour; d’où voyant bien qu’il ne sortirait pas qu’il n’eût fiu't toutes les soumissions qu’il fallait au duc d’Ormond , il y employa ses amis , et fit beaucoup plus pour sortir de ce pas qu’il n’eût fallu pour s’en garantir. II perdit par ce démêlé tout espoir d’entrer dans une famille qui n’avait garde après cela d’écouter aucune proposition de sa part.
Il fallut un peu prendre sur lui pour se défaire d’une passion qui avait fait dans son cœur beaucoup plus de progrès que cette brouillerie n’avait fait de bien à ses affaires. Il crut qu’elles avaient besoin de sa présence en Irlande, et qu’il n’avait plus quefairede celle
DE GBAMM0NT.
de mademoiselle d’Hamilton , pour oublier une tendresse qui troublait encore son repos. Son départ suivit de près cette résolution.
Il était gros joueur , et raisonnablement distrait. Le chevalier de Grammont lui avait gagné trois ou quatre cents guinées la veille de son emprisonnement. Cette aventure lui avait ôté de la tête l’exactitude de payer dès le lendemain , selon sa coutume, et cela lui était tellement sorti de l’esprit , qu’il ne s’en souvint pas après qu’il fut en liberté. Le chevalier de Grammont , voyant qu’il partait sans lui donner le moindre signe de vie sur sa dette, crut qu’il fallait lui souhaiter un bon voyage; et, l’ayant rencontré chez le roi , comme il venait d’en prendre congé : « Talbot , lui dit-il , si vous aviez besoin de mes services ici pendant votre absence , vous n’avez qu’à dire. Vous savez que le vieux Russe! a laissé son neveu pour solliciter ses intérêts auprès de mademoiselle d’Hamilton ; si vous voulez, je prendrai soin des vôtres. Adieu ; bon voyage. N’allez pas tomber malade par les chemins; mais si cela vous arrivait souvenez-vous de moi dans votre testament. » Talbot, que ce compliment fit d’abord souvenir de la dette , en fit un grand éclat de rire , et lui dit en l’embrassant: « Mon cher chevalier, je vous sais si bon gré de l’offre que vous venez de me faire , que je vous laisse ma maîtresse et vais vous envoyer votre argent. »
Le chevalier de Grammont était tout plein de ces façons honnêtes de rafraichir la mémoire de ceux qui l’avaient un peu tardive sur le payement. Voici comme il s’y prit, longtemps après, au sujet de mylord Corn-
wallis. Ce mylord Cornwallis avait épousé la fille de Fox , trésorier de la maison du roi , l’homme d’Angleterre le plus riche et le plus réglé. Son beau-fils , au contraire , était un petit hanneton , grand dissipateur , qui jouait volontiers , qui perdait tant qu’on voulait, mais qui ne payait pas de même. Son beau-père, qui n’avait garde d’approuver sa conduite, ne laissait pas de payer en la redressant. Le chevalier de Grammont lui avait gagné mille ou douze cents guinées qui n’arrivaient point, quoiqu’il fût sur son départ et qu’il eût pris congé de Cornwallis préférablement aux autres. Cela l’obligea d’écrire un billet que l’on trouvera . laconique. Le voici :
« Mylord , souvenez-vous du comte de Grammont ,
« et n’oubliez pas le chevalier Fox. »
Pour en revenir à Talbot, il partit plus touché que ne le parait un homme qui fait présent de sa maîtresse. Son séjour en Irlande ni le soin de ses affaires ne le guérirent pas tout à fait ; et s’il se trouva dégagé des fers de mademoiselle d’Hamilton à son retour , cc ne fut que pour en prendre d’autres. Le changement qu’il trouva dans l’une et dans l’autre cour causa le sien. Disons comment.
Nous n’avons parlé des filles de la reine jusqu’à présent que pour faire mention de mademoiselle Stewart et de mademoiselle de Warmestré. Les autres étaient mademoiselle Bellenden, mademoiselle de La Garde et mademoiselle Bardou , toutes filles d’honneur, comme il plaisait à Dieu.
