‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 48 sur 62 · A LA LETTRE DE SAINT -ÉVREMOND · texte numérisé non relu

A LA LETTRE DE SAINT -ÉVREMOND

PAR HAMILTON

Les compliments que vous me faites sur mon retour de l’autre monde plaisent beaucoup dans celui-ci ; les applaudissements qu’on donne à votre lettre et le nombre des copies que l’on m’en a demandées sont dignes de la réputation de mon philosophe. On ne se lasse point d'admirer cette vivacité que les ans ne font que réveiller ; et l’on soutient que deux hommes, nés, comme vous et moi, pour porter si loin et conserver si longtemps tous les agréments de l’esprit , ne sont pas faits pour mourir : il me semble que vous ne vous éloignez pas de cette opinion , dans votre style poétique; et, pour moi, mes voyages làbas l’autorisent assez.

Deux fois du ténébreux Cocyte Ayant su repasser les bords ,

Je prétends faire mes efforts Pour différer longtemps la dernière visite Que l’on doit rendre chez les morts.

Là pourtant le gentil Voiture ,

Sous quelques myrtes verdoyants ,

Les Grâces et les Ris près de lui badinants ,

Admirait de vos vers les sons et la mesure ,

La cadence, les tours brillants ,

Et ravissait , par leur lecture ,

Les Malherbes et les Racans;

Et là , votre maître Épicure ,

A certains morts des plus récents Demandait par quelle aventure ,

Avec tant d’esprit , tant de sens ,

Vous restiez parmi les vivants.

ET EPITRES

Mais , n’en déplaise à la figure Que. font là-bas tous vos savants , Puisque c’est par la sépulture Qu’on passe à leurs paisibles champs, Suivez ici les doux penchants Où vous attache la nature ,

Et que dans la demeure obscure On vous attende encor longtemps.

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