Louis-Adrien de Creny, d'une famille de Normandie
2. Charles d'Angennes de Poigny, colonel d'un régiment d'infanterie, était brigadier depuis le mois de juin 1708; il avait reçu à Oudenarde une grave blessure, et fut tué à Malplaquet, à l'âge de trente ans. Il avait épousé la fille de M. Desmaretz de Vaubourg, frère du contrôleur général. C'était un homme très estimé, quoique bègue. [Mémoires de Sourches, t. XII, p. 64.)
3. D'après la Gallia christiana, t. III, p. 393, cette abbaye ne fut fondée qu'en 643.
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plaine de Lens notre armée d'un seul coup d'œil nous faisoit plaisir, celui de voir à vu d'oiseau deux armées si formidables, qu'une petite rivière séparoit, nous donna beaucoup plus d'admiration. Je ne pus m'empècher de faire des réflexions touchant le triste état d'un pays obligé de contenir tant de troupes. Quelle cruelle désolation ! N'y aura-t-il jamais de bornes à l'ambition des princes? Seront-ils toujours les tyrans des peuples, et non leurs pères?
Le 24 juillet, le marquis de Nangis, maréchal de camp^ le chevalier d'Albergotti, brigadier^, et M. de Montaran ^, capitaine aux gardes, attaquèrent par trois endroits différents, à la tête de cinq cents grenadiers, l'abbaye d'Hasnon*, située sur la rive droite de la Scarpe, dans laquelle il y avoit deux cents hommes,
1. Louis-Armand de Brichanteau était maréchal de camp depuis le 19 juin 1708. C'était alors « le favori des dames » et « la fleur des pois » de la cour; mais il devait devenir en 1741 un « fort plat maréchal de France. » [Mémoires de Saint- Simon, t. XII, p. 17 et 271.)
2. Jacques, chevalier d'Albergotti, neveu (Dangeau dit : frère) du lieutenant général, était lieutenant-colonel du régiment de son oncle, et brigadier depuis novembre 1704. [Chronologie militaire de Pinard, t. VIII, p. 159.)
3. Michel Michau de Montaran, d'une famille de Bretagne, reçut une grave blessure à Malplaquet, et parvint, en 1719, au grade de brigadier; il mourut le 30 juin 1731, à cinquantesix ans. Il était, dit Saint-Simon [Mémoires, t. XVI, p. 100), « estimé dans son métier, fort gros et fort honnête joueur, et par là mêlé depuis longtemps avec le meilleur et le plus grand monde. »
4. Abbaye mixte d'hommes et de femmes, fondée dans le diocèse d'Arras à la fin du vu" siècle; elle fut, au xi% donnée aux religieux de l'ordre de Saint-Benoît. C'est aujourd'hui une
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qui furent tous sabrés ou faits prisonniers'. Nous perdîmes dans cette attaque douze grenadiers et le chevalier d'Albergotti, qui fut beaucoup regretté ; il promettoit beaucoup.
Le 23, le camp volant de M. d'Artagnan et celui de M. de Puyguyon^ arrivèrent à notre armée.
Ce jour-là, je fus voir, sur les quatre heures après dîner, le maréchal de Villars ; il n'y avoit que deux personnes avec lui. Un quart d'heure après, il nous dit : « Messieurs, je vais rendre visite au chevalier « de Saint-Georges. » Nous le suivîmes. Nous trouvâmes ce prince avec cinq ou six personnes de sa nation; il nous ordonna de nous asseoir. Nous restâmes une bonne heure avec lui. Sa conversation tomba et roula beaucoup sur la ville de Londres, et, touchant le grand froid que nous avions essuyé en France pendant le dernier hiver, il nous dit que, pendant un certain hiver, la Tamise avoit été prise, ce qui étoit une marque que le froid de cette année avoit été plus violent que celui de 1709, puisque cette rivière ne l'avoit point été pendant l'hiver dernier. Il nous parut qu'il se faisoit un plaisir de parler d'une nation à qui certainement sa maison n'avoit point d'obligation. Le maréchal parla ensuite sur les ma-
commune du canton de Saint-Amand, arrondissement de Valenciennes.
1. Mémoires militaires, t. IX, p. 66-67; Mémoires de Sourches, t. XII, p. 19.
2. François de Granges de Surgères, marquis de Puyguyon, avait eu un régiment de cavalerie dès 1691 ; maréchal de camp en 1704 et lieutenant général en juin 1708, il ne servit plus après Malplaquet.
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nœuvres de guerre : « Je chercherai, lui dit-il, les « occasions de combattre les alliés, malgré la supé- « riorité de leurs troupes, dans une belle place, dans « laquelle je pourrai faire manœuvrer mon infanterie « la baïonnette au bout du fusil, et, par ce moyen, « je suis presque assuré de la victoire. » Discours dont il auroit dû se ressouvenir lorsque l'armée du Roi marcha à Malplaquet pour s'approcher de celle des ennemis.
Le lendemain, un de mes amis, lieutenant au régiment de la Marine, vint me voir. Il me dit que le marquis de Fervacques, colonel du régiment de Piémont*, lui avoit donné une compagnie dans son régiment. « Vous allez avoir bien des affaires : tous les « lieutenants voudront en découdre avec vous, » lui répondis-je. — « Je m'y attends, » me répondit-il avec un air gai. Ce jeune homme n'avoit que dix-huit ans. Le jour suivant, il entra de bonne heure dans ma tente; sa contenance étoit fort tranquille. « Ces mes- « sieurs, me dit-il, sont venus au nombre de six, de « bon matin, pour me faire le compHment dont vous « m'aviez prévenu. J'en ai mis deux sur le carreau, « et ensuite je leur ai tenu ce discours : « Quoi, Mes- « sieurs! vous prétendez que je me batte contre tous « les lieutenants de trois bataillons? Je vous ai fait c( voir que j'étois digne d'entrer dans votre régiment.
1. Anne-Jacques de Bullion (1679-1745) avait eu d'abord le régiment de Bassigny, puis celui de Piémont en 1705; brigadier en 1710, il recevra le gouvernement du Maine et du Perche en 1715, l'ordre du Saint-Esprit en 1724, enfin le grade de lieutenant général en 1738.
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« En voilà deux par terre, qui mordent la poussière; « c'est assez. Le premier qui sera assez hardi pour « venir se battre contre moi, je lui casserai la tête « avec un pistolet. » Les quatre autres ne jugèrent « pas à propos de s'exposer témérairement; mais, en « s'en allant, le troisième me dit : Je vous trouverai « ailleurs, et sans être armé d'un pistolet. » Ce combat fit tant de bruit, que le marquis de Fervacques en fut informé dans le moment. Il ordonna les arrêts aux lieutenants, et sur-le-champ il en écrivit à la cour. Les malheureux lieutenants furent cassés. Quels reproches M. de Fervacques ne devoit-il pas se faire? ôter le pain, et, pour ainsi dire, l'honneur à de braves officiers ! Il est à présumer que ce colonel avoit tiré de l'argent du père du jeune homme. Le Roi et le ministre de la guerre devroient-ils souffrir une telle injustice?
Le 29, au matin, la nouvelle vint au camp que la ville de Tournay avoit capitulé après vingt jours seulement de tranchée ouverte^; on s'attendoit à une défense plus opiniâtre. Bien des gens sont excellents en second; mais, lorsque quelques affaires roulent sur leur tête, on ne trouve plus les mêmes personnes^. C'est ce qui arriva à M. de Surville dans la
1. C'est le 28 juillet au soir que M. de Surville battit la chamade, et la capitulation pour la ville fut signée le 29. M. de Surville se retira dans la citadelle avec ce qui restait de la garnison. [Mémoires militaires, t. IX, p. 69; Histoire militaire de Quincy, t. VI, p. 169-70; Gazette, p. 382-383; Gazette cV Amsterdam, n°^ lxii, lxiii et lxv; Journal de Dangeau, t. XIII, p. 1-2; Mémoires de Sourches, t. XII, p. 23.)
2. Le frère de notre chevalier, dans son Histoire, n'est pas aussi sévère pour M. de Surville ; il reconnaît au contraire qu'il
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défense de la ville et de la citadelle de Tournay, lui qui s'étoit si fort distingué, l'année d'auparavant, au siège de Lille, sous les ordres du maréchal de Boufflers.
Pendant que les ennemis faisoient le siège de la citadelle de Tournay, le maréchal de Villars fit toutes les dispositions possibles pour empêcher que les alliés ne fissent d'autres conquêtes après qu'elle se seroit rendue. Il distribua toutes ses troupes derrière les lignes et les inondations que nous avions faites pendant l'espace de dix-huit lieues. Nos lignes commençoient à l'Escaut, et elles s'étendoient jusqu'à Saint- Venant^ sur la Lys. Il se mit à portée de se rendre plus tôt à Mons que les ennemis. Pour nous, nous étions toujours de la grande armée, composée de soixante et quatorze bataillons et environ de cent vingt-cinq escadrons, dispersés derrière l'infanterie, notre droite à Denain et notre gauche vers Marchiennes, comme il a été dit ci-dessus.
Le 4 septembre, nous apprîmes que la citadelle de Tournay avoit été obligée de se rendre le jour d'auparavant, et que, faute de vivres, les officiers généraux
fit une belle défense avec une garnison trop faible pour une place aussi vaste, et en présence d'une armée assez nombreuse pour qu'on pût faire monter chaque jour la tranchée par des détachements plus forts que la garnison tout entière. Les trois brèches faites au corps de la place étaient praticables, et le fossé comblé depuis le 27.
1. Petite ville forte au nord-ouest de Béthune. La disposition et l'étendue de ces lignes, ainsi que la répartition des troupes qu'elles protégeaient, sont exposées en détail dans V Histoire militaire, t. VI, p. 171-175.
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et particuliers et toutes les troupes qui composoient cette garnison avoient été faits prisonniers de guerre ^ .
Dès que le maréchal de Villars fut informé de la nouvelle conquête que les alliés venoient de faire, il redoubla ses attentions, d'autant plus qu'il étoit persuadé, vu la supériorité de leurs troupes, qu'ils entreprendroient encore quelques sièges. Il ne se trompa point ; car il apprit que la capitulation n'avoit pas été si tôt signée, que le prince Eugène et Marlborough avoient envoyé un corps considérable de cavalerie et de grenadiers en croupe pour occuper le passage de la Haine^, et ensuite marcher à Mons pour l'investir^. On battit la générale, ce même jour, dans notre armée, et on se mit en état de marcher.
Auparavant de continuer cette relation, il est nécessaire de dire que nous fîmes dans ce camp la réjouissance de la victoire que le comte du Bourg ^ a voit remportée, le 26 août, sur le comte de Mercy^ à
1. Mémoires militaires, p. 84-86 et 342-343; Histoire militaire de Quincy, p. 176-183; Dangeau, t. XIII, p. 27-28; Sourches, t. XII, p. 53; Gazette, p. 442; Gazette d'Amsterdam, n°' lxxi à lxxiii.
2. Rivière qui passe au nord de Mons, traverse Saint-Ghislain et se jette dans l'Escaut à Condé.