La Bellenden n’avait point de beauté. C’était une bonne créature, à qui .l’embonpoint et quelque fraî-
cheur tenaient lieu de mérite , et qui , n’ayant pas l’esprit d’être coquette dans les formes, faisait tout de son mieux pour contenter le monde par sa complaisance. Mademoiselle de La Garde et mademoiselle Bardou, toutes deux Françaises, avaient été placées par la reine-mère. La première était une petite mauricaude, qui s’entremettait des affaires de ses compagnes, et l’autre voulait à toute force être admise au rang des Allés d’honneur, quoiqu’elle ne fût que logée parmi les autres et qu’on lui en contestât à tout moment les titres et les fonctions.
On ne pouvait guère être plus laide avec une aussi jolie taille ; mais , en récompense, sa laideur était rehaussée par tout ce qui pouvait y donner de l’éclat. On se servait d’elle pour danser avec Flamarens; et quelquefois , sur la fin d’un bal , armée de castagnettes et d’effronterie , elle se mettait à danser quelque sarabande figurée qui faisait rire la cour. Il faut maintenant voir ce que devint tout cela .
Comme mademoiselle Stewart ne servait que rarement auprès de la reine , on ne comptait plus sur elle. Les autres défilèrent presque en même temps par différentes aventures. Voici celle de mademoiselle Warmestré , dont on a dit quelque chose au sujet du chevalier de Grammont.
Mylord Taafïe, fils aîné du comte de Carlingford , s’était imaginé qu’il était amoureux d’elle; et la Warmestré , non-seulement s’imagina qu’il était vrai, mais elle compta qu’il ne manquerait pas de l’épouser à la première occasion, et, en attendant, elle crut qu’il fallait le recevoir tout de son mieux. Il avait fait
confidence de ses affaires au duc de Richmond. Ils s’aimaient beaucoup ; mais ils aimaient encore plus le vin. Le duc de Richmond, malgré sa naissance, ne brillait que médiocrement à la cour ; et le roi le considérait encore moins que ne faisaient les courtisans. Ce fut apparemment pour se mettre mieux dans son esprit qu’il s’avisa de devenir amoureux de mademoiselle Stewart. La confidence fut mutuelle entre Taaffe et lui sur leurs engagements. Voici les mesures qu’ils prirent pour leur conduite.
La petite La Garde fut chargée de dire à mademoiselle Stewart que le duc de Richmond mourait d’amour pour elle , et que toutes les fois qu’il la lorgnait en public cela voulait dire qu’il était tout prêt à l’épouser dès qu’elle en aurait le loisir.
Taaffe n’eut point de commission à donner pour mademoiselle Warmestré à la petite ambassadrice. Tout était réglé de ce côté- là ; mais elle fut chargée de ménager certaines facifités qui manquaient encore à la liberté de leur commerce , comme par exemple , de la voir à toute lieUre du jour et de la nuit chez elle. Cela paraissait difficile ; mais on en vint à bout.
La gouvernante des filles , qui pour toutes choses au monde n’aurait voulu faire la commode qu’en tout bien et tout honneur, consentit qu’on souperait tant qu’on voudrait chez mademoiselle Warmestré, pourvu que ce fût à bonne intention et qu’elle fût de la partie. La bonne dame aimait les huîtres vertes et ne haïssait pas le vin d’Espagne : elle trouvait donc à coup sûr dans chacun de ses repas deux barils d’huitres , l’un pour manger avec la compagnie , et
DE GRAMHONT.
l’autre pour emporter; et dès qu’elle avait pris sa dose de vin elle prenait congé de l’assemblée.
C’était à peu près du temps que M. le chevalier de Graramont avait jeté les yeux sur la Warmestré, qu’on menait ce petit train de vie dans sa chambre. Dieu sait les pâtés de jambon, les bouteilles de vin, et les autres provisions de sa libéralité qui s’y consommaient î
Au milieu de ces bombances nocturnes et de cet innocent commerce, un parent de Killegrew vint solliciter un procès à Londres. Il le gagna; mais il y pensa perdre l’esprit.
C’était un gentilhomme de campagne, veuf depuis six mois et possesseur de quinze à seize mille livres de rente. Le pauvre homme , qui n’avait que faire à la cour , y fut voir son cousin Killegrew , qui n’avait que faire de sa visite. Il y vit mademoiselle VVarmestré , et dès cette première vue en devint amoureux. Cela ne fit qu’augmenter ; si bien que , n’ayant plus de repos ni le jour ni la nuit, il fallait avoir recours aux remèdes extrêmes ; c’est-à-dire qu’un beau matin il fut trouver son cousin Killegrew , lui conta sa chance, et le pria bien instamment de demander mademoiselle Warmestré en mariage , de sa part.
