‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 136 sur 183 · Ci-après, p · texte numérisé non relu

Ci-après, p

2. C'est le 19 juillet que le duc de Savoie avait marché au Mont-Cenis, et, le 20, son armée commença à descendre sur Lans-le-Bourg; ce qui força les garnisons françaises à se replier. [Mémoires militaires, p. 233 ; Mémoires de Sourches, t. XI, p. 140.)

3. L'armée française était commandée par le duc de Bourgogne et par Vendôme.

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passer un officier général. Mais quelle fut la surprise de notre colonel, lorsqu'il envisagea le personnage qui avoit occasionné ce bruit! C'étoit le sieur Gaudion^, trésorier général de l'armée, qui, malheureusement, lui avoit refusé de l'argent deux jours auparavant, a Ah ! c'est vous, M. Gaudion, qui faites ouvrir les « rangs des soldats, lui dit M. de Soyecourt; vous êtes « bien insolent! Grenadiers, poursuivit-il brusque- « ment, faites descendre cet homme, et faites-le mar- (L cher à pied à votre tète. » L'ordre fut exécuté dans le moment, d'autant plus que le soldat étoit persuadé que c'étoit lui qui lui retenoit sa paye. Il y marcha bien pendant l'espace d'une heure. Gomme je le connoissois, je priai M. de Soyecourt de faire cesser cette comédie, a Je le veux bien par rapport à vous, me « dit-il ; mais que cela ne lui arrive plus. » M. Gaudion me remercia, et il remonta sur son cheval, bien honteux et bien mortifié. C'est lui que nous voyons présentement grand cordon de l'ordre de Saint-Louis^ et garde du Trésor royal.

Nous nous rendîmes à grandes journées, par Grenoble, proche le Fort-Barraux^. Deux jours de marche auparavant que notre régiment se rendît à Grenoble, j'y arrivai avec Pina, mon camarade, neveu de M*"® la

1. Nicolas Gaudion, d'abord greffier des commissions extraordinaires du Conseil, puis secrétaire du roi (1691), devint trésorier général de l'armée de Dauphiné (1706), puis de la marine (1710), et enfin fut garde du Trésor royal de 1731 à 1749; il mourut en octobre 1751, à soixante-dix ans.

2. Il devint en 1719 trésorier de l'ordre de Saint-Louis et conserva cette charge jusqu'à sa mort.

3. Village fortifié sur la route de Grenoble à Chambéry, à une lieue sud-ouest de Montmélian.

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présidente de Ponnat^ Après nous être adonisés^, il me mena chez elle. Nous y fîmes un concert, et, le jour que le régiment traversa cette ville, la présidente, plusieurs dames et demoiselles se rendirent dans une boutique pour le voir passer. Il pleuvoit à verset..

Notre armée s'assembla dans la plaine sous le Fort- Barraux. Le quartier général étoit à la Bussière^ notre droite à l'Isère et la gauche à la montagne. Le Fort-Barraux est à une lieue et vis-à-vis de Montmélian.

M. de Médavy, qui commandoit en Savoie, ne se croyant plus assez fort, abandonnoit le terrain à mesure que M. de Savoie avançoit, et enfin, à force de reculer, ses troupes nous joignirent au camp de la Bussière. J'étois auprès du maréchal lorsque ce général vint lui rendre compte des raisons qui l'avoient obligé de se conduire de cette manière. Il en fut très mal reçu^ A l'égard du duc de Savoie, il s'avança

1. Femme de Gaspard de Ponnat, président au parlement de Grenoble depuis 1678.

2. « Ce verbe, qui est un terme de plaisanterie et de pure conversation, s'emploie pour marquer le trop grand soin que prend un homme de s'ajuster, pour paroître plus jeune ou plus beau. » [Dictionnaire de Trévoux.)

3. Ici se place dans le manuscrit une courte anecdote, que son allure par trop soldatesque nous oblige à supprimer. Probablement elle n'eût guère effarouché la pruderie de nos pères ; mais il n'en serait certainement pas de même aujourd'hui.

4. Village au sud de Fort-Barraux, sur la route de Grenoble à Montmélian.

5. Il en résulta une brouille entre Villars et son lieutenant, et M. de Médavy s'en alla prendre les eaux. [Mémoires de Sourches, t. XI, p. 150.)

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jusqu'à Saint-Jean-de-Maurienne, à Saint-Remy et à la Chambre ' .

Pendant que nous restâmes dans le camp de la Bussière, il nous arriva, pour La Bussière et pour moi, vingt-deux galériens faits à peindre, excepté un seul, qui, par bonheur, ne tomba point dans mon lot. Gomme ils étoient en haie, M. de Gostebelle^, capitaine au régiment, le reconnut; il avoit mangé avec lui à table d'hôte il y avoit trois ou quatre ans. « Eh! « Monsieur, lui dit Gostebelle, quel malheur vous « est-il donc arrivé? » — « Monsieur, lui répliqua ce « misérable, j'aurai l'honneur de vous en dire la rai- « son en particulier. » Nous apprîmes depuis que, étant capitaine au régiment de [la Sarre], il avoit eu le malheur de tuer un homme par derrière, que les officiers de son régiment, ne voulant point qu'un de leurs camarades fût rompu vif, avoient tenu un conseil de guerre, par lequel ils l'avoient condamné, comme déserteur, aux galères, et qu'ils l'avoient fait partir sur-le-champ. Il est à remarquer que le régiment où il avoit été capitaine étoit précisément de notre brigade^, et qu'il arrivoit souvent que les caporaux de la compagnie dont il avoit été capitaine le mettoient en faction. Les soldats l'appeloient le Petit Capitaine; il se faisoit aimer de tout le monde. Il avoit un frère

1. La Chambre est un bourg situé au nord de Saint-Jean-de- Maurienne, au confluent de l'Arc et du Glandon; le village de Saint-Remy est un peu en aval de la Chambre.

2. Ci-dessus, p. 264; c'était sans doute un membre de la famille Pastour de Gostebelle. (Saint- Allais, Nobiliaire de France, t. I, p. 105.)

3. C'était le régiment de la Sarre; notre auteur avait laissé plus haut le nom en blanc.

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capitaine de grenadiers d'un vieux régiment; il étoit bon gentilhomme et d'une ancienne famille de Paris. Deux ans après, car La Bussière lui avoit donné son congé absolu, je le trouvai à Gambray : il étoit lieutenant dans un régiment espagnol; les officiers m'en dirent beaucoup de bien.

Soit que le dessein du duc de Savoie fût de faire la conquête de son duché, soit que ce fût une feinte pour attirer l'armée du Roi dans la Savoie afin de se jeter ensuite sur Briançon, ce prince, voyant que toutes les troupes qui la composoient étoient arrivées dans la plaine sous le Fort-Barraux , fit marcher promptement son armée par le col de la Roue S pour tâcher d'arriver devant nous à Briançon. Si son projet avoit réussi, il auroit fait le siège de cette place, et il nous auroit ôté la communication des vallées d'Oulx, de Pragelas et de Queiras; peut-être auroit-il fait aussi la conquête du Mont-Dauphin. Mais le maréchal de Villars, à qui on avoit dit que le maréchal de Gatinat avoit passé autrefois à la tête de huit cents hommes le mont Galibier^, prit le parti d'y faire passer son armée, après avoir laissé deux régiments de dragons et douze bataillons, aux ordres du comte de Médavy, en Savoie.

Nous levâmes donc le camp de la Bussière le 31 juillet, et, après avoir traversé un petit ruisseau

1. Col peu fréquenté, entre Modane et Bardonèche, qui faisait communiquer la vallée de l'Arc et celle de la Doire; pour atteindre Briançon, il fallait encore que Victor-Amédée passât le col du mont Genèvre.

2. Massif montagneux qui sépare la vallée de la Durance du point le plus méridional de la vallée de l'Arc.

qui sépare le Dauphiné d'avec la Savoie*, nous fûmes camper sous Montmélian. Notre régiment eut ordre d'aller loger dans la ville. Notre colonel et tous les capitaines qui étoient mes anciens étant absents (ils étoient allés à Grenoble pour se divertir), je me trouvai commander le régiment, honneur qui ne m'étoit pas encore arrivé. Ainsi l'on apporta chez moi les six drapeaux^. Je me persuadai que c'étoit un bon augure pour moi, et que l'année ne se passeroit pas sans être colonel; mais inutilement je me flattai de cette idée.

Montmélian. — Les fortifications de Montmélian, qui avoit été une des plus fortes places de l'Europe, étoient entièrement rasées ; la ville étoit ouverte partout^. Elle est à deux lieues de Chambéry, sur la rive droite de l'Isère. Elle étoit la seule place forte que le duc de Savoie avoit dans ce duché.

Saint-Jean-de-Maurienne. — Le 1" août, nous fûmes camper à Saint-Jean-de-Maurienne, ville éloignée de Montmélian de sept lieues. La marche fut bonne pour une armée. Nous campâmes dans le même terrain où les troupes de M. de Savoie a voient campé ^. Cette ville est la capitale du comté de Maurienne, située dans une vallée sur l'Arc, petite rivière

1. Le Glandon, petit affluent de l'Isère, un peu au sud de Montmélian.

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