A LA LETTRE DE SAINT -ÉVREMOND
PAR HAMILTON
Les compliments que vous me faites sur mon retour de l’autre monde plaisent beaucoup dans celui-ci ; les applaudissements qu’on donne à votre lettre et le nombre des copies que l’on m’en a demandées sont dignes de la réputation de mon philosophe. On ne se lasse point d'admirer cette vivacité que les ans ne font que réveiller ; et l’on soutient que deux hommes, nés, comme vous et moi, pour porter si loin et conserver si longtemps tous les agréments de l’esprit , ne sont pas faits pour mourir : il me semble que vous ne vous éloignez pas de cette opinion , dans votre style poétique; et, pour moi, mes voyages làbas l’autorisent assez.
Deux fois du ténébreux Cocyte Ayant su repasser les bords ,
Je prétends faire mes efforts Pour différer longtemps la dernière visite Que l’on doit rendre chez les morts.
Là pourtant le gentil Voiture ,
Sous quelques myrtes verdoyants ,
Les Grâces et les Ris près de lui badinants ,
Admirait de vos vers les sons et la mesure ,
La cadence, les tours brillants ,
Et ravissait , par leur lecture ,
Les Malherbes et les Racans;
Et là , votre maître Épicure ,
A certains morts des plus récents Demandait par quelle aventure ,
Avec tant d’esprit , tant de sens ,
Vous restiez parmi les vivants.
ET EPITRES
Mais , n’en déplaise à la figure Que. font là-bas tous vos savants , Puisque c’est par la sépulture Qu’on passe à leurs paisibles champs, Suivez ici les doux penchants Où vous attache la nature ,
Et que dans la demeure obscure On vous attende encor longtemps.