‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 83 sur 183 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

[Avril 1706] DU CHEV.y.IER DE QUINCY. 173

à M. d'Albergotti de se mettre à la tête des grenadiers pour tâcher de le leur enlever.

Voici enfin notre nec plus ultra, le terme de notre bonheur et le commencement de nos malheurs, commencement qui, je puis le dire, a été la cause funeste de la perte générale de toute l'Italie. Ce fut un malheur pour la France et pour la gloire de nos armes, qui, depuis que M. de Vendôme commandoit en Italie, avoient acquis une si belle réputation, ce fut un malheur, dis-je, de ce que ce prince avoit donné ce commandement à M. d'Albergotti, qui, voulant apparemment faire parler de lui, donna dans une des plus belles embuscades. Le prince Eugène, voyant que notre Italien le suivoit vivement, l'attira dans un endroit de la montagne qui lui parut très avantageux pour le faire repentir de sa témérité. Cet endroit est comme un amphithéâtre qui s'élève d'un grand ravin, par où il falloit nécessairement que nos grenadiers passassent pour attaquer les ennemis, qui étoient en bataille sur plusieurs lignes sur cet amphithéâtre. Le feu dura cinq ou six heures, sans que nos grenadiers pussent jamais gagner un pouce de terrain ; ce qui obligea M. d'Albergotti et M. de Ceberet de se retirer, après avoir perdu l'élite de nos grenadiers ^ M. de Berthelot-, colonel du régiment de Bretagne-infante-

1. Les Mémoires militaires (t. VI, p. 153) ni V Histoire militaire de Quincy (t. V, p. 87) ne parlent pas d'embuscade, mais disent seulement que l'arrière-garde ennemie s'étant retranchée derrière un ravin on ne put la déloger et qu'il fallut abandonner la poursuite.

2. Michel-François Berthelot de Rebourseau (1675-1734) avait le régiment de Bretagne depuis 1704; il le quittera en 1719 en devenant maréchal de camp.

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rie, y fut blessé. Nous avions fait, pendant cette marche, auparavant de cette belle action, environ mille prisonniers et beaucoup d'officiers, et nous leur avions pris dans Salo les équipages qui n'avoient pas pu suivre.

Le prince Eugène n'ayant plus rien à craindre sur la gauche du lac de Garde à notre égard, il ne perdit point de temps à faire embarquer plusieurs bataillons pour les envoyer de l'autre côté du lac, afin de s'emparer au plus vite du poste de la Ferrare^. M. de Vendôme, qui connoissoit aussi bien que lui l'importance de ce poste, envoya vingt-deux bataillons et un régiment de dragons pour occuper ledit poste auparavant que les Impériaux y arrivassent. Malheureusement pour nous, M. d'Albergotti fut encore chargé de cette expédition. Notre régiment étoit de ces vingt-deux bataillons. Nous partîmes le 25 à la petite pointe du jour, et nous fîmes une si grande diligence que, après avoir passé le Mincio à Ponti^, nous arrivâmes à Cavaione ^ , village qui est entre le lac de Garde et l' Adige, à quatre heures du soir; ainsi, nous avions presque fait trente milles. Après m'ètre un peu reposé, je m'en allai à l'ordre. M. d'Albergotti le donnoit; je m'aperçus dès ce moment que ce général n'avoit pas tant d'esprit qu'on le croyoit : je n'ai jamais entendu donner l'ordre si mal, ni avec des termes si embrouillés et une répétition continuelle^. Le fait est qu'il fit un

1. Il a déjà été question de la montagne de la Ferrare en 1703, lors de l'expédition du Trentin : tome I, p. 290.

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