Relation de Vendôme : Mémoires militaires, t. VI, p
2. Christian, comte Reventlaw (1671-1738), avait amené en 1702 un contingent danois à l'Empereur. Le prince Eugène lui avait confié pendant l'hiver le commandement des troupes du Bressan, comme feld-maréchal-lieutenant.
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nato, où elle coucha sur le premier champ de bataille ^ Gomme j'étois logé dans ce bourg auprès de notre général, et que nos cantines étoient vides, je fus souper chez ce prince, où je mangeai de bon appétit. M. de Vendôme a voit fait mettre M. de Falkenstein à sa droite, auprès de lui, et les autres officiers ennemis de distinction étoient à table entremêlés avec les officiers françois; et, après avoir bu à la santé du premier, il ordonna tout haut qu'on apportât du vin de Bourgogne et du vin de Champagne à M. de Falkenstein. Ce général remercia M. de Vendôme, en lui disant qu'il ne buvoit point de vin et qu'il n'en avoit jamais bu. « Gomment, dit ce prince, un Allemand ne boire c( point de vin! Gela est surprenant. Qu'on lui donne « donc de l'eau de Nochère. » Gette excellente eau venoit d'une fontaine à deux lieues de Rome, très renommée par rapport à sa bonté et à sa fraîcheur-. Après que l'on eut un peu mangé et un peu bu, l'on commença à parler de ce qui s'étoit passé pendant la bataille. M. de Falkenstein nous avoua franchement qu'il étoit très mécontent de tous les officiers généraux
1. Sur la bataille de Calcinato, on peut voir les nouvelles apportées par M. de Maulévrier dans le Journal de Dangeau, t. XI p. 84-85, les Mémoires de Sourches, t. X, p. 63-64, et la Gazette, p. 213-216; la relation officielle du duc de Vendôme, dans les Mémoires militaires, t. VI, p. 145-152, et dans Sourches, p. 69-73; une autre relation détaillée, dans le Mercure d'avril. Le récit de V Histoire militaire de Quincy n'est que la paraphrase de la lettre de Vendôme.
2. Nocera-Umbra, petite ville de la province de Pérouse, au pied des montagnes d'Ombrie et à une assez grande distance de Rome, où se trouve une source d'eau minérale renommée dès le XVI® siècle.
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de son armée, qu'aucun n'avoit paru durant toute l'action, sans en excepter M. de Reventlaw. « Et, « dit-il, si j'avois été secondé, nous n'aurions pas « perdu cette bataille; car. Monseigneur (adressant « la parole à M. de Vendôme), j'ai bien étrillé votre « cavalerie, et je l'aurois menée encore plus loin, si « quelques-uns des fuyards de ce corps ne m'avoient « fait prisonnier. Ce sont d'honnêtes gens, poursui- « vit-il ; car ils se sont contentés de prendre dans mes « poches tout ce que j'y avois; mais ils m'ont laissé « mes habits et ma croix. » Il étoit chevalier de l'ordre Teutonique^ M. de Vendôme lui demanda si le prince Eugène arriveroit bientôt. « Monseigneur, lui répon- « dit-il, nous l'attendions ce soir, et, en cas qu'il soit « arrivé, il sera sans doute surpris de la déroute de « son armée. » Nous apprîmes depuis qu'il étoit arrivé dans le temps même de la plus grande déroute^. Jugez quelle fut sa surprise et le chagrin qu'il eut d'avoir resté trois ou quatre jours de plus qu'il ne devoit à Vienne ; car je ne doute point qu'il n'eût pris d'autres précautions que n'en avoit pris M. de Reventlaw^.
1. Fondé en 1190 en Palestine, cet ordre militaire fut transféré en Prusse en 1309 pour y combattre les païens. En 1525, le grand maître Albert de Brandebourg se fit luthérien et sécularisa les biens de l'ordre, qui ne fut plus qu'un corps militaire au service de la Prusse. Ceux qui en faisaient partie portaient, comme signe distinctif, l'ancienne croix pattée de sable de l'ordre chargée d'une croix potencée d'or.
2. Saint-Simon dit : le lendemain du combat (t. XIII, p. 351).
3. « Ce qui avoit retardé le prince Eugène, c'est qu'il n'avoit jamais voulu partir, avant d'avoir vu ses recrues, ses renforts et l'argent qu'il avoit demandé fort avancé vers l'Italie. » [Ibidem, p. 352.)
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Après le discours de M. de Falkenstein, M. de Vendôme se mit à rire de tout son cœur, en regardant le chevalier de Broglie, lieutenant général des armées du Roi^ « Eh bien! dit-il, chevalier, vous avez voulu « faire valoir les prérogatives de la cavalerie; vous « m'avez forcé à changer ma première disposition. « J'avois fait mettre les régiments de dragons en fi première ligne; vous avez voulu que votre cava- « lerie prit leur place ^ ; vous voyez ce qui vous en « est arrivé. » — « Cela veut dire, répliqua le cheva- « lier de Broglie, que, si nous avions été bien battus, « Monseigneur en seroit charmé. » — « Non, en « vérité, lui répondit M. de Vendôme; mais je ne suis « pas fâché que vous ayez essuyé ce petit malheur. » Il faut cependant rendre justice à cette cavalerie ; elle le répara bien en attaquant le bataillon carré. M. de Vendôme dit encore à M. de Falkenstein : « Monsieur, « la vanité du prince Eugène est la cause de la déroute « de son armée. Il a voulu étendre ses quartiers plus « que n'avoit fait M. de Linange ; il les a poussés par « une pointe dans nos quartiers mêmes. C'est, répli- « qua-t-il, la plus grande faute qu'un général puisse fi faire de s'établir ainsi. S'il étoit là présent, je le lui
1. Ci-dessus, p. 42; le chevalier de Broglie n'était encore que maréchal de camp; il faut remarquer que ci-dessus, p. 168, notre auteur n'a pas parlé du chevalier de Broglie comme commandant de la cavalerie, mais du chevalier de Luxembourg.
2. On peut voir dans le P. Daniel (t. II, p. 451-453) les règlements de 1678, 1690 et 1708 qui subordonnaient les dragons à la cavalerie légère pour la hiérarchie des corps, mais laissaient cependant au général toute faculté pour faire marcher les dragons en tête de la cavalerie, s'il le jugeait à propos pour le bien du service.
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« dirois à lui-même. Vous voyez, Monsieur, que cette « disposition lui coûte la défaite de son armée. » Le prince Eugène fît cette même faute, l'année 1712, avant l'affaire de Denain. Il avança ses postes au milieu de nos places, savoir : Marchiennes, Denain, le Quesnoy et Landrecies, faute dont le maréchal de Villars profita habilement. J'en parlerai dans le temps.
Nous restâmes à Calcinato jusqu'au 21 , que nous allâmes camper à Mocasina'*, que nous quittâmes le 2l2 pour aller attaquer les ennemis, qui étoient campés sur les mêmes hauteurs de Moscolino, où nous avions campé au commencement de la précédente campagne^. Les Impériaux avoient commencé à s'y retrancher. Le lendemain 23, nous devions les attaquer à la pointe du jour ; mais ils décampèrent à sept heures du soir si précipitamment, qu'ils abandonnèrent une partie de leurs équipages et plusieurs chariots. M. de Vendôme, qui en fut averti, les suivit avec un détachement de mille chevaux et avec tous les grenadiers de l'armée. Il marcha toute la nuit, et il arriva le 24, sur les huit heures du matin, près de Salo. Le provéditeur vint au-devant de lui, qui lui dit que l'arrière-garde de l'armée des Impériaux avoit traversé à six heures du matin cette petite ville. Comme le chemin depuis Salo jusqu'à Maderno est fort étroit et est toujours sur le bord du lac de Garde, le chevalier de l'Aubépin, qui commandoit nos galiotes, les fit canonner pendant deux ou trois heures. M. de Vendôme, ayant appris qu'ils avoient du canon à leur arrière-garde, ordonna
1. Hameau sur la Chiese, à mi-chemin entre Bedizzole et Gavardo.