‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 1 sur 183 · NOËL VALOIS · texte numérisé non relu

NOËL VALOIS

DU

C'est avec juste raison qu'on appelle la campagne de l'année 1704, en Italie, la « campagne des sièges, » puisque nous y fûmes occupés pendant presque une année entière : nous sortîmes le 4 mai 1704 de notre quartier d'hiver, et nous ne partîmes de devant Verue que le 14 avril 1705, pour aller à Novare, où nous arrivâmes le 16.

Le 4 mai 1704, nous partîmes de Carpignano; nous fûmes camper à Brème, près du Pô, et, le 5, nous nous rendîmes à Casai, où nous trouvâmes l'armée campée en front de bandière le long de cette rivière, faisant face à l'armée du duc de Savoie, qui étoit campée de l'autre côté, àVillanuova^ pour nous empêcher de passer. Du moins ce prince, dont l'armée étoit fort inférieure à la nôtre, en faisoit courir le bruit, car elle n'étoit composée que de vingt- six

1. Villanuova-di-Casale-Monferrato, à trois kilomètres au nord de Casai, sur la rive gauche du Pô.

2 MÉMOIRES [Mai 1704]

bataillons et de vingt escadrons ^ Celle de M. de Vendôme étoit alors de quarante-deux bataillons et de soixante-quinze escadrons, sans compter les huit bataillons et les sept escadrons qui étoient à Gabiano^, aux ordres de M. d'Albergotti, et sans compter le corps qui étoit dans le Milanois, aux ordres de M. de Las Torrès.

Notre général, qui a voit fait construire trois ponts sur le Pô, que les remparts de Casai protégeoient, et qui avoit fait toutes les dispositions nécessaires pour passer cette rivière à la vue de l'armée ennemie, ordonna que la générale seroit battue et le boute-selle sonné à la petite pointe du jour, l'assemblée une demi-heure après, et que sur-le-champ on se mettroit en marche pour passer le Pô^. M. de Vendôme avoit fait construire, trois semaines auparavant, deux redoutes à contenir deux cents hommes chacune, sur la rive du Pô, pour appuyer sa droite et sa gauche.

La générale ne fut pas plus tôt battue, que je vis entrer dans ma tente six capitaines du régiment pour me dire qu'ils alloient faire un compliment à B[ellecourt]^, notre premier capitaine de grenadiers, qui certainement ne lui plairoit pas, qui étoit que, s'il ne se battoit, l'épée ou le pistolet à la main, avec son lieutenant auparavant l'assemblée, ils venoient pour

1. Les Mémoires militaires sur la guerre de la Succession d'Espagne, par le général Pelet, indiquent (t. IV, p. 800-801 et 808-810) les effectifs de l'armée de Vendôme, mais point ceux des troupes de Savoie.

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