‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 56 sur 183 · Hameau de la commune de Bottanuco, en amont de Trezzo · texte numérisé non relu

Hameau de la commune de Bottanuco, en amont de Trezzo

[Août 1705] DU CHEVALIER DE QUINCY. H3

diso, maison de plaisance qui appartient aux Jésuites de Bergame^. Nous n'y fûmes pas plus tôt, que M. de Vendôme y arriva. On lui rendit compte de la situation des ennemis et de l'endroit qu'ils avoient choisi pour établir leur pont sur l'Adda. Cet endroit étoit d'autant plus favorable que cette rivière fait un coude de leur côté et que la hauteur, qui étoit remplie de haies et de broussailles, s'élevoit insensiblement des bords de l'Adda et alloit se perdre au loin. Il y avoit un chemin, au milieu de la hauteur, qui conduisoit à la rivière. Ce terrain, outre cet avantage, commandoit tout l'espace qui étoit entre cette rivière et le Paradiso. Le prince Eugène le fit occuper par six mille hommes d'infanterie, après y avoir fait faire plusieurs épaulements et fait dresser plusieurs batteries de canon.

Qu'avions-nous à opposer à tous ces avantages? Un mauvais retranchement où le soldat étoit vu à revers depuis la tête jusqu'aux pieds. Le marquis de Broglie y avoit envoyé cent hommes de son régiment, aux ordres d'un capitaine dont le nom m'est échappé, qui se comporta avec tant de valeur, de fermeté et d'esprit, qu'il fit perdre bien du monde aux Impériaux. Ses soldats ne pouvant rester debout sans essuyer un feu continuel de mousqueterie accompagné de canon à cartouches, il les faisoit coucher sur le ventre, et, de temps en temps, il ordonnoit à six soldats de se lever et de faire feu ensemble sur ceux qui travailloient au pont; leur décharge faite, les soldats se

1. Il y a un plan du Paradiso et des environs dans l'Atlas des Mémoires militaires.

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remettoient sur le ventre. Six autres ensuite faisoient la même chose, et ainsi tous les soldats de son détachement. Cette manœuvre lui réussit si bien, que les ennemis furent obligés d'abandonner leur travail et qu'il y eut deux de leurs pontons abandonnés au courant de la rivière. Les Impériaux, irrités de ce qu'une poignée de monde les arrêtoit, redoublèrent leur feu si vivement, que les soldats de ce détachement furent presque tous tués ou blessés, et il n'en seroit pas échappé un seul, si on les avoit encore laissés quelque temps dans ce mauvais retranchement.

Ce fut dans ce moment critique que le duc de Vendôme arriva. Je vis ce général, lui qui étoit toujours d'une douceur, d'une politesse et d'une cordialité charmante, dans une colère horrible : « Comment, disoit-il, je « verrai établir un pont devant moi sans pouvoir l'em- « pêcher. Est-ce là ce que m'avoit mandé ce j... f...? « (en parlant de M. de Broglie) . Il ne faisoit que répéter « dans ses lettres de ne me point inquiéter, qu'il avoit c( fait retrancher les bords de l'Adda à tous les en- « droits où les ennemis pouvoient jeter un pont! » Véritablement, je ne sais à quoi avoit pensé ce marquis de n'avoir pas fait relever ce vieux retranchement et de n'en avoir pas fait ajouter d'autres ; car, comme je l'ai déjà dit\ il n'y avoit pas un terrain plus convenable pour établir un pont. Enfin ce prince, tout irrité, demanda un détachement de cent hommes de bonne volonté pour rétablir ce pont. Il promit un louis à chaque soldat. La Bussière, capitaine du régiment, s'offrit à faire l'office d'ingénieur. C'étoit Tho-

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