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52 MÉMOIRES [Oct. 1704]
fut notre surprise de voir toutes ses belles fortifications anéanties ! On labouroit la terre aux endroits où elles s'éle voient si superbement. Ce spectacle ne laissa pas de nous faire de la peine, quoique le duc de Savoie le méritât bien.
Le 12, nous séjournâmes près de la ville. Je profitai de ce séjour pour aller voir les dames. Je jouai à l'hombre ; je perdis mon argent.
Le 13, nous en partîmes pour aller camper à Trin. Il faisoit le plus beau temps du monde, et très chaud. La générale battue, et un peu auparavant l'assemblée, le chevalier des Brosses^, lieutenant au régiment et parent du marquis de Dreux, me vint trouver dans ma tente. Il me dit : « Gevalier (il parloit gras), allons- « nous-en dézeuner à Verceil. » — « Eh! mon ami, « lui dis-je, l'armée va décamper dans le moment; « les housards des ennemis voltigeront à leur ordi- « naire à l'arrière-garde. Vous allez vous hasarder à « vous faire tuer ou à vous faire prendre. Il y a de « l'imprudence dans votre dessein. Croyez-moi, lui « ajoutai-je, remettez votre déjeuner à une autre occa- « sion. » Malgré tout ce que je pus lui alléguer, il s'en alla dézeuner dans cette place. Il y avoit déjà une heure que l'arrière-garde de l'armée étoit disparue d'auprès de cette ville, lorsque mon camarade, accompagné d'une dizaine d'officiers, en sortit pour venir joindre l'armée. Ils n'en furent pas à une demi-lieue que les housards parurent, et qu'ils vinrent fondre sur eux. Il y en eut plusieurs de tués ; des Brosses reçut un coup de sabre sur le dos qui le jeta par terre. Il fut pris