Ci-dessus, p
3. D'après Richelet, ce terme s'employait déjà au xvn® siècle avec le sens qu'il a encore aujourd'hui.
4. 11 y a dans les Mémoires militaires (t. IV, p. 821) un ordre de bataille de l'armée devant Verue au 15 octobre 1704.
54 MÉMOIRES [Oct. 1704]
Lorsque notre armée arriva près de Verue, il y avoit une douzaine de bataillons et quelques dragons à pied qui occupoient les hauteurs. M, de Vendôme les fit attaquer par son avant-garde. Ils ne firent aucune résistance, quoique le duc de Savoie, accompagné d'une nombreuse cour, y étoit en personne. Ils se retirèrent assez précipitamment dans les retranchements de Guerbignan^.
Voici un siège des plus mémorables^ par rapport au temps que nous employâmes pour nous rendre maîtres de cette place, qui étoit une des plus fortes de M. de Savoie. L'armée y arriva, comme je l'ai déjà dit, le 14 octobre 1704, et nous n'en partîmes que le 14 avril 1705, six mois entiers.
Selon mes petites lumières, M. de Vendôme n'auroit-il pas mieux fait de commencer par Crescentin, où il n'y avoit que des ouvrages de terre? On me dira sans doute que toute l'armée du Savoyard y étoit campée pour le défendre. Je répondrai à cette objection que, par le moyen de la communication qui étoit entre Crescentin et Verue, elle a toujours été en état de rafraîchir cette dernière place, jusqu'au temps que nous nous sommes emparés de cette communication, dont nous n'avons été les maîtres que six semaines avant que Verue se soit rendue. Attaquer une place par une pointe, comme nous avons fait à Turin en l'attaquant par la citadelle, c'est le moyen d'échouer dans son entreprise. Je suis persuadé que nous n'aurions pas employé plus de temps à nous
1. Guerbignano, fort construit sur un rocher et très bien fortifié, entre le camp de Crescentin et le Pô.
2. Les lettres originales de Vendôme sont dans le carton VI des Pièces détachées, au Dépôt de la guerre.
[Oct. 1704] DU CHEViVLIER DE QUINCY. 55
emparer de Gresceritin, que nous en mîmes pour nous rendre maîtres des retranchements de Guerbignan^ Siège de Verue'^. — Verue est une petite ville de Piémont, mais une des places les plus fortes d'Italie, tant par sa situation, qui est sur la pointe d'une colline, au bord du Pô, sur la rive droite de cette rivière, que par ses fortifications, bâties sur le roc vif, qui s'élèvent en amphithéâtre par trois enceintes du côté de la plaine, seul endroit par où l'on peut attaquer cette place; car, du côté du Pô, Verue est inattaquable, l'éminence où cette forteresse est bâtie étant entièrement escarpée. 11 y a un ravin depuis le glacis jusqu'à une hauteur appelée Guerbignan, qui est à une portée de fusil de Verue. M. de Savoie y fit faire de bons retranchements, un bon fossé, un chemin couvert et un glacis. Depuis Verue jusqu'au Pô, où il y avoit un pont qui conduisoit à Grescentin, on avoit fait une communication dont le centre étoit un pàté^, le tout
1. Notre auteur est d'accord avec le maréchal de Villars [Mémoires, t. II, p. 173-174) et avec Saint-Simon (t. XIII, p. 14-15) au sujet de la faute que fit le duc de Vendôme en ne commençant pas l'attaque par le camp de Grescentin. Au contraire, le général Pelet {Mémoires militaires, t. IV, p. 300) regarde comme une merveille d'art militaire la manière dont Vendôme conduisit ce siège,
2. Le manuscrit porte en marge la note suivante : « Nota. Cette forteresse étoit déjà respectable l'année 1625. Le duc de Feria, général des Espagnols, fut obligé d'en lever le siège honteusement, après trois mois d'attaques. Ce furent le connétable de Lesdiguières et le maréchal de Créquy qui l'obligèrent à se retirer pendant la nuit, après avoir bien battu les Espagnols. Le sieur Saint-Reiran en étoit gouverneur pour le duc de Savoie. »