Killegrew pensa tomber de son haut en apprenant son dessein. Il ne pouvait cesser d’admirer quelle créature, entre toutes celles de Londres, il s’était fourrée dans la tête pour en faire sa femme. Il fut quelque temps sans le vouloir croire ; mais quand il vit que c’était tout de borvy il se mit à lui faire le dénombrement des dangers et des inconvénients qu’il y avait
dans une entreprise si téméraire. Il lui dit qu'une fille élevée à la cour était un terrible meuble pour la campagne; que ce serait en troubler le repos par tous les vacarmes de l’enfer, que de l’y mener malgré qu’elle en eût; que s’il consentait à ne l’y pas mener, il n’avait qu’à faire un petit calcul de ce qu’il faudrait en équipage , en table , en habits et en frais de jeu pour l’entretenir à Londres, mais selon ses caprices; qu’il n’avait qu’à supputer ensuite combien lui dureraient scs quinze mille livres de rente.
L’autre avait déjà supputé tout cela; mais, trouvant sa raison moins pressante que son amour, il demeura ferme dans sa résolution, et Killegrew, cédant à ses importunités, fut offrir son cousin pieds et , poings liés à la victorieuse Warmestré. Comme il n’avait rien tant appréhendé qu’une complaisance de sa part , rien ne l’étonna tant que le mépris avec lequel elle reçut sa proposition. La hauteur avec laquelle elle le refusa lui fit croire qu’elle était bien sûre de son fait avec raylord Taaffe , et lui fit admirer tout de nouveau comment cette princesse avait pu trouver deux hommes d’humeur à l’épouser. Il se pressa d’annoncer ce refus avec toutes ses circonstances les plus offensantes , comme la nouvelle la plus salutaire qu’il pût apprendre à son tendre et malheureux cousin.
Mais son cousin ne se le tint pas pour dit. Il s’imagina que Killegrew lui déguisait la vérité par les raisons qu’il lui avait déjà exposées ; et, n’osant plus lui en parler, il prit la résolution de la voir luémème.
Il réveilla tout son courage pour cette entreprise, et médita sou compliment ; mais dès qu’il eut ouvert la
bouche pour le faire, elle lui dit qu’il aurait pu s’épargner la peine de venir dans sa chambre pour lui parler d’une sotte affaire dont elle avait donné la réponse à Killegrew ; qu’elle n.’en avait ni n’en aurait de sa vie d’autre à lui faire. Cela fut dit avec toute la dureté dont on accompagne les refus qu’on fait aux importuns.
II en fut plus affligé qu’il n’en fut confus. Tout lui devint odieux dans Londres , et lui-méme plus que tout le reste. Il en partit sans voir son cousin , regagua sa maison de campagne; et, croyant qu’il lui serait impossible de vivre sans l’inhumaine, il résolut de faire son possible pour mourir.
Mais tandis que , pour vaquer à sa douleur , il s’était soustrait au commerce des chiens et des chevaux, c’est-à-dire qu’il renonçait aux plus chères délices d’un gentilhomme de campagne, la dédaigneuse Warmestré, surprise apparemment pour avoir mal compté, prit la liberté d’accoucher au beau milieu de la cour.
Une aventure si publique fit l’éclat qu’on peut s’imaginer. Toute la pruderie de la cour en fut déchaînée : celles principalement qui n’étaient plus d’âge ou de figure à donner ces scandales, en demandaient justice. Mais la gouvernante des filles , à qui l’on aurait pu s’en prendre, assura que ce n’était rien , et qu’elle avait de quoi fermer la bouche aux médisants. Elle eut une audience de la reine pour en développer le mystère ; et elle exposa comme quoi la chose s’était passée de son aveu , c’est-à-dire en tout bien et tout honneur.
La reine envoya demander à myiord Taaffe s’il rc-
connaissait mademoiselle Warmestré pour sa femme. Il assura très-respectueusement qu'il ne reconnaissait ni mademoiselle Warmestré ni son enfant; qu’il s’étonnait comment on voulait plutôt lui en faire honneur qu’à un autre. La malheureuse Warmestré, plus indignée de cette réponse qu’affligée de la perte d’un tel amant, quitta la cour dès qu’elle le put, résolue de quitter le monde à la première occasion.
