C'est la même rivière que l'Honnelle, ci-dessus, p
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de cavalerie. Cet officier eut le malheur de tomber dans une embuscade des ennemis. Les troupes de son détachement furent presque toutes tuées ou faites prisonnières. Le soir (mon Dieu, pardon!), malgré le bruit d'une bataille, j'eus une affaire de galanterie avec mon hôtesse, qui étoit fort jolie.
Bataille de Malplaquet^ . — Le 9, l'armée se mit en marche deux heures avant le jour, sans avoir battu la générale et sans avoir sonné le boute-selle. Les troupes marchoient sans faire le moindre bruit; tous les officiers généraux étoient chacun dans leur poste respectif. Ces messieurs faisoient aux officiers particuliers beaucoup de politesses et de gracieusetés : ce qui nous fit comprendre que certainement nous serions bientôt aux mains avec les ennemis. J'ai toujours remarqué qu'ils sont plus gracieux ces jours-là que les autres. L'infanterie marchoit sur deux colonnes, ayant chacune une brigade d'artillerie à leur tête, et la cavalerie sur deux autres colonnes, chacune une brigade de dragons à la leur.
1. On peut comparer ce qui va suivre au l'écit, plus complet et d'un caractère plus général, que le frère de notre auteur a inséré dans son Histoire militaire, t. VI, p. 186-198. On trouvera dans les pièces des Mémoires militaires, t. IX, p. 345-377, des lettres de MM. de Villars, de Boufflers, de Contades, de Broglie, d'Artagnan, et diverses relations, notamment celle qui est tirée de l'Histoire du prince Eugène. L'exposé de la Gazette, p. 451-452 et 454-456, est insignifiant; celui de la Gazette d' Amsterdam (n°^ lxxv-lxxvii) présente plus d'intérêt. L'atlas des Mémoires militaires contient un très bon plan de la bataille. Il faut voir aussi les Mémoires de Villars, t. III, p. 69-73, ceux de Saint-Simon, éd. 1873, t. VII, p. 98-104, et Villars d' après sa correspondance, par M. le marquis de Vogiié, t. I, p. 350-380.
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Ce fut de cette manière que nous arrivâmes, sur les dix heures du matin, aux deux débouchés de Malplaquet, sans que les ennemis fussent informés en aucune manière de notre marche sur eux^. Toute leur cavalerie étoit au fourrage, et leur infanterie en maraude; mon tambour m'amena, pendant la marche, six maraudeurs. Dès que la brigade fut vis-à-vis de la grande trouée (elle marchoit à la tète de la colonne de la gauche), je m'avançai au petit galop au delà. J'aperçus d'un seul coup d'œil toute l'armée ennemie campée, dont les tentes étoient toutes tendues. Je n'y voyois aucun mouvement; une tranquilhté étoit répandue dans tout leur camp, leur droite entre le village de Sars et le moulin de ce nom, qui étoit derrière, et leur gauche au village d'Aulnoye^. Je restai quelque temps dans cet endroit. J'eus tout lieu de remarquer à mon aise que, si le maréchal de Villars vouloit profiter de la négligence des généraux ennemis, il obtiendroit sans beaucoup de peine une victoire assurée. En m'en retournant, je trouvai nos hussards qui galopoient du côté d'où je venois, et, un moment après, le marquis de Dreux, qui me dit : « D'où venez-vous, cheva- « lier? j) Après que je lui eus fait le détail de ce que je venois de voir : « Eh! mon Dieu! me répliqua-t-il, « quoi! le maréchal ne profitera-t-il point de cette « occasion? En un moment de temps, son armée pasce seroit les deux trouées, et elle tomberoit sur l'ar-
1. Sur les dispositions préliminaires de la bataille, on peut voir les Mémoires militaires, p. 91-95.
2. Sars-la-Bruyère et Aulnoye ou Aulnoit sont aujourd'hui en Belgique, tandis que Malplaquet, hameau de la commune de Taisnières-sur-Hon, est français.
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« mée ennemie, qui est toute dispersée, et qui ne s'at- « tend point à notre rapide marche. » — « Mais, « Monsieur, poursuivis-je, ce seroit à vous à lui en « parler. » — « Bon! » dit-il en secouant la tête; et il ne me répliqua pas autre chose. En allant rejoindre le régiment, je vis le maréchal de Villars assis sous un arbre, environné de plusieurs officiers généraux debout; il examinoit une carte, apparemment du pays. Grand Dieu ! Étoit-ce le temps d'examiner une carte?
Le prince Eugène et le duc de Marlborough profitèrent promptement, en grands capitaines, de leurs fautes, ou plutôt de celle de notre général. Ils firent avancer, non seulement ce qu'il leur restoit de troupes de leur armée, quoique très foibles par les raisons .énoncées auparavant, mais aussi leurs canons, vis-àvis les trouées, et ils en imposèrent si bien au maréchal, qu'il ne songea plus qu'à se mettre sur la défensive. Faute irréparable, il s'imaginoit que ces messieurs l'alloient attaquer^ ! Je suis persuadé que, si le duc de Vendôme s'étoit trouvé dans une pareille occasion, il en auroit bien profité à la gloire du Roi et de la nation.
Disposition de Vannée française. — Le maréchal de Villars appuya la droite de son infanterie au bois de la Lanière, avec ordre aux troupes de faire beaucoup d'abatis devant elles et sur leurs flancs : ce qu'elles firent, et elles mirent par là leur droite en sûreté. Ensuite l'infanterie fut postée derrière des haies, dans des fonds qui prenoient depuis ce bois et qui s'étendoient jusqu'à une petite hauteur, où le