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[Mai 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 3
l'empêcher de se mettre à la tête de sa compagnie. Ensuite, ils me demandèrent si je ne voulois pas aller avec eux. Je les suivis, non pas dans le dessein de faire de la peine au pauvre B[ellecourt], car j'étois si
persuadé qu'il enverroit faire f celui qui porteroit la
parole, que je ne balançai pas un moment de les suivre. Quelle fut ma surprise lorsque j'entendis sa réponse : « Messieurs, dit-il, je vous prie de m'accorder trois « jours, afin qu'on me fasse mon décompte. Le compte « fait, je quitte sur-le-champ le régiment. » Il tint parole : son décompte fait, il partit, et nous ne l'avons pas vu depuis. Quelles réflexions l'homme ne doit-il pas faire ! Cet officier avoit toujours passé pour avoir beaucoup de valeur; il en avoit donné des marques dans toutes les occasions, surtout au combat de Chiari', où, ayant reçu un coup de fusil dont la balle lui perçoit le col, il ne voulut jamais quitter la tête de sa compagnie, quoique ses deux fils, tous deux officiers dans le régiment, eussent été tués à ses côtés. C'est ici avec raison où l'on peut appliquer le proverbe espagnol : Cet homme a été brave dans une telle action. Le compliment fait, nous fûmes trouver le marquis de Dreux, que nous priâmes très fort de renvoyer ce misérable lieutenant, dont j'ai fait le détail de sa mauvaise action dans le récit de la campagne précédente^; il fut la cause du mauvais compliment que nous venions de faire à B[ellecourt]. Le marquis ne s'étoit pas contenté de prendre son parti ; il venoit de le nommer à une compagnie dans le régi-