‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 108 sur 183 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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4. Ramasser se dit en parlant des personnes qu'on fait descendre sur les neiges, le long des montagnes, dans des espèces de traîneaux appelés ramasses. [Dictionnaire de Trévoux. j

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femme du médecin, qui étoit assez belle, je crois que nous y serions encore; elle pressa si fort son mari, qu'il nous en donna un des plus jolis de la ville.

Faisons présentement une petite récapitulation des fautes que nos généraux ont faites depuis le départ de M. de Vendôme pour la Flandre, et de celles de la cour, qui ont été la cause funeste de la perte de l'Italie. Il semble que nous étions d'accord avec nos ennemis de tous les mouvements que nous faisions. Premièrement, à quoi pensoit la cour de charger un duc de la Feuillade de faire un siège comme celui de Turin, qui étoit défendu, pour ainsi dire, par un duc de Savoie, un des grands hommes du siècle^? Secondement, de n'avoir pas voulu souffrir que le maréchal de Vauban, célèbre pour la défense et pour l'attaque des places, en eût la direction? Tout le monde sait qu'il s'étoit offert comme un bon citoyen à servir sous les ordres du duc de la Feuillade^. Troisièmement, de nous donner à la place du duc de Vendôme le duc d'Orléans, qui étoit né avec une grande valeur, mais qui n'avoit aucune expérience^, et le maréchal

1. Tous les contemporains s'accordent pour reconnaître l'incapacité du gendre de Chamillart, quoi qu'en ait dit Marcin mourant dans sa lettre au Roi : « Il s'élève un grand capitaine avec M. le duc de la Feuillade, entendu, pénétrant et brave. »

2. Le général Pelet a publié dans les Mémoires militaires (t. VI, p. 599 et suiv.) la lettre et les mémoires par lesquels Vauban s'offrait pour coopérer au siège et indiquait ce qui lui semblait indispensable, comme artillerie et matériel de guerre, pour prendre la place.

3. Le prince n'avait en effet jamais encore commandé en chef; à Steinkerque et à Nerwinde, il n'avait eu que le commandement de la cavalerie.

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de Marcin, qui avoit très peu de capacité; et contre qui? Contre un prince Eugène et contre un duc de Savoie. Il est vrai que les Impériaux avoient passé l'Adige et le Pô, lorsque le duc d'Orléans et le maréchal de Marcin arrivèrent à notre armée. Mais ne devoient-ils pas s'opposer à leur passage de la Secchia? Us le pou voient. Nous nous contentâmes d'aller camper sous Guastalla, et, au lieu de suivre les ennemis du même côté du Pô, comme avoit fait M. de Vendôme, qui fit périr une bonne partie de l'armée de M. de Stahremberg, quoiqu'il n'avoit aucune cavalerie avec lui, nous eûmes la bonté de leur laisser toute la liberté de se rendre en Piémont, en prenant le parti de nous y rendre par l'autre côté de cette rivière. Nous aurions pu encore les arrêter pendant quelques jours à la Bormida, les empêcher de passer le Pô si près de nos hgnes de circonvallation devant Turin, marcher à eux pour les combattre lorsqu'une partie de leur armée avoit passé cette rivière, assembler toutes nos troupes, à l'exception de quelques bataillons qu'on auroit laissés aux ordres de M. d'Albergotti, au poste des Capucins de la montagne, qui étoit bien retranché, pour s'opposer au comte de Santena, afin de les combattre dans la plaine de Millefleurs. Nous étions beaucoup plus forts qu'eux, comme je l'ai dit, et nos soldats étoient infiniment plus aguerris. Nous aurions pu encore attaquer ou leur avantgarde ou leur arrière-garde lorsqu'ils passèrent la Doire (ils nous prêtoient le flanc), et retrancher le terrain qui est entre la Sture et la Doire, où les ennemis nous attaquèrent. Nous étions, pendant tous les mouvements et toutes les marches qu'ils faisoient, immo-

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biles comme la statue du Festin de pierre, et notre immobilité ne nous quitta que lorsqu'il ne fut plus temps. Ajoutez à toutes ces fautes l'opiniâtreté, disons plutôt la timidité, de M. d'Albergotti de n'avoir jamais voulu nous envoyer un seul bataillon des quarante qu'il avoit sous ses ordres. Cet homme s'imaginoit toujours d'être attaqué par le comte de Santena, qui n'avoit que dix mille hommes, dont sept mille de milice. Enfin finissons par la plus grande de toutes les fautes, qui est le parti que l'on prit de nous retirer en France. Il falloit rassembler toutes nos troupes, rester près de Turin ; les vivres nous seroient venus de France et d'Italie, et nous aurions tenu en échec nos ennemis. Si nous avions pris ce parti, queseroientils devenus? Gomment auroient-ils pu subsister?

Quand je pense encore à toutes nos manœuvres, je ne puis m'empêcher de croire ce que j'ai entendu dire plusieurs fois, qui est que nous étions trahis par une certaine personne delà cour^ Et, pour me confirmer

1. Le chevalier va se faire l'écho de bruits qui furent très répandus à l'époque, qu'on retrouve dans les Mémoires de Tessé comme dans ceux de Noailles rédigés par l'abbé Millot, et que Michelet a vulgarisés de nos jours en son style imagé [Histoire de France, t. XIV, p. 183-185) : la duchesse de Bourgogne, aidée en cela par M™® de Maintenon, aurait trahi la France et, grâce à la complicité de Marcin, fait échouer le siège de Turin pour sauver son père. Rien cependant n'est moins prouvé. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, avait déjà repoussé cette accusation. De nos jours, les documents réunis par M. Fr. Combes dans son livre sur la princesse des Ursins, et les lettres de la duchesse de Bourgogne retrouvées aux archives de Turin, la disculpent entièrement. Un passage ambigu d'une lettre de M™'' de Maintenon (recueil Geffroy, t. II, p. 307) semblait l'accuser; mais M. Geffroy a montré

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dans ma pensée, voici ce qui m'a été rapporté un jour. Je m'étois donné un tressaillement de nerfs^ à une jambe ; j'envoyai chercher Boute-en-cuisse ^. Pendant qu'il me pansoit, quelqu'un vint à parler du siège de Turin. Il nous dit sur-le-champ : « J'étois « bien persuadé que nous ne prendrions point cette « ville. Un jour, continua-t-il, que je pansois la pre- « mière femme de chambre de M""^ de Maintenons, « qui s'étoit donné une entorse à un pied (elle aimoit « beaucoup cette femme ; je la pansois dans un coin a de la chambre même de sa maîtresse, pendant « qu'elle étoit dans son Ht), arrive M™^ la duchesse « de Bourgogne tout en pleurs. Embrassant M"® de « Maintenon, elle lui dit : « Eh bien! ma chère tante, « voilà donc Turin qui va être pris. » — « Tranquil- « lisez-vous, Madame, lui répliqua M™^ de Maintenon, « je vous donne ma parole d'honneur qu'il ne le sera a jamais. » Soit que M""^ de Maintenon ait voulu tranquilliser la duchesse de Bourgogne, ou qu'elle avoit fait donner des ordres pour nous empêcher de réussir dans notre entreprise, il est certain que la prophétie de cette dame a eu son effet.

qu'il ne s'agissait que de la conduite privée de la princesse. M. Paul Boselli a publié en 1892, dans les Atd délia Reale Academia di Torino, t. XXVII, p. 470-505, une étude très documentée sur la Duchesse de Bourgogne et la bataille de Turin.

1. On appelle ainsi « le déplacement d'un nerf causé par quelque effort violent. » [Dictionnaire de Trévoux.)

2. Le manuscrit porte Boutancuisse ; c'est sans doute un sobriquet donné à un chirurgien ou à un rebouteur illustre de l'époque.

3. Ce n'était plus alors la célèbre Nanon Balbien, morte en 1704.

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La Volvenne m'a dit aussi qu'un de ses amis, major d'un régiment d'infanterie, étoit allé voir, au commencement du siège de Turin, le secrétaire d'un officier général. Pendant qu'ils parloient ensemble dans sa chambre, un laquais de cet officier général vint l'avertir de descendre au plus vite, que son maître le demandoit pour écrire une lettre de conséquence. Pendant l'absence du secrétaire, le major aperçut qu'il y avoit une lettre sur la table. Sa curiosité le porta à la lire. Quelle fut sa surprise! L'on mandoit à cet officier général qu'on prenoit des mesures pour retirer d'Italie M. de Vendôme, que leur dessein ne pouvoit point réussir sans cela, et qu'on profiteroit de la première occasion pour retirer ce prince de ce pays. La Volvenne m'a dit que cet officier, qui vit encore, est présentement major d'une place.

J'ai entendu^ dire depuis à un officier général qui avoit accompagné le maréchal de Villars lorsqu'il alloit prendre le commandement de notre armée d'Italie en 1733, que, pendant que ce général étoit à Turin, on lui fit voir ce qu'il y avoit de curieux dans cette ville et aux environs, entre autres une éghse bâtie sur la montagne des Capucins, au delà du Pô, par ordre de feu le roi de Sardaigne, afin d'exécuter un vœu qu'il avoit fait à la Vierge en cas de la levée du siège de Turin ^; qu'on lui montra un tableau dans

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