AU NOM DU COMTE DE GRAM MONT
Votre régularité à m’écrire sur mes autres résurrections me fait croire que vous n’avez rien su de celle-ci. Je viens pourtant de pousser l’aventure plus loin que jamais, avec aussi peu d’envie de la mettre à fin. On se moque de dire que les occasions accoutument au péril. Pour moi , qui viens de voir la Mort d’assez près, je vous dirai franchement que je me sens une grande aversion pour elle; et lorsqu’on la voit venir droit à son homme , je tiens qu’il est assez difficile de n’en être pas ému.
LETTRES
Malgrc la misère ou les ans ,
Malgré les chagrins accablants D’une ennuyeuse maladie ,
Malgré celte glace ennemie Qui se répand sur tous les sens , Quoique perclus , quoique mourants , 11 reste aux humains pour la vie De chers et de tendres penchants.
On a beau le voir d'un œil ferme,
On n'aime point le dernier terme ;
Et de vos Grecs et vos Romains,
Qui se tuaient à belles mains ,
On a beau vanter le courage ,
Et l’on aurait beau discouiir Sur une vertu si sauvage ,
Je tiens , pour moi , que l'homme sage N’est jamais pressé de mourir.
Je conviens qu’après certain âge La mort à peu près s’envisage Comme un mal qu’on ne peut guérir, Ou comme la fin d’un voyage Qu’on n’achève point sans périr :
Mais pour nous rendre à ce passage Doucement , d’étage en étage Approchons-en sans y courir Allons au bout de la carrière Sans ennui , sans empressement :
Assez tôt de l’heure dernière Arrive le fatal moment.
Je suis peu fort sur la morale ,
Et je ne sais pas grand latin ;
Mais , afin que d'une âme égale Je puisse soutenir ma tin ,
Voici pour l’une et l’autre vie Le plan de ma philosophie :
Je tâche de mettre à profit Ce que la comtesse m’en dit ;
Car, sans méditer et sans lire,
KT EPITRES
Je commence à me faire instruire Des principes de notre foi , Petitement, pour me suffire.
Je sais ce que prescrit la loi ;
Au prochain je ne veux plus nuira, A moins qu’il ne me nuise , à moi ; Sur l’incontinence, je croi Que l’on n’a plus rien à me dira ; Dévot , sans jeûner ni médire ,
Je le suis ; je l’ai dit au roi ,
Et n’ai garde de m’en dédire.