‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 6 sur 183 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

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sans que les officiers pussent l'empêcher, lui donnoit son coup de langue en passant. Il avoit une veste de busc^ bordé d'un galon d'or, sans habit. Il fut très mal reçu de M. de Vendôme, et avec raison; on l'envoya à Casai.

Le duc de Vendôme, apprenant que son avantgarde attaquoit l'arrière-garde du duc de Savoie, se rendit sur-le-champ à l'endroit où se donnoit le combat, et il arriva dans le temps que les ennemis se retiroient dans Treno. Voulant cependant profiter de l'avantage que ses troupes venoient de remporter, il fit attaquer ce village par les dragons des régiments Dauphin et de Lautrec-, après les avoir fait mettre pied à terre. Les ennemis, ayant fait une seule décharge, abandonnèrent le village. M. de Lautrec, lieutenant-colonel de Languedoc-dragons ^ fut tué, et il y eut une vingtaine de dragons de tués ou de blessés dans cette attaque. Nos dragons les poursuivirent, la baïonnette au bout du fusil, si vivement, qu'ils leur tuèrent environ cent cinquante hommes, leur prirent quatre officiers, soixante soldats et cavaliers, et deux étendards. Ils les poussèrent jusqu'au village de Ramassana\ où s'étoit rendue toute leur arrière-

1. « Treillis dur et piqué que les tailleurs mettent au bas du pourpoint des hommes par-devant, pour lui donner plus de fermeté. » [Dictionnaire de Trévoux.)

2. Les Mémoires militaires (t. IV, p. 803) disent Dragons- Dauphin et Languedoc, ce qui est plus exact ; le régiment de Lautrec avait pris part à la première attaque avec celui de Vérac (ci-dessus, p. 5). Notre auteur va d'ailleurs se rectifier trois lignes plus loin.

.3. Jean-Alexandre de Toulouse-Lautrec, cadet d'une famille qui prétendait se rattacher aux derniers comtes de Toulouse. 4. Localité qu'on n'a pu identifier.

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garde et le duc de Savoie. Gomme l'ennemi étoit posté avantageusement, notre général ne jugea pas à propos de l'attaquer. Nous eûmes dans ces différentes attaques une cinquantaine d'hommes de tués ou de blessés. Plusieurs officiers m'ont dit qu'ils avoient vu souvent le duc de Savoie, et qu'il se présentoit de bonne grâce ^

Trin, Crescentin. — Nous fûmes camper ensuite à Trin, petite ville du Montferrat^. Nous y restâmes jusqu'au 8, que nous en décampâmes pour aller attaquer les ennemis qui étoient à Crescentin, autre petite ville vis-à-vis la forteresse de Verue, le Pô entre 3. Il en sera beaucoup fait mention par rapport au siège de Verue. Mais, M. de Vendôme ayant bien reconnu leur situation, et jugeant que ce poste étoit inattaquable, les ennemis étant comme dans une île, il nous fit camper à Fontana*, à trois milles en deçà.

Ce fut dans ce camp où la désertion de nos troupes fut presque générale. M. de Vendôme fut obligé, pour arrêter ce désordre, de faire publier à la tête de l'armée que tous les soldats, cavaliers et dragons qu'on trouveroit déserter du côté de l'ennemi seroient rompus vifs. Il y en eut sept ou huit arrêtés, qui furent exécutés. Cet ordre, qui auroit été cruel dans

1. D'après les Mémoires militaires (p. 214), Victor-Amédée n'aurait échappé à la cavalerie française que grâce à la vitesse de son cheval.

2. Cette ville, à un mille au nord du Pô et à sept milles à l'ouest de Casai, appartenait à la Savoie depuis 1631.

3. Sur la rive gauche et à quelque distance du Pô, Verue étant sur la rive droite.

4. Ou plutôt Fontanetto, comme disent les Mémoires militaires.

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un autre temps, eut son effet : il arrêta la désertion*. Ce fat aussi dans ce camp que M. de Vendôme envoya un de ses trompettes à l'armée ennemie pour réclamer quelques prisonniers. Le trompette, de retour de sa commission, rapporta à notre général qu'au premier poste des ennemis on lui a voit bandé les yeux, et qu'on l'avoit conduit ainsi au duc de Savoie ; qu'à son retour on lui avoit fait la même cérémonie. M. de Vendôme fut très piqué du procédé du Savoyard; il ordonna qu'on usât de représailles sur le premier trompette qui viendroit de sa part, ce qui arriva quelques jours après. J'avois l'honneur, ce jour-là précisément, de dîner chez notre général. Lorsqu'on lui eut présenté le trompette du duc, avec qui M. de Vendôme badinoit quelquefois de conversation, il lui dit : a Mon ami, je suis bien fâché d'avoir été obligé « de vous faire bander les yeux. Dites à votre maître « qu'il convient de nous faire la guerre plus poliment, « sinon que je lui ferai sentir que je suis plus grand « seigneur que lui lorsque j'ai l'honneur d'être à la « tête des armées du Roi. » Outre ce procédé, M. de Vendôme étoit très fâché contre ce prince de ce qu'il avoit fait l'impossible, étant encore notre allié, pour l'empêcher de venir commander l'armée d'Italie après la prise du maréchal de Villeroy à Crémone-. On pré-

1 . En décembre 1684, une ordonnance royale avait supprimé la peine de mort pour les déserteurs ; mais ils devaient être mutilés, marqués à la joue et envoyés aux galères [Journal de Dangcau, t. I, p. 78). Au xvin* siècle, on les incorpora parfois dans les troupes de la marine, au lieu de les condamner au bagne [Mémoires du duc de Luynes, t. VIII, p. 324, et t. XI, p. 160).

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