Petite ville du Hainaut, entre Valenciennes et Mons
3. Elle s'appelle indifféremment la Honnelle ou le Honneau, comme nous le verrons plus loin.
[Sept. 1709] DU CHEVALIER DE QUINCY. 349
Bavay * et va se jeter dans l'Escaut presque visà-vis de Gondé. Nous y arrivâmes à dix heures du soir.
Le lendemain 6, nous décampâmes de Quiévrain. Notre colonne marchoit par le grand chemin de Valenciennes à Mons. A une demi-lieue de notre camp, nous vîmes paroître un carrosse à six chevaux, dans lequel il y a voit M. de "* et sa femme, qui nous dirent que nous arriverions trop tard, que les ennemis occupoient déjà les hauteurs d'en deçà de Mons. Le sieur de ***, homme de fortune, étoit François, et attaché à la cour de Bavière par le jeu. Il est devenu ensuite major général de bataille dans les troupes de l'Électeur. Il venoit de Mons avec un passeport des ennemis. Cette nouvelle nous fit faire halte. Après avoir mangé un morceau, je fus me promener le long des bataillons. Quelle fut ma surprise! j'aperçus le maréchal de Boufflers, qui nous dit gracieusement : « Mes- « sieurs, vous êtes sans doute étonnés de me voir. « Je viens servir volontaire aux ordres du maréchal « de Villars et prendre part à la gloire que vous allez « bientôt acquérir. » Ce discours nous fit entendre que nous aurions bientôt une bataille : ce qui arriva quelques jours après, comme je le dirai dans la suite. Nous apprîmes depuis que, le maréchal de Villars ayant demandé au Roi un second pour une affaire générale, S. M. avoit jeté les yeux sur M. de Boufflers, qui, quoique plus ancien maréchal de France que M. de Villars, s'étoit offert comme un bon citoyen à
1. Bourg du Hainaut qui remplace une très ancienne ville, capitale des Nerviens, détruite au v^ siècle par les Barbares.
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servir en second sous ce dernier, action d'un ancien et véritable Romain*.
On fit retourner les troupes à Quiévrain, où nous campâmes. Dans le temps que mes domestiques élevoient ma tente, j'aperçus deux officiers de cavalerie qui se battoient, le pistolet à la main. Us tirèrent chacun leur coup ; il y en eut un qui tomba roide mort, et l'autre donna promptement des deux et disparut à nos yeux. Un moment après, l'on vint enlever le malheureux; il étoit capitaine de cavalerie.
Le soir, il y eut un grand conseil de guerre chez le maréchal de Villars, où tous les officiers généraux furent appelés. J'en vis sortir le marquis d'Hautefort, lieutenant général, qui étoit très en colère de ce que le maréchal de Villars ne vouloit pas qu'il commandât l'aile droite de la seconde ligne, en cas de bataille, quoique son rang d'ancienneté lui donnoit ce commandement.
Le lendemain 7, nous séjournâmes.
Le 8, l'armée se mit en marche, en remontant l'Honneau^, que nous laissâmes sur notre droite. Nous fîmes environ deux lieues, et nous campâmes, l'Honneau derrière nous. Ce même jour, le maréchal de Villars envoya reconnoître la disposition de l'armée ennemie par M. de *" à la tête d'un gros détachement
1. M. de Bou£Qers partit de Versailles le 2 septembre. Saint- Simon [Mémoires, t. VII de 1873, p. 82-86) qualifie l'action du maréchal dans les mêmes termes que notre auteur, et insiste surtout sur l'union et la bonne entente qui régnèrent entre les deux généraux. On peut voir aussi les Mémoires de Villars, éd. Vogiié, t. III, p. 66-67.