Killegrew, sur le point de faire un voyage quand cette aventure arriva, crut qu’il ne ferait point mal de prendre son chemin par la maison de son déplorable cousin, pour lui en faire part; etdès qu’il le vit, sans ménager la délicatesse de son amour ou de ses sentiments, il lui en fit durement le récit. Toutes les couleurs qui peuvent donner de l’indignation y furent employées pour le faire crever de honte et de ressentiment.
Nous lisons que l’officieux Tiridate se laissa doucement mourir au récit de la mort de Mariamne; mais le tendre cousin de Killegrew, s’étant dévotement mis à genoux, leva les yeux au ciel, et fit cette oraison :
a Loué soit le Seigneur d’une petite disgrâce qui fera peut-être le bonheur de ma vie ! Que sait-on si la belle Warmestré ne voudra point de moi à présent, et si je n’aurai point le bonheur de passer mes jours avec une femme que j’adore et dont je puis espérer des héritiers? — Oui-dà? dit Killegrew, plus confondu que l’autre n’aurait dû l’être : vous pouvez compter sur l’un et sur l’autre. Je ne doute pas qu’elle ne vous donne la main dès qu’elle sera relevée; et ce serait une grande malice à elle, qui en sait faire, de vous laisser manquer d’enfants. Je vous conseille de prendre
DE ORAMMONT.
toujours celui quelle vient d’avoir, en attendant les autres. »
Ce qui fut dit fut fait, nonobstant la raillerie. Cet amant fidèle la rechercha comme il eût pu faire la chaste Lucrèce ou la belle Hélène. Sa passion ne fit qu’augmenter après l’avoir épousée ; et la généreuse Warmestré, touchée d’abord de reconnaissance, le fut enfin d’inclination, ne lui donna pas un enfant dont il ne fût le père; et depuis qu’il y a des ménages heureux et tranquilles en Angleterre, jamais il n’y en a eu de si fortuné.
Quelque temps après, mademoiselle Bellenden, que cet exemple n’avait point effrayée , eut la prudence de quitter la cour avant que d’en être chassée. La désagréable Bardou la suivit de près ; mais ce ne fut que pour d’autres raisons. On s’ennuya de sa sarabande comme de son visage. Le roi, pour ne plus les revoir ni l’une ni l’autre, leur fit donner une petite pension. Il ne restait donc plus que. la petite mademoiselle de La Garde à pourvoir. Elle n’avait ni assez de vices ni assez de vertus pour être chassée de la cour ou pour y rester. Dieu sait ce qu’elle serait devenue, si le seigneur Sylvius, personnage qui n’avait rien de ce que promettait le nom romain qu'il avait pris, n’eût aussi pris pour femme l'infante de La Garde.
On a fait voir que toutes ces princesses méritaient qu’on les chassât, ou pour leurs dérèglements, ou pour leur laideur : cependant celles qui les remplacèrent trouvèrent le moyen de les faire regretter, si l’on en excepte mademoiselle Wells.
C’était une grande fille faite à peindre, qui se met-
tait bien , qui marchait comme une déesse , et dont le visage, fait comme ceux qui plaisent le plus , était un de ceux qui plaisent le moins. Le ciel y avait répandu certain air d'incertitude qui lui donnait la physionomie d’un mouton qui rêve. Cela donnait mauvaise opinion de son esprit; et, par malheur, son esprit faisait bon sur tout ce qu’on en croyait. Cependant, comme elle était fraîche et qu’elle paraissait neuve, le roi, que la belle Stewart ne gâtait pas sur la finesse des pensées, voulut voir si les sens ne trou- • veraient pas mieux leur compte avec mademoiselle Wells que les sentiments avec son esprit. Cette épreuve ne lui fut pas difficile : elle était d’une famille royaliste; et comme son père avait fidèlement servi Charles Ier, elle crut qu’il ne fallait pas se révolter contre Charles. II. Ce commerce n’eut pas des suites fort avantageuses pour elle. On prétendait qu’elle avait fait un peu moins de défense qu’il ne fallait ; qu’elle s’était rendue à discrétion sans être vivement pressée ; et d’autres disaient que sa majesté se plaignait de quelques autres facilités encore moins engageantes. Le duc de Buckingham fit un couplet de chanson sur ce sujet, dans lequel le roi parle à Progers, confident de ses menus plaisirs. L’allusion de Wells, qui signifie puits, fait toute la pensée du couplet. En voici le sens :
Quand le roi de ce puits sentit l’horreur profonde,
Progers , s’écria-t-il, que suis-je devenu ?
Ah ! depuis que j’y sonde ,
Si je n’avais cherché que le centre du monde ,
J’y serais parvenu.
DE GBAMMONT.
Mademoiselle Wells , avec cette espèce d’anagramme sur son nom , et ses remarques sur sa personne, ne laissait pas de briller entre toutes ses nouvelles compagnes. C’étaient mesdemoiselles Levingston, Fielding, et Boynton , peu dignes qu’on en fasse mention dans ces Mémoires ; et nous les laisserons dans l’obscurité , jusqu'à ce qu’il plaise à la fortune de les en retirer.
Telle était, en filles d’honneur, la nouvelle cour de la reine. Celle de la duchesse d’York fut presque renouvelée dans le même temps; mais, quant au choix qu’elle en fit , cette princesse montra bien , par une recrue brillante, que l’Angleterre avait de grandes ressources en beautés. Avant que d’en parler, voyons un peu ce que c’était que les premières filles d’honneur, et par quel hasard elles sortirent de chez son altesse.
Outre mademoiselle Blague et mademoiselle Price , dont on a déjà parlé, la chambre avait été composée de mademoiselle Bagot , et de mademoiselle Hobart , doyenne de la communauté.
La Blague, qui n’avait jamais véritablement su ce qui l’avait brouillée avec le marquis de Brisacier, s’en était prise à cette lettre fatale qu’elle avait reçue de sa part , dans laquelle, sans l’avertir que la Price devait porter des gants et du ruban jaunes comme elle, il ne lui parlait que de sa blonderie et de ses yeux marcassins. Elle s’imagina que c’était quelque chose de bien merveilleux, puisqu’on y comparait ses regards; et voulant, à quelque temps de là , savoir toute la vertu de l’expression, elle demanda ce que voulait dire mar-
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càssin. 11 n’y a pas de sangliers en Angleterre, et ceux à qui elle s’adressa lui dirent que c’était un cochon de lait. Cette injure la confirma dans tout ce qu’elle avait soupçonné de sa perfidie. Brisacier, plus étonné de son changement qu’elle n’était indignée de sa prétendue noirceur, la regarda comme une créature encore plus capricieuse qu’elle n’était fade , et la planta là. Mais le chevalier Yarborough, aussi blond qu’elle, s’offrit au fort de son dépit, en fut écouté favorablement, et le sort fit ce mariage pour voir ce que produirait une union si blafarde.
Mademoiselle Price avait de l’esprit; et comme elle n’était pas d’une figure à s’attirer beaucoup de vœux, et qu’elle voulait pourtant en avoir, loin de faire la renchérie quand l'occasion s’en présentait, elle ne marchandait seulement pas. Elle avait de l’emportement dans sa colère aussi bien que dans sa tendresse. Cela l’avait exposée à quelques inconvénients. Elle avait très-mal à propos pris querelle avec une jeune créature que mylord Rochester aimait. Ce commerce avait été jusque alors assez secret : elle eut l’imprudence de faire tout de son mieux pour le rendre public, cts’attirale plusdangereux ennemi qu’ily eût dans l’uni vers. Jamais homme n’a écrit avec plus d’agrément, de délicatesse et de facilité ; mais la plus implacable des plumes, en fait de satire, était la sienne.
La pauvre Price, qui l’avait bien voulu mériter, y paraissait chaque jour sous une figure nouvelle. Tout était plein de vaudevilles dont son nom était le refrain et sa conduite le sujet. Quel moyen d'y tenir, dans une cour où l’on était avide des moindres choses
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qui venaient de mylord Rochcster ! Il ne lui fallut plus que la perte d’un amant, et la découverte qui s’ensuivit , pour mettre le comble aux persécutions qu'on lui faisait.
Dongan mourut en ce temps-là? C’était un garçon de mérite, auquel Durfort , depuis comte de Feversham, succéda dans la charge de lieutenant des gardes du corps de son altesse. Mademoiselle Price l’avait tendrement aimé. Sa mort la mit au désespoir; mais son inventaire pensa la faire devenir folle. Certaine cassette, cachetée de tous côtés, en était. Elle était adressée de la main du défunt à mademoiselle Price; mais , loin de la recevoir , elle n’eut pas seulement le courage de la regarder. ■ La gouvernante crut qu’il était de sa prudence de la recevoir , au refus de la Price , et de son devoir de la remettre entre les mains de la duchesse , comptant bien qu’elle était remplie de choses curieuses et utiles dont il pourrait lui revenir quelque petit profit. Quoique la duchesse ne crût pas tout à fait cela, la curiosité la prit de voir ce que pouvait contenir une cassette si merveilleuse et si soigneusement cachetée; et l’ouverture s’en fit en présence de quelques dames qui se trouvèrent alors dans son cabinet.
Tous les brimborions d’amour, que l’on peut imaginer , y étaient; et toutes ces faveurs étaient de la tendre Price. On ne pouvait comprendre comment une seule personne y avait pu fournir ; car , sans compter les portraits , il y avait des cheveux de toutes sortes , et mis en bracelets de tant de manières , que c’était une merveille. Après cela venaient trois
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ou quatre paquets de lettres d’une tendresse si vive, qu’on n’osa jamais lire que les deux premières , tant les transports et les langueurs y était naturellement représentés.
La duchesse se ‘repentit d’avoir fait ouvrir cette cassette en si bonne compagnie ; car avec de pareils témoins elle jugea bien qu’il n’y avait pas d’apparence que l’aventure fût supprimée ; mais comme il n’y en avait pas aussi de retenir une telle fille d’honneur , on rendit à mademoiselle Price ce qui lui appartenait, avec ordre d’aller achever de pleurer ailleurs la perte de son amant ou de s’en consoler.
Mademoiselle Hobart était d’un caractère aussi nouveau pour lors en Angleterre que sa figure paraissait singulière dans un pays où d’être jeune et de n’être pas plus ou moins belle est un reproche. Elle avait de la taille, quelque chose de fort délibéré dans l’air , beaucoup d’esprit , et cet esprit était fort orné sans être fort discret. Elle avait beaucoup de vivacité dans une imagination peu réglée , et beaucoup de feu dans des yeux peu touchants. Son cœur était tendre, mais on prétendait que ce n’était qu’en faveur du beau sexe.
Mademoiselle Bagot , qui mérita la première ses soins et ses empressements , y répondit d’abord de bon cœur et de bonne foi ; mais , s’étant aperçue que c’était trop peu de toute son amitié pour toute celle de la Hobart, elle laissa cette conquête à la nièce de la gouvernante , qui s’en trouva fort honorée, comme madame sa tante fort obligée du soin qu’elle avait de la petite fille.
Bientôt le bruit véritable ou faux de cette singularité se répandit dans la cour. On y était assez grossier pour n’avoir jamais entendu parler de ce raffinement de l’ancienne Grèce sur les goûts de la tendresse; et l’on se mit en tête que l’illustre Hobart , qui paraissait si tendre pour les belles, était quelque chose de plus que ce qu’elle paraissait.
Les chansons commencèrent à lui faire compliment sur ces nouveaux attributs ; et scs compagnes commencèrent à la craindre sur la foi de ces chansons. La gouvernante , tout alarmée de ces bruits , consulta mylord Rochester sur le péril où sa nièce paraissait exposée. Elle ne pouvait mieux s’adresser. Il lui conseilla de la retirer des mains de mademoiselle Hobart , et fit si bien qu’elle tomba dans les siennes. La duchesse , trop généreuse pour ne pas traiter de vision ce que l’on imputait à cette fille, et trop équitable pour la condamner sur des chansons , l’ôta de la chambre pour la faire, servir auprès de sa personne.
Mademoiselle Bagot était la seule qui véritablement eût quelque air de sagesse et de beauté dans cette première chambre. Elle avait les traits beaux et réguliers. Elle avait ce teint rembruni qui plaît tant quand il plaît. Il plaisait beaucoup en Angleterre, parce qu’il y était rare. Elle rougissait de tout, sans rien faire dont elle eût à rougir. Mylord Falmouth jeta les yeux sur elle. Ses vœux furent mieux reçus que n’avaient été ceux de mademoiselle Hobart ; et quelque temps après l'amour l’éleva, du poste de fille d’honneur de la duchesse, à un rang que toutes les filles d’Angleterre auraient pu envier.
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