Levé en
6. C'est la ligne tirée depuis le centre de la derai-Iune jusqu'à la pointe. [Dictionnaire de Trévoux.)
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aussi sur les angles flanqués du chemin couvert. Ensuite la sape fut continuée le long de la contrescarpe, ce qui obligea les ennemis d'abandonner entièrement le chemin couvert, d'autant plus que la batterie à ricochet qui étoit au delà de la Sesia les fatiguoit infiniment. Cependant on ne put encore les chasser de quelques traverses que le 5.
Le 6, MM. de Bouligneux et de Goësbriant étant de tranchée, on travailla à plusieurs batteries sur le chemin couvert, pour battre en brèche la demi-lune ; on y travailla jusqu'au 10, pendant lequel temps on travailla à saigner le fossé et à faire trois galeries pour y descendre.
Le 10, le régiment monta la tranchée avec cinq autres bataillons, aux ordres de M. de Las Torrès, de M. d'Aubeterre et du marquis de Broglie^. C'étoit un jour maigre; M. d'Aubeterre, qui étoit dévot ou qui le faisoit, nous donna un dîné superbe en maigre. Il avoit fait venir du poisson de presque tous les lacs d'Italie. Il y avoit une table en long, de soixante-quinze couverts, couverte des plus beaux poissons que j'aie jamais vus^. Dans le temps que nous allions nous mettre à table, il tomba une bombe près de la table. En crevant, elle couvrit si malicieusement tous les plats de terre, qu'on ne voyoit plus les poissons. Cet
1. Charles-Guillaume, marquis de Broglie, frère aîné du second maréchal, était colonel du régiment de l'Ile-de-France; il épousa en 1710 la fille du futur chancelier Voysin, et parvint en 1718 au grade de lieutenant général. Notre auteur parlera plus longuement de lui dans le récit de la campagne de 1705.
2. Sur le luxe dans les armées, voyez ci-dessus, p. 17, et tomel, p. 90, et le commentaire des Mémoires de Saint-Simon (éd. Boislisle), t. XIII, p. 343-344, et t. XIV, p. 414-415.
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accident nous fit beaucoup de peine. Elle en fit davantage au comte d'Aubeterre; car cette bombe fit ce ravage dans le temps que tout le monde faisoit compliment à ce général de la magnificence avec laquelle il régaloit les officiers de la tranchée. Nous autres officiers particuliers, nous ne fûmes cependant pas la dupe de madame la bombe; avec nos cuillers, nos fourchettes et nos couteaux, nous enlevâmes le mieux que nous pûmes la terre qui couvroit les poissons, que nous mangeâmes avec autant de plaisir que si l'accident n'étoit point arrivé. La nuit d'ensuite, les eaux du fossé s'écoulèrent entièrement.
La nuit du 11 au 12, les mineurs se logèrent à la demi-lune. M. de Ménestrel, colonel du régiment de Beaujolois^ et beau-frère de M. de Bezons^, fut tué, regretté généralement, non seulement de tous les officiers généraux, mais de tous les officiers particuliers. Son régiment fut donné à M. deLutteaux, son frère^.
Le 12 et le 13, on ne cessa de battre en brèche la demi-lune. Le 14, nos mineurs furent obligés de quitter plusieurs fois leurs travaux par le grand nombre de feux d'artifices dont les assiégés les accabloient.
La nuit du 1 5 au 16, Lombardie, Piémont, la Sarre '^
1. N. Le Ménestrel de Hauguel de Lutteaux, fils d'un « homme d'affaires » de Paris [Sourches, t. IX, p. 20), avait ce régiment depuis décembre 1702.
2. Le futur maréchal de Bezons (tome I, p. 81) avait épousé en 1694 Marie-Marguerite Le Ménestrel.
3. Etienne Le Ménestrel de Lutteaux, d'abord capitaine de cuirassiers, devint lieutenant général en 1738 et mourut à Lille, en 1745, de blessures reçues à la bataille de Fontenoy.
4. Levé en Lorraine, en 1651, par le maréchal de la Ferté, ce régiment prit, en 1685, le nom de la Sarre.
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et Berwick étant de tranchée aux ordres de MM. de Ghemerault, de Ghartoigne et d'Estaires\ ce premier fit attaquer la demi-lune, quoiqu'il n'y eût qu'une brèche à passer dix hommes de front. M. de Maranval, précédé d'un sergent et de cinq grenadiers, s'en empara à la tête de trente grenadiers, et ensuite on travailla à s'y loger. Le tout se fit sans beaucoup de perte de notre part. Ce même jour, on éleva une batterie sur la place d'armes du chemin couvert, pour battre en brèche la courtine. Nous eûmes une soixantaine d'hommes de tués ou de blessés pendant cette tranchée.
La nuit du 16 au 17, le régiment de Garaccioli, ceux de Normandie, de Sourches et de Groy relevèrent la tranchée aux ordres de MM. de Langalerie, Toralva et Garaccioli. Nos travailleurs furent obligés d'abandonner un boyau qu'ils avoient fait avec des gabions et des sacs à terre pour faire une communication tirant vers la face de la droite du bastion gauche. M. Garré, capitaine au régiment de Groy, un lieutenant et un sous-lieutenant de Normandie furent tués avec vingt-cinq soldats, et une centaine de blessés; M. de Maurignac, capitaine des grenadiers, M. de Saussicourt, aide-major de ce régiment, MM. Menu, brigadier des ingénieurs, et Digats, ingénieur, furent blessés.
La nuit du 17 au 18, d'Avesane-espagnol, la Vieille- Marine, la Sarre et l'Ile-de-France relevèrent la tranchée, aux ordres de MM. de Bouligneux, d'Arène et d'Orgemont. Nous eûmes six hommes de tués et quinze
1. Le manuscrit, suivant V Histoire militaire, dit ici : M. Destorces; c'est le comte d'Estaires (tome I, p. 356).
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de blessés. Ce jour-là, on fît plusieurs épaulements dans les tranchées, et on occupa tout le dedans de la demi-lune.
Prise de Verceil. — La nuit du 1 8 au 19, les ennemis voyant nos mineurs attachés aux deux bastions du front attaqué, ou plutôt leur manquant quelque chose de nécessaire pour continuer à défendre la place, comme il est à présumer, ils demandèrent à capituler. C'étoit MM. de Colmenero, d'Aubeterre et de Montsoreau qui étoient de tranchée. On fut très surpris, dans notre armée, de ce que les assiégés vouloient se rendre si promptement, d'autant plus qu'il n'y avoit aucune brèche au corps de la place et qu'ils avoient une seconde enceinte, dont nous ne pouvions nous rendre maîtres qu'avec du canon ' .
M. de Vendôme se rendit sur-le-champ à la tranchée. Il envoya M. de Guerchy, brigadier, et M. de Louvignies, colonel d'un régiment espagnol^, pour otages dans la ville. M. des Hayes, gouverneur de Verceil, qui étoit malade, envoya de son côté le comte d'Harrach, colonel d'un régiment portant son nom \ et le major de la place. Quel fut notre étonnement, j'y étois présent, lorsque nous entendîmes le discours de M. de Vendôme à ces Messieurs : qu'ils ne dévoient s'attendre à aucune capitulation que M. des Hayes et