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les troupes les plus avancées : ce qui persuada au prince Charles que son projet étoit découvert. Il resta encore quelque temps hors de la portée du canon, et ensuite il s'en retourna à Crescentin. M. de Savoie et M. de Stahremberg l'avoient suivi avec une grande partie de leurs troupes pour favoriser cette entreprise. Si elle avoit réussi, nous aurions été obligés peut-être de lever le siège du château d'Ivrée et d'abandonner la ville, la citadelle et les autres forts''. Ce fut pendant ce siège que Turenne^, capitaine de notre régiment, homme qui revoit toujours creux, me proposa une affaire qui devoit, naturellement, réussir. Il me dit : « Chevalier, vous avez du crédit à la « cour, vous êtes parent de M. et M""® de Chamillart, « vous êtes leur ami ; il ne tiendroit qu'à vous d'être « colonel. Demandez la permission de faire un régi- « ment de déserteurs^. Nous avons beaucoup deFran- « çois dans les troupes ennemies, qui reviendront en « foule pour s'y engager. Vous m'en ferez lieutenant- « colonel, et je vous donne ma parole que je vous « aiderai à le former un des plus beaux régiments des « troupes du Roi, et à le bien discipliner. » Cet homme

1. D'après les Mémoires militaires (t. IV, p. 271), M. de Savoie avait envoyé deux mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers pour surprendre Verceil ; mais, des grenadiers déguisés qu'il avait fait descendre dans le fossé ayant été découverts, il fut obligé de se retirer. On peut voir aussi le curieux récit donné par les Mémoires de Sourches (t. IX, p. 92-93), d'après les lettres apportées par M. des Clos.

2. C'est sans doute Barthélémy de Turenne d'Aynac, de la branche d'Aubepeyre.

3. L'idée n'était pas nouvelle : en 1695, le comte de Tessé, le chevalier de la Fare et M. de Ximénès avaient formé des régiments de cette espèce. [Mémoires de Sourches^ t. V, p. 54.)

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étoit très bon officier et très entendu. La chose me paroi ssant faisable, nous fûmes trouver ensemble le marquis de Dreux. Il ne trouva aucune difficulté dans ce projet, mais, au contraire, très utile pour le service du Roi. Il se chargea lui-même d'en écrire à la cour; mais M. de Chamillart, esprit assez borné, refusa net la proposition. Cependant, dans la réponse qu'il fit à son gendre, il me flattoit toujours d'un des premiers régiments vacants.

La conquête d'Ivrée étant faite, M. de Vendôme songea à acquérir de nouveaux lauriers et à former de nouveaux projets, malgré les renforts qui étoient arrivés depuis peu au comte de Linange\ qui commandoit l'armée de l'Empereur dans le Bressan, et malgré la saison avancée. Après avoir bien ravitaillé cette place et fait combler les tranchées et les travaux que nous avions faits devant, il fit décamper l'armée le 9 octobre.

Le 10, nous fûmes à Santhià. Étant arrivé d'assez bonne heure, je me rendis chez Monsieur l'archiprêtre ; mais je fus extrêmement touché de ne point trouver chez lui sa chère nièce ^. Je lui en demandai des nouvelles : il me dit qu'elle étoit allée passer quelque temps à Turin chez une de ses tantes. J'en fus d'autant plus fâché que j'étois en état de répondre aux plaisanteries qu'elle me faisoit.

Le 11, nous fûmes camper près de Verceil. Quelle

1. Philippe-Louis, comte de Leiningen-Westerburg (francisé en Linange], avait été élevé à Paris et s'était marié en France, mais avait embrassé en 1701 le parti de l'Empereur par dépit d'un procès perdu. ]Vous le verrons périr à Cassano en 1705

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