‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 61 sur 183 · Ainsi dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Ainsi dans le manuscrit

2. Il reviendra plus loin sur la conduite du Grand Prieur : ci-après, p. 135-136.

M. de Vendôme fut averti dans le moment du vrai dessein des ennemis, et, s'étant aperçu que les équipages des quinze bataillons empêchoient ces mêmes bataillons de passer le pont et d'arriver, il en fit jeter la plus grande partie dans la rivière. Les bataillons passés, il les étendit le long du Ritorto, et il fit mettre le régiment des Dragons jaunes d'Espagne et celui de Lautrec à la gauche de ces bataillons, après les avoir fait mettre pied à terre. Ils s'étendoient jusqu'à une écluse que l'on n'avoit pas eu le temps aussi de rompre. Depuis l'écluse jusqu'à l'Adda, ce terrain étoit vide, M. de Vendôme n'ayant pas assez de troupes pour le remplir. Notre infanterie, qui étoit en marche pour Rivolta, entendant tirer à l'arrièregarde, rebroussa chemin, et elle se mit en bataille depuis le pont de fascines qui étoit sur le Petit-Ritorto, le long de la Pandine, jusqu'au lieu où elle va se jeter dans le Grand-Ritorto.

M. le prince Eugène ayant fait ses dispositions, il envoya reconnoître par un ingénieur si le pont de pierre du Grand-Ritorto étoit rompu. Soit que cet officier ne fût point jusqu'au pont, ou qu'il ne vit que ce qui en étoit rompu, il rapporta à ce général qu'il l'étoit : ce qui arrêta quelque temps ce prince ; mais enfin, ayant reconnu lui-même la vérité, il fit marcher une colonne d'infanterie, qui fit un feu si terrible sur les huit compagnies de grenadiers qui le défendoient, qu'elles furent obligées de plier, après avoir soutenu le choc assez longtemps. Les Impériaux commençoient déjà à se rallier en deçà du pont, lorsque M. de Vendôme, ayant rallié nos grenadiers et nos bataillons, qui avoient été aussi forcés de quitter leur terrain, les

[Août 1705] DU CHEVALIER DE QUINCY. 127

fît marcher si vivement aux ennemis, qu'il ne leur donna pas le temps de se mettre en bataille. Nos troupes les attaquèrent, et les obligèrent de repasser le pont en désordre. Le pont repassé, les ennemis s'étant allongés le long des bords du Ritorto, qui étoient plus élevés de leur côté que du nôtre, situation qui leur donnoit un avantage considérable, ils firent un feu si vif, auquel nos troupes répondirent, que cela représentoit l'image de l'enfer^. Il dura environ trois quarts d'heure. Ensuite de quoi, le comte de Linange, premier lieutenant général de l'Empereur 2, étant à cheval à la tête d'une grosse colonne d'infanterie, passe le Grand-Ritorto, laissant le Petit sur sa gauche, et tâche de couper notre ligne pour s'emparer de notre pont sur l'Adda. Nos bataillons furent quelque temps sans tirer sur cette colonne, parce que les soldats qui la composoient avoient mis du papier à leurs chapeaux afin de nous faire croire qu'ils étoient de nos troupes^. S'ils avoient pu réussir, nous étions perdus; mais le régiment de la Vieille-Marine et nos bataillons qui étoient de ce côté-là, s'étant aperçus de cette ruse de guerre, attaquent cette colonne avec une si grande impétuosité, qu'ils la renversent et l'obhgent de repasser le Grand-Ritorto, après en avoir fait un carnage épouvantable. Le comte de Linange, regretté généralement des deux nations françoise et allemande, fut tué auprès du petit pont de fascines qui étoit sur le

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