Tome I, p. 190-191; sur le versant italien
3. Antoine-Balthasar de Longecombe, marquis de Thouy, ancien colonel du régiment d'Angoumois, était lieutenant général depuis 1704. A la paix d'Utrecht, il continua à servir en Espagne contre les Catalans et reçut le grade de capitaine général. Gouverneur de Belle-Isle en 1722, il mourut en 1726.
4. Ci-dessus, p. 75. Il était colonel du régiment de la Sarre, ainsi que l'auteur le dira tout à l'heure, p. 307.
5. Pierre-Maximilien Pajot, seigneur de Villeperrot, colonel du régiment de Beauvaisis depuis août 1707, parviendi'a en 1734 au grade de maréchal de camp. C'était le fils cadet du contrôleur général des postes.
306 MÉMOIRES [Août 1708]
Genèvre et Césanne huit à neuf cents hommes, qu'il fît attaquer par nos grenadiers et par cinquante dragons à cheval commandés par le chevalier de Gastellane^, qui fît une très belle action, dont je fus témoin; car j'avois suivi le comte de Muret, mon parent. M. de Castellane attaqua avec ses seuls dragons un corps de grenadiers posté sur une hauteur; il les en chassa et il les poursuivit jusqu'à Césanne. Les neuf cents ennemis, ayant été obligés de céder le terrain à nos troupes, se retirèrent à Césanne, où ils trouvèrent une partie de leur arrière-garde, qui favorisa leur retraite; mais ils n'y furent pas longtemps, car M. de Thouy fît attaquer sur-le-champ cette petite ville, dont la moitié est en deçà de la Doire et l'autre en delà^, et, malgré le feu vif et continuel de la mousqueterie des ennemis, qui étoient soutenus par leur armée, que nous voyions en bataille de l'autre côté de la ville, il les força de l'abandonner^. Ce général eut ses deux aides de camp blessés à ses côtés. Nous perdîmes dans ces deux actions cent cinquante hommes de tués ou de blessés, six officiers de blessés, dont M. d'Argenson^, capitaine dans le régiment de ***. Cet officier
1. Sans doute un des cinq chevaliers de Malte fils de Jean II de Castellane-Esparron.
2. Dangeau dit même : les deux Césanne, ainsi que les Mémoires militaires, cette place formant deux villes distinctes, que la Doire séparait.
3. Mémoires de Sourches, t. XI, p. 154; Journal de Dangeau, t. XII, p. 202; lettre du maréchal de Villars, du 12 août, dans les Mémoires militaires, t. VIII, p. 258-260.
4. Félicien de Bossin, chevalier d'Argenson, d'une famille toute différente de celle des Voyer de Paulmy, avait été aide de camp de Vendôme en 1705 ; il devint par la suite comman-
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étoit de Grenoble. Gomme on le transportoit à Briançon sur un brancard, le maréchal s'approcha de lui, et il lui fit beaucoup de politesses. Après les deux actions, qui durèrent bien deux heures, les officiers généraux et particuliers qui s'y étoient trouvés vinrent au-devant du maréchal. Nous fûmes tous étonnés du compliment (ju'il fit au comte d'Autrey, colonel du régiment de la Sarre, qui s'y étoit certainement bien signalé et qui y avoit essuyé bien des coups de fusil, et cela à la vue du général et des officiers généraux : « M. d'Autrey, « lui dit-il, vous voudriez bien avoir tous les jours une c( besogne aussi facile que celle-là à faire? » Ge discours fit hausser les épaules à tout le monde, et on en fut indigné. Quoiqu'il n'adressât la parole qu'à M. d'Autrey, on ne s'apercevoit que trop que ce discours s'adressoit aussi aux officiers généraux et à tous les officiers particuliers qui s'étoient trouvés dans les deux actions^.
Le maréchal de Villars ne faisoit plaisir à qui que ce soit, quand même on auroit fait les actions les plus éclatantes. Au contraire, il étoit très dangereux à l'officier, pour peu qu'il n'eût pas entièrement rempli son devoir. Il ne songeoit qu'à lui, tant pour s'attirer à lui seul la gloire d'une affaire, que pour en avoir la récompense^.
Le duc de Savoie fit décamper son armée des hau-
deur de l'ordre de Saint-Louis et gouverneur de Gap (juillet 1716); il mourut le 10 juin 1734, à cinquante-quatre ans.
1. Et cependant, dans sa lettre au Roi citée ci-dessus, p. 306, note 3, le maréchal qualifie M. d'Autrey de « très bon officier ».
2. C'est exactement ce que dit Saint-Simon. {Mémoires, éd. Boislisle, t. X, p. 311, 315 et 318.)
308 MÉMOIRES [Août 1708]
teurs de Césanne à l'entrée de la nuit, pour se retirer, une partie dans la vallée de Pragelas, et l'autre dans la vallée d'Oulx. A l'égard du maréchal, il remonta le mont Genèvre, où il coucha. Je fus souper ce soir-là chez lui. On étendit des nappes sur l'herbe, et on servit dessus le souper. Il nous parut très content de sa journée. Pendant le repas, il demanda où étoit donc M. de Montgon, lieutenant général. On ne lui eut pas plus tôt dit qu'il étoit resté malade à Briançon, qu'il se mit sur-le-champ à chanter :
Il est en embuscade
Dans les beaux yeux d'Iris ^ .
Notre général étoit un peu ratier et malin ; car tout le monde sa voit que M. de Montgon ne se piquoit pas beaucoup de valeur. Gomme il avoit beaucoup d'esprit, il en badinoit même le premier^. Gette action est la seule qui se soit passée à notre avantage dans le Dauphiné.
Le 1 1 , notre armée fut camper sur les hauteurs du col de Sestrières^, que les ennemis avoient abandonné le jour d'auparavant.
Le 121, nous y séjournâmes. Le terrain où nous étions campés étoit rempli de manne ^.
1. Villars était « un répertoire de romans, de comédies et d'opéras, dont il citoit à tout propos des bribes ». [Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. X, p. 311.)
2. Notre chevalier est d'accord avec Saint-Simon [ibid., t. III, p. 120 et 122, IV, p. 166, et X, p. 80-82) sur le courage douteux de cet officier, chez qui « l'esprit réparoit la valeur ».
3. Ce col fait communiquer, à la hauteur de Césanne, la vallée du Cluson avec la haute vallée de la Doire-Ripaire.