Ci-dessus, p
[Sept. 1709] DU CHEVALIER DE QUINCY. 373
ville, un petit gendarme qui avoit un coup de fusil dans le pied ; il marchoit avec une peine extraordinaire. Son cheval avoit été tué sous lui. Je le fis monter sur celui de mon valet; j'empêchai par là qu'il ne tombât entre les mains des ennemis. Près de Bavay il y avoit un homme tué, qui, apparemment, s'étoit traîné jusque-là. Il n'y avoit point de doigts à ses pieds. Étant vivant, comment pouvoit-il marcher? Il étoit nuit lorsque nous arrivâmes au Quesnoy. L'armée campa, la droite à cette place et la gauche à Valenciennes.
On peut dire avec raison que la bataille de Malplaquet est la plus sanglante et la plus opiniàtrée qui se soit donnée pendant le règne de Louis XIV. Il y avoit toute apparence que la victoire se déclareroit pour nous. La droite de notre armée avoit repoussé la gauche des ennemis ; la gauche , qui s'étoit ralliée après avoir été chassée du bois de Sars, avoit repoussé les ennemis dans toutes les attaques qu'ils avoient faites. Il est certain que, si les régiments des gardes françaises et suisses avoient tenu ferme comme ils le dévoient*, ils auroient donné le temps à la brigade de Navarre, et à plusieurs autres brigades qui étoient derrière nous, et qui n'avoient point combattu, d'arriver pour les secourir. Les ennemis, repoussés dans cette attaque, n'avoient point d'autres ressources que de se retirer. Voilà deux batailles que nous avons per-
1. Le marquis de Quincy [Histoire militaire, p. 196) n'accuse pas formellement les gardes françaises et suisses ; il dit seulement que cette brigade fut prise en flanc et obligée de se retirer. Saint-Simon i^econnait qu'on « ne parla pas bien » de leur résistance.
374 MÉMOIRES [Sept. 1709]
dues par notre centre, Malplaquet et Hochstedt, événennent qui n'étoit point encore arrivé.
Les ennemis achetèrent bien cher le champ de bataille, tout couvert de leurs morts. On prétend qu'ils y ont perdu près de vingt-cinq mille hommes, tant tués que blessés*, beaucoup de leurs officiers généraux, entre autres M. Tettau, général des troupes de Brandebourg 2, MM. Heyden^, Lalo*, Oxenstiern^ et de Gorc^, lieutenants généraux, M. KeppeP, frère du comte d'Albemarle^, les comtes de Harrach'^
1. 'L'Histoire militaire donne le même chiffre, dont dix-huit cents officiers ; l'Histoire du prince Eugène parle de vingt mille hommes ; enfin, d'après les tableaux publiés dans la Gazette d' Amsterdam (Extr. lxxxi) et reproduits dans Y Histoire militaire (p. 205-206), la perte des alliés aurait été de 18,353 hommes.
2. Daniel de Tettau, né en 1670, était général-major d'infanterie prussienne et commandant des grenadiers de la garde royale.
3. C'est sans doute ce baron de Heyden qui était colonel du régiment de Ilolstein en 1692. [Mém. de Sourches, t. IV, p. 77.)
4. La Gazette d' Amsterdam ne lui donne que le grade de brigadier.
5. Lieutenant général, de la même maison que l'ancien chancelier de Suède, et qui servait dans les troupes hollandaises.
6. Ni la Gazette de France ni celle d' Amsterdam ne mentionnent ce personnage parmi les morts de Malplaquet. Sourches dit : M. de Goor. D'après l'état donné dans les Mémoires militaires (p. 370), il eut le bras emporté et mourut de sa blessure.