‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 45 sur 62 · RÉPONSE DE M. DESPRÉAUX A USE LETTRE QUI ACCOMPAGNAIT LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. DESPRÉAUX A USE LETTRE QUI ACCOMPAGNAIT LA PRÉCÉDENTE

Je ne sais pas, monseigneur, comme vous l'entendez ; mais il me semble que c’est le poëte qui doit écrire de belles lettres au duc et pair ; et non point le duc et pair au poëte. D’où vient donc que vous avez songé à m’en écrire une ? Est-ce que vous vouliez m’apprendre mon métier, et que vous pensez savoir mieux que moi où il faut placer les belles figures et les comparaisons du soleil ? La vérité est cependant que votre plume a mieux fait que vous, et non- seulement ne s’est point guindée pour me dire de belles choses , mais, en me disant des choses trèsbadines , m’a autorisé à vous en dire de pareilles ; c’est de quoije m’accommode fort, et dont je saurai très-bien user. Oserai-je néanmoins vous dire que votre lettre, en me réjouissant fort, m’a pourtant chagriné, puisque je vous croyais entièrement guéri , et que c’est par elle que j’ai appris que vous étiez encore sous la conduite d’Esculape. Oh ! le fâcheux dieu ! il ne parle jamais que de sobriété et d’abstinences; et nous autres beaux esprits, quoique ses frères en Apollon, nous ne le pouvons plus souffrir, surtout depuis qu’il n’a plus voulu entreprendre de guérir

messieurs de de la folie de juger des ouvrages.

Je le tiens de la Faculté; je lui pardonne pourtant volontiers la défense qu'il vous a faite de m’écrire de belles lettres; mais non pas de m’écrire, comme vous faites, tout ce qui vient au bout de la plume, et surtout de m’assurer que madame de N.... et madame de Q.... me font l’honneur de se souvenir de moi ; cela ne s’appelle point magno conatu magnas tiugas , puisque c'est au contraire une chose très-aisée à dire, et qui me fait un plaisir très-sérieux. Mais, monseigneur, à propos de belles choses, quel est donc le nouvel habitant de Maintenon qui m’a écrit la

KT EPITRES

lettre en vers que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer ?

Qui noms hic veslris successif sedibus hospes ?

Je n’ai pas l’honneur de le connaître ; mais, supposé qu’il y ait chez vous beaucoup de pareils habitants, je ne doute point que les Muses n’abandonnent dans peu les rives du Permesse pour s’aller habituer sur les bords de la rivière d’Eure. II a raison de soutenir le parti de Voiture, puisqu’il lui ressemble beaucoup, et qu’en le défendant il défend sa propre cause , aux pointes près , dont je ne le vois pas fort amoureux. J’ose vous prier, monseigneur, de lui bien témoigner l'estime que je fais de lui, et la reconnaissance que j’ai de l’estime qu’il fait de moi : mais de quoi je vous conjure encore davantage , c’est de bien marquer à madame de N.... et à madame de Q.... la sincère vénération que j’ai pour elles, et de croire qu’il n’y a personne <{ut soit avec plus de sincérité et de respect que moi, monseigneur, votre très-humble , etc.

Despréaux.

A Paris, ce 13 octobre 1704.

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