Au nord-est de Toulon, sur la route d'Hyères
2. Claude-Elisée de la Bruyère de Court, capitaine de vaisseau depuis 1704, devint chef d'escadre en août 1715, en même temps que Duguay-Trouin, eut une place au conseil de marine en 1719, le grade de lieutenant général en avril 1728, celui de vice-amiral en 1750, quoique octogénaire, et mourut à Paris le 19 août 1752, à quatre-vingt-huit ans. Il avait été choisi par
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près la levée du siège de cette ville il alla rendre visite à M. de la Valette \ dans le château duquel M. de Savoie étoit logé pendant le siège, qui lui fit part que, une heure après que ce prince fut arrivé à la Valette, M. de Schulenbourg 2 y arriva, qui lui dit : « Monsei- « gneur (en s'approchant de lui), je souhaiterois avoir « l'honneur d'entretenir Votre Altesse Royale en parce ticulier. » A quoi le Savoyard dit : « Vous pouvez, « Monsieur, parler haut; M. de la Valette est un hon- « nête homme, et nous pouvons nous confier en lui ; » qu'à cet ordre M. de Schulenbourg avoit répliqué qu'il ne tenoit qu'à S. A. R. de faire la conquête à bon marché de la ville de Toulon ; que, dans le temps qu'il examinoit cette place, il avoit vu arriver nos bataillons, qui se campoient actuellement entre Toulon et la montagne ; qu'il n'y avoit presque aucun soldat avec les drapeaux, et qu'il étoit persuadé qu'en marchant seulement avec l'avant-garde, que ces bataillons abandonneroient bien vite le terrain pour se retirer au delà de la Durance ou dans la ville ; qu'à ce disle Régent comme sous-gouverneur de son fils le duc de Chartres et resta jusqu'à sa mort auprès de ce prince avec la charge de premier maître d'hôtel. Dangeau lui reconnaît du mérite; mais Saint-Simon prétend que « son nom n'étoit point faux, et que c'étoit de plus un pédant achevé. » En février 1744, c'està-dire vers l'époque à laquelle écrit notre auteur, il remporta un petit avantage sur les Anglais devant les îles d'Hyères.
1. François de Thomas, seigneur de la Valette, d'une ancienne famille de Provence, mort en 1714.
2. Mathias-Jean, comte de Schulenbourg, général d'artillerie au service de l'Empereur, s'était distingué à la tête des Saxons contre Charles XII et les Suédois. En 1711, il passa au service de Venise et resta pendant vingt-huit ans général-feld-maréchal des troupes de terre de la république.
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cours, le duc de Savoie avoit dit qu'il falloit, auparavant de prendre un parti, que le général de l'Empereur (c'étoit le prince Eugène) fût arrivé au camp, afin de concerter ensemble ce qu'il convenoit de faire. Il est à remarquer que le prince Eugène faisoit l'arrière-garde et qu'il ne devoit arriver qu'à la fin du jour : ainsi cela donnoit le temps à nos soldats d'arriver au camp. Après que M. de Scliulenbourg fut sorti, M. de Savoie dit à M. de la Valette : « Ma foi, Mon- « sieur, en voilà assez pour l'argent que les Anglois « et les Hollandois me donnent, » marquant par ce discours que son dessein n'étoit pas de se rendre maître de Toulon.
L'on dit aussi que l'évêque de Fréjus, que nous avons vu depuis cardinal et premier ministre \ avoit eu plusieurs conférences secrètes avec le Savoyard - :
1. André-Hercule de Fleury avait l'évêché de Fréjus depuis 1698. Nommé pi'écepteur de Louis XV par le testament de Louis XIV, il remplaça le duc de Bourbon comme premier ministre en 1726 et mourut dans cette fonction en 1743. Il était cardinal de la promotion de septembre 1726. La phrase de notre auteur semble indiquer que le cardinal était déjà mort à l'époque où ceci a été écrit.
2. Saint-Simon [Mémoires, éd. 1873, t. V, p. 306, et Addition au Journal de Dangeau, t. XI, p. 426-431) a raconté que l'évêque, séduit par les politesses du duc de Savoie, le reçut solennellement à la porte de sa cathédrale et fit chanter le Te Deum pour l'occupation de la ville, et que le Roi en fut dans une telle colère, que Torcy, ami du prélat, eut bien de la peine à empêcher sa disgrâce. Au contraire, le Dictionnaire de Moréri exalte sa conduite patriotique, et Fréret, dans son Eloge du cardinal [Histoire de V Académie des inscriptions, t. XVI, p. 359), rapporte une réponse pleine de dignité qu'il fit à Victor-Amédée quand celui-ci l'invita à le reconnaître pour son souverain. Malgré le caractère de panégyrique de ces deux ouvrages, il
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ce qui fut la cause que l'armée de ce prince fut si longtemps à se rendre devant cette place. Plusieurs allèguent deux autres raisons de la marche pesante de cette armée : la première, qu'elle étoit obligée de côtoyer les bords de la mer, parce qu'elle tiroit sa subsistance de la flotte ennemie, qui essuya pendant quelques jours les vents contraires; la seconde raison, qu'elle étoit obligée de marcher lentement, non seulement par rapport aux corps de troupes que commandoit le marquis de Sailly\ qui l'avoit arrêtée plusieurs jours au passage du Var, mais encore par rapport aux paysans qui l'harceloient continuellement.
Il est à présumer cependant que, si M. de Savoie avoit voulu paroitre à la tête de l'avant-garde de son armée, il étoit impossible que la foiblesse de nos bataillons nous eût permis de soutenir la moindre attaque, et, par conséquent, que nous aurions été obligés de nous retirer bien vite.
Le lendemain 26, tous nos soldats avoient joint leurs drapeaux à dix heures du matin. Je jugeai que, puisque les ennemis ne nous avoient pas attaqués jusqu'à ce moment, nous étions en état de faire échouer
ne semble pas qu'il y ait lieu d'admettre dans son intégrité le récit de Saint-Simon, que rien ne vient confirmer formellement. Sourches, Dangeau ni la Gazette n'en parlent pas, non plus que la Gazette d'Amsterdam, qui cependant (Extr. lxhi) raconte qu'à Grasse l'évêque vint complimenter Victor-Amédée et lui offrir une contribution.
1. Aymard-Louis, marquis de Sailly (1655-1725), était lieutenant général depuis le mois d'octobre 1704 et avait épousé une Saint-Hermine, parente de la comtesse de Mailly, dame d'atour de la duchesse de Bourgogne. M. de Sailly commandait un petit corps isolé de cinq ou six bataillons.
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entièrement le projet qu'ils a voient sur Toulon. J'écrivis dès le même jour à mes amis et à mon frère, auteur de V Histoire militaire de Louis XIV, que cette place étoit sauvée; car nous avions vingt-six bons bataillons retranchés dans un camp, dans lequel nous étions comme dans une citadelle : car il commençoit à notre droite depuis le glacis jusqu'à la montagne de Sainte-Anne \ où étoit appuyée la gauche de la première ligne, et, s'étendant sur cette montagne, il couvroit la droite de notre seconde ligne, dont les troupes qui la composoient nous tournoient le dos et par conséquent faisoient face du côté de Marseille; et ensuite ce retranchement se rendoit sur le glacis de la place. La première ligne étoit composée de dix-huit bataillons^, savoir : trois de la Marine, deux de Vexin, brigadier M. Le Guerchoys; deux de Bourgogne, deux d'Esgrigny^ et un de Gotentin, brigadier M. le chevalier des Touches ; deux de Mirabeau et un de l'Ile-de- France, brigadier le marquis de Broglie; deux de Tessé, deux de Forez* et un de Bugey^ brigadier le