‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 16 sur 183 · Voyez ci-après, p. 28, n · texte numérisé non relu

Voyez ci-après, p. 28, n

2. Le marquis de Louvignies, d'origine wallonne ou lorraine, était depuis 1698 colonel d'un régiment allemand au service d'Espagne ; il deviendra par la suite maréchal de camp et gouverneur de Lerida, où il mourut en novembre 1710.

3. Jean-Joseph-Philippe, troisième fils du comte d'Harrach qui fut ambassadeur de l'Empereur à Madrid jusqu'en 1098, était né en 1678 et devint feld-maréchal-général en 1723.

24 MÉMOIRES [Juillet 1704]

les autres officiers de la place ne fussent convenus auparavant de se rendre, eux et la garnison, prisonniers de guerre ! Malgré tout ce que put dire le comte d'Harrach pour obtenir une capitulation plus honorable, notre général s'opiniàtra toujours à ne vouloir point les écouter qu'ils ne fussent d'accord sur ce premier article. Le major de la place fut rendre compte au gouverneur de la proposition de M. de Vendôme, qui se rendit avec le comte d'Harrach et nos officiers généraux dans une abbaye^ qui étoit près de la queue de la tranchée, pour attendre la réponse. Y étant arrivé, plusieurs officiers généraux prirent ce prince en particulier, et ils lui marquèrent la surprise où ils étoient de ce qu'il s'opiniàtroit d'avoir cette garnison prisonnière de guerre; ils lui exposèrent qu'elle pouvoit tenir encore au moins trois semaines et obtenir une capitulation plus honorable. « Messieurs, leur a. répondit M. de Vendôme, c'est par rapport à vos « raisons mêmes que je les veux avoir prisonniers de « guerre. Il leur manque certainement quelque chose, « puisqu'ils veulent capituler si promptement. Je vous a donne ma parole qu'ils acquiesceront à ma propo- « sition. p Cependant il y avoit déjà presque cinq heures que M. de Vendôme attendoit la réponse du gouverneur, et, comme il commençoit à s'impatienter, il envoya un officier lui dire que, s'il retardoit encore, il lui renverroit son otage. Enfin le major revint, qui dit à M. de Vendôme la surprise où étoit

1. C'est celle dont parlent les Mémoires de Sourches, t. VIII, p. 398. Elle ne ligure pas sur la carte spéciale du siège de Verceil donnée par le général Pelet dans l'atlas des Mémoires militaires.

[Juillet 1704J DU CHEVALIER DE QUINCY. 25

M. des Hayes; que cette proposition l'a voit si cruellement touché, qu'il avoit dit tout en colère que, plutôt que d'accepter une telle capitulation, il périroit plutôt l'épée à la main, étant persuadé que toutes les troupes qui composoient sa garnison étoient dans les mêmes sentiments. M. de Vendôme renvoya le major de la place, accompagné de M. d'Esgrigny, intendant de l'armée, et de M. Duchy^ général des vivres. Ces deux messieurs furent envoyés pour engager le gouverneur à se soumettre aux volontés de notre général ; mais tous leurs discours ne servirent qu'à l'aigrir davantage. Il leur dit que, malgré sa maladie, il se feroit porter plutôt sur la brèche, et qu'il s'y feroit tuer et ensevelir sous les ruines; que tous les officiers et tous les soldats en feroient de même. M. d'Esgrigny et M. Duchy, après plusieurs contestations, revinrent à l'abbaye trouver M. de Vendôme. Us lui amenèrent M. de Préla, lieutenant de roi de la ville, qui supplia le duc de Vendôme d'accorder une capitulation telle qu'on accorde à une garnison qui s'est défendue avec toute la valeur possible. « Monsieur, « lui dit notre général, je me lasse de l'opiniâtreté de <i votre gouverneur. Je vous donne encore deux « heures à vous déterminer ; mais, passé ce temps, « il n'y aura plus de capitulation. Il y a déjà long- « temps que j'attends; je m'en impatiente'-^. » Le

1. Jean-Baptiste Berthelot, seigneur de Duchy et de Bellebat (1672-1740), fut receveur général à Paris en 1706, après avoir été général des vivres en Italie; il devint fermier général en 1718, puis intendant des Invalides.

2. Voyez ce que disent les Mémoires de Sourc/ies, t. IX, p. 28, à propos des exigences de Vendôme dans cette circonstance.

26 MÉMOIRES [Juillet 1704]

prince Pio* et le sieur Magnani', secrétaire du duc de Vendôme, accompagnèrent M. de Préla. M. des Ilayes, qui ne pouvoit avaler cette pilule, fut encore bien deux bonnes heures à se déterminer. A la fin, il se soumit à la discrétion de M. de Vendôme, qui accorda que la garnison sortiroit par la brèche, tambours battants, mèches allumées, balles en bouche, enseignes déployées, avec deux pièces de canon, mais qu'en arrivant sur le glacis elle y poseroit ses armes, elle y laisseroit les deux pièces de canon, et elle seroit prisonnière de guerre. Nous n'avons jamais pu savoir ce qui avoit pu déterminer M. des Hayes à faire une telle capitulation. La brèche étoit si impraticable, qu'une partie des troupes qui composoient la garnison fut occupée, pendant la nuit qui précéda l'évacuation de la place, à la rendre praticable. Elle étoit encore, je parle delà garnison, composée de près de quatre mille hommes, en comptant les officiers. Elle n'a voit aucunement souffert ; les officiers et les soldats avoient de très bons visages^.

1. François Pio de Savoie y Cortereal, d'une famille agrégée à la maison de Savoie en récompense de ses services, était colonel du régiment de Lombardie (ci-dessus, p. 17) depuis 1702. Philippe V lui donna la Toison d'or en 1708 et le fit capitaine général et gouverneur de Madrid (1714) et de Catalogne (1715), et grand écuyer de la princesse des Asturies (1721); il mourut noyé dans une inondation, à Madrid, le 15 septembre 1723.

2. N. Magnani ou Magnanis, né à Perpignan, secrétaire et compagnon de débauche de Vendôme, avait un frère aumônier du prince et un autre capitaine dans son régiment.

3. Les Mémoires de Sourches (t. IX, p. 25-26) donnent la raison de cette reddition de Verceil. D'après une lettre chiffrée de M. de Préla, qui fut interceptée et envoyée à Versailles pour être déchiffrée, presque tous les officiers et un grand

[Juillet 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 27

Le lendemain de cette capitulation, me promenant devant ma tente, je vis arriver un garde du marquis de Vaubecourt, (jui avoit été nommé gouverneur de la place, suivi d'un officier ennemi qui demandoit où étoit ma tente. Dès que j'entendis nommer mon nom, je m'avançai. Je fus bien surpris de voir mon ancien camarade, le comte de Moret^ avec qui j'avois été mousquetaire du Roi. Après nous être embrassés tendrement, je lui demandai la raison pour laquelle il étoit dans ce pays. « J'étois dans Verceil, me répon- <t dit-il, au service de mon prince. Je suis lieutenant « dans le régiment de ses gardes, avec commission <r de capitaine. J'ai quitté le régiment de Monroux^, « où j'avois une compagnie, aussitôt que j'ai reçu € l'ordre de S. A. R., et le chevalier de Solari^, mon « frère et votre bon ami, a aussi abandonné sa com- « pagnie dans le régiment de Saint-Second^ pour ser- « vir aussi notre souverain. Il est aussi lieutenant, « avec commission de capitaine, dans le régiment des « gardes. Il est retenu dans son lit par rapport à la

nombre de soldats étaient malades, et la garnison était incapable de soutenir un assaut. Cette lettre est publiée dans les Mémoires militaires, t. IV, p. 816. De toute la garnison, il ne sortit que quatorze cents hommes valides [Sourches, p. 28 j.

1. Ce comte de Moret, N. Solari, est le frère de celui qui a passé ci-dessus (p. 15). Il avait pris le titre de comte à la mort de son aîné (ci-après, p. 28).

2. Régiment au service de France formé en 1690 avec les débris de divers régiments piémontais et commandé par le Savoyard Philippe-Marie de Monroux, qui parviendra en 1710 au grade de lieutenant général et mourra en 1715.

Page 1