‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 46 sur 62 · AU NOM DU COMTE DE GRAM MONT · texte numérisé non relu

AU NOM DU COMTE DE GRAM MONT

Votre régularité à m’écrire sur mes autres résurrections me fait croire que vous n’avez rien su de celle-ci. Je viens pourtant de pousser l’aventure plus loin que jamais, avec aussi peu d’envie de la mettre à fin. On se moque de dire que les occasions accoutument au péril. Pour moi , qui viens de voir la Mort d’assez près, je vous dirai franchement que je me sens une grande aversion pour elle; et lorsqu’on la voit venir droit à son homme , je tiens qu’il est assez difficile de n’en être pas ému.

LETTRES

Malgrc la misère ou les ans ,

Malgré les chagrins accablants D’une ennuyeuse maladie ,

Malgré celte glace ennemie Qui se répand sur tous les sens , Quoique perclus , quoique mourants , 11 reste aux humains pour la vie De chers et de tendres penchants.

On a beau le voir d'un œil ferme,

On n'aime point le dernier terme ;

Et de vos Grecs et vos Romains,

Qui se tuaient à belles mains ,

On a beau vanter le courage ,

Et l’on aurait beau discouiir Sur une vertu si sauvage ,

Je tiens , pour moi , que l'homme sage N’est jamais pressé de mourir.

Je conviens qu’après certain âge La mort à peu près s’envisage Comme un mal qu’on ne peut guérir, Ou comme la fin d’un voyage Qu’on n’achève point sans périr :

Mais pour nous rendre à ce passage Doucement , d’étage en étage Approchons-en sans y courir Allons au bout de la carrière Sans ennui , sans empressement :

Assez tôt de l’heure dernière Arrive le fatal moment.

Je suis peu fort sur la morale ,

Et je ne sais pas grand latin ;

Mais , afin que d'une âme égale Je puisse soutenir ma tin ,

Voici pour l’une et l’autre vie Le plan de ma philosophie :

Je tâche de mettre à profit Ce que la comtesse m’en dit ;

Car, sans méditer et sans lire,

KT EPITRES

Je commence à me faire instruire Des principes de notre foi , Petitement, pour me suffire.

Je sais ce que prescrit la loi ;

Au prochain je ne veux plus nuira, A moins qu’il ne me nuise , à moi ; Sur l’incontinence, je croi Que l’on n’a plus rien à me dira ; Dévot , sans jeûner ni médire ,

Je le suis ; je l’ai dit au roi ,

Et n’ai garde de m’en dédire.

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