Ci-dessus, p
2. Il avait commandé l'armée jusqu'à l'arrivée du prince Eugène.
3. Pour simuler la cocarde blanche des troupes françaises : ci-dessus, p. 47.
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Petit-Ritorto. Ce général traitoit nos prisonniers avec toute la politesse possible. Pendant cette attaque, qui devoit naturellement décider de la victoire, le prince Eugène marche à notre gauche. Les Dragons jaunes abandonnent précipitamment leur terrain. Les ennemis profitent de leur terreur panique (elle fut si grande qu'ils se jetèrent dans l'Adda, où plusieurs trouvèrent la mort qu'ils vouloient éviter), et, une partie ayant passé sur l'écluse et l'autre dans l'eau, ils prennent nos troupes en flanc et ils les obligent d'abandonner le pont de pierre du Grand-Ritorto, d'autant plus qu'elles étoient encore attaquées par leur front.
Pendant ces deux attaques, les Impériaux en firent une troisième le long de la Pandine. Le régiment de Grancey, ne pouvant soutenir leur choc, abandonna son terrain. Qui n'auroit pas cru, dans cette circonstance, que tout étoit perdu? Mais M. de Vendôme ne se rebutoit jamais; au contraire, sa valeur et sa fermeté ne paroissoient jamais avec plus d'éclat que lorsque les affaires paroissoient désespérées. Il se montre à nos bataillons fugitifs : sa présence les arrête; il les rallie, il les fait mettre en bataille, et il appuie la gauche de ces troupes ralliées à l'ouvrage qui couvroit la tête du pont sur l'Adda. Ensuite il forme sa ligne depuis cet ouvrage jusqu'au petit pont de fascines qui étoit sur le Petit-Ritorto, par où elle se communiquoit au reste de l'infanterie qui étoit au delà de ce petit pont et répandue le long de la Pandine.
Les ennemis, étonnés de cette manœuvre, quoiqu'ils se fussent emparés d'une cassine sur le bord de l'Adda et près de notre pont, s'arrêtent et perdent par
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là le gain de la victoire ; car notre général, s'étant aperçu qu'il partoit du château de Gassano quelques coups de fusil, part promptement pour s'y rendre, et, ayant rencontré sur les ponts plusieurs fuyards de nos troupes et plusieurs traîneurs de nos quinze bataillons, il leur ordonne, sans leur reprocher leur foiblesse, de le suivre. Il remplit le château de ces fuyards, qui, dans un moment, font des ouvertures depuis le haut jusqu'en bas, d'où ils firent, et des fenêtres, un feu si vif et si continuel, que la droite des ennemis s'affoiblissoit visiblement. Il fit aussi braquer six pièces de canon, qui tirèrent continuellement. Les boulets enfiloient le grand chemin de Gassano à Trevigho, ce qui leur tua bien du monde, lorsqu'ils firent leur retraite. J'ai entendu dire depuis que ce fut M. de Maisonrouge, commissaire d'artillerie, qui fit mettre de son chef ce canon en batterie. Ainsi cet officier ne contribua pas peu à la retraite des Impériaux, aussi bien que le feu de mousqueterie qui sortoit du château, qui dominoit sur le terrain où se donnoit le combat.
M. de Vendôme, après avoir changé de chemise, remonte à cheval et repasse l'Adda. En arrivant, il eut son cheval tué sous lui ; car le feu de part et d'autre ne discontinuoit pas un moment. Ge fut dans ce temps-là que le prince Eugène fut blessé d'une balle de fusil au col, ce qui l'obligea de se retirer. En repassant le pont du Ritorto, il trouva M. Le Guerchoys, à qui il reprocha de lui en avoir imposé en lui disant que M. de Vendôme n'étoit point arrivé du Paradiso. M. Le Guerchoys assura à ce général que certainement il n'y étoit pas lorsqu'il fut fait prisonn 9
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nier. « Eh! Monsieur, lui répliqua ce prince, M. de € Vendôme y est ; je ne l'ai que trop vu. »
L'absence du général ennemi et le feu terrible que la droite de son armée essuyoit, tant de nos troupes qui étoient dans l'ouvrage que de nos soldats qui étoient dans le château, l'obligèrent enfin à quitter la partie, d'autant plus qu'il s'aperçut que nos bataillons se préparoient à marcher à lui la baïonnette au bout du fusil. Le régiment de Vendôme et quelques bataillons de la gauche, voyant les Impériaux s'ébranler pour se retirer, marchent et attaquent avec une si grande vivacité la cassine qui étoit sur le bord de l'Adda, qu'ils s'en emparent. Il y avoit environ trois cents hommes, qui furent tués ou faits prisonniers. Nos troupes suivirent jusqu'au Grand-Ritorto les ennemis, qui firent leur retraite en très bon ordre et qui, ayant passé le naviglio, furent camper à Treviglio, bourg éloigné de trois milles du champ de bataille. On se contenta de les canonner dans leur retraite^.
Après ce rude combat, le duc de Vendôme se promena le long de la ligne, et, ayant donné ses ordres, il repassa le pont de l'Adda, comme je l'ai dit ci-des-
1. La Gazette de France donna une relation du combat dans son Extraordinaire 38, et le Mercure d'août (p. 329-384) en contint une autre encore plus détaillée. M. de Boislisle, dans son commentaire des Mémoires de Saint-Simon (t. XIII, p. 93, n. 4), a signalé les principaux récits faits à cette occasion, et notamment ceux que le général Pelet a réunis dans les Pièces des Mémoires militaires, p. 726-736. Comme le prince Eugène, de son côté, se prétendit vainqueur, on peut comparer les relations étrangères des gazettes d'Amsterdam et de Bruxelles : ci-après, p. 137. Il y a un plan de Cassano et des environs dans l'Atlas des Mémoires militaires.
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SUS. Les officiers généraux et les officiers particuliers se signalèrent infiniment de part et d'autre : aussi il y en eut beaucoup de tués et de blessés. Du côté des Impériaux, le comte de Linange fut tué sur le champ de bataille; le prince de Lorraine ^ le duc de Wurtemberg^ et le général Bibra moururent quelque temps après de leurs blessures; tant tués que blessés, il y eut au moins dix mille hommes^, et mil huit cents faits prisonniers ; ils perdirent cinq drapeaux. De notre côté, MM. de VaudreyS de Praslin^, de Forbin^, de Moyria^, de Chaumont^ et de la Génetière^ furent tués, et parmi les blessés MM. Le Guerchoys, de Mirabeau**^,
1. Joseph-Innocent-Emmanuel-Félicien-Constant, frère du duc Léopold de Lorraine, était colonel de deux régiments impériaux; il mourut à Martinengo, le 25 août suivant.
2. Ci-dessus, p. 96; il ne mourut pas, mais guérit lentement.
3. Sept mille, dit la relation officielle reproduite dans les Mémoires de Sourclies, t. IX, p. 347.
4. Jean-Charles, comte de Vaudrey, était lieutenant général depuis le mois d'octobre précédent.