Histoire militaire, t. V, p
[Août 1706] DU CHEVALIER DE QUINCY. 185
Laissons aller le prince Eugène en Piémont tout à son aise, et parlons un peu de nos mouvements.
Aussitôt que nos généraux eurent appris le véritable dessein des Impériaux, et qu'ils étoient en pleine marche pour aller secourir le duc de Savoie, ils prirent le parti, non de les suivre du même côté du Pô, comme M. de Vendôme leur avoit conseillé, et dont il leur avoit donné l'exemple dans cette belle marche que fit M. de Stahremberg deux ans auparavant, quoique M. de Vendôme n'eût point de cavalerie^; ils prirent au contraire le parti de passer le Pô sur notre pont de Guastalla, et de se rendre en Piémont, toujours cette rivière entre les deux armées : conduite des plus prudentes et des plus sages. Nous jugeâmes dès lors, par ce projet timide, de leur peu de capacité, et qu'ils se défioient de leur science dans l'art militaire. Je suis persuadé que M. de Vendôme les auroit toujours suivis de si près, qu'il auroit appesanti leur marche et qu'il auroit chargé plus de dix fois leur arrière-garde; mais nous étions de bonnes gens. Ce fut encore alors que nous regrettâmes notre général, et que nous nous échappâmes contre le maréchal de Villeroy^ d'avoir été la cause véritable de ce que le Roi nous l'avoit ôté.
Après que nous eûmes passé le Pô, je fus commandé, à la tête de cent hommes, pour marcher sur la rive gauche de cette rivière, afin d'examiner et d'empêcher l'ennemi de la passer pour nous inquiéter dans notre marche, jusqu'à l'endroit où nous devions