‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 111 sur 183 · Déjà dit dans le tome I, p · texte numérisé non relu

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de femmes et d'hommes qui revenoient du café*. Les femmes avoient beaucoup de rouge, ce qui nous les fit prendre d'abord pour des comédiennes. Étant plus près de nous, je reconnus M"^ de Séry, la marquise de Nancré^ et l'abbé Dubois, depuis cardinal^, qui étoient accompagnés de plusieurs hommes et de plusieurs femmes. Cette troupe gaillarde alloit à Grenoble, où le duc d'Orléans devoit arriver. Il auroit été à souhaiter pour la France que M"® de Séry eût été à Milan, aussi bien que l'argent de nos officiers généraux, après que les ennemis nous eussent forcés dans nos lignes : je suis persuadé que nous aurions pris le parti de nous retirer de ce côté-là, et non pas du côté de la France, comme nous fîmes malheureusement.

Étant à Lyon, nous allâmes à la comédie, que je trouvai assez bonne.

Villefranche. — De Lyon, nous fûmes à Villefranche, qui est la capitale du Beaujolois. Il y a une académie de plusieurs personnes savantes* ; nous y dînâmes.

Mâcon. — Nous fûmes coucher à Mâcon, ville bâtie

1. La mode du café s'était très répandue depuis le milieu du XVII® siècle, et, avant 1700, il y avait de nombreuses « maisons de caffé » à Paris et dans les principales villes : A. Franklin, la Vie privée d'autrefois : le Café, le Thé et le (7/«oco/aï(1893).

2. Marie-Anne Bertrand de la Bazinière, seconde femme du feu comte (et non marquis) de Nancré, morte en 1727.

3. L'abbé Dubois avait accompagné son maître à l'armée, et ne le quitta point après la défaite. Peut-être était-il allé audevant de M"'' de Séry; mais cela semble peu probable.

4. Il y a à Villefranche une « académie de beaux-esprits, » dit le Grand Dictionnaire géographique de la Martinière.

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sur le penchant d'une petite colline qui va jusqu'au bord de la Saône, qu'on passe sur un assez beau pont. Cette ville est capitale du Màconnois, qui a environ douze lieues de longueur et neuf de largeur. Il y a un évêché et un bailliage. Outre le chapitre de la cathédrale, il y a celui de Saint-Pierre, dont les chanoines font preuves de noblesse. Les Commentaires de César font mention de cette ville. Il y a eu des comtes particuliers, dont plusieurs auteurs célèbres font descendre Humbert, comte de Maurienne, tige de la maison de Savoie ^ .

Tournus. — De Mâcon, nous fûmes dîner à Tournus, petite ville du Maçonnais où il y a une abbaye. Dans le temps que nous y passâmes, le cardinal de Bouillon, qui en étoit abbé, y étoit relégué par ordre de la cour^.

Chalon-sur-Saône. — Le même jour, nous fûmes à Chalon-sur-Saône, ville du duché de Bourgogne. L'évéque a le titre de comte. Il y a un bailliage. Elle est ancienne : César en fait mention dans ses Commentaires. Elle a été longtemps possédée par des seigneurs

1. Cet Humbert mourut en 1048. Les historiens ne sont pas d'accord sur son origine : les uns le font descendre des anciens comtes de Mâcon, d'autres, comme Guichenon, des ducs de Saxe; enfin Chorier, d'après des titres que lui avait communiqués du Bouchet, et dont on peut par conséquent suspecter l'authenticité, le rattachait au sang de Charlemagne.

2. Les circonstances de la disgrâce du cardinal ont été énumérées par Saint-Simon dans ses Mémoires (éd. Boislisle, t. VII, p. 100-107, 154-158, 196-199). Cluny, dont il était abbé, lui avait été assigné comme lieu d'exil ; mais il avait la faculté d'aller aussi à l'abbaye de Tournus et au prieuré de Paray-le-Monial, qu'il possédait également.

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particuliers, dont est venue l'ancienne maison de Chalon qui est fondue dans la maison d'Orange-Nassau. Ghalon est capitale d'un petit pays dit le Chalonnois ou la Bresse chalonnoise.

Beaune. — Le lendemain, nous fûmes coucher à Beaune, ville de Bourgogne, assez jolie et assez bien bâtie. Elle est fort renommée par rapport à ses vins et par rapport à son hôpital, qui est un très beau bâtiment, fondé par Nicolas Rollin, chancelier de Philippe le Bon, duc de Bourgogne^CettevilIe est fort ancienne.

Nuits. — De Beaune, nous fûmes dîner à Nuits, petite ville de Bourgogne sur l'Armançon. 11 y a un bailliage, dont le père d'un lieutenant du régiment étoit lieutenant général, qui vint dîner avec nous. Il n'eut pas seulement la politesse de nous faire apporter une bouteille de son vin ; il a les meilleures vignes de ce canton.

En allant coucher à Dijon, nous laissâmes sur notre droite la fameuse abbaye de Gîteaux, qui a été bâtie, l'an 1098, par le duc Othon. Plus de mille soixantedix monastères, tant d'hommes que de femmes, dépendent de cette abbaye^.

Dijon. — Dijon est la ville capitale de la province. Elle est sur deux petites rivières, l'Ouche et le Suzon. Il y a un parlement institué par Louis XI, une chambre

1. Ce célèbre hôpital, qui existe encore aujourd'hui avec sa règle primitive, fut fondé en 1443 par le chancelier Rollin et enrichi encore par son fils Jean Rollin, évêque d'Autun et cardinal. Une partie de sa dotation consistait en vignobles du célèbre cru de Beaune qu'il possède encore de nos jours.

2. Ce paragraphe concernant Cîteaux a été ajouté sur la marge du manuscrit.

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des comptes, une cour des monnoies et un siège présidial. Dès que nous y fûmes arrivés, La Bussière fut voir M. Bauyn, conseiller au parlements qui, le lendemain, nous donna un très grand dîner avec madame sa femme' et la femme d'un président à mortier. I^r^ Bauyn, qui n'avoit jamais vu Paris, nous disoit à tout moment que nous étions bien heureux d'y aller passer l'hiver et qu'elle souhaiteroit de tout son cœur d'être à la place d'un de nos domestiques pour avoir ce plaisir. L'on dit que, lorsqu'on se marie dans cette ville, la prétendue exige de son futur époux qu'il l'amènera à Paris au moins une fois pendant sa vie.

Après avoir dîné, M. Bauyn nous mena dans son carrosse voir la Chartreuse, qui est une des belles du royaume 3. On y voit dans l'église les tombeaux des ducs de Bourgogne, qui sont très bien travaillés. Ensuite nous fûmes nous promener au Cours, beaucoup plus beau que celui de Paris. Je n'ai point vu de plus beau pays que celui qui est entre Dijon et Lyon. Chanceaux. — Après être restés deux jours à Dijon, nous fûmes coucher à Chanceaux^ Nous y mangeâmes de bonnes perdrix rouges. C'est des environs de cette petite ville qu'on tire l'épine-vinette, dont on fait de

1. Jean-Baptiste Bauyn, reçu conseiller au parlement de Dijon le 8 août 1674, mourut le 8 septembre 1727.

2. Louise Rémond, fille d'un maître en la Chambre des comptes de Bourgogne.

3. Elle était située à l'extrémité du faubourg d'Ouche, et avait été fondée par le duc Philippe le Bon. Il y en a une description dans le Dictionnaire géographique de la France, par l'abbé Expilly, t. II, p. 643.

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