‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 107 sur 183 · Déjà dit ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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4. Petit bourg fortifié sur le Cluson, entre Pignerol et Fenestrelle.

220 MÉMOIRES [Sept. 1706]

fûmes coucher, mon ami Pina et moi, dans un village de la vallée de Saint-Martin éloigné de la Pérouse de deux] lieues. Cette dernière place est aussi du Piémont, et elle n'est fortifiée que d'ouvrages de terre. Nous fûmes loger chez Grandmaison, commandant de notre second bataillon, qui nous fit donner un bon bouillon à chacun.

La vallée de Saint-Martin ^ est l'habitation des hérétiques nommés Vaudois ou Barbets, anciennement appelés les Pauvres de Lyon 2. Pierre de Vaud, natif du village de Vaud situé sur le Rhône et près de Lyon, en est l'auteur vers l'an 1160. Ses hérésies s'établirent depuis à Albi en Languedoc, ce qui a donné à ces hérétiques le nom d'Albigeois. Leurs erreurs approchent beaucoup de celles des calvinistes^.

Fenestrelle. — Le lendemain 12, nous en partîmes de bon matin pour aller coucher à Barbotti^, une lieue en deçà de Fenestrelle. La place de Fenestrelle^ est assez bien fortifiée par rapport à la situation. Elle est

1. C'est la vallée du torrent de la Germanasca, torrent qui se jette dans le Cluson à la Pérouse ; un mauvais chemin suivait la vallée et se dirigeait vers Mont-Dauphin par le col Saint-Martin.

2. M. le pasteur E. Arnaud a publié en 1896 un ouvrage sur les Vaudois de Dauphiné .

3. Les doctrines des deux hérésies sont en réalité fort différentes, ainsi que Bossuet l'a montré dans son Histoire des Variations.

4. C'est sans doute le hameau de Balbutet ou Balboulet, dépendant de la commune piémontaise d'Usseaux et situé en deçà de Fenestrelle, du côté de France.

5. Petite ville sur le Cluson, à six lieues de Pignerol. La citadelle, bâtie par Louis XIV, était très forte et servit, comme Pignerol, de prison d'Etat.

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située dans le Dauphiné ^ et couvre la vallée de Prageias-, qui a été cédée, aussi bien que Fenestrelle et la vallée d'Oulx, au duc de Savoie, par la paix d'Utrecht. En chemin faisant, il me prit une faim si canine, que je mangeai la moitié d'un pain de munition que j'avois acheté d'un soldat un écu. Nous fûmes logés dans une grange. Après que notre chirurgien-major nous eut pansés, Pina et moi, il pansa en notre présence un lieutenant du régiment nommé Bonnafont ; il avoit un coup de fusil dans le gras de la fesse. Sans façon, il ôta sa culotte, présenta son derrière, se tenant toujours debout. Le chirurgien lui mettoit des tampons de charpie plus gros que le doigt. Le pauvre garçon ne fit aucune plainte, quoique nous souffrions nousmêmes de le voir panser.

Le 13, nous allâmes à Césanne, petit bourg situé sur la Doire, en bas et au delà du mont Genèvre à l'égard de la France^. Le 14, après nous être fait ramasser^ chacun par quatre jeunes filles pour monter le mont Genèvre et le descendre, nous arrivâmes d'assez bonne heure à Briancon. Il fallut aller chez le maire de la ville, qui étoit médecin. Il y avoit une si grande quantité d'officiers blessés chez lui, qui demandoient comme nous un logement, que nous eûmes toute la peine du monde à en avoir un, et, sans la

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