‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 6 sur 62 · AU COMTE DE GBAMMONT · texte numérisé non relu

AU COMTE DE GBAMMONT

Mais de (ant de secrets qu'à sa gloire il publie ,

Celui d'éterniser sa vie Est l'unique secret qu'il ait jamais gardé.

Ne vous allez pas embarrasser l’esprit à chercher des orneineuts ou des lours d’éloquence pour tracer son caractère : cela sentirait le panégyrique; et ce sera assez le louer que de le peindre au naturel. Gardez-vous bien de vouloir rendre ses récits ou ses bons mots : le sujet est trop grand pour vous ; lâchez seulement, en parlant de scs aventures , de donner des couleurs à ses défauts, du relief à scs vertus.

C'est ainsi qu’autrefois, par des routes faciles,

A l'immortalité j’élevais mou liéros;

Pour vous , peignez d’abord en gros Cent beautés à ses vœux dociles ;

Faites le voir suivant en tous lieux les drapeaux D'un guerrier égal aux Achiiles;

Qu'au milieu de la paix , ennemi du repos ,

Il donne des leçons utiles Aux courtisans les plus habiles ;

Et , toujours actif à propos ,

Sans leurs empressements serviles,

Qu’il efface tous leuts travaux.

Que vos pinceaux cntin , en nouveaux traits fertiles ,

Le fassent voir en différents tableaux t Tyran des fâcheux et des sots ;

Historien d'amour et des guerres civiles ,

Recueil vivant d'antiques vaudevilles ;

Redoutable , par ses complots ,

Aux amants heureux ou tranquilles ;

Désolateur de ses rivaux ,

Fléau des discours inutiles.

Agréable et vif en propos ,

Célèbre diseur de bons mots Et surtout grand preneur de villes.

S 'oubliez pas le cheval blanc 1 Sur lequel , soutenant téméraire menace,

Il parut inopinément ,

Vers les campagnes de l'Alsace,

Aux yeux d'un prince triomphant. v

Dites |>ar quel enchantement .

Par quelle adresse ou quelle audace,

1 II avait promis à monseigneur le dauphin, qui cunnamodait l'ir< nifc d'Alsace, qu'il le verrait arriver sur un cheval blauc avant la fin de la campagne.

XXÏIV

ÉP1TRF,

En dépit du vieux Saint-Alban ,

Et d’Arlington et d'Maliface ,

Et d’une nymphe encore à séduisante face ,

U enleva le 1 Buckingham.

Contez ses faits tout uniment.

Gens comme vous n’auraient pas bonne grâce A s'élever insolemment ;

Et ce n'est pas toujours au sommet dn Parnasse Que l'on chante avec agrément.

Que par un tour aisé chaque récit s'explique ;

Suive/ la nature de prés,

Et que pour chaque vers la rime, faite exprès,

Du misérable prosaïque Et du style trop poétique Évite l'un et l'autre excès.

N'adorez point les goftts de la vogue publique;

Mais ne les condamnez jamais ;

Il est un lieu près du Marais,

Où depuis quelque temps le genre marotiqoe Se renouvelle avec succès.

Empruntez les nouveaux attraits Que l’on trouve a son air antique ■

De Ronsard ou de Rabelais Instruisez-vous dans la boutique ;

Il ne faut que cinq ou six traits D‘un langage obscur et gothique Pour divertir à peu de frais.

Nous l'assurâmes que nous tâcherions de profiter de ce dernier avis ; mais que celui de ne pas tomber dans la versification rampante nous paraissait plus difficile à suivre. « Encore une fois, dit-il, faites de votre mieux; des gens qui écrivent pour le comte de Grammont peuvent compter sur quelque indulgence : en tout cas , vous n’ètes guère connus que de lui ; et , selon les apparences, ce que vous allez faire ne donnera pas au public une graude envie de vous connaître. Finissons cette visite , poursuivit-il ; et , par les souhaits que je vais faire , faites connaître à mou héros que je m'intéresse toujours pour lui. »

1 11 persnada au duc de Buckingham de passer en France avee lui, pour rompre la triple alliance, malgré les efforts que les ministres d'Angleterre et la comtesse de Swresbnry firent pour l'en empêcher. Buckingham était alors favori de Charles il .

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