Déjà dit ci-dessus, p
326 MÉMOIRES [Juin 1709]
ET l'hiver suivant.
Le froid, depuis la veille des Rois^ fut si violent, et il dura si longtemps, que les troupes, tant celles des ennemis que les nôtres, sortirent très tard de leurs garnisons et de leurs quartiers d'hiver pour entrer en campagne. Comme rien ne pressoit, je ne partis de Paris, avec mon ami La Bussière, que le 9 juin, pour nous rendre en Flandres. Nous avions envoyé deux mois auparavant nos chevaux au régiment ; ainsi nous fûmes obligés de nous en aller par le carrosse d'Arras. Une amie de ma maîtresse, qui avoit une terre en deçà de Senlis, lui proposa de venir me conduire dans son carrosse et de coucher dans son château la nuit que le carrosse de voiture^ coucheroit à Senlis : ce que nous acceptâmes très volontiers. Je laissai donc aller le carrosse d'Arras, et je m'en allai avec ces deux dames. Par ce moyen, je passai encore vingt-quatre heures avec une personne que j'aimois tendrement et qui, je puis dire, m'aimoit de même. Enfin il fallut nous séparer. Je partis en poste à la petite pointe du jour pour Senlis; j'y arrivai une heure auparavant que le carrosse en sortît. Je trouvai La Bussière